Tomber du ciel – Caroline Tiné

Titre : Tomber du ciel
Auteur : Caroline Tiné
Éditeur : Les Presses de la Cité
Nombre de pages : 192
Date de parution : 17 septembre 2020

 

Lorsqu’enfant Talitha devait prendre régulièrement l’avion pour rejoindre son père aux États-Unis après le divorce de ses parents, elle rêvait d’un crash pour ne plus avoir à entendre les disputes des adultes. Là-haut, elle était dans sa bulle, près du ciel.

L’avion, une passion qui ne l’a jamais quittée. A vingt-trois ans, elle devient hôtesse de l’air.  Les longs-courriers sont sa famille. Aujourd’hui, elle est pigiste pour un magazine spécialisé dans les voyages et elle prend l’avion pour Singapour. Dans cet Airbus 380, elle se sent chez elle et retrouve ses anciens collègues. Mais elle y rencontre aussi d’autres voyageurs.

Dans ce huis-clos, chacun traîne ses peurs, ses particularités.

La rencontre aussi est un risque. Le vase clos atténue la méfiance, décuple l’attirance.

Saul Melmoth, le co-pilote très professionnel, est en proie à une dépression. Depuis la mort de son père,  il entend des voix. Son couple bat de l’aile, il est sous anti-dépresseurs. Lors des tests de pilotage, il a caché sa maladie. Il ne peut rater un dernier vol sur cet avion qu’il adore, un avion en fin de vie lui-aussi. Il a toujours aimé travailler avec Talitha.
Leïla, fille de diplomate, est atteinte du syndrome d’Asperger. Stressée en avion, elle n’en perd pas ses capacités étonnantes liées à une intelligence hors du commun. En professionnelle, Talitha la rassure et peut lui apporter beaucoup de connaissances.
Marie-Ange voyage avec son chien, un chihuahua sur lequel elle a reporté tout l’amour qu’un homme pathétique lui refuse. Talitha, qui elle aussi, sort d’une déception amoureuse, la comprend.
Anil Shankar , un bel homme sans âge, énigmatique , attire leurs regards. Atteint d’un cancer incurable, il se rend à Singapour pour solder ses affaires avant de se retirer dans un ashram.

Dans ce milieu clos et anxiogène, où le cockpit reflète sa définition littérale anglaise ( arène pour combat de coqs), où les zones de turbulence mettent à cran les passagers déjà en proie à leurs problèmes personnels, Caroline Tiné met en mouvement ses personnages plutôt bien ancrés. En journaliste, elle s’est particulièrement bien documentée sur le travail des pilotes et hôtesses de l’air. Sans lourdeur, elle commente les détails techniques dans le poste de pilotage.

Avec un style simple et fluide, un lieu anxiogène, des personnages psychologiquement fragiles, l’auteure compose un roman rythmé, angoissant. Si personnellement, je ne me suis pas suffisamment attaché aux personnages, je ressors de ce récit avec une angoisse accrue à prendre l’avion.

Le métier de mourir – Jean-René Van der Plaetsen

Titre : Le métier de mourir
Auteur : Jean-René Van der Plaetsen
Éditeur : Grasset
Nombre de pages : 272
Date de parution : 26 août 2020

 

Nous sommes en 1985, auprès d’un check-point de Ras-el-Bayada, une zone tampon en territoire libanais où les soldats sont chargés de préserver Israël des attaques du Hezbollah. En ce lieu où l’attaque terroriste est une menace permanente, nous assistons à la relation naissante entre Belleface, le responsable du check-point et Favrier, un jeune soldat français nouvellement affecté.

Belleface, un surnom que nous comprendrons au fil de l’histoire, est un juif polonais de cinquante-huit ans, rescapé des camps de Treblinka. Peut-on survivre à la Shoah? Ancien légionnaire, retraité colonel de l’armée israélienne, il renonce à son grade pour intégrer l’Armée du Liban Sud. Énigmatique et secret, peu de gens connaissent réellement son histoire et c’est ce qui fascine Favrier, jeune homme incompris de son propre père.

D’ailleurs que fait-il là, ce jeune français? Fuit-il le confort familial, un amour perdu ou honore-t-il la mémoire d’un ami libanais en venant défendre cette terre si belle et chargée de la présence de Dieu? Comprendre Belleface pourrait lui apporter une réponse.

