Les mille talents d’Euridice Gusmão – Martha Batalha

BatalhaTitre : Les mille talents d’Euridice Gusmão
Auteur : Martha Batalha
Littérature brésilienne
Traducteur: Diniz Galhos
Titre original :A vida invisivel de Euridice Gusmão
Éditeur: Denoël
Nombre de pages : 252
Date de parution : janvier 2017

Un titre, une couverture, une auteure brésilienne, un premier roman, une phrase en quatrième de couverture «  L’histoire d’Euridice Gusmão, ça pourrait être la vôtre, ou la mienne. Celle de toutes les femmes à qui on explique qu’elles ne doivent pas trop penser. Et qui choisissent de faire autrement.« . Autant d’accroches qui m’ont conduite vers cette lecture.

Euridice et Guida sont les deux filles de l’épicier portugais Manuel et de Dona Ana. Plutôt téméraire, Euridice avait étouffé ses ambitions et choisi de devenir une petite fille exemplaire lorsque Guida a fugué de la maison pour aller vivre avec Marcos.
Désormais, il y avait «  Quelque Chose en Euridice Qui Ne Voulait pas Qu’Euridice Soit Euridice. »
Euridice épouse Antenor, fonctionnaire de la Banque du Brésil. Après les incidents de la nuit de noces qui laissent croire à Antenor qu’Euridice n’est pas vierge, et qui seront un reproche récurent du mari lors des  » Nuits du Petit Whisky« , le couple a deux enfants. Ce qui est bien assez pour Euridice, elle décide de grossir afin d’éteindre les envies de son mari.
Seulement la vie de « femme au foyer » dans le quartier de Tijuca l’ennuie profondément. Elle se lance alors dans des passions successives. L’art culinaire, les radionovelas, la couture. Pour défendre ses activités, Euridice tente toutes « les méthodes de guérilla féminine« , «  le combat de répétition, qui poussait toujours les hommes à dire oui.« , le combat par omission.
Mais chaque fois, Antenor sa braque : «  je vais travailler, et toi tu t’occupes des enfants. »
Il faut dire que la mère d’Antenor, une poétesse ne s’occupait de rien hormis son art. A sa mort, âgé de six ans, il fut élevé par sa tante, une parfaite maîtresse de maison.
Euridice finit prostrée devant les rayonnages de sa bibliothèque. Jusqu’au jour où sa sœur Guida accompagnée de son fils frappe à sa porte.
L’auteur nous conte alors le parcours de Guida depuis sa fugue. Guida, le culbuto  » Quand un coup dur la frappait, elle se redressait toujours ». Parcours mouvementé qui donne aussi l’occasion de découvrir d’autres personnages, notamment son mari et sa riche famille et surtout la prostituée Filomena.
 » Billevesées, coquecigrues et calembredaines« , chaque histoire est l’occasion de découvrir de nouveaux personnages et l’auteure se complait à nous décrire leurs origines et leurs parcours.
Si bien que tant de petites histoires détachent le lecteur d’une intrigue principale.

Ce roman est donc une lecture agréable avec des personnages hauts en couleurs et attachants mais au-delà du plaisir immédiat qui effectivement « illumine notre hiver » et d’une vision ironique de la condition des femmes brésiliennes avec des figures bien différentes de la femme docile à la rebelle, de la prostituée à la mère tyrannique, ce livre ne me restera pas en mémoire bien longtemps.

Le dentier du maréchal, madame Volotinen et autres curiosités – Arto Paasilinna

paasilinnaTitre : Le dentier du maréchal, madame Volotinen et autres curiosités
Auteur : Arto Paasilinna
Littérature finlandaise
Titre original : Volomari Volotisen ensimmäinen vaimo ynnä muuta vanhaa tavaraa
Traducteur : Anne Colin du Terrail
Éditeur: Denoël
Nombre de pages : 240
Date de parution : 3 octobre 2016

 

