Pulls irlandais à tricoter

Titre : Pulls irlandais à tricoter
Éditeur : Marie-Claire
Nombre de pages : 128
Date de parution : septembre 2019

 

Lors de la dernière opération Masse critique chez Babelio, j’avais sélectionné des livres de cuisine et de tricot. Et c’est le tricot qui a gagné!

En général, je choisis des livres qui vont au-delà des simples recettes ou modèles de tricot. Dans le genre Reporters culinaires ou Carnets de tricot de Charlotte Sometime, deux superbes albums qui vous emmènent en voyage autour d’une passion commune.

Je fus donc un peu déçue de découvrir un catalogue Phildar, certes, un peu haut de gamme, il faut tout de même le reconnaître.

Passée cette légère déception, je constate que la mise en page est très soignée, les photos plus larges et nombreuses et les explications très claires et complètes. Parmi ces 24 modèles de pulls et gilets, vous pouvez combler toute la famille.

J’ai souvent utilisé les catalogues Phildar pour tricoter ou faire du crochet et je sais que leurs fiches explicatives sont très bien faites et permettent de belles réalisations.

La confection d’un pull irlandais, avec ses torsades et points texturés est plutôt réservée aux passionnés experts en tricot. Mais les grosses laines sont agréables et rapides à travailler.

Maintenant, il ne me reste plus qu’à prendre mes aiguilles.

Je remercie Marie-Claire et Babelio pour l’envoi de ce livre qui va agréablement meubler mes longues soirées d’hiver.

Le cabanon jaune – Christelle Angano

Angano

Titre : Le cabanon jaune
Auteur : Christelle Angano
Editeur : La Rémanence
Nombre de pages : 204
Date de parution : février 2016

Cloé a une trentaine d’années mais elle demeure ancrée à Honfleur, sa petite ville familiale. Ses soirées se passent au bar, L’embarcadère, tenue par Charlotte et son parrain Pierrick, avec son père Jean, pêcheur, sa mère Marie et la directrice de la maison de retraite.
Sa seule amie, Rose, vit à Caen. Elles envisagent toutes deux d’ouvrir une librairie.
L’ambiance est heureuse jusqu’au jour où Jean part en mer avec son bateau, Le Cyrano et ne revient pas. Si la mer est de la poésie, elle est aussi souvent cruelle.
 » Femmes de pêcheur: une vie d’angoisse, à guetter le grain, à interroger les étoiles, à écouter le vent. »
Cloé ne se remet pas de la disparition de son père, elle s’installe sur Le Cyrano retrouvé vide en pleine mer. Marie perd pied et quitte rapidement sa maison pour un studio dans la maison de retraite. Pierrick, ancien marin, tente de protéger Cloé de rumeurs qui circulent à Honfleur. Jean a-t-il eu un accident? Comme Marie ou la douce Charlotte, il semblait miné par un secret.
Cette poudrière va peut-être exploser avec l’arrivée de Harold, un riche cinquantenaire irlandais qui installe son voilier à côté du vieux bateau de pêche de Cloé.

Charlotte se réjouit qu’enfin un homme puisse sortir Cloé de sa solitude et de son isolement dans cette Honfleur devenue étouffante. Harold parviendra-t-il à redonner le goût de vivre à Cloé?

En tout cas, il la décide, contre l’avis de Pierrick qui déteste ce type de plaisancier qui s’improvise marin, à le suivre à Tahiti, aux Marquises

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Nuku Hiva, Taiohae

et en Irlande. Ces cartes postales de voyage avec un léger aperçu des modes de vie sont pour moi le côté positif de ce récit.

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Péninsule Sheep’ head, Irlande

Mais, où qu’elle soit, Cloé, qui m’apparaît parfois comme une gamine capricieuse, peine à se reconstruire.

Le style de Christine Angano est simple et fluide, même si je n’apprécie pas particulièrement sa façon de mener le suspense avec de nombreuses phrases interrogatives et cette constante hésitation d’Harold qui doit dire un secret à Cloé en repoussant sans cesse ce moment.
«  Que ferait-elle quand elle rentrerait à Honfleur? Parler? Se taire? Suivre Harold? Lui pardonnerait-elle tous ces mensonges? En serait-elle capable? »
J’ai finalement eu peu de surprise lors du dénouement. Les quelques éléments glanés dans le récit m’avaient assez facilement permis de comprendre ce lourd secret des fidèles de l’Embarcadère.