« Un idéal permet de pousser un homme jusqu’au bout de lui-même, jusqu’à ses dernières extrémités – et cela, c’était le territoire même des soldats, et leur quotidien en temps de guerre. »

Mais Belleface ne parle pas de lui, même si  il sent en Favrier ce fils qu’il n’a jamais eu et auquel il pourrait transmettre sa mémoire.

 » Il était bien gentil, ce Favrier, mais il ne connaissait encore rien de la vie. Que pouvait-il savoir, à son âge, de la souffrance? Et du désir de survie – ou plutôt de la nécessité de vaincre? »

Au fil des soirées solitaires et opiacées de Belleface, nous découvrons les périodes de son existence dont il ne parvient pas à tourner la page. La drogue lui permet d’atteindre ses souvenirs les plus enfouis, le drame de son enfance, les horreurs de la guerre au Vietnam aux côtés de légionnaires parfois sortis des rangs des nazis. La vie de Belleface est semée de pertes d’êtres chers. La mort se lit dans les yeux de celui qui n’a jamais tenu à la vie. Qui se souviendra de lui après sa mort?

 » Compter aux yeux d’une personne, cela voulait dire qu’on avait servi à quelque chose lors de notre passage sur terre.  »

Favrier peut-il être cette personne pour le soldat qui ne possède qu’une vieille bible et s’obstine à citer en permanence L’Ecclésiaste.

La rencontre des deux hommes est très belle en ce lieu perdu où le danger est imminent. Malgré un récit plutôt lent et lourd, marqué par l’attente et le poids de la guerre, Jean-René Van der Plaetsen maintient le suspense en ne nous dévoilant qu’au fil de l’eau le mystère qui entoure la vie de Belleface et l’issue que l’on sent tragique de cette rencontre.
L’auteur, ancien casque bleu au Liban en 1985, connaît bien ce milieu. Je ne suis pas très réceptive aux métiers de la guerre même si je comprends et respecte l’engagement de certains, risquant leur vie pour sauvegarder les nôtres. Si les personnages sont très beaux, que nous comprenons les motivations de leur engagement, il n’en reste pas moins qu’il y a au fond d’eux ce besoin de vengeance, ce désir de mort, parfois difficile à accepter.

 

Impossible – Erri De Luca

Titre : Impossible
Auteur : Erri De Luca
Littérature italienne
Titre original : Impossibile
Traducteur : Danièle Valin
Éditeur : Gallimard
Nombre de pages : 176
Date de parution : 20 août 2020

 

 » Impossible c’est la définition d’un évènement jusqu’au moment où il se produit. »

Le nouveau roman d’Erri de Luca se présente comme un huis-clos, un face à face entre un accusé et un jeune magistrat. Mais cette discussion passionnante s’ouvre aussi sur la montagne, lieu de l’accident, sur le passé pendant les années de plomb et sur la correspondance entre l’accusé et sa tendre compagne.

Le narrateur est un grimpeur aguerri. Ce jour-là, dans la vire de Bandiarac, il se retrouve derrière un autre montagnard qui se hâte pour ne pas être rattrapé. Jusqu’au moment où il doit signaler à la police la découverte du corps de cet homme dans une crevasse. Les soupçons se portent tout de suite sur lui. Effectivement, la victime n’est autre que son ancien ami, compagnon révolutionnaire pendant les années de plomb, devenu son pire ennemi suite à la dénonciation du groupe quarante ans plus tôt.

Le magistrat trop jeune pour vraiment comprendre ce temps périmé du XXe siècle, porte des jugements, accuse ouvertement le narrateur. Le débat entre les deux hommes est particulièrement passionnant.

 » Je n’ai rien contre ce magistrat. Avec moi, il tente un dialogue à la Socrate, il veut être l’accoucheur de la vérité. »

Le magistrat veut à la fois faire avouer au vieil homme son crime actuel mais aussi comprendre ce passé incompréhensible pour ceux qui sont venus après. Responsabilité individuelle ou collective. Réflexion sur la fraternité , sur l’engagement politique, sur le communisme. Finalement, le narrateur dévoile un peu de sa personnalité multiple dans une époque agitée. L’interrogatoire devient aussi une occasion de parler de lui, d’un passé qu’il n’aborde même pas avec sa femme à laquelle il écrit régulièrement depuis sa garde à vue.

