L’enlèvement des Sabines – Emilie de Turckheim

Titre : L’enlèvement des Sabines
Auteur : Emilie de Turckheim
Editeur : Héloïse d’Ormesson
Nombre de pages : 208
Date de parution : 11 janvier 2018

Après mon coup de coeur pour Popcorn Melody, je poursuis ma découverte de l’univers original d’Emilie de Turckheim.
L’enlèvement des Sabines s’inscrit dans cette veine novatrice tant par le patchwork de genres littéraires ( narration, théâtre, poésie…) que par le traitement du thème du roman.
Sabine démissionne de cette entreprise spécialisée dans la confection de livres factices pour écrire de la poésie. Lors de son pot de départ, alors qu’elle s’attend à recevoir une classique plante verte, ses collègues lui offrent une poupée gonflable qui porte aussi le prénom de Sabine.
Seconde fille d’une ancienne mannequin envahissante, Sabine a manqué dans sa jeunesse d’amour et de confiance. Elle est aujourd’hui une femme effacée contrairement à sa soeur avocate et à son compagnon, célèbre metteur en scène qui a produit plus de trente versions de Titus Andronicus, manière pour cet homme sanguin et tyrannique de dénoncer la violence.
Face à la poupée gonflable, tous les fantasmes s’expriment. Dans le train la ramenant chez elle, une bande de jeunes agresse la Sabine de plastique. La narratrice est terrorisée par cette violence faite aux femmes. Très vite, elle s’attache à sa colocataire en silicone qui devient la confidente de ses propres blessures. Souvenir d’un amour de jeunesse, expression d’une douceur maternelle qui n’a pas encore pu s’exprimer, confiance en une présence qui ne peut pas la juger, Sabine a une force curative auprès de la jeune femme trop effacée.

Derrière cette histoire originale et ironique, Emilie de Turckheim cible la difficulté des relations de couple, « le plus bizarre des groupes humains. ». Tout comme ce japonais, Takemoto, qui vit depuis des années une relation paisible de couple avec sa poupée, Sabine trouve sa place dans sa nouvelle vie. Elle se libère des contraintes pour s’adonner enfin à la poésie.
«  C’est tout un art dans la vie de s’adresser à la bonne personne. Les grandes rencontres, celles qui changent une vie, portent les habits du hasard. »

Si cette histoire ne suscite pas chez moi le même enthousiasme que Popcorn Melody, elle confirme mon attirance pour l’univers de Emilie de Turckheim. Cette auteure met brillamment en scène des sujets majeurs sous des histoires originales et passionnantes de personnages atypiques et attachants.

Légende d’un dormeur éveillé – Gaëlle Nohant

Titre : Légende d’un dormeur éveillé
Auteur : Gaëlle Nohant
Éditeur : Héloïse d’Ormesson
Nombre de pages: 544
Date de parution : 17 août 2017

Du couple de Gabriële Buffet et Francis Picabia dans le monde des artistes avant-gardistes du début du XXe siècle, je continue jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale avec le poète surréaliste, Robert Desnos si bien conté par Gaëlle Nohant dans Légende d’un dormeur éveillé.

Ce roman est celui d’une époque, d’un monde artistique, d’un amour absolu, d’un homme libre, tendre et impétueux.

Nous découvrons Desnos à son retour de Cuba en 1928 et le livre se referme sur la fin de la seconde guerre mondiale. Si les artistes continuent à hanter les lieux de plaisir comme le bal nègre de la rue Blomet, la France connaît la famine, la misère, les épidémies. Très vite, le contexte s’oriente vers la montée du fascisme, la victoire du front populaire puis le gouvernement de Vichy et les abus de la collaboration. Prison, camp de concentration, camp de travail, rafle, Desnos nous entraîne vers l’horreur de la seconde guerre mondiale.

Si cette époque est sordide, la vivre dans ce monde artistique est une porte sur autre vision du monde. Qui lui aussi comporte ses trahisons et ses amitiés. Le récit s’ouvre sur la scission du groupe des surréalistes dirigé par André Breton qui devient de plus en plus moraliste . Desnos est exclu pour refus de rejoindre le parti communiste et parce qu’il écrit des articles pour les journaux bourgeois. Desnos fait ses débuts à la radio où il crée le feuilleton radiophonique Fantomas avec Antonin Artaud. Il rencontre Luis Buñuel, Jean-Louis Barrault, Pablo Neruda, Garcia Lorca.

