L’insomnie – Tahar Ben Jelloun

Titre : l’insomnie
Auteur : Tahar Ben Jelloun
Éditeur : Gallimard
Nombre de pages : 272
Date de parution : 10 janvier 2019

 

Certains auteurs laissent toujours en mémoire la qualité de leurs premiers romans. La vieillesse serait-elle si difficile à vivre qu’elle obnubilerait tant l’esprit?
Tahar Ben jelloun était déjà englué dans ses problèmes personnels  avec Le bonheur conjugal et  L’ablation.

Une fois de plus, le sujet de l’insomnie, traitée ici de manière ironique, me laisse assez indifférente.

Le narrateur, scénariste à Tanger souffre d’insomnie.

 » Ne pas dormir c’est être privé de rêve . Or, j’ai besoin de rêve pour alimenter mon imaginaire. »

En tuant sa vieille mère, il constate que le sommeil vient plus facilement. Comme ses troubles reviennent un an plus tard, il en conclut qu’il doit aider à mourir d’autres personnes afin de gagner des « points crédit sommeil. »

«  En tuant des salauds, tu réussiras à bien dormir. »
Le scénariste devient alors un « hâteur de morts ». Il précipite la mort de mécréants politiques emmené d’urgence à l’hôpital ou aide des agonisants à partir dans la dignité.
Bon, pourquoi pas!  Mais en s’associant à des personnages étranges, le narrateur récupère aussi des crédits libido. J’espérais une élévation du débat sur le vrai mal que pouvait être l’insomnie, la solitude, ou la perte de temps à sommeiller,  mais l’auteur reste au niveau du scénario burlesque.

L’auteur se veut plus léger. Personnellement, je préfère revenir à ses anciens romans.

 

Un château à Ipanema – Martha Batalha

Titre : Un château à Ipanema
Auteur : Martha Batalha 
Littérature brésilienne
Titre original : Nunca houve um castelo
Traducteur : Diniz Galhos
Éditeur : Denoël 
Nombre de pages : 341
Date de parution :  1 novembre 2018

Seconde lecture de Martha Batalha ( auteure de Les mille talents d’Euridice Gusmão)…et le plus marquant est sans aucun doute le style d’écriture. L’auteur s’empare d’un lieu, la plage d’Ipanema, y construit un château étonnant où débuteront des fêtes ultra-chics brésiliennes. Elle y campe des personnages étonnants et pittoresques balayant plusieurs générations, diverses couches sociales sur un fond très léger d’histoire du pays.

Ce château art déco est construit par Johan, un suédois immense, nommé ambassadeur de Suède au Brésil. Un choix qu’il a fait pour la santé mentale de sa femme, Birgit qui entend des voix. Sa découverte de Rio la déconcerte. Une ville à la fois « belle et dangereuse, riche et très pauvre, moderne à certains endroits et d’un autre siècle partout ailleurs. ». Quand elle arrive à Ipanema, elle sait que c’est là qu’ils doivent habiter, marquant ainsi la fin de l’innocence dans le quartier. 

Ils auront trois enfants, Axel, Vigo et Nils. Trois frères qui tombent sous le charme de la fille du médecin voisin, Laura. Passionnée de théâtre, elle aime se draper d’un châle rouge et jouer devant ses admirateurs. Repoussés par la belle, Axel et Vigo quittent le pays laissant la veuve Birgit, seule avec Nils. 

A la mort de sa mère, Nils épouse Guiomar, la fille d’un notaire. Leur fils, Otavio mène la grande vie, au bras des plus belles femmes, dont la sublime Maria Lucia jusqu’à son mariage avec Estela Aguiar. Ils forment un couple plutôt serein, invitant chaque semaine les parents de Nils ce qui vaut une bataille rangée entre Estela et Guiomar au sujet de prouesses culinaires. 

«  Entre être pliée en deux sur un chevalet de torture ou au-dessus de l’évier de la cuisine, elle préférait encore la cuisine. »

Jusqu’au jour, où Estela et Otavio, chacun violé dans un placard découvrent lors d’une fête chez Maria Lucia une autre sexualité. Estela prend un amant plus jeune, Beto qui sera accidentellement prisonnier de la dictature. Et Otavio découvre qu’il aime les hommes.

C’est avec ce couple extravagant que nous poursuivrons notre aventure brésilienne, dans un pays de plus en plus marqué par la dictature jusqu’à la modernisation du pays dans les années 80.

«  Sur le plan économique, le pays était toujours enlisé dans l’inflation, la récession, le chômage et la dette extérieure. » Mais «  le pays se modernisait. »

Dans cette aventure folle, tout est lié. Les personnages se croisent, rappelant les origines d’une famille dont il ne reste pourtant qu’un vieux coucou ramené de Suède. Le style ironique, incroyablement travaillé et coloré et le pittoresque des personnages cachent une revue sociale et politique du pays. A mon sens, il le cache un peu trop bien. Je ne suis pas vraiment réceptive à l’ironie et aux personnages pittoresques mais je dois reconnaître que le style de Martha Batalha m’a particulièrement impressionnée. Je n’en ferais pas ma préférence mais j’apprécie d’avoir découvert cette auteure au style aussi bariolé que ses personnages.