Une nuit d’orage d’avril 1942 naît Volomari dans le village de Tammela. Ses parents aimaient collectionner de vieux objets. Ce sont des  » lettres de personnes disparues, et chacun d’eux avait sa propre histoire. » En 1952, ils perdent toute leur collection dans un incendie sauf un baillon de bois d’un aïeul happakélite qui était resté dans la poche de Volomari.
Son éducation et cet objet scellent son avenir, collectionner des objets insolites.
Avec un diplôme de droit, et après une première expérience avec Riita, il rencontre lors d’une nuit bien arrosée Laura Loponen, une finlandaise de vingt ans son aînée. Elle sera la compagne idéale de ses folies, dépassant parfois le maître.
Inspecteur des sinistres dans une compagnie d’assurance, Volomari voyage en Europe ce qui le met sur la route de personnages farfelus prêts à troquer des objets.
La rencontre la plus truculente est celle avec un Johnny Weissmüller alcoolique et vieillissant, qui lui vaudra l’acquisition d’un maillot de bain. Mais Volomari récupère aussi une guillotine de la Révolution française, une planche funéraire, un lance-mine, la chapka de Lénine, un fragment de clavicule du Christ datant de 700 après JC, des poils pubiens vieux de 12 000 ans.
Autant vous dire que ces rencontres sous la plume du « plus frappé » des auteurs finlandais valent leur pesant d’or.
«  Les juristes sont habiles à inventer de toutes pièces des histoires. Dans ce domaine, ils battent à plate couture la plupart des écrivains. »
Alors, un personnage juriste sous la plume d’un écrivain débordant d’imagination et d’humour, impossible de s’ennuyer.
Malheureusement, ce ne sont que des histoires truculentes, emplies de cet humour très particulier de Paasilinna avec toujours quelques pointes ironiques habituelles contre le régime soviétique. Et surtout ces personnages scandinaves, placides, loufoques, déjantés sous l’effet de l’alcool mais si débonnaires qu’ils réjouissent ce moment de lecture.

Très agréable à lire mais comme dans Moi Surunen, libérateur des peuples opprimés, on suit les pérégrinations du personnage principal mais il manque ce liant romanesque avec des relations humaines sensibles pour faire un roman exceptionnel comme La forêt des renards pendus. Ce roman vient d’ailleurs d’être adapté avec succès en bande dessinée par Nicolas Dumontheuil et vous retrouverez mon avis ici.

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Gaspard ne répond plus – Anne-Marie Revol

revolTitre : Gaspard ne répond plus
Auteur : Anne-Marie Revol
Éditeur : JC Lattès
Nombre de pages : 448
Date de parution: 11 mai 2016

Lorsque Anne-Marie Revol, journaliste à France 2, m’a demandé si j’acceptais de me pencher sur le cas de son Gaspard, j’ai de suite senti une certaine affinité. Pas de regrets, ce premier roman a le dynamisme du court message de son auteur.

Gaspard de Ronsard, instituteur de vingt-quatre ans, plutôt couvé par Eulalie, sa mère adoptive participe à un jeu de télé réalité,  » Un jour j’irai à Shanghai avec toi« , programme de Sparkle TV qui consiste à traverser l’Asie avec seulement cent euros en poche. Ce jeune homme n’a rien d’un aventurier mais voit en ce voyage l’occasion de fouler la terre de Saïgon où ses parents, ethnologues ont perdu la vie dans un accident d’avion.

Lors d’un transfert nocturne avec Cindy sa coéquipière, Gaspard tombe du pick-up et se retrouve avec les deux jambes cassées dans une rizière. Deux vietnamiens le transportent dans un village isolé où la chef My Hiên le recueille et le fait soigner par Khoa.
En France, les équipes de Sparkle TV s’affole. Il faut tout faire pour retrouver Gaspard avant que la Presse ne s’empare de cette affaire. Marcel, un ancien de la DST est envoyé sur place.
Gaspard, immobile sur le seul lit du village, découvre les effets personnels d’Hubert Butillon, un français qui avait ramené My Hiên en son pays, mort d’une fausse route en avalant une sardine.
My Hiên, refusant que son village soit vicié par l’asphalte et l’électricité, demande à Gaspard de reprendre le rôle de conteur d’Hubert. Ces veillées occupent et divertissent les membres de la tribu qui, ainsi ne réclament pas le progrès.
Gaspard lit donc chaque soir le journal d’Hubert, découvrant petit à petit la vie de cet homme et de My Hiên mais aussi de surprenantes révélations.

Anne-Marie Revol construit une histoire rebondissante où chaque personnage est travaillé. Et curieusement, avec beaucoup de diversions qui nous permettent de découvrir des bribes de passé de chacun, ce qui, chaque fois nous emplit de bonheur tant les personnages sont hauts en couleur, les liens se font, l’histoire se recoupe et prend sens.
Avec en toile de fond, l’opposition entre le monde surfait des médias et la candeur d’un peuple isolé de tout progrès, nous suivons avec plaisir les tribulations de chaque personnage. Humour et aventure sont les deux ingrédients principaux de cette histoire, ce qui m’a agréablement fait penser aux romans d’Arto Paasilinna.
Olivia de Lambertie, dans une interview sur Telematin (vous pouvez la retrouver sur le site de l’éditeur en cliquant sur la couverture du livre) conseille Gaspard ne répond plus en roman de l’été où chacun trouvera son personnage préféré. S’il faut n’en choisir qu’un, ce qui est difficile, pour moi, ce sera Eulalie.

