Celui qui est digne d’être aimé – Abdellah Taïa

Taïa


Titre : Celui qui est digne d’être aimé

Auteur : Abdellah Taïa
Littérature marocaine
Editeur : Seuil
Nombre de pages : 136
Date de parution : 5 janvier 2017

Celui qui est digne d’être aimé est un roman violent, fort sur la volonté et la possibilité de vivre dignement son identité de musulman homosexuel au Maroc ou en France.

Le récit est constitué de quatre lettres, trois sont écrites, la dernière ne le fut pas mais elle reflète la pensée de son auteur. Quatre lettres qui nous font remonter dans le temps ( août 2015, juillet 2010, Juillet 2005, Mai 1990) et nous donnent à comprendre le mal être d’Ahmed.

Ahmed a quinze ans en 1990, il vit à Salé dans un milieu pauvre. Sa mère voulait le tuer dans son ventre craignant d’enfanter une nouvelle fille. C’est la prémonition du frère aîné, le préféré qui l’arrêta. Est-ce pour cette raison qu’il sera homosexuel?
Un jeune garçon homosexuel au Maroc rêve de rencontrer un riche français qui le sortira de sa misère. Pour Ahmed, ce sera Emmanuel. Emmanuel qui va le « coloniser« , l’éduquer, l’amener à effacer toutes ses racines, à renier son identité.

La première lettre est celle d’Ahmed à Malika, sa mère morte en 2010. C’est une lettre de haine et de reproche.
 » J’ai 40 ans et je suis devenu un jaloux calculateur et froid. »
Pour l’adulte blessé qu’il est devenu, Malika n’était qu’une femme cruelle, autoritaire qui usait de ses charmes pour assujettir son mari, un brave homme ensorcelé par le sexe prêt à tout accepter pour un regard de sa femme.
 » Et malheureusement pour moi, je suis comme toi…Je suis froid et tranchant comme toi. Malin, calculateur, terrifiant parfois. Dans le cri, dans le pouvoir, dans la domination. Exactement comme toi. »

La seconde lettre est celle d’un amant à Ahmed. Vincent vient de découvrir ses racines marocaines. Dans le métro parisien, il tombe sous le charme d’Ahmed. Ahmed, l’homme qui emmènerai Les lettres portugaises dans la mort, un livre qui parle d’amour et d’abandon. Sombre prémonition.

Vient ensuite une lettre de rupture adressée à Emmanuel écrite en juillet 2005 par Ahmed. En treize ans de vie commune, Emmanuel a sorti Ahmed de son village, de son pays, il a fait son éducation mais il l’a aussi débaptisé, contraint à renier ses origines, à oublier sa culture. Comment ne pas faire le parallèle entre cet homme et le pays?
 » Confronté, tu ne cessais de te dérober, Emmanuel. Tu n’es ni un raciste ni un conservateur, tu votes toujours à gauche et tu ne caches rien aux impôts. Pourtant, tu n’as eu aucun scrupule à reproduire sur moi, dans mon corps, dans mon coeur, tout ce que la France refuse de voir : du néo-colonialisme. »

La dernière partie est sans aucun doute la poignante confession qui aide à comprendre le comportement torturé d’Ahmed.

Ce récit fortement inspiré de l’histoire de l’auteur est fort et violent parce que le jeune Ahmed est à ce point de révolte où il ne supporte plus cette liberté acquise, ne supporte plus ce que l’on a fait de lui. Avec des phrases simples de l’écriture épistolaire et les mots crus, Abdellah Taïa fait parfaitement ressentir la complexité de son personnage. Ahmed a cru en la liberté offerte grâce à l’attention de ce riche parisien, il a profité de cette aubaine se soumettant à la fois par amour et par intérêt. Avec le décès de sa mère, il perd son assurance, se rappelle comment les techniques de séduction, de possession de Malika ont causé le malheur de son père.
Ce roman est un cri de révolte mais aussi une façon de montrer comment un homme peut perdre sa dignité en acceptant de renier ses racines pour s’intégrer dans un autre monde.
 » Non seulement il faut s’intégrer de force dans la société française, mais si, en plus, on réussissait à faire oublier notre peau, notre origine, ça serait parfait. »

Style, construction, sujet, je recommande cette lecture.