Dans ce riche contexte historique et artistique, le récit est aussi l’histoire d’un amour. Lié à Yvonne George, une actrice atteinte de tuberculose, Robert Desnos tombe sous le charme de Youki, la femme du peintre japonais Foujita. Son amour indéfectible pour cette femme légère, avide de luxe, de faste, de plaisirs hante désormais l’entièreté du récit. D’une relation sensuelle, libre et chaotique, leur lien évolue vers un besoin et un respect réciproque.

Au fil des pages, nous apprenons à connaître ce poète « aux yeux d’huître », attaché à sa liberté qui ne se marchande pas, impétueux et tendre. Il aime protéger, donner des rêves aux enfants par ses contes et ces poèmes. Il n’hésite pas à boxer les collabos, à s’engager dans la résistance. La culture devient un enjeu.
«  Tout œuvre d’art porte une vision du monde…Les despotes entendent imposer la leur, et nous leur opposons une multiplicité de regards et de points de vue qui leur est odieuse. Pour eux, il ne peut y avoir qu’une seule vérité, qui devient un catéchisme. La culture est un enjeu. Quand on permet à ceux qui en sont exclus d’accéder à l’art et à la connaissance, on sème une graine de liberté qui peut les soustraire à la toute puissance des tyrans. »

En début de lecture, la richesse du style avec ses nombreuses comparaisons me déplaisait.
«  Ils ont étiré la nuit comme on déroule une soie miroitante dans l’atelier d’un grand couturier... ». Me suis-je ensuite laissée emporter par l’intérêt du récit ou le style s’est-il ensuite épuré ( j’en ai bien l’impression), mais je me suis passionnée pour cette histoire romancée mais bien documentée et pour cet homme que je connaissais peu mais qui est ici érigé en un artiste complet, un héros, un homme humain et intègre.

Un très beau roman qui rend un hommage inoubliable à ce dormeur éveillé.

«  Tu avances, ouvert à tout ce qui peut se présenter, persuadé que le mauvais ne peut pas durer, que tôt ou tard l’horizon finira par s’éclaircir. »

 

Je peux me passer de l’aube – Isabelle Alonso

Titre : Je peux me passer de l’aube
Auteur : Isabelle Alonso
Éditeur : Héloïse d’Ormesson
Nombre de pages: 304
Date de parution: 7 septembre 2017

Angel croyait en la République quand Madrid l’a portée au pouvoir sans écoulement de sang en avril 1931. Au grand dam de son père, en avril 1938, le jeune Angel, 15 ans, s’engage dans l’armée populaire de la République pour les dix derniers mois de guerre. Il a ensuite été détenu quatre mois dans un camp français puis un an dans un camp de travail près de Barcelone.

«  Un père c’est comme une digue. Mais comme elle a toujours été là, on n’imagine pas de quoi elle nous protège. Maintenant je le sais. Mais maintenant il est trop tard. »

Prévenu de la mort de son père, Angel retrouve enfin sa famille à Madrid. Nena, sa mère est hébergée avec les deux plus petits enfants, Sol et Peque chez sa belle-sœur dont le mari est retenu en France dans un camp de concentration. La famille a été expulsée de Valencia. Seul son grand frère, Queno y est resté pour tenter de gagner quelques pesetas.
Angel découvre ce qu’est devenu son pays gouverné par Franco, la famine, la misère. Il constate l’omniprésence des drapeaux et des portraits de Franco. Sa mère lui raconte les arrestations arbitraires, les exécutions à tout moment et n’importe où. Elle le met en garde sur l’importance de respecter les religieux et les militaires. «  Sabre et goupillon, unis dans le pillage général du pays. »
Angel décide de rejoindre Queno à Valencia pour y trouver un travail et pouvoir ensuite faire venir sa mère et les petits. Très vite, il trouve un emploi et un logement grâce à Enrique Miller, celui qui avait racheté l’entreprise de son grand-père. La famille peut se réunir mais Angel n’a qu’une envie, agir, résister, passer à l’action.
«  Si on ne se bat pas, on est complice. »
Il ne peut se résoudre à attendre et laisser grandir Sol et Peque avec «  la litanie des hymnes franquistes, des bondieuseries, et de la nouvelle matière scolaire, la Formation de l’Esprit National. »

