Challenge contre l’homophobie

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L’an dernier, je vous en avais parlé. Cette fois, je participe à cette troisième édition du Challenge contre l’Homophobie organisé par Kevin et Sur ma table de nuit.

6 couleurs sur le drapeau du mouvement LGBT, 6 livres à lire avant fin mars 2018.

Pour aider à la sélection de lectures, les organisateurs proposeront un certain nombre de lectures communes.

Si ce challenge vous intéresse, vous pouvez vous inscrire sur le blog Sur ma table de nuit.

Et si vous avez besoin de conseils de lecture, voici quelques titres lus au cours de ma longue vie de lectrice:

       

 

L’herbe maudite – Anne Enright


Titre : L’herbe maudite
Auteur : Anne Enright
Littérature irlandaise
Titre original : The green road
Traducteur : Isabelle Reinharez
Editeur : Actes Sud
Nombre de pages : 304
Date de parution : 1 mars 2017

Couronné du Man Booker Prize en 2007 pour The Gathering ( Retrouvailles, Actes Sud 2009), Anne Enright poursuit son analyse des relations familiales dans une Irlande en évolution.
Avant de mettre en scène le retour des enfants Madigan autour de Rosaleen, la mère veuve désireuse de vendre la maison de famille, l’auteur décrit le parcours de chacun des années 80 à ce jour de Noël 2005.

C’est probablement dans les années 80 que Rosaleen perçoit la difficulté d’être mère et de ne plus maîtriser le destin de ses enfants. Plus proche de ses garçons que de ses filles, elle se retire dans sa chambre lorsque Dan, le plus jeune des garçons, annonce sa volonté de devenir prêtre. Hanna, la plus jeune des filles évoque cette période où Rosaleen se lamente et le père passe ses journées dans la maison de Boolavaun, chez sa propre mère.
En progressant dans le temps, Anne Enright nous laisse découvrir les parcours de vie de chaque enfant. Nous retrouvons tout d’abord Dan, arrivé aux Etats-Unis en 1986 avec sa petite amie Isabelle. Ses études enchaînées avec des petits boulots l’ont éloigné du séminaire. Dans l’East village, au début des années 90, en pleine explosion de l’épidémie du sida, le jeune homme découvre son homosexualité auprès de Billy. Etabli à Toronto avec Ludo, Dan craint de retourner en Irlande.
En 1997, dans le comté de Limerick, faisons plus ample connaissance avec Constance. Elle est l’aînée de la famille. Mariée à Dessie, un riche irlandais, elle travaille dans une pharmacie et est la mère de trois enfants. Dévouée à sa mère et sa famille, elle souffre sans le montrer du désintérêt de tous. Qui s’inquiète de cette mammographie qu’elle passe après avoir constaté une grosseur au sein ou de son surpoids?
En 2002, Emmet, l’aîné des garçons, nous entraîne au Mali où il est en mission humanitaire avec Alice.  » Dan voyageait partout et Emmet partout ailleurs » Tout d’abord au Cambodge puis en Afrique, Emmet peine à construire une vie stable. Si Alice est la femme de sa vie, est-il capable de s’engager?
 » Parce que c’est là que vont vos fils- ils suivent leur père dans la vallée des morts, comme s’ils partaient à la guerre. »
Hanna, la plus jeune des filles est une actrice ratée. Mère depuis peu, elle vit à Dublin avec Hugh et sombre de plus en plus dans l’alcoolisme.
En ce Noël 2005, les quatre enfants se retrouvent autour de Rosaleen. Dans leur maison d’enfance sur le point d’être vendue, là où règnent des critères d’excellence autour de Rosaleen qui  » ne vous disait jamais rien en face« , qui s’autorisait juste à commenter les potins du coin pour meubler le silence.
Rosaleen «  cette femme exaspérante. Elle passait sa vie à exiger des choses des autres et à tenir les autres responsables, elle vivait dans un état d’esprit d’espoir ou de regret, et refusait de prendre en charge, ne savait pas prendre en charge, ce qu’elle avait face à elle, quoique cela puisse être. »
Alors, en ce soir de Noël, face au retour du fils prodigue, Rosaleen, femme vieillissante, a besoin de retrouver ses racines, son herbe maudite où elle rencontra son mari, Pat Madigan, celui qui la vénérait, celui qu’elle épousa en mésalliance. Chaque enfant appelle une mère différente, une femme qui a tant besoin d’attention et rejette pourtant ses propres enfants.
 » Je n’ai pas fait suffisamment attention, dit-elle. Je crois que le problème est là. J’aurais dû faire plus attention à ce qui m’entourait. »