La double vie de Jesús – Enrique Serna

SernaTitre : La double vie de Jesús
Auteur : Enrique Serna
Littérature mexicaine
Titre original : La doble vida de Jesús
Traducteur : François Gaudry
Éditeur: Métailié
Nombre de pages : 368
Date de parution : 25 août 2016

Parmi mes lectures de rentrée, le roman d’Enrique Serna est le plus complet et le plus captivant ( mais je n’en suis qu’au début de ma découverte). Contexte politique et social du Mexique, personnages complexes pris entre leur volonté et leur nature, suspense en pleine campagne électorale. Tout cela sur un ton grinçant, parfois drôle, efficace qui ne laisse aucune place au romanesque mais nous plonge dans l’atmosphère des très bons romans noirs.

Jesús Pastrana, quarante trois ans, est commissaire à la Cour des Comptes de Cuernavaca, dans l’État de Morelos, le deuxième plus dangereux du Mexique.
La ville est aux mains de deux cartels, les Tecuanes et les Culebros qui achètent l’ensemble de la classe politique dont le maire actuel, Aníbal Medrano. Les narcotrafiquants font régner la terreur dans les rues.
 » Je ne veux pas que mes enfants grandissent dans un pays gouverné par des escrocs et des criminels, où personne ne peut vivre en paix. »
C’est pour cela que Jesús va se battre afin d’être le candidat de son parti, le PAD (Parti d’Action Démocratique) pour les prochaines élections de la mairie.
Marié à Remedios, «  image vivante de la mesquinerie bourgeoise » devenue aigrie et aussi desséchée qu’un fakir, Jesús ne la désire plus et ne la supporte que pour le bien-être de ses enfants. Hanté par un souvenir de jeunesse, celui de n’avoir pas su défendre Gabriel, son meilleur ami d’école, Jesús ne veut plus être  » l’enfant sage et appliqué qui avait eu peur de la religion de la liberté. »

Refusant de nier ses pulsions au nom de la raison, un soir de galère, bien imbibé d’alcool, il suit une prostituée transsexuelle, «  une jolie biche toute jeune, d’une gracile allure de ballerine. » Très vite, il tombe amoureux de Leslie, qui n’est autre que le frère jumeau du chef du clan des Tecuanes, Lauro Santoscoy.
Vouloir faire campagne contre la corruption demande beaucoup de rigueur et d’acharnement et cette liaison fatale ne va pas simplifier la tâche.
Aidé de son adjoint, Israel Durán, de Felipe Meneses, un des rares journalistes qui ose dénoncer les abus des politiques corrompus puis de Cristina, conseillère prête à s’engager pour défendre le mariage gay et la libéralisation de l’avortement, Jesùs, surnommé  » le sacristain » part en campagne contre Arturo Iglesias, le candidat du parti adverse, le PIR, soutenu par les corrompus du PAD et flanqué d’une femme sublime et charismatique qui ravit les médias.

Autant dire que la bataille de Jesùs sera rude. Comment rester intègre quand la vie privée peut devenir une bombe médiatique, que les caprices de Leslie engendrent des situations périlleuses, que vous entrez dans la famille d’un chef de gang, que votre propre parti ne vous soutient plus? Peut-on se frotter au pouvoir et rester intègre?
 » On a raison de dire que le pouvoir intoxique les gens: aucune drogue ne pouvait se comparer au plaisir de changer les désirs en actes. »

Le récit est passionnant, calibré, avec des scènes grandioses et des moments de doute et de réflexion. Les personnages sont travaillés, versatiles parfois insaisissables suivant les événements. Du rythme, de l’ironie permettent de dédramatiser le contexte social du Mexique où la corruption est bien mieux tolérée que la liberté des mœurs.

Ce fut une découverte d’auteur et une lecture passionnante et prenante.

rl2016

Challenge contre l’homophobie

homophobie C’est un article du blog La bibliothèque de Sev qui a attiré mon attention sur ce challenge lancé en mai par Nathalie du blog Sur ma table de nuit.
L’actualité nous rappelle cruellement l’intolérance de certains face aux différences.

 » L’idée donc de ce défi de lecture est de participer à changer cela, est d’essayer de donner un message d’espoir pour toutes les personnes homosexuelles en leur montrant que nous, simples lecteurs, simples amoureux de la lecture, les acceptons pleinement et que nous sommes tout aussi révoltés face à une certaine partie de notre population non compréhensive. »

La lecture est une porte ouverte sur le monde, une manière d’apprendre à connaître d’autres cultures, d’autres façons de vivre.