Le narrateur est très respectueux des mots, la langue est une monnaie d’échange. Le magistrat utilise des ruses pour convaincre le grimpeur de s’accuser du meurtre de son ancien ami.

Impossible est une confrontation passionnante sur la justice et l’engagement politique, entre le révolutionnaire nostalgique et la jeune génération perplexe sur les combats d’une autre époque. Le dialogue est ponctué de bouffée d’air en pleine montagne, de souvenirs et de belles lettres d’un homme captif à sa femme.

Dîner à Montréal – Philippe Besson

Titre : Dîner à Montréal
Auteur : Philippe Besson
Editeur : Julliard
Nombre de pages : 198
Date de parution : 29 mai 2019

 

Dix-huit ans après sa rupture avec Paul Darrigrand, Philippe croise son ancien amant lors de la signature de son roman Se résoudre aux adieux dans une librairie de Montréal.

Surpris, l’auteur parvient toutefois à oser inviter Paul à dîner. Celui-ci accepte mais vient avec sa femme, Isabelle. Philippe viendra avec Antoine, un étudiant rencontré quelques mois auparavant.

Dans ce huis-clos, les conversations sont empreintes de sous-entendus. Paul et Philippe ne peuvent ouvertement évoquer le passé devant leur compagnon. Entre conversations anodines, évocations de leurs vies respectives, Paul utilise souvent l’analyse des romans de l’auteur pour exposer des traces de leur histoire et lancer des questionnements silencieux pour le plus grand malaise de tous.

« la vie ça ne fait pas un livre, jamais, la vie réécrite ça peut en faire un. »

Chacun joue son rôle. Isabelle souhaite éviter les sujets sensibles. Paul surprend en voulant se questionner sur le passé. Antoine assiste au spectacle. Philippe est curieux de comprendre Paul, sans vouloir blesser les deux autres.

Les points cruciaux sont abordés entre les deux ex-amants lorsque Isabelle et Antoine s’échappent pour fumer une cigarette. La conversation directe est alors plus périlleuse.

Philippe Besson poursuit et termine son cycle autobiographique sur ses amours passées. Le talent s’exprime une fois de plus grâce à la sincérité de l’auteur, dans l’analyse sans tabous des sentiments de chacun.

« Le commentaire de l’actualité est une béquille bien commode

Mais ici l’essentiel réside dans l’intime entre la vie assumée de Philippe, bien loin d’être idéale dans les moments de solitude et de doute sur son charme et les réticences de Paul, incapable d’assumer et privilégiant la tranquillité au risque de passer à côté du bonheur.

Dans une conversation policée, l’auteur joue avec la différence entre ce qui se dit et ce que l’autre entend, ne sachant jamais, comme lors de la rupture si le coeur prime sur la raison.

Grâce à la finesse de l’écriture, le regard de l’auteur, nous assistons vraiment à ce dîner à Montréal. Percevant autant les regards, les attitudes que les mots prononcés, le lecteur se positionne en spectateur privilégié de ce huis-clos sous haute tension.

Le poids de la neige – Christian Guay Poliquin

Titre : Le poids de la neige
Auteur : Christian GuayPoliquin
Littérature québécoise
Editeur : Editions de l’observatoire
Nombre de pages : 254
Date de parution : 10 janvier 2018

La neige alourdit le poids de la solitude dans ce huis-clos où deux hommes coupés de leur famille tentent de survivre. Les titres de chapitre sont des centimètres de neige s’accumulant comme une inévitable épée de Damoclès.
Un homme jeune roulait vers le village de son père qu’il n’a pas vu depuis dix ans, ignorant que ce dernier était décédé depuis peu. Sortie de route, accident, il a les jambes broyées sous le véhicule. Dans le village enneigé, une panne d’électricité générale affole les habitants qui voudraient fuir tant que cela est encore possible.
Soigné par la vétérinaire et un pharmacien, le jeune homme mutique est confié au vieux Matthias, un étranger bloqué au village alors qu’il désespère de rejoindre sa femme malade.
Méfiance, dépendance, les relations entre les deux hommes évoluent doucement vers une confiance nécessaire, un divertissement indispensable, une sortie du mutisme pour survivre.
Peu à peu, le village se vide, la nourriture se raréfie et l’étau se resserre sur les deux hommes isolés.
«  La panne, ton accident, ce village, tout ça, ce ne sont que des détours, des histoires incomplètes, des rencontres fortuites. Des nuits d’hiver et de voyageurs. »
Si j’ai aimé l’atmosphère cotonneuse de ce huis-clos, sombrant à «  vingt mille lieues sous l’hiver. », le contexte reste nébuleux, les histoires et relations humaines trop superficielles.
Si Matthias prend une certaine substance à mes yeux, le fils du mécanicien et les habitants du village restent des personnages trop fuyants.