Dans un style exigeant, Anne Enright nous emmène vers des horizons lointains où les enfants Madigan tentent de se construire difficilement. L’auteur axe son roman sur le côté psychologique. Les personnages sont très travaillés. Les pays, cultures et paysages, donnent un simple cadre au roman mais ajoutent une richesse d’images qui stigmatiseraient une belle adaptation cinématographique. Cette lecture m’a fait penser à l’excellent film de Xavier Dolan, Juste la fin du monde. On retrouve l’impossible communication des membres d’une famille explosée suite à la mort du père et perdus dans leurs dérives personnelles.
Un roman exigeant qui laisse un très beau souvenir de cette famille Madigan.

Celui qui est digne d’être aimé – Abdellah Taïa

Taïa


Titre : Celui qui est digne d’être aimé

Auteur : Abdellah Taïa
Littérature marocaine
Editeur : Seuil
Nombre de pages : 136
Date de parution : 5 janvier 2017

Celui qui est digne d’être aimé est un roman violent, fort sur la volonté et la possibilité de vivre dignement son identité de musulman homosexuel au Maroc ou en France.

Le récit est constitué de quatre lettres, trois sont écrites, la dernière ne le fut pas mais elle reflète la pensée de son auteur. Quatre lettres qui nous font remonter dans le temps ( août 2015, juillet 2010, Juillet 2005, Mai 1990) et nous donnent à comprendre le mal être d’Ahmed.

Ahmed a quinze ans en 1990, il vit à Salé dans un milieu pauvre. Sa mère voulait le tuer dans son ventre craignant d’enfanter une nouvelle fille. C’est la prémonition du frère aîné, le préféré qui l’arrêta. Est-ce pour cette raison qu’il sera homosexuel?
Un jeune garçon homosexuel au Maroc rêve de rencontrer un riche français qui le sortira de sa misère. Pour Ahmed, ce sera Emmanuel. Emmanuel qui va le « coloniser« , l’éduquer, l’amener à effacer toutes ses racines, à renier son identité.

La première lettre est celle d’Ahmed à Malika, sa mère morte en 2010. C’est une lettre de haine et de reproche.
 » J’ai 40 ans et je suis devenu un jaloux calculateur et froid. »
Pour l’adulte blessé qu’il est devenu, Malika n’était qu’une femme cruelle, autoritaire qui usait de ses charmes pour assujettir son mari, un brave homme ensorcelé par le sexe prêt à tout accepter pour un regard de sa femme.
 » Et malheureusement pour moi, je suis comme toi…Je suis froid et tranchant comme toi. Malin, calculateur, terrifiant parfois. Dans le cri, dans le pouvoir, dans la domination. Exactement comme toi. »

La seconde lettre est celle d’un amant à Ahmed. Vincent vient de découvrir ses racines marocaines. Dans le métro parisien, il tombe sous le charme d’Ahmed. Ahmed, l’homme qui emmènerai Les lettres portugaises dans la mort, un livre qui parle d’amour et d’abandon. Sombre prémonition.

Vient ensuite une lettre de rupture adressée à Emmanuel écrite en juillet 2005 par Ahmed. En treize ans de vie commune, Emmanuel a sorti Ahmed de son village, de son pays, il a fait son éducation mais il l’a aussi débaptisé, contraint à renier ses origines, à oublier sa culture. Comment ne pas faire le parallèle entre cet homme et le pays?
 » Confronté, tu ne cessais de te dérober, Emmanuel. Tu n’es ni un raciste ni un conservateur, tu votes toujours à gauche et tu ne caches rien aux impôts. Pourtant, tu n’as eu aucun scrupule à reproduire sur moi, dans mon corps, dans mon coeur, tout ce que la France refuse de voir : du néo-colonialisme. »

La dernière partie est sans aucun doute la poignante confession qui aide à comprendre le comportement torturé d’Ahmed.