Comme l’objectif de ce challenge est de lire six livres d’ici la fin de l’année, et que je ne pense pas en avoir dans ma PAL, je ne peux pas vraiment m’engager sur ce défi. Par contre, je suis prête à en lire un ou deux si vous me laissez de bons conseils en commentaires.

En échange, je laisse aux futurs intéressés des idées de lecture parmi celles qui m’ont touchée.

abbott irving afrika Louis Roy rendell isherwood arnaud1 brucker shangvi garcia recondo

Vous retrouverez tous les détails de ce challenge sur le blog de Sur ma table de nuit.

Mon chat Yugoslavia – Pajtim Statovci

statoviciTitre : Mon chat Yugoslavia
Auteur : Pajtim Statovci
Littérature finlandaise
Traducteur : Claire Saint-Germain
Titre original : Kissani Yugoslavia
Éditeur : Denoël
Nombre de pages : 336
Date de parution : 25 janvier 2016

Une couverture intrigante, un résumé qui promet un récit loufoque et surtout la découverte d’un auteur finlandais sont les principales raisons du choix de cette lecture.
Les promesses sont tenues avec la présence de serpents et de chats, un personnage assez ambigu qui cherche à se construire derrière une enfance en exil, une peur constante du père et surtout une plongée dans les us et coutumes des kosovars.

Toutefois la lecture est assez inégale avec l’alternance de deux époques. Tout d’abord l’errance actuelle d’un jeune homme né en Albanie et installé depuis l’enfance en Finlande. Homosexuel, déçu par les études, conscient de la difficulté d’insertion pour un immigré, il cherche sa place.
 » Les étrangers doivent se faire le cuir, bien épais, s’ils veulent être autre chose que les larbins des Finlandais. »
Il vit avec un boa constricteur et rencontre un chat décrit comme un humain qui représentera quelque part la figure du père dominateur et « esclavagiste ».

L’autre époque est celle d’une jeune fille, Eminè, qui, suite à la rencontre sur le chemin de l’école, de Bajram, un beau jeune homme, va nous faire vivre toute la tradition du mariage en Albanie avec les préparatifs, les règles de bienséance, les us et coutumes. Très vite, cette histoire passionnante nous entraîne avec ce couple sur la réalité du mariage, les difficultés politiques du pays puis l’exil.
Les deux histoires vont se rejoindre donnant ainsi quelques clés pour comprendre le mal être de Bekim.
 » J’ai passé la plus grande partie de mon enfance et de la jeunesse à espérer que mon père crève. »
La vie d’Eminé, des années 80 à 2000, est intéressante en nous faisant découvrir les traditions d’un peuple, en évoquant la situation politique et la guerre en Bosnie et en traitant de la douleur de l’exil.
Si les enfants apprennent vite la langue finlandaise, ils n’en sont pas moins rejetés par leurs camarades de classe et l’intégration des parents est plus difficile, surtout avec la peur de perdre ceux restés dans leur pays en guerre.
Le retour au pays aussi est âpre pour ceux qui ont pris d’autres habitudes et pour les enfants qui ne parlent plus leur langue maternelle.
 » Nous étions des vagabonds, des nomades repoussés dans les marges, des gens sans patrie, sans identité, sans nationalité.« 

Mais l’originalité du livre ne se trouve pas dans cette partie culturellement passionnante. Elle est bien dans la personnalité et l’errance de Bekim. Une part d’imagination qui peut symboliser l’origine du mal de ce garçon qui, enfant ne faisait que des cauchemars de serpents.
 » Mon père avait coutume de dire que le mal, en ce monde, n’existe pas sous la forme que nous lui prêtons en imagination.« 

Toutefois, il est parfois assez difficile de passer de la partie concrète du récit familial aux errances du jeune homme. Certains comportements et l’explication finale ne sont pas suffisamment ancrés dans l’essentiel du récit.