Article 353 du code pénal – Tanguy Viel

VielTitre : Article 353 du code pénal
Auteur : Tanguy Viel
Éditeur: Éditions de Minuit
Nombre de pages : 176
Date de parution : 31 janvier 2017

Voici certainement le roman de la rentrée d’hiver 2017 le plus commenté et salué dans la presse et le plus apprécié des blogueurs. A sa lecture, je ne peux que me rallier à la majorité.

Martial Kermeur, ouvrier licencié suite à la fermeture de l’arsenal de Brest, abandonne en mer Antoine Lazenec,, lui assurant une mort certaine sous le seul regard compréhensif des mouettes.
 » Cinq milles, c’est sûr, ça ne sa fait pas à la nage, encore moins dans une eau fraîche comme elle l’est sur nos côtes au mois de juin, et quand bien même, cinq milles nautiques, ça fait dans les neuf kilomètres. »
Arrêté le lendemain , Kermeur se laisse emmener calmement par la police.
Le roman est la longue confession de Kermeur auprès du juge. De la simplicité d’un ouvrier confiant et honnête, de la rage d’un homme enlisé dans un avenir sombre, le récit puissant, direct s’intensifie au fil des pages.
Et s’il en fallait davantage pour ferrer le lecteur, Tanguy Viel lance des  » flèches comme autant de récits futurs » intensifiant l’intrigue et donnant l’envie de percer tous les mystères.

Un homme comme Kermeur ne devient pas un assassin du jour au lendemain.
Facile de voir en fin de parcours les coups durs qui convergent vers ce point où tout bascule, ce moment où l’on ne peut plus faire marche arrière.
Opportunité ratée, divorce, chômage, se retrouver seul avec un jeune fils dans une demeure délabrée du parc du château en attendant la prime de licenciement comme un espoir de pouvoir enfin acheter un bateau et pêcher. Tout aurait pu s’arranger si Antoine Lazenec n’était pas arrivé avec sa Porsche dans ce petit bourg breton voué à la morosité depuis la fermeture de l’arsenal.

 » Comme un marseillais » ( dit le breton Tanguy Viel mais je dirais comme un politique nanti), Antoine Lazenec est familier, chaleureux, promet monts et merveilles, inspire confiance. Il représente la promesse d’avenir pour un village en perte de vitesse. Mais comment supporter cette façon d’ afficher sa richesse acquise avec l’argent volé aux crédules travailleurs sans aucune conscience, aucun remords.
Des excuses, un jugement, personne n’en veut.

Ce long monologue ( ou presque car le juge intervient très peu) est parfaitement travaillé dévoilant tous les sentiments de ce père finalement transformé  » en rocher absent » pour un adolescent qui, pourtant voudrait l’empêcher de tomber face au manque d’humanité de beaux parleurs.
Difficile de ne pas être indigné, révolté, touché par ce récit.
 » Même, à force de cette noirceur ou nuisance ou maléfice dont les gens comme ça enferrent le monde autour d’eux, à force je ne saurais pas vous expliquer comment, mais ils parviennent à ôter aux autres ce qui leur reste de dignité ou simplement de logique. »

Je remercie Babelio et les Éditions de Minuit pour l’attribution de ce livre lors de la dernière opération Masse Critique.

 

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Zola Jackson – Gilles Leroy

leroyTitre : Zola Jackson
Auteur : Gilles Leroy
Éditeur : Mercure de France
Nombre de pages : 144
Date de parution: janvier 2010, Folio en mai 2011

Gilles Leroy a obtenu le Prix Goncourt en 2007 avec son roman Alabama song mais c’est dans ce huis clos poignant que je le préfère.
Août 2005, l’ouragan Katrina dévaste la Nouvelle-Orléans. Après la rupture des digues du lac salé ( lac Pontchartrain), l’eau monte dangereusement sur le quartier de Gentilly où habite Zola Jackson.