Isabelle Alonso rend parfaitement compte de l’état du pays sous Franco sans toutefois entrer dans les détails des arrestations, des tortures. Elle préfère montrer la soumission, la peur et surtout la misère de la population. Souvent les gens ne travaillaient que pour un repas misérable par jour ou un logement dans un réduit, une cave.
«  La carence du tissu contraint les mères à une ingéniosité méticuleuse. Elles réutilisent à l’infini la moindre pièce d’étoffe, décousent, redécoupent, greffent pour rallonger, élargir, adapter. Quand le vêtement rend l’âme de nouveau, vaincu par la croissance ou la simple usure, elles remettent, Pénélopes de la pénurie, leur ouvrage sur leur métier. Elles font de même avec la nourriture, pas une miette, pas une épluchure, pas une croûte qui ne retrouve un destin. Seuls les gens meurent. Les objets du quotidien, eux, touchent à l’éternité. »

Dans un contexte fort, bien maîtrisé et rendu de manière simple et concise, Isabelle Alonso construit une histoire intéressante et attachante. Je regrette presque que ce récit soit trop lisse, nous donnant une belle histoire à lire mais qui manque, pour moi, d’originalité et de relief.

 

La part des flammes – Gaëlle Nohant

Titre : La part des flammes
Auteur : Gaëlle Nohant
Éditeur: Le livre de Poche
Nombre de pages : 545
Date de parution : mars 2016, Heloïse d’Ormesson en mars 2015

Gaëlle Nohant s’empare d’un fait divers du XIXe siècle, l’incendie du Bazar de la Charité pour créer une fiction autour de trois femmes et peindre avec talent la société de l’époque.
Dans cette société foncièrement inégalitaire, les nobles ne sont pas les plus heureux.
 » Dans ce monde, il n’est pas de bonheur possible. Le croire est une illusion. » dit Sophie d’Alençon, duchesse et sœur de l’impératrice d’Autriche. Déçue par son couple, ne pouvant vivre un amour perdu, la duchesse prend d’énormes risques pour sauver les malheureux atteints de tuberculose.
Elle trouve en Violaine de Raezal, une jeune veuve cherchant à se faire accepter par la noblesse, une fêlure semblable à la sienne et l’invite dans ses bonnes œuvres et notamment sur son stand très couru au Bazar de la Charité.
Être admise au Bazar de la Charité était un souhait de Violaine afin d’entrer dans le sérail de l’aristocratie. Mais la Marquise de Fontenilles, une noble au cœur dur, l’en avait éconduit.
La jeune Constance d’Estingel, élevée durement par ses parents puis chez les Dominicaines, se retrouve sur le même stand. S’engager en ce domaine lui permet de renouer avec la foi, et de s’éloigner de son amour pour Laszlo renié à la demande de son guide spirituel, la mère dominicaine.
Le jour où le nonce apostolique vient bénir le Bazar, un incendie lié aux premiers essais du cinématographe se déclare, brûlant vives une centaine de personnes, essentiellement des femmes de la haute société.
Les rescapées sont marquées dans leur chair et leur âme.
 » Et Amélie, qui savait à quelle vitesse la valeur sociale d’une femme chute dès lors que son physique est atteint, sentit ses paroles de réconfort mourir sur ses lèvres. »
Mais une amitié scellée par la providence se noue entre Violaine, Constance et l’américaine Mary Holgart, amie de Sophie d’Alençon.
Avec ce récit tragique où les femmes se débattent entre leurs pressions régissant leurs amours, leur dévotion à la religion qui les pousse à aider les pauvres, les bassesses des nobles bornés, Gaëlle Nohant balaye aussi les débuts du cinématographe ou de l’aliéniste, le journalisme, la défense de l’honneur.
Avec un style qui se déploie aisément au profit d’une intrigue et de la description bien documentée d’un fait historique, Gaëlle Nohant ferre ses lecteurs. Souvent annoncé comme un coup de cœur pour de nombreux lecteurs, ce roman sera pour moi une agréable lecture mais insuffisamment marquée pour sortir d’une grande et belle histoire romanesque. Ce qui est déjà un atout.

Retrouvez l’avis d’Eimelle qui a eu la gentillesse de m’accompagner pour cette lecture.