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Histoire de la violence – Edouard Louis

LouisTitre : Histoire de la violence
Auteur : Edouard Louis
Editeur : Seuil
Nombre de pages : 231
Date de parution : 7 janvier 2016

 
Edouard Louis revient avec son personnage ( un peu autobiographique) d’Eddy Bellegueule ( En finir avec Eddy Bellegueule, Seuil, 2104) et ses origines picardes.
C’est en partie Clara, la soeur d’Eddy qui raconte à son mari, le récit de cette nuit de Noël et de ses conséquences, fidèle à ce que lui en a dit son frère un an après les faits. Eddy, lui, écoute derrière la porte, se remémore, ajoute ses réflexions avec le recul, enrichit avec son ressenti, ses connaissances du personnage de Reda.
La nuit de Noël, rentrant chez lui après un réveillon passé avec ses amis, Didier et Geoffroy, il se fait accoster par Reda, un kabyle d’environ trente ans. Hésitant puis attiré, il le laisse monter chez lui. Ils font l’amour, discutent, parlent de leur enfance. Au moment de se séparer, Reda se sent insulter et devient agressif.
 » La haine n’a pas besoin d’individus particuliers pour exister mais uniquement des foyers pour se réincarner.  »
Reda, fils d’immigré doit donner à sa famille le sens d’une vie sacrifiée. Son père a fui pour sauver le passé. Même si cela était trop tard pour lui, il donnait une chance au fils qu’il aurait. Eddy n’a-t-il pas fui aussi sa famille picarde pour s’élever par les études à Paris.
Mais personne n’est dupe. Reda ou Eddy se mentent à eux mêmes et mentent à leur entourage. Le pouvoir, la fierté, la honte poussent au mensonge.
Pourquoi Eddy ne parvient-il pas à fuir une situation dangereuse auprès de Reda?  » comme si la violence première de la situation était d’abolir l’extérieur, de condamner à exister à l’intérieur des limites qu’elle trace. »
Les sentiments sont particulièrement bien analysés et notamment aussi, celui de savoir si il faut porter plainte ou non. Peur de la vengeance, de l’humiliation, de devoir sans cesse répéter une histoire douloureuse.
«  pourquoi est-ce que les perdants doivent en plus porter le témoignage de la perte, pourquoi est-ce qu’ils doivent en plus répéter la perte jusqu’à l’épuisement. »
Edouard Louis donne une densité, une réalité à son personnage, en inscrivant ses pensées en plusieurs temps ( celui des faits, celui de l’écoute du récit de sa soeur, celui de l’après). J’ai vécu son malaise face aux mensonges à lui-même, face au désoeuvrement après les faits. Comment reprendre une vie normale avec des journées longues et vides, passées à craindre, à nier la réalité, à haïr les autres.
Un peu déroutée au départ par l’expression lourde de Clara ou par les différents niveaux de récit, par le côté un peu sordide de la situation, par la sensation de reprendre l’environnement du roman précédent, j’ai finalement apprécié les récits qui donnent une dimension aux personnages, notamment la filiation de Reda, l’analyse des réactions pendant et après cet nuit de Noël traumatisante, l’approche sensible des différences ( racisme, homosexualité, clivage Paris/ Province).

Loin d’être un coup de coeur et une belle histoire, Edouard Louis propose une approche intéressante des circonstances et des conséquences d’une agression violente.
Pour un prochain roman, j’aimerais toutefois que l’auteur se libère de son passé et mette son talent d’écrivain sur une fiction novatrice.

Nota : En 2016, afin d’éviter les répétitions de biographies et les redites entre quatrième de couverture et avis, les paragraphes Auteur et Présentation de l’éditeur sont supprimés. Par contre, en cliquant sur la couverture du livre, vous serez transférés sur la page du livre sur le site de l’éditeur.

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Bien comme il faut – Sandip Roy

RoyTitre : Bien comme il faut
Auteur : Sandip Roy
Littérature indienne
Titre original : Don’t let him know
Traducteur : Marie Antilogus
Éditeur : Les Escales
Nombre de pages : 320
Date de parution : 17 septembre 2015

Auteur :
Sandip Roy est né en Inde. Il vit à San Francisco avant de s’établir à Calcutta. Il écrit régulièrement pour des publications indiennes et américaines telles que le Huffington Post et est en charge de la rubrique culture du site Firstpost. Bien comme il faut est son premier roman.

