La transparence du temps – Leonardo Padura

Titre : La transparence du temps
Auteur : Leonardo Padura
Littérature cubaine
Titre original : La transparencia del tiempo
Traducteur : Elena Zayas
Éditeur : Métailié
Nombre de pages : 448
Date de parution : 10 janvier 2019

Avec Les brumes du passé, j’ai découvert et aimé le personnage de Mario Conde, cet ancien flic « hétérodoxe et fantasque, allergique aux armes et à la violence qui lisait trop, prétendait écrire et disait fonctionner en suivant ses coups de cœur, ses préjugés et ses prémonitions. »

Mario Conde a quitté la police en soutien à un chef écarté. Depuis il vivote en vendant de vieux livres d’art récupérés dans les vieilles demeures désertées et en enquêtant comme privé pour des amis. Car pour Conde, l’amitié est essentielle. Dès qu’il a un peu d’argent, c’est pour partager rhum et petits plats avec sa bande d’amis.

Avec Hérétiques, j’ai aimé l’alliance de l’Histoire et du quotidien de Conde avec ce regard inquiet sur la société cubaine. je retrouve ici avec La transparence du temps exactement la même construction. Évidemment, je perds un peu en découverte mais je ne me lasse pas de l’empathie de Conde ni des prouesses de Leonardo Padura qui sait si bien m’embarquer dans ses histoires et dans l’Histoire.

Conde va bientôt fêter ses soixante ans.  » L’évidence d’un nombre couperet, dont même la sonorité était effrayante. »
La Havane commence à entrouvrir ses portes et Conejo, un des meilleurs amis de Conde pense à s’exiler à Miami auprès de sa fille. Deux évènements qui perdurent beaucoup Mario Conde.
heureusement, Bobby, un ancien ami de lycée l’appelle pour enquêter sur la disparition d’une statue en bois, une vierge noire, volée par Raydel, son jeune amant. Une belle occupation et une promesse de dollars pour l’enquêteur vieillissant.

Quelle valeur peut avoir cette statue ramenée d’Espagne par l’homme qui avait épousé la grand-mère de Bobby?  A-t-elle des pouvoirs miraculeux? En tout cas, cette vierge noire semble très convoitée par les marchands d’art de Cuba et sa disparition entraîne plusieurs meurtres violents.

Leonardo Padura alterne le récit de l’enquête de Conde avec les péripéties au fil  du temps ( de nos jours au XIIe siècle) d’un certain Antoni Barral, un être historique et atemporel qui protège la statue depuis les conquêtes des Templiers en terre sainte jusqu’à la guerre d’Espagne.
Une fois de plus, l’auteur nous entraîne sans relâche sur les traces d’une relique religieuse, nous plonge au cœur d’une enquête complexe dans La Havane coupée en deux entre les quartiers riches et les zones misérables.

Suspense, histoire passionnante au cœur d’un pays fracturé par des années de dictature où l’amitié inébranlable de Conde pour ses proches illumine le récit malgré l’inquiétude de cette génération au pouvoir d’achat de plus en plus incertain.

Le coeur converti – Stefan Hertmans

Titre : Le cœur converti
Auteur : Stefan Hertmans
Littérature néerlandaise
Traducteur : Isabelle Rosselin
Éditeur : Gallimard
Nombre de pages: 368
Date de parution : 23 août 2018

Les petits villages sont empreints d’histoire. Stefan Hertmans, installé à Monieux dans le Vaucluse, entend parler de son trésor caché et part sur les traces d’une jeune normande chrétienne convertie au judaïsme par amour pour David Todros, le fils du rabbin de Narbonne.

Nous sommes au XIe siècle. Les seigneurs de guerre féodaux prennent les armes remettant en cause la paix religieuse installée par Charlemagne.

Le Pape Urbain II veut reconquérir Jérusalem et commence d’ores et déjà à anéantir tous les juifs de France.

Vigdis, la jeune viking, normande de haut rang s’enfuit de Rouen avec David. Ils traversent les campagnes et les forêts pour rejoindre Narbonne. Une ville qu’elle devra fuir aussi pour Monieux, perdant en chemin ses deux enfants, capturés par les chevaliers chrétiens. Toute sa vie, elle devra fuir la violence des pogroms mais jamais ne baissera les bras pour retrouver ses enfants.

Si j’ai aimé cette grande histoire, rythmée par le courage de Vigdis, émue par le côté dramatique des pogroms et particulièrement par le destin de la jeune femme, je n’ai jamais pu vraiment entrer dans cette aventure. En contant son histoire, l’auteur installe une certaine distance. Le style m’a semblé assez saccadé par moment, effaçant tout lyrisme.

L’auteur insère dans le récit historique sa propre route sur les pas de Vigdis. Son émotion est palpable quand il parvient à toucher un lieu emprunté par cette éternelle fugitive comme la yeshiva de Rouen, la crypte de Clermont, les environs de Monieux ou la synagogue de Ben Ezra à Fustat en Égypte. Ses descriptions de lieux, sa connaissance pointue de cette période du Moyen-âge, ses apports culturels sur la religion juive font de ce récit un roman intéressant. 