Popcorn Melody – Emilie de Turckheim

TurckheimTitre : Popcorn melody
Auteur : Emilie de Turckheim
Éditeur : Héloïse d’Ormesson
Nombre de pages : 200
Date de parution : 20 août 2015

Auteur :
Née en 1980, Émilie de Turckheim publie à vingt-quatre ans Les amants terrestres. Son expérience de visiteur à la prison de Fresnes lui inspire en 2008 Les Pendus. En 2009, elle reçoit le prix de la Vocation pour Chute libre (2009). Le Joli Mois de mai (2010) et Héloïse est chauve (2012), récompensé par le prix Bel Ami, ont paru aux Éditions Héloïse d’Ormesson.
Présentation de l’éditeur :
Tom Elliott est le propriétaire de l’unique supérette de Shellawick, petite ville du Midwest où le chômage et l’alcoolisme font des ravages. Seule l’usine de pop-corn du groupe Weeping Bison permet à la région de survivre. Un jour, un immense supermarché décide de s’implanter face au magasin de Tom.

Mon avis :
Je découvre avec ce roman l’univers et le style d’Emilie de Turckheim qui ont tout pour me plaire.
Tout d’abord, l’auteur plante son décor dans un coin perdu de l’Amérique, au cœur d’un désert de poussière et de pierres nommé Le Pierrier, avec pour seule ombre celle du rocher du Toucan noir, endroit privilégié pour le suicide des âmes perdues de Shellawick.
Là vit Tom, fils du barbier et d’une indienne. Enfant, il tournait des publicités et a d’ailleurs toujours sa frimousse de rouquin aux taches de rousseur sur tous les paquets de popcorn. Après des études littéraires à l’Université de Princebourgh et à la mort de son père, il transforme l’échoppe de barbier familiale en épicerie, Le Bonheur qui ne vend que l’essentiel ( de quoi manger, se laver et trucider les mouches) et surtout pas de popcorn.
Point de rencontre des habitants, chacun vient s’asseoir dans le fauteuil du barbier, gardé en souvenir, et raconte ses souvenirs pendant que Tom griffonne de haïkus sur des annuaires.
 » Personne ne m’a jamais avoué qu’il entrait dans le Bonheur pour vider son sac et pas pour le remplir. »
Et de la peine, ils en ont à raconter dans ce paysage où règnent les coyotes, les grosses mouches vertes et la poussière, ville qui se vide progressivement de ses habitants, indiens brimés des réserves ou employés exploités dans la seule usine du coin, Buffalo Rocks. Après que les colons aient tenté d’exterminer les indiens, ce sont maintenant les grosses entreprises qui obligent à l’exode vers Cornado.
Quelques uns, ceux qui dirait-on «  vendent des fleurs« ( perdent la raison) Tom, Fleur et le vieux Matt Southridge ou sa fille adoptive, Emily Dinckinson résistent malgré l’insistance du maire à leur faire baisser les bras.
L’installation d’un supermarché, Horn of Plenty, filiale de Buffalo Rocks juste en face de l’épicerie de Tom pourrait bien signer la fin de Shellawick. Mais ce serait sans compter le pouvoir des mots.
 » C’est de la terrible immobilité du Pierrier qu’ont jailli mes poésies, comme si toutes les forces imaginatives s’étaient accumulées patiemment, dans les bulbes de fleurs, grondant souterrainement, prêts à percer le sol en damier beige et noir, à l’heure printanière. »
Les personnages sont truculents et attachants. L’auteur nous dévoile un pan de leur histoire et les sublime à chaque fois.
 » Emily était comme ces comédiennes de cinéma qui ont un rôle court comme une étoile filante et qui concentrent dans cet instant toute la lumière qui ne s’est jamais posée sur elles. »
La vie de Dennis Mahoney, dénicheur d’écrivains, est encore plus folle que les autres, digne d’un roman d’aventures.
«  La littérature était forcément un amour déçu. Dennis rêvait d’être lui-même un personnage, d’être inventé par un écrivain et de vivre à l’intérieur du roman. »

J’ai aimé cette écriture, ce paysage et ces personnages avec un brin de poésie et de folie. Emilie de Turckheim nous emporte dans son histoire en enchaînant les vies des uns et des autres (une de plus m’aurait perdue), toutes animées d’une volonté de sauver leur terre. Même la fin laisse planer un nuage de poussière.

Et pour tous les addicts de la lecture :
 » y’ a donc drogue et drogue…C’est la lecture qu’a les plus beaux effets secondaires…Alors lève la main droite et jure-moi d’continuer à t’droguer. »

Je recommande.