«  Quarante ans plus tôt, déjà, quand le monstre s’appelait Betsy, ils avaient dynamité les digues à l’est afin que l’eau n’inondât pas le Quartier français et les immeubles d’affaires en se répandant dans les quartiers pauvres. »

Avant le déluge, Zola refuse de quitter sa maison. Plus tard, elle ne voudra pas suivre les équipes de sauvetage pour ne pas abandonner sa chienne labrador, Lady.
Cette maison, c’est Aaron, son mari, celui qui a accepté de l’épouser alors qu’elle était une mère célibataire, qui l’a construite de ses mains. Elle est solide et généreuse comme l’était Aaron.
Lady lui a été offert par son fils, Caryl. Alors qu’il s’inquiétait pour sa mère seule dans ce quartier pauvre mal fréquenté et qu’elle refusait d’emménager chez lui à Atlanta, il lui a proposé un chien. Elle a choisi un labrador blanc.
 » Mais on ne quitte pas La Nouvelle-Orléans. On y naît, on y crève. C’est comme ça. »
Alors que les eaux montent jusqu’au premier étage, les souvenirs et les regrets assaillent Zola qui reste pourtant une femme forte, fière et déterminée.
Son fils était sa fierté. Intelligent, il a fait de brillantes études. Beau avec de grands yeux verts.
 » Quand il rit, mon fils, l’espace se modifie, l’air vibre, la lumière s’irise et les contours cèdent: comme si la face du monde même s’était mise à sourire, tout s’évase et s’illumine, la cuisine devient un palais, la courette un jardin de maître et mon cœur une étoile en suspens. »
Pourquoi, comme tant d’autres n’a-t-elle pas su accepter sa différence? Est-ce parce qu’elle était une femme noire qu’il a choisi un homme blanc?
Les souvenirs, comme ces cadavres, les rats et serpents flottant dans cette eau noire boueuse qui monte jusqu’au premier étage, accompagnent l’attente solitaire de Zola et Lady.
Les secours ont fort à faire, l’armée est sur les déserts d’Orient.
 » Nous demeurons pour eux la cité barbare, celle qui ne voilait pas apprendre l’anglais, qui n’aurait jamais le goût du puritanisme, qui fraternisait avec les Indiens et qui, comme eux, adorait les esprits du fleuve Mississippi avec bien d’autres divinités arrivées comme nous du monde entier et comme lui chamarrées. Et nous avons mêlé nos sangs, nos couleurs, nos langues et nos dieux métèques de tant de façons que sans doute nous avons mérité cette épithète de barbare. Il s’agit maintenant d’en payer le prix. Car l’on paie toujours cher sa volonté d’être, disait mon fils. »

Gilles Leroy, en plein cataclysme naturel, nous fait vivre le drame personnel de Zola Jackson. La montée des eaux juxtapose la montée des regrets de cette mère meurtrie. Le lien de Zola et de Lady reste la seule éclaircie au milieu du déluge.

Zola Jackson est un roman concis et poignant qui dresse une très belle figure de mère et une amitié remarquable entre un chien et son maître.

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Après l’orage – Selva Almada

almadaTitre : Après l’orage
Auteur : Selva Almada
Littérature argentine
Traduction : Laura Alcoba
Éditeur : Métailié
Nombre de pages : 144
Date de parution : 6 mars 2014

Auteur :
Née en 1973 à Entre Ríos, elle vit aujourd’hui à Buenos Aires. Elle a écrit plusieurs recueils de nouvelles. Après l’orage est son premier roman.

Présentation de l’éditeur :
Un garage au milieu de nulle part, province du Chaco, nord de l’Argentine. La chaleur est étouffante, les carcasses de voiture rôtissent au soleil, les chiens tournent en rond. Le Révérend Pearson et sa fille Leni, seize ans, sont tombés en panne ; ils sont bloqués là, le temps que la voiture soit réparée. El Gringo Brauer s’échine sur le moteur tandis que son jeune protégé Tapioca le ravitaille en bières fraîches et maté, et regarde avec curiosité ces gens si différents qui lui parlent de Dieu.
Dans ce huis clos en plein air, le temps est suspendu, entre-deux, l’instant est crucial : les personnages se rencontrent, se toisent, s’affrontent. C’est peut-être toute leur vie qui se joue là, sur cette route poussiéreuse, dans ce paysage hostile et désolé, alors que l’orage approche.
Selva Almada signe ici un premier roman époustouflant de maîtrise, avec une prose sobre, cinématographique, éminemment poétique.