Ce récit fortement inspiré de l’histoire de l’auteur est fort et violent parce que le jeune Ahmed est à ce point de révolte où il ne supporte plus cette liberté acquise, ne supporte plus ce que l’on a fait de lui. Avec des phrases simples de l’écriture épistolaire et les mots crus, Abdellah Taïa fait parfaitement ressentir la complexité de son personnage. Ahmed a cru en la liberté offerte grâce à l’attention de ce riche parisien, il a profité de cette aubaine se soumettant à la fois par amour et par intérêt. Avec le décès de sa mère, il perd son assurance, se rappelle comment les techniques de séduction, de possession de Malika ont causé le malheur de son père.
Ce roman est un cri de révolte mais aussi une façon de montrer comment un homme peut perdre sa dignité en acceptant de renier ses racines pour s’intégrer dans un autre monde.
 » Non seulement il faut s’intégrer de force dans la société française, mais si, en plus, on réussissait à faire oublier notre peau, notre origine, ça serait parfait. »

Style, construction, sujet, je recommande cette lecture.

La double vie de Jesús – Enrique Serna

SernaTitre : La double vie de Jesús
Auteur : Enrique Serna
Littérature mexicaine
Titre original : La doble vida de Jesús
Traducteur : François Gaudry
Éditeur: Métailié
Nombre de pages : 368
Date de parution : 25 août 2016

Parmi mes lectures de rentrée, le roman d’Enrique Serna est le plus complet et le plus captivant ( mais je n’en suis qu’au début de ma découverte). Contexte politique et social du Mexique, personnages complexes pris entre leur volonté et leur nature, suspense en pleine campagne électorale. Tout cela sur un ton grinçant, parfois drôle, efficace qui ne laisse aucune place au romanesque mais nous plonge dans l’atmosphère des très bons romans noirs.

Jesús Pastrana, quarante trois ans, est commissaire à la Cour des Comptes de Cuernavaca, dans l’État de Morelos, le deuxième plus dangereux du Mexique.
La ville est aux mains de deux cartels, les Tecuanes et les Culebros qui achètent l’ensemble de la classe politique dont le maire actuel, Aníbal Medrano. Les narcotrafiquants font régner la terreur dans les rues.
 » Je ne veux pas que mes enfants grandissent dans un pays gouverné par des escrocs et des criminels, où personne ne peut vivre en paix. »
C’est pour cela que Jesús va se battre afin d’être le candidat de son parti, le PAD (Parti d’Action Démocratique) pour les prochaines élections de la mairie.
Marié à Remedios, «  image vivante de la mesquinerie bourgeoise » devenue aigrie et aussi desséchée qu’un fakir, Jesús ne la désire plus et ne la supporte que pour le bien-être de ses enfants. Hanté par un souvenir de jeunesse, celui de n’avoir pas su défendre Gabriel, son meilleur ami d’école, Jesús ne veut plus être  » l’enfant sage et appliqué qui avait eu peur de la religion de la liberté. »

Refusant de nier ses pulsions au nom de la raison, un soir de galère, bien imbibé d’alcool, il suit une prostituée transsexuelle, «  une jolie biche toute jeune, d’une gracile allure de ballerine. » Très vite, il tombe amoureux de Leslie, qui n’est autre que le frère jumeau du chef du clan des Tecuanes, Lauro Santoscoy.
Vouloir faire campagne contre la corruption demande beaucoup de rigueur et d’acharnement et cette liaison fatale ne va pas simplifier la tâche.
Aidé de son adjoint, Israel Durán, de Felipe Meneses, un des rares journalistes qui ose dénoncer les abus des politiques corrompus puis de Cristina, conseillère prête à s’engager pour défendre le mariage gay et la libéralisation de l’avortement, Jesùs, surnommé  » le sacristain » part en campagne contre Arturo Iglesias, le candidat du parti adverse, le PIR, soutenu par les corrompus du PAD et flanqué d’une femme sublime et charismatique qui ravit les médias.

Autant dire que la bataille de Jesùs sera rude. Comment rester intègre quand la vie privée peut devenir une bombe médiatique, que les caprices de Leslie engendrent des situations périlleuses, que vous entrez dans la famille d’un chef de gang, que votre propre parti ne vous soutient plus? Peut-on se frotter au pouvoir et rester intègre?
 » On a raison de dire que le pouvoir intoxique les gens: aucune drogue ne pouvait se comparer au plaisir de changer les désirs en actes. »

Le récit est passionnant, calibré, avec des scènes grandioses et des moments de doute et de réflexion. Les personnages sont travaillés, versatiles parfois insaisissables suivant les événements. Du rythme, de l’ironie permettent de dédramatiser le contexte social du Mexique où la corruption est bien mieux tolérée que la liberté des mœurs.