Si ce style d’intrigue et de personnages trop évidents ne captent pas mon intérêt de lectrice, ce roman peut ravir les amateurs de romance.

bac

Brooklyn, un film fidèle à son roman

BrooklynDate de sortie 9 mars 2016 (1h 53min)
De John Crowley, Paul Tsan
Avec Saoirse Ronan, Domhnall Gleeson, Emory Cohen
Genres Drame, Romance
Nationalités Irlandais, Britannique, Canadien

Dans les sorties cinématographiques de mars, l’adaptation du roman de l’auteur irlandais Colm Toibin, Brooklyn, me tentait particulièrement. En découvrant l’affiche, je craignais toutefois que le réalisateur, John Crowley, s’attache un peu trop au volet sentimental des aventures de la jeune irlandaise, Eilis Lacey. Dans le roman, l’approche de la douleur de l’exil et du choix de vie de la jeune femme sont deux aspects primordiaux. Découvrir les mélanges de culture de Brooklyn ( ce que l’on perçoit un peu moins dans le film) était une richesse du roman de Colm Toibin.

L’immigration des Irlandais vers les États-Unis a commencé après la grande famine du milieu du XIXe siècle. Aubut des années 1950, alors que le développement économique n’a pas encore démarré, Eilis Lacey, seconde fille d’une veuve n’a aucune perspective d’avenir dans cette petite ville d’Enniscorthy. Sa sœur, comptable et célibataire lui permet avec l’aide d’un prêtre de partir aux États-Unis.

Sur le pont du bateau, les yeux d’Eilis ( brillamment interprétée par Saoirse Roman) traduisent son inquiétude et sa peine de quitter son pays et surtout sa sœur.

Mais elles sont nombreuses ces jeunes irlandaises à monter un jour sur ce bateau. Abattue par le mal de mer, une jeune femme désormais habituée à la vie américaine lui donnera les meilleurs conseils. Le mal du pays, on pense que l’on en mourra, jusqu’au jour, où il passe à une autre.

Même si son accueil est bien préparé par le Père Flood avec un logement et un travail, le mal du pays s’installe rapidement. Eilis peine à sourire en attendant les lettres de sa sœur.

En participant aux activités de la communauté paroissienne irlandaise, Eilis retrouve des immigrés, la musique de son pays. Les yeux de ses pauvres vieux irlandais lors du repas de Noël de la paroisse expriment mieux qu’un grand discours toute la douleur de l’exil.

De sorties en rencontres, Eilis se construit une vie, prend des cours du soir en comptabilité et rencontre un séduisant plombier italien. Peu à peu, le sourire revient sur son visage.

Malheureusement, un événement familial risque de tout remettre en cause. Un retour imprévu en Irlande, où cette fois, en belle américaine, chacun est prompt à l’accueillir, la met face à un choix cornélien. Se laisser reprendre par les habitudes d’antan avec cette fois un avenir plus prometteur ou retourner à ce quelqu’un d’autre dans un pays plus anonyme et libéral.

496599L’actrice, Saoirse Roman, nommée aux Oscars pour le titre de meilleure actrice, porte ce film avec sa présence, son visage lumineux et ses yeux expressifs. Le film, qui a reçu l’oscar du meilleur film britannique de l’année au BAFTA Awards ( British Academy Films and Television Arts Awards) 2016 de Londres, même si il ne peut pas être aussi riche que le livre, est une fidèle traduction du roman de Colm Toibin.

Avec quelques notes d’humour ( la logeuse de Brooklyn, la famille italienne, la méchanceté de la boulangère d’Enniscorthy…), bien sûr un peu de mélo mais surtout un regard éblouissant d’ Eilis sur ses deux patries, Brooklyn est un bon film qui ne déçoit pas les lecteurs du roman.

A cette occasion, les Éditions Robert Laffont ré-édite le roman avec une nouvelle jaquette.