Mon avis :
Je suis toujours assez ébahie de voir comment en si peu de pages, un auteur peut me faire percevoir avec autant de précision des personnages et des lieux. Selva Almada cible l’essentiel en choisissant les détails importants à cette compréhension.
Le révérend Pearson a cette obsession du Christ dans chacune de ses paroles. Depuis son baptême évangélique organisée par sa mère pour lui donner un avenir, il use de ses yeux et de ses mots pour « récurer les esprits sales, les rendre à leur pureté originelle et les remplir de la parole de Dieu. » Il sillonne les chemins avec sa fille Léni, adolescente partagée entre l’amour de son père et la vision éclairée de cette croyance omniprésente.
El Gringo Brauer, garagiste cinquantenaire lui, croit davantage à la nature et c’est ainsi qu’il a élevé Tapioca, jeune garçon abandonné par sa mère dans sa station service.
Dans ce huis-clos au sein du garage, conceptions opposées et ressemblances de parcours vont s’affronter entre les quatre personnages jusqu’à ce que la nature et les hommes éclatent.
 » Méfiez-vous des mots forts comme des mots jolis. Méfiez-vous de la parole du patron comme de celle de l’homme politique. Méfiez-vous de celui qui dit être votre père ou votre ami. Méfiez-vous de ces hommes qui prétendent parler à votre place et dans votre intérêt. »

Un premier roman à ne pas manquer.

Selva Alamada sera présente au Salon du Livre du 21 au 24 mars 2014 et c’est dans le cadre d’une lecture commune avec Eimelle que j’ai lu ce roman pour saluer la venue de l’Argentine, invité d’honneur du Salon.

 

 

 

 

Le week-end – Bernhard Schlink

schlinkTitre : Le week-end
Auteur : Bernhard Schlink
Éditeur :Gallimard

Résumé :
Après plus de vingt ans passés derrière les barreaux, Jörg est gracié par le président de la République allemande. Pour ses premières heures en liberté, sa soeur Christiane a organisé des retrouvailles avec de vieux amis dans une grande demeure à la campagne, près de Berlin. Mais ce week-end, qu’elle avait souhaité paisible, est difficile à vivre pour tout le monde, tant les questions de responsabilité, de culpabilité et de pardon sont dans toutes les têtes. Car Jörg est un ancien terroriste de la Fraction Armée Rouge.
Pendant trois jours, les coups de théâtre et de bluff des uns et des autres vont se succéder. Chacun cherche sa place, et le choc des biographies, des rêves et parfois des mensonges produit plus de questions que de réponses. L’amitié passe-t-elle avant tout jugement moral ? Le regret et le pardon sont-ils souhaitables, possibles, suffisants ? Le week-end renoue avec la force et la concision du premier grand succès de Bernhard Schlink, Le Liseur, et prolonge avec beaucoup de talent les interrogations qui hantent son œuvre.

Mon avis:
Ce livre est un excellent huis-clos puisqu’ on retrouve pour trois jours dans une vieille maison de campagne les anciens amis et la famille de Jörg. Christiane, sa soeur, vient juste d’aller le chercher à sa sortie de prison. Il vient  d’être gracié par le Président, comme d’autres anciens terroristes de la Fraction Armée Rouge.
Autant dire que les retrouvailles vont être mouvementées. Les anciens amis ont évolué et ne comprennent pas les meurtres qui, pour Jörg ne sont que des dommages collatéraux inhérents à toute lutte révolutionnaire pour un monde meilleur.
Les théories s’affrontent, les comptes se règlent, la curiosité est parfois malsaine mais l’amitié l’emporte malgré tout.
Jörg sera pourtant touché par le jugement de son fils, qui s’est immiscé dans les retrouvailles et accuse son père d’être responsable de la mort de sa mère.
Ce livre nous donne l’occasion de réfléchir sur la culpabilité, la religion, l’amitié, le pardon, la non-réalisation de ses désirs qui pourtant conduit vers un exil où l’on peut être heureux.

Un livre très intéressant et très bien écrit.