Dans mon cœur, Stefan Hertmans supplante son héroïne, qui est pourtant une femme exceptionnelle. Voilà qui est un peu dommage sur le plan romanesque et émotionnel mais qui ajoute une dimension philosophique sur l’importance de sauvegarder notre patrimoine culturel. 

 

La révolte – Clara Dupont-Monod

Titre : La révolte
Auteur : Clara Dupont-Monod
Éditeur : Stock
Nombre de pages : 240
Date de parution : 22 août 2018

Aliénor d’Aquitaine vaut bien plus d’un roman. Après Le roi disait que j’étais diable qui opposait  le besoin de puissance de la jeune Aliénor à la douceur et la piété de son mari, le roi Louis VII, Clara Dupont-Monod continue le récit avec celle qui fut ensuite reine d’Angleterre.

«  Aliénor, la femme qui voulut être roi, échoua et devint bien plus encore. »

C’est ici davantage Richard Cœur de Lion, son fils qui prend la parole, évoquant tout ce dont il prendra la charge pour l’amour de sa mère. Mais la voix et la force d’Aliénor marquent aussi le récit.

Aliénor quitte le roi de France pour rentrer sur ses terres d’Aquitaine. Elle espère bien séduire le jeune et puissant roi d’Angleterre. Si son mariage avec le roi français fut stérile, elle aura huit enfants avec Henri Plantagenet. 

Le roman commence au moment où Aliénor demande à trois de ses fils, Henri, Geoffroy et Richard de s’allier au roi de France pour renverser leur père. Aliénor ne supporte plus l’ingérence de Plantagenet en Aquitaine, ses combats pour annexer le Languedoc et surtout son amour pour Rosemonde Clifford. 

Avec le repli de Louis VII, Plantagenet gagne l’allégeance de ses fils et enferme Aliénor dans la tour de Salisbury, privée de ses enfants pendant plusieurs années. Les rumeurs du monde lui parviennent assourdies mais elle suit les trahisons, les guerres de ses fils pour posséder l’Aquitaine et les alliances, notamment par le mariage de sa fille de onze ans au roi de Sicile.

Mère sans effusion de sentiments, elle n’en reste pas moins marquée par la mort de ses enfants. Depuis la mort du petit Guillaume à l’âge de trois ans, elle garde le cœur sec.

«  N’aime jamais. Admire, dévore, enchante mais n’aime jamais, où tu seras dépouillé. »

A la mort de Plantagenet, Richard prend sa place et part délivrer l’Orient du jihad de Saladin. Aux côtés du valeureux Mercadier, Richard prend Saint-Jean d’Acre et affronte son ennemi aux portes de Jérusalem.

De l’Histoire, l’auteure garde les épopées mais dégage de ses personnages des sentiments universels, intemporels. Elle y puise aussi des éléments pour éclairer le présent. 

«  Voilà, Richard, pourquoi j’estime la foi et déteste la religion. La première grandit l’homme, la seconde l’affole. »

Clara Dupont-Monod fait d’Aliénor une visionnaire des futures dérives du jihad.

«  En règle générale, la folie ne naît jamais d’un texte, mais de celui qui le lit. Or Saladin et ses hommes savent lire. Que se passera-t-il avec les autres? »

Outre l’excellence du style, la facilité de narration, l’auteure décortique les sentiments, analyse les situations pour tirer des leçons d’histoire des enseignements contemporains et universels. Et avec Aliénor, Clara Dupont-Monod tient une personnage de femme hors du commun qu’elle sait particulièrement bien mettre en valeur.

L’année la plus longue – Daniel Grenier

GrenierTitre : L’année la plus longue
Auteur : Daniel Grenier
Littérature canadienne
Éditeur: Flammarion
Nombre de pages : 395
Date de parution : 17 août 2016

Couvrir quatre siècles d’histoire du grand continent américain est un défi ambitieux surtout pour un premier roman. Mais la quatrième de couverture présentant Daniel Grenier comme un immense conteur, je frémissais déjà à lire les récits de la prise de Québec, de la capitulation des Indiens, de la guerre de Sécession, de la Prohibition, des débuts du cinéma et des attentats du 11 septembre.