Voici un premier roman qui vous divertira cet été. Mais Anne-Marie Revol n’en est pas à son premier succès puisqu’elle est l’auteur d’un récit très remarqué paru en 2010 chez Stock : Nos étoiles ont filé.

Murmures dans un mégaphone – Rachel Elliott

murmurs dans un megaphone.inddTitre : Murmures dans un mégaphone
Auteur : Rachel Elliott
Littérature anglaise
Titre original : Whispers through a megaphone
Traducteur : Mathilde Bach
Éditeur : Rivages
Nombre de pages : 446
Date de parution: avril 2016

 » Aucun d’entre nous ne vit la vie qu’il avait imaginée. »
Miriam Delaney a trente cinq ans. Cela fait trois ans qu’elle n’est pas sortie de chez elle. Sa mère, Frances, l’a contrainte a la peur et aux murmures.
 » Toute ma vie j’ai subi les quolibets des gens qui se moquaient de ce que je racontais. C’est mieux si les gens ne peuvent pas t’entendre. »
Frances était une mère agressive, nudiste, menteuse. Elle enlève tout espoir à Miriam en lui disant que son père est mort, que sa grand-mère ne veut plus d’elle, en lui imposant un amant envahissant. Maintenant qu’elle n’est plus là, Miriam peine à se reconstruire. Elle n’a jamais été amoureuse.
 » Je ne sais pas comment vivre sans toi, pas parce que tu n’es plus là, mais parce que tu ne m’as jamais laissé vivre avant. »

Ralph Swoon est psychothérapeute.  » Il est dans le flou depuis tellement longtemps. » Sa femme, Sadie passe son temps à twitter tous les instants de sa vie. Elle mène « une vie de demi-mesures« , « constipée des sentiments« , elle s’intéresse peu à son mari et à ses jumeaux, deux adolescents dont l’un tombe amoureux de son meilleur copain.
Être heureux, être amoureux, c’est quoi? Peut-être comme Kristin Hart, la marraine des garçons avec Carol…Sadie serait-elle plus heureuse avec une femme?
Le jour de son anniversaire, Ralph surprend sa femme en train d’embrasser Kristin dans un placard. C’est le déclic, il part.
Dans une cabane dans les bois où il a trouvé refuge, il rencontre Miriam qui fait sa première sortie depuis trois ans.
 » Un homme, une femme, un chat. Trois cœurs, huit jambes, trois nez, une queue, soixante-quinze ans de vie cumulée. Mélangez et vous obtenez? » : ce roman doux et dingue à la fois. Ils vont se confier, s’aider mutuellement à comprendre le chemin qu’ils doivent choisir.
Sadie, Ralph et Miriam sont en pleine confusion. Ralph aurait-il été plus heureux avec Julie Parsley, son premier amour. Sadie a-t-elle eu de tort de se marier avec Ralph plutôt que de suivre son cœur vers Alison, son amie d’université? Miriam pourra-t-elle enfin trouver une famille et parler normalement sans avoir besoin d’un mégaphone?

Avec une très bonne bande son, ce premier roman de Rachel Elliott traite avec beaucoup d’humour et d’originalité les vies brisées de personnages qui ont perdu pied avec la réalité.
Mais construire des personnages déjantés est une constante chez l’auteur et il y a dans ce roman une galerie de figures très croustillantes.
Un plaisir de lecture.

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Comment écrire un polar suédois sans se fatiguer – Henrik Lange

LangeTitre : Comment écrire un polar suédois sans se fatiguer
Auteur : Henrik Lange
Littérature suédoise
Traducteur : Hélène Duhamel
Titre original : Lektioler i mord
Éditeur : Ça et Là
Nombre de pages : 158
Date de parution : 22 octobre 2015

Lorsque Augustin Trappenard déclare au Grand Journal qu’un livre est  » absolument génial » et qu’une opération Masse Critique de Babelio me donne l’occasion de le découvrir, je n’hésite pas une seconde.
Et me voici avec ce petit bouquin illustré qui m’a bien fait sourire et m’a rappelé mes quelques lectures de polars nordiques.
 » Prenez une douce bourgade rurale et ajoutez-y un crime bien aigre« . Comme pour la cuisine, les suédois aiment l’aigre doux.
Nous sommes donc à Bollebygd et le commissaire Ake Larsson, divorcé, amateur de whisky et de musique classique au regard de chiot mouillé enquête sur une série de crimes.