Ce fut une découverte d’auteur et une lecture passionnante et prenante.

rl2016

Challenge contre l’homophobie

homophobie C’est un article du blog La bibliothèque de Sev qui a attiré mon attention sur ce challenge lancé en mai par Nathalie du blog Sur ma table de nuit.
L’actualité nous rappelle cruellement l’intolérance de certains face aux différences.

 » L’idée donc de ce défi de lecture est de participer à changer cela, est d’essayer de donner un message d’espoir pour toutes les personnes homosexuelles en leur montrant que nous, simples lecteurs, simples amoureux de la lecture, les acceptons pleinement et que nous sommes tout aussi révoltés face à une certaine partie de notre population non compréhensive. »

La lecture est une porte ouverte sur le monde, une manière d’apprendre à connaître d’autres cultures, d’autres façons de vivre.

Comme l’objectif de ce challenge est de lire six livres d’ici la fin de l’année, et que je ne pense pas en avoir dans ma PAL, je ne peux pas vraiment m’engager sur ce défi. Par contre, je suis prête à en lire un ou deux si vous me laissez de bons conseils en commentaires.

En échange, je laisse aux futurs intéressés des idées de lecture parmi celles qui m’ont touchée.

abbott irving afrika Louis Roy rendell isherwood arnaud1 brucker shangvi garcia recondo

Vous retrouverez tous les détails de ce challenge sur le blog de Sur ma table de nuit.

Mon chat Yugoslavia – Pajtim Statovci

statoviciTitre : Mon chat Yugoslavia
Auteur : Pajtim Statovci
Littérature finlandaise
Traducteur : Claire Saint-Germain
Titre original : Kissani Yugoslavia
Éditeur : Denoël
Nombre de pages : 336
Date de parution : 25 janvier 2016

Une couverture intrigante, un résumé qui promet un récit loufoque et surtout la découverte d’un auteur finlandais sont les principales raisons du choix de cette lecture.
Les promesses sont tenues avec la présence de serpents et de chats, un personnage assez ambigu qui cherche à se construire derrière une enfance en exil, une peur constante du père et surtout une plongée dans les us et coutumes des kosovars.

Toutefois la lecture est assez inégale avec l’alternance de deux époques. Tout d’abord l’errance actuelle d’un jeune homme né en Albanie et installé depuis l’enfance en Finlande. Homosexuel, déçu par les études, conscient de la difficulté d’insertion pour un immigré, il cherche sa place.
 » Les étrangers doivent se faire le cuir, bien épais, s’ils veulent être autre chose que les larbins des Finlandais. »
Il vit avec un boa constricteur et rencontre un chat décrit comme un humain qui représentera quelque part la figure du père dominateur et « esclavagiste ».

L’autre époque est celle d’une jeune fille, Eminè, qui, suite à la rencontre sur le chemin de l’école, de Bajram, un beau jeune homme, va nous faire vivre toute la tradition du mariage en Albanie avec les préparatifs, les règles de bienséance, les us et coutumes. Très vite, cette histoire passionnante nous entraîne avec ce couple sur la réalité du mariage, les difficultés politiques du pays puis l’exil.
Les deux histoires vont se rejoindre donnant ainsi quelques clés pour comprendre le mal être de Bekim.
 » J’ai passé la plus grande partie de mon enfance et de la jeunesse à espérer que mon père crève. »
La vie d’Eminé, des années 80 à 2000, est intéressante en nous faisant découvrir les traditions d’un peuple, en évoquant la situation politique et la guerre en Bosnie et en traitant de la douleur de l’exil.
Si les enfants apprennent vite la langue finlandaise, ils n’en sont pas moins rejetés par leurs camarades de classe et l’intégration des parents est plus difficile, surtout avec la peur de perdre ceux restés dans leur pays en guerre.
Le retour au pays aussi est âpre pour ceux qui ont pris d’autres habitudes et pour les enfants qui ne parlent plus leur langue maternelle.
 » Nous étions des vagabonds, des nomades repoussés dans les marges, des gens sans patrie, sans identité, sans nationalité.« 

Mais l’originalité du livre ne se trouve pas dans cette partie culturellement passionnante. Elle est bien dans la personnalité et l’errance de Bekim. Une part d’imagination qui peut symboliser l’origine du mal de ce garçon qui, enfant ne faisait que des cauchemars de serpents.
 » Mon père avait coutume de dire que le mal, en ce monde, n’existe pas sous la forme que nous lui prêtons en imagination.« 

Toutefois, il est parfois assez difficile de passer de la partie concrète du récit familial aux errances du jeune homme. Certains comportements et l’explication finale ne sont pas suffisamment ancrés dans l’essentiel du récit.