9782221192306

 

Danse noire – Nancy Huston

hustonTitre : Danse noire
Auteur : Nancy Huston
Editeur : Actes Sud
Nombre de pages : 368
Date de parution : août 2013

Auteur :
Née à Calgary au Canada, Nancy Huston, qui vit aujourd’hui à Paris, est l’auteur de nombreux romans et essais publiés chez Actes Sud et chez Leméac, parmi lesquels Instruments des ténèbres (1996 ; prix Goncourt des lycéens et prix du Livre Inter), L’Empreinte de l’ange (1998 ; grand prix des Lectrices de Elle), Lignes de faille (2006 ; prix Femina), Infrarouge (2010), Reflets dans un œil d’homme (2012) et Danse noire (2013).

Présentation de l’éditeur :
Sur un lit d’hôpital, Milo s’éteint lentement. À son chevet, le réalisateur new-yorkais Paul Schwarz rêve d’un ultime projet commun : un film qu’ils écriraient ensemble à partir de l’incroyable parcours de Milo. Dans un grand mouvement musical pour chanter ses origines d’abord effacées puis peu à peu recomposées, ce film suivrait trois lignes de vie qui, traversant guerres et exils, invasions et résistances, nous plongeraient dans la tension insoluble entre le Vieux et le Nouveau Monde, le besoin de transmission et le rêve de recommencement.
Du début du xxe siècle à nos jours, de l’Irlande au Canada, de la chambre sordide d’une prostituée indienne aux rythmes lancinants de la capoeira brésilienne, d’un hôpital catholique québecois aux soirées prestigieuses de New York, cette histoire d’amour et de renoncement est habitée d’un bout à l’autre par le bruissement des langues et l’engagement des coeurs.
Film ou roman, roman d’un film, Danse noire est l’oeuvre totale, libre et accomplie d’une romancière au sommet de son art.

Mon avis :
Paul Schwarz, réalisateur américain est au chevet de son scénariste et amant, Milo Noirac. Ils composent leur dernier scénario en tressant les vies de trois générations des Noirac/Kerrigan.
Milo a contracté le sida à Rio dans les années 80, c’est l’ultime épreuve d’une vie mouvementée passée de foyers d’accueil en pension, où il connaît coups, enfermement dans un placard et viols.
Sa mère, Awinata, une prostituée indienne, l’a abandonné à sa naissance. Son père, Declan Noirac est un ivrogne né au Canada d’un père irlandais et d’une mère prolifique, canadienne française. Awinata s’étiole aux rythmes des passes incessantes, des grossesses non désirées, des défonces à l’héroïne.
Neil Kerrigan, le grand-père de Milo fut sûrement son seul repère lui prodiguant morale, culture et tendresse.
 » Le pire crime n’est pas de voler, Milo. Si ça l’était, tous nos chefs politiques seraient derrière les barreaux. Le pire crime c’est la trahison, car c’est un crime contre sa propre âme. »
Fils de juge, membre du Sinn Féin, Neil a participé à la rébellion de Pâques à Dublin en 1916 avec son cousin Thom mort pendant les combats. Après avoir dénoncé un leader du groupe de rebelles, Neil est exclu du barreau et du Sinn Féin. Il s’exile au Canada où il rêvera toujours de devenir un écrivain comme ses amis Yeats et Joyce.
 » Ma mère m’a gavé de la bouillie bien-pensante des prêtres, mes profs y ont ajouté l’eau-de-vie du folklore irlandais; j’ai englouti de mon propre gré Shakespeare, Milton et Browning, et là je me sens mûr, plus que mûr. »
Les trois vies composent la personnalité de Milo. Il intègre la culture de Neil, sa douleur de l’exil mais aussi les légendes indiennes, les excès de sa mère et bien évidemment les cicatrices de son propre parcours chaotique.