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Quelques scènes de remplissage sur la nature,un peu de poésie le regard perdu face à la fenêtre, un doigt de critique sociale, on garde bien à l’esprit que ce roman sera un film.
Règle simple comme pour les mariages à l’américaine  » Something old, something new, something borrowed, something blue. » Le « blue » faisant ici allusion au déprimant. Et le tour est joué, l’auteur se retrouve invité chez « François Busnel« .
Entrecoupé de résumés de classiques du polar suédois en 4 vignettes, la démonstration fait sourire. Fort heureusement, les polars suédois que j’ai pu lire sont un peu plus que cela. Mais je dois avouer que le résumé des caractéristiques de ce type de romans est assez bien vu.

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Une lecture détente qui fait du bien.

Henrik Lange est né en 1972 en Suède. Il commence sa carrière dans l’illustration et la bande dessinée au cours des années 1990. Il a réalisé de nombreux livres pour enfants et plusieurs bandes dessinées. Il vit à Bollebygd.

 

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Moi, Surunen, libérateur des peuples opprimés – Arto Paasilinna

paasilinnaTitre : Moi, Surunen, libérateur des peuples opprimés
Auteur : Arto Paasilinna
Littérature finlandaise
Titre original : Vapahtaja Surunen
Traducteur : Anne Colin du Terrail
Éditeur : Denoël
Nombre de pages : 324
Date de parution : avril 2015

Auteur :
Arto Paasilinna est né en 1942 en Laponie finlandaise. Il est l’auteur d’une trentaine de livres, pour la plupart traduits en français et publiés chez Denoël.
Arto Paasilinna a aussi écrit pour le cinéma, la radio et la télévision ; il s’intéresse aux arts graphiques et écrit des poèmes.
Paasilinna est l’un des écrivains finlandais actuels les plus connus dans le monde.

Présentation de l’éditeur :
Le très distingué professeur Surunen, membre finlandais d’Amnesty International, las de se contenter de signer des pétitions, décide de prendre les choses en main. Il s’en va personnellement délivrer les prisonniers politiques qu’il parraine en Macabraguay, petit pays d’Amérique centrale dirigé par un dictateur fasciste sanguinaire. Après le succès de l’évasion de cinq d’entre eux, et non sans avoir goûté à la torture des geôles locales, Surunen accompagne l’un de ses protégés jusqu’au paradis communiste, un pays d’Europe de l’Est baptisé la Vachardoslavie. Là, il découvre le triste sort d’une poignée de dissidents enfermés dans un asile psychiatrique, et s’emploie à les libérer à leur tour.
Revisitant à sa façon Tintin au pays des Soviets, Paasilinna renvoie dos à dos les dictatures de tous bords avec une ironie mordante et un sens du burlesque accompli.

Mon avis :
Arto Paasilinna revient en France avec la traduction de Moi, Surunen, libérateur des peuples opprimés, roman écrit en 1986. Et notre bûcheron finlandais est une fois encore au sommet de son art burlesque avec cette histoire de victimes des dictatures fascistes ou communistes.
 » Cette affaire sort de l’ordinaire. » Comme toutes celles de Paasilinna parce que les personnages ont cette candeur, cette naïveté qui les plongent dans des situations improbables.
Surunen est finlandais, enseignant de langues vivantes. Après de nombreux débats et maintes pétitions avec sa tendre et chère Anneli, maîtresse de musique, il décide de passer à l’action et d’aller délivrer un prisonnier politique qu’ils parrainent.
«  Je vais essayer de parler au président ou bien j’irai à la prison, je ferai sauter les verrous à coups de pied et je libèrerai tout le monde. »
Avec un prêt bancaire, deux passeports et beaucoup d’optimisme, Surunen part pour le Macabraguay,  » une hémorroïde saignante dans le trou du cul de la planète. »
En chemin, il rencontre Sergueï Lebkov, un expert international en pingouins qui rejoint en Russie sa grosse femme acariâtre. Surunen est un homme affable qui se fait facilement des amis.
Avec des idées farfelues mais efficaces, à coup de bakchichs, Surunen met en place son plan au Macabraguay. Quel plaisir de suivre ce grand finlandais truculent dans ses aventures!
Mais l’auteur ne souhaite pas seulement croquer les dictatures fascistes, et Surunen, toujours prêt à sauver le monde, continuera ensuite sa route dans un pays de l’Europe de l’Est, la Vachardoslavie, démocratie socialiste ouvrière où  » quiconque ne pense pas comme le système est fou« .
Mais derrière ces situations grotesques qui nous font sourire, Arto Paasilinna n’en dépeint pas moins la brutalité des régimes totalitaires envers les opposants, la lourdeur de la bureaucratie et le fossé entre les riches nantis et les bidonvilles.
Avec cet humour grinçant et intelligent, ces aventures rocambolesques et rythmées, Arto Paasilinna est, pour moi, un des rares auteurs qui me fait sourire et me touche.
Mon roman préféré reste La forêt des renards pendus mais il m’en reste quelques uns à lire.