Présentation de l’éditeur :
Une ville universitaire au cœur de l’Illinois. Dans son petit appartement, Romola, jeune mariée fraîchement arrivée d’Inde, attend avec impatience sa première lettre en provenance du pays. En ouvrant par erreur une enveloppe qui ne lui est pas destinée, sa vie bascule. Des années plus tard, lorsque son fils Amit tombe sur cette même lettre, il pense avoir découvert le secret de sa mère. Mais les apparences sont parfois trompeuses.
Amit ignore qu’Avinash, son père dévoué, surfe à l’occasion sur des sites gays, incapable de refouler son attirance de toujours pour les hommes. Avinash, lui, ne se doute pas que sa femme, si docile, a jadis été courtisée par un bel acteur de Bollywood, dont elle garde le souvenir dans les pages de son journal intime, caché parmi ses saris de soie.
À Calcutta, dans la maison pleine de vie où il a grandi, Amit a toujours été protégé des secrets de ses parents. À présent ingénieur installé à San Francisco, il reste tiraillé entre sa nouvelle vie et celle qu’il a laissée derrière lui.
Des jeux adolescents aux tourments d’une vie d’adulte, des salons de coiffure de Calcutta aux McDonald’s de Californie, Bien comme il faut est une ode à la famille et aux sacrifices que l’on fait pour les êtres aimés. Tendre et puissant, ce roman marque l’arrivée d’une voix forte sur la scène littéraire internationale.

Mon avis :
Je ne refuse jamais l’occasion de lire de la littérature indienne. Ce livre avait en plus la promesse de découverte d’une nouvelle plume puisqu’il s’agit d’un premier roman.
L’auteur construit cette histoire familiale en reprenant plusieurs récits déjà publiés dans des anthologies. Et malheureusement, la construction en souffre un peu mais permet aussi d’avoir des anecdotes des différentes générations.
Nous commençons cette histoire avec Amit, indien installé en Californie. Même si il garde en lui le poids des traditions, il fait partie de la première génération à avoir épousé une américaine. Lorsqu’il reçoit sa mère, Romola venue de Calcutta quelques années après la mort de son mari Avinash, Amit croit déceler un secret de la jeunesse de ses parents.
Au fil des chapitres, l’auteur nous entraîne dans l’enfance des parents, puis le temps du mariage et enfin l’époque actuelle d’Amit.
Si les fils partent faire leurs études aux États-Unis, la tradition familiale les contraint à revenir au pays épouser une indienne. Il fallait protéger « l’honneur de la famille contre les méchantes Américaines, irrespectueuses, instables, adeptes du chewing-gum et des cigarettes. » C’est ce que fera Avinash, contrairement à ses pulsions homosexuelles en épousant Romola, qui elle renonce à l’acteur de ses rêves. Après une brève installation en Amérique, Romola contraint Avinash à revenir s’installer près de leurs familles à Calcutta.
L’auteur donne un panorama des traditions de l’Inde notamment sur les rites funéraires, les contraintes de mariage, la mauvaise influence de Bollywood, l’importance du regroupement et du soutien familial, notamment en les opposant aux libertés des États-Unis. Toutefois, même avec des anecdotes amusantes sur le passé des uns et des autres, l’ensemble m’a paru assez superficiel et creux.

RL2015

Paradis amer – Tatamkhulu Afrika

afrikaTitre : Paradis amer
Auteur : Tatamkhulu Afrika
Littérature sud-africaine
Titre original : Bitter Eden
Traducteur : Georges-Michel Sarotte
Éditeur : Presses de la Cité
Nombre de pages : 295
Date de parution : 20 août 2015

Auteur :
Poète et écrivain, Tatamkhulu Afrika (1920-2002) est né en Egypte d’un père égyptien et d’une mère turque. Ses parents meurent lorsqu’il est encore enfant, il est alors recueilli par des amis de la famille en Afrique du sud. Tandis qu’il participe à la Seconde Guerre mondiale en Afrique du nord, il est fait prisonnier à Tobruk, en Libye ; c’est cette expérience qui sera à l’origine de la rédaction de Paradis amer. De retour en Afrique du sud, il devient fervent militant anti-apartheid, et se retrouve enfermé pendant onze ans dans la même prison que Nelson Mandela.