Partir sur une étrange interprétation du vieillissement particulier des gens nés le 29 février en créant l’ordre des Twentyniners n’était pas vraiment pour me plaire. Thomas Langlois a cette particularité ( né le 29 février 1980) tout comme son aïeul, Aimé Bolduc ( né le 29 février 1760).
 » Aimé Bolduc, l’homme de l’année bissextile, celui qui ne vieillissait pas comme les autres, parce que son âme était en phase avec des planètes différentes. »
Bon, allez, pourquoi pas. Aimé vivra donc quatre fois plus longtemps.
 » Le 29 février était la date la plus importante de l’univers. Pourquoi? Parce qu’elle permettait de vivre éternellement. »
Thomas est le fils de Laura et Albert Langlois. Albert, originaire de Québec y retourne abandonnant femme et enfant afin de retrouver les traces de son ancêtre, Aimé. Lorsque Laura perd la vie dans un accident d’avion, Thomas est recueilli par ses grands-parents maternels et se lie avec Mary, une amie noire de sa mère.
Entre temps, l’auteur jongle avec les siècles pour retracer le parcours d’Aimé. C’est grâce à lui que nous vivons les grands moments de l’Amérique.
Les histoires de vie de Thomas et d’Aimé sont intéressantes mais l’enchevêtrement des époques alourdit la lecture. Le récit en devient un peu brouillon. Et quel dommage de ne pas tirer davantage partie de cette formidable occasion de réellement raconter la grande Histoire. Je fus finalement frustrée de ne pas plonger davantage dans ces grands moments mémorables. Les épisodes ne sont qu’effleurés ou vécus par un passage relativement anodin. L’ensemble manque ainsi d’accroche et je suis restée une insensible spectatrice devant ces quatre siècles d’histoire pour finalement sombrer dans l’épilogue.
L’année la plus longue n’est visiblement pas un roman pour moi.

L’avis guère plus enthousiaste d’ Alex.

500 anecdotes historiques – Daniel Ichbiah

ichbahTitre : 500 anecdotes historiques pour enfin retenir l’histoire
Auteur : Daniel Ichbiah
Editeur : Scrinéo
Nombre de pages : 295
Date de parution : février 2012

Présentation de l’éditeur :
« Qui m’aime me suive…  » « Voici le commencement de la fin. » « Honni soit qui mal y pense « . Une anecdote savoureuse est souvent liée à la plupart de ces célèbres phrases. L’auteur propose ici de remonter le cours de l’Histoire à travers ces citations entrées, pour la plupart, dans notre culture et dans le langage courant.
Ces mots synonymes de drame, de gloire ou de défaites ont marqué l’Histoire, exprimant ainsi toute l’intensité d’un événement ou reflétant le caractère d’un personnage face à l’adversité ou à un
choix difficile. A eux seuls, ils sont de véritables jalons de l’épopée humaine.

L’ambition de ce livre est d’offrir une (re)découverte aisée de l’Histoire grâce aux anecdotes qui accompagnent une phrase célèbre. Chaque citation constitue un point d’entrée vers un récit court mais fascinant, un instantané de l’Histoire riche d’enseignement et en réflexions : Une façon comme une autre de
s’approprier les grands événements historiques et d’en retenir l’essentiel.

Mon avis :
500 anecdotes pour enfin retenir l’histoire.C’est un titre un peu ambitieux mais sûrement un peu ironique. Je ne pense pas en retenir davantage avec cette lecture que pendant mes vieux cours d’histoire. Si je me fie au résultat du quiz final (je suis parvenue au score de 14/20, en corrigeant l’erreur qui s’est glissée dans la correction), je n’ai pas suffisamment mémorisé toutes ces anecdotes.
Toutefois, j’ai beaucoup apprécié la présentation et l’aspect ludique.c’est avant tout un ouvrage pour passer de bons moments tout en se remémorant des choses que l’on a apprises sur les bancs de l’école ou qui font partie de notre histoire contemporaine.
Le livre est divisé en 10 parties de l’Antiquité à nos jours. Chaque partie comprend un petit quiz en trois questions, une présentation rapide de l’époque,  un répertoire d’anecdotes et de citations que l’auteur replace dans son contexte, puis un quiz façon « questions pour un champion » qui permet de voir ce que
vous avez retenu. À la fin des 10 parties, il y a un quiz général et un index des œuvres et personnages célèbres cités.
Si je n’ai pas progressé en histoire grâce à ce livre, j’ai appris certaines choses (par exemple l’origine des contes de milles et une nuits, l’origine de mots comme tournedos Rossini, vespasienne, impressionnistes), j’ai retrouvé le contexte amusant de certaines expressions très connues.
Je dois dire que j’ai surtout apprécié la dernière partie  » de 1960 à nos jours« , peut-être pour la nostalgie de mon époque et pour l’actualité politique. C’est un document très actuel puisqu’il inclut des citations récentes de fin 2011.
La richesse du livre vient aussi du fait que l’auteur traite de faits historiques mais aussi de faits culturels et les citations émanent de la vie politique, littéraire, scientifique ou cinématographique. C’est donc davantage le reflet des époques, des sociétés que de l’histoire au sens strict du terme.
J’ai trouvé les petits encadrés réservés à un personnage célèbre très riche et intéressant, et je me demande d’ailleurs si cette forme n’était d’ailleurs pas plus enrichissante.
En tout cas, c’est un livre que je garde et que j’aurai plaisir à reprendre de temps en temps. Relire dans quelques années les petites phrases choc de nos contemporains pourra être amusant.