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Histoire de la violence – Edouard Louis

LouisTitre : Histoire de la violence
Auteur : Edouard Louis
Editeur : Seuil
Nombre de pages : 231
Date de parution : 7 janvier 2016

 
Edouard Louis revient avec son personnage ( un peu autobiographique) d’Eddy Bellegueule ( En finir avec Eddy Bellegueule, Seuil, 2104) et ses origines picardes.
C’est en partie Clara, la soeur d’Eddy qui raconte à son mari, le récit de cette nuit de Noël et de ses conséquences, fidèle à ce que lui en a dit son frère un an après les faits. Eddy, lui, écoute derrière la porte, se remémore, ajoute ses réflexions avec le recul, enrichit avec son ressenti, ses connaissances du personnage de Reda.
La nuit de Noël, rentrant chez lui après un réveillon passé avec ses amis, Didier et Geoffroy, il se fait accoster par Reda, un kabyle d’environ trente ans. Hésitant puis attiré, il le laisse monter chez lui. Ils font l’amour, discutent, parlent de leur enfance. Au moment de se séparer, Reda se sent insulter et devient agressif.
 » La haine n’a pas besoin d’individus particuliers pour exister mais uniquement des foyers pour se réincarner.  »
Reda, fils d’immigré doit donner à sa famille le sens d’une vie sacrifiée. Son père a fui pour sauver le passé. Même si cela était trop tard pour lui, il donnait une chance au fils qu’il aurait. Eddy n’a-t-il pas fui aussi sa famille picarde pour s’élever par les études à Paris.
Mais personne n’est dupe. Reda ou Eddy se mentent à eux mêmes et mentent à leur entourage. Le pouvoir, la fierté, la honte poussent au mensonge.
Pourquoi Eddy ne parvient-il pas à fuir une situation dangereuse auprès de Reda?  » comme si la violence première de la situation était d’abolir l’extérieur, de condamner à exister à l’intérieur des limites qu’elle trace. »
Les sentiments sont particulièrement bien analysés et notamment aussi, celui de savoir si il faut porter plainte ou non. Peur de la vengeance, de l’humiliation, de devoir sans cesse répéter une histoire douloureuse.
«  pourquoi est-ce que les perdants doivent en plus porter le témoignage de la perte, pourquoi est-ce qu’ils doivent en plus répéter la perte jusqu’à l’épuisement. »
Edouard Louis donne une densité, une réalité à son personnage, en inscrivant ses pensées en plusieurs temps ( celui des faits, celui de l’écoute du récit de sa soeur, celui de l’après). J’ai vécu son malaise face aux mensonges à lui-même, face au désoeuvrement après les faits. Comment reprendre une vie normale avec des journées longues et vides, passées à craindre, à nier la réalité, à haïr les autres.
Un peu déroutée au départ par l’expression lourde de Clara ou par les différents niveaux de récit, par le côté un peu sordide de la situation, par la sensation de reprendre l’environnement du roman précédent, j’ai finalement apprécié les récits qui donnent une dimension aux personnages, notamment la filiation de Reda, l’analyse des réactions pendant et après cet nuit de Noël traumatisante, l’approche sensible des différences ( racisme, homosexualité, clivage Paris/ Province).

Loin d’être un coup de coeur et une belle histoire, Edouard Louis propose une approche intéressante des circonstances et des conséquences d’une agression violente.
Pour un prochain roman, j’aimerais toutefois que l’auteur se libère de son passé et mette son talent d’écrivain sur une fiction novatrice.

Nota : En 2016, afin d’éviter les répétitions de biographies et les redites entre quatrième de couverture et avis, les paragraphes Auteur et Présentation de l’éditeur sont supprimés. Par contre, en cliquant sur la couverture du livre, vous serez transférés sur la page du livre sur le site de l’éditeur.

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