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L’ouzbek muet et autres histoires clandestines – Luis sepulveda

sepulvedaTitre : L’ouzbek muet et autres histoires clandestines
Auteur : Luis Sepulveda
Littérature chilienne
Titre original : El uzbeko mudo y otras historias clandestinas
Traducteur : Bertille Hausberg
Éditeur : Métailié
Nombre de pages : 152
Date de parution : 2 avril 2015

Auteur :
Luis Sepúlveda est né le 4 octobre 1949 à Ovalle, dans le nord du Chili.
Le Vieux qui lisait des romans d’amour, son premier roman traduit en français a connu un très grand succès dans le monde entier, il est traduit en 35 langues.
Ses œuvres sont aujourd’hui des best-sellers mondiaux.

Présentation de l’éditeur :
Il était une fois, dans les années 60 du siècle dernier, des pays où la politique occupait une place primordiale dans la vie des jeunes gens. Au Chili comme ailleurs, le langage était codé et les slogans définitifs. Mais on est très sérieux quand on a dix-sept ans à Santiago du Chili et qu’on s’attaque au capitalisme avec un succès mitigé. On peut monter une opération contre une banque pour financer une école et utiliser toute la logistique clandestine pour trouver du lait en poudre pour empêcher un bébé de pleurer ; chanter Blue Velvet en plein hold-up pour que les clients présents dans la banque n’aient pas peur ; se tromper d’explosif et rentrer à pied ; préférer la musique américaine à la dialectique marxiste pour séduire les filles ; apprendre le taekwondo qui rend les Coréens du Nord invincibles et trouver contre leur champion des solutions créatives… En état de grâce littéraire, Luis Sepúlveda nous raconte ces histoires irrésistiblement drôles et tendres en hommage à un temps où on pouvait rêver “d’être jeune sans en demander la permission”.

Mon avis :
Luis Sepulveda nous propose un recueil de nouvelles où l’on oscille entre l’humour et le tragique des révolutions sud-américaines. Et c’est bien souvent l’humour ou la tendre dérision qui l’emporte.
Parce que la Révolution est l’affaire de jeunes idéalistes qui pensent aussi à la musique et aux filles. Parce que ces jeunes ont des rêves, qu’ils respectent souvent les plus faibles mais manquent parfois d’expérience.
Derrière cette légèreté de la jeunesse, Sepulveda n’hésite pas à glisser que bon nombre de ces idéalistes ont perdu la vie lors de combats.
Sepulveda était étudiant lorsqu’il est emprisonné sous le régime de Pinochet. C’est donc avec nostalgie qu’il revit cet engagement, rendant ainsi hommage à la jeunesse perdue des militants.

Il m’a fallu un peu de temps pour entrer dans cette dualité. J’ai commencé à accrocher à la troisième nouvelle avec El Flaco qui matraque Blue Velvet lors d’un casse de banque.  Sepulveda va même jusqu’à faire de l’ironie sur le jargon révolutionnaire. J’ai beaucoup aimé la cinquième nouvelle qui nous émeut sur la personnalité d’un révolutionnaire abandonnant sa vie de famille suédoise pour repartir au Nicaragua malgré des épisodes antérieurs périlleux au Chili. Être révolutionnaire est l’engagement d’une vie.
Alors, l’intérêt est fixé et le sourire continue avec ces voleurs au grand cœur qui venge la mort de deux militants, la méthode Djoutché qui réserve une belle leçon de Tae Kwon Do, ou cette course poursuite après des condors, cadeaux du gouvernement chilien à Cuba.
L’humour et l’ironie sont omniprésents,  » Les bibles méthodistes et les livres rouges offraient le meilleur papier à rouler. » mais la dernière nouvelle rappelle la gravité avec l’histoire du déserteur témoin de l’exécution du Che par l’armée bolivienne.

Humour et Histoire par un grand auteur chilien, ça ne se rate pas!