Nancy Huston fait participer le lecteur à l’avancée du scénario en glissant les remarques de Paul Schwartz sur sa vision des plans. La trame est rythmée par le tempo de la capoeira.
 » Faut raconter comment les esclaves noirs du Brésil ont réveillé les musiques de tout le continent africain et les ont mélangées avec les rythmes amérindiens. Pour eux, bouger comme ça, c’était une arme. Pour eux, c’était un langage. »
Le mélange des vies se fait aussi avec le mélange des langues, passant du français, à l’anglais parfois traduit en patois canadien. Toutes les traductions se lisent alors en bas de page.
La richesse du récit se fait surtout grâce aux thèmes récurrents de l’auteure : le mélange des cultures et l’exil.
 » Ce qu’il y a avec l’exil…c’est qu’il vous ramène de force à l’enfance. »
Les volontés d’indépendance contre l’emprise britannique relie ici à des décennies d’intervalle l’ Irlande et le Canada.
 » Nous autres, on a volé cette terre avant vous autres! Voilà, résumé en une phrase, le message du mouvement nationaliste des Canadiens français. Pareil en Irlande, pour peu qu’on remonte assez loin.« 

Danse noire est le symbole de la capoeira en miroir avec cette dernière danse de Milo. Cet homme, riche de sa lignée et de son expérience, allie l’histoire et les légendes des peuples, la sensualité, la force de l’ancien boxeur et du jeune délinquant.
Ce roman peut sembler difficile par l’enchevêtrement des histoires et surtout les mélanges de langues qui obligent à se référer en bas de page,mais c’est un récit d’une grande richesse rythmé par les « montagnes russes des âmes » des personnages et par les vibrations des langages.

contre-courant New Pal 2014

 

Retour à Killybegs – Sorj Chalandon

chalandon2Titre : Retour à Killybegs
Auteur : Sorj Chalandon
Editeur : Grasset
Nombre de pages : 336
Date de parution : 17 août 2011

Résumé :
Maintenant que tout est découvert, ils vont parler à ma place. L’IRA, les Britanniques, ma famille, mes proches, des journalistes que je n’ai même jamais rencontrés. Certains oseront vous expliquer pourquoi et comment j’en suis venu à trahir. Des livres seront peut-être écrits sur moi, et j’enrage. N’écoutez rien de ce qu’ils prétendront. Ne vous fiez pas à mes ennemis, encore moins à mes amis. Détournez-vous de ceux qui diront m’avoir connu. Personne n’a jamais été dans mon ventre, personne. Si je parle aujourd’hui, c’est parce que je suis le seul à pouvoir dire la vérité. Parce qu’après moi, j’espère le silence.
Killybegs, le 24 décembre 2006

Tyrone Meehan

Mon avis :
Sorj Chalandon avait déjà évoqué la vie de son ami, Denis Donaldson dans Mon traître publié en 2008. Ici, l’auteur nous livre une fiction biographique de Tyrone Meehan, membre de l’IRA qui en viendra à trahir en collaborant avec le MI5 et le Special Branch, ce qui évoque bien entendu le destin de Donaldson.
Ce récit alterne la voix de Tyrone à ses derniers jours, reclus en la maison de son père à Killybegs et celle du jeune Tyrone qui s’engage auprès des jeunes républicains comme Tom Williams. Depuis le suicide de son père Pat, homme violent par l’alcoolisme mais engagé, jusqu’à son acte de traîtrise, Tyrone Meehan symbolise les points forts de l’IRA. Les combats entre catholiques et Britanniques, les emprisonnements, la torture, les grèves de la faim pour obtenir le statut de prisonniers politiques, tout traduit l’engagement complet des hommes et des femmes de l’IRA.
Le second volet de ce roman est la réflexion d’un homme obligé de trahir pour garder un secret, pour protéger les siens, pour empêcher la mort des gens qu’il apprécie ou pour éviter des morts violentes suite aux bombes artisanales. Tyrone Meehan semble chercher tous les motifs pour atténuer ou justifier son acte. Cet enchaînement est très bien amené par l’auteur jusqu’au dénouement. J’ai beaucoup apprécié les conversations sur la traîtrise avec le Père Byrne qui compare le rôle de Tyrone à celui de Judas.
 » Comme le Christ avait besoin de l’iscariote, ton pays avait besoin de toi. »
La discussion avec son fils Jack est elle aussi très forte et émouvante.
Comment les membres de la famille engagée de père en fils peuvent-ils comprendre cet acte ? Les amis ont-ils été manipulés par ce traître?
En plus du témoignage historique, ce roman est une fabuleuse histoire d’homme, histoire d’un engagement  qui va jusqu’à l’acceptation de la déchéance humaine.
Ce roman a obtenu le Grand Prix du Roman de l’Académie Française 2011.