Présentation de l’éditeur :
« Un livre extraordinaire, comme l’on en voit peu. Un texte qui doit être lu, étudié, et aimé. Une véritable oeuvre d’art. »New York Journal of Books

Un vieil homme, Tom Smith, reçoit une lettre et un colis de la part d’une personne qu’il n’a pas vue depuis cinquante ans : Danny, qui fut prisonnier avec lui pendant la Seconde Guerre mondiale, en Afrique du Nord. Dans cette intimité contrainte, tous deux se surprirent à ressentir l’un pour l’autre de forts sentiments qui les aidèrent à supporter les terribles conditions de détention, mais qui furent aussi source de conflits violents et passionnés…
Roman autobiographique, Paradis amer nous plonge avec virtuosité dans l’atmosphère d’un camp de prisonniers et évoque avec finesse la fatigue des corps, mais aussi la naissance du désir.

«Paradis amer est incisif et lyrique, caustique et émouvant. C’est une lecture enivrante. » Christos Tsiolkas

Mon avis :
La réception d’une lettre et d’un colis de la part d’un notaire s’occupant du testament d’un ancien ami plonge Tom dans les souvenirs de sa détention en camp de prisonniers pendant la seconde guerre mondiale.
Dans un premier camp géré par les Ritals, Tom se retrouve un peu contre son gré avec Douglas Summerfield, un jeune père de famille qui possède toutefois des manières féminines avec un langage précieux et une tendance à materner son ami. Cependant sa grande gentillesse les rapproche et ils s’associent pour subvenir à leurs besoins. Dans le camp, il faut se débrouiller afin de pouvoir troquer cigarettes ou travail contre des colis de nourriture.
Pourtant, une nuit, Danny, un anglais sportif, se reconnaît dans le cauchemar de Tom. Danny comprend que Tom a subi dans l’enfance les mêmes sévices que lui.  » Dans ton rêve tu disais à ton père d’arrêter de te faire une chose que mon père avait l’habitude de me faire. »
Danny et Tom, pourtant farouchement révulsés par l’attitude de certains homosexuels du camp, se rapprochent inévitablement dans une amitié masculine. Si Danny passe son temps à faire du sport, Tom aime faire l’acteur de théâtre pour Tony, un metteur en scène homosexuel. En lui proposant un rôle de femme, Lady Macbeth, Tony révèle peut-être peu à peu une part dormante de la féminité de Tom. Lorsqu’il est sur scène, Tom n’est qu’ « un être androgyne culpabilisé » qui prend en compte « la douceur du pouvoir et l’amertume de son déclin programmé » et oublie ainsi les rigueurs du camp.
L’auteur nous plonge dans l’enfer des camps avec la promiscuité des corps, les conditions sanitaires déplorables mais aussi les débrouilles des uns et des autres pour tenter de survivre et d’occuper dignement ses journées.
 » Le grand égaliseur qu’est l’indigence est désormais parmi nous et la seule société vraiment sans classes commence à s’établir, à notre corps défendant, comme le cancer ou la vieillesse. »
C’est dans les moments les plus difficiles, comme le transfert à pied du camp italien à un camp allemand, que les amitiés se révèlent indispensables à la survie, créant ainsi des liens inoubliables plus fort que toute vie antérieure.
 » Chaque jour surviennent des petites horreurs qui, nous le savons, nous hanterons plus longtemps qu’un massacre. »
Tatamkhulu Afrika évoque avec des mots assez crus cet univers d’hommes captifs ( je regrette que nombre de choses finissent en étrons ou autres matières corporelles ) mais c’est peut-être aussi cette juxtaposition de comportements sans tabous et de cette sensibilité contenue, réprouvée mais saisissable entre Tom et Danny qui fait toute la finesse de ce récit.
L’amitié des deux hommes se révèle être comme un joyau, un sentiment pur émergeant des conditions difficiles de survie de ces corps décharnés et avilis.
Et c’est avec cette pureté de sentiment que l’auteur touche son lecteur. Sans cette fois dénaturer le sentiment par le rapprochement vulgaire des corps, la sensualité et l’émotion prennent le pas sur les instincts primaires.
Cette lecture pourra déplaire par son réalisme souvent cru ( j’avoue avoir plus d’une fois été agacée par cette ambiance très masculine) mais elle cache une très belle histoire d’amitié dans un récit qui se veut aussi un témoignage historique autobiographique.

Je remercie Babelio et les Éditions Presses de la Cité pour l’attribution de ce livre lors d’une opération Masse Critique spéciale.

 

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