RL2015 bac2015

L’été des lucioles – Gilles Paris

parisTitre : L’été des lucioles
Auteur : Gilles Paris
Éditeur : Héloïse d’Ormesson
Nombre de pages : 224
Date de parution : 23 janvier 2014

Auteur :
Né à Suresnes en 1959, Gilles Paris travaille depuis plus de vingt ans dans le monde de la communication et de l’événementiel. Il a publié son premier roman, Papa et maman sont morts, en 1991, puis Autobiographie d’une Courgette en 2002. Au pays des kangourous, paru en 2012, a remporté de nombreux prix littéraires, notamment le Prix cœur de France, le Prix roman de la ville d’Aumale, le Prix des lecteurs de la bibliothèque Goncourt, le Prix Folire et en 2013 le Prix plume d’or.

Présentation de l’éditeur :
Gilles Paris brosse les portraits de personnages attachants – une ado nonchalante, une maman libraire, un père-enfant – et décrit avec tendresse l’univers poétique du petit Victor. Un roman d’apprentissage sensible et drôle. Une histoire qui réveillera l’enfant qui sommeille en vous.

Mon avis :
L’été des lucioles ou comment replonger dans les étés de notre enfance grâce à Victor Beauregard, 9 ans. Les premières vacances près de Roquebrune-Cap-Martin, dans un appartement hérité par François, le père de Victor de sa sœur Félicité sont l’occasion pour Victor de trouver de nouveaux camarades, une mignonne petite copine, des gens différents qui suscitent de nouvelles escapades.
Le récit est écrit avec toute l’innocence de l’enfance. Victor ne comprend pas toujours les amours adolescentes de sa sœur Alicia, les blessures de jeunesse de Pilar, exilée de son Argentine natale et surtout la séparation de ses parents.
 » – Et qu’est-ce que tu ne comprends pas ?
– Ben, pourquoi papa ne vit plus avec nous, pourquoi maman ne répond pas à toutes mes questions, pourquoi Alicia aime tous les garçons de son âge, surtout Lorenzo qui n’est pas le bon, pourquoi Pilar ne peint pas d’humains dans ses tableaux, enfin tout ça, quoi!  »
L’auteur nous remémore toute la tendresse de l’enfance, l’époque où un baiser sur la joue vous fait changer le cœur de place, où faire des choses en cachette vous donne le frisson. Une époque où même si nous n’y étions pas insensibles, nous ne comprenions pas les douleurs des adultes.
Pourquoi, son père qui refuse de grandir, ne veut-il plus venir à Roquebrune ? La vieille baronne esseulée donnera peut-être quelques pistes à Victor.  Ou est-ce la magie des lucioles, ou ces papillons téméraires qui se posent si souvent sur Victor?
Au moment où j’aurais pu me lasser de la douceur de l’enfance, Gilles Paris relance mon intérêt en laissant présager un orage  menaçant.
L’intérêt de donner la parole à un jeune garçon, en plus adorable, est d’avoir un style touchant grâce à la naïveté, la curiosité et l’impertinence de l’enfance. Victor est mignon lorsqu’il tombe amoureux de Justine, lorsqu’il discute avec la vieille baronne.
Cette histoire se place au cœur d’une belle région et nous aussi fait découvrir la promenade Le Corbusier avec ses magnifiques villas.
Et puis, nous grandes lectrices qui avons toujours un livre à la main, comment ne pas être touché par la maman de Victor:
 » C’est simple, maman lit tout le temps, sauf sous la douche ou quand elle dort. »

Sachez regarder la magie des lucioles, et comme moi, vous finirez ce livre avec de la poussière d’étoiles dans les yeux.

Retrouvez l’avis d’Au rendez-vous littéraire, de Cultur’elle, d’Alex Mots à Mots

Le précédent roman de l’auteur, Au pays des kangourous, est sorti en format poche en ce début d’année. Ce sera une occasion pour moi de continuer avec l’univers de cet auteur généreux.

bac2014 rentrée 14

Mais qu’est-ce que tu fais là, tout seul – Pierre Szalowski

szalowskyTitre : Mais qu’est-ce que tu fais là, tout seul ?
Auteur : Pierre Szalowski
Éditeur : Héloïse d’Ormesson
Nombre de pages : 265
Date de parution : 30 août 2012

Présentation de l’éditeur :
Le 24 décembre, dans un palace déserté de Montréal, Martin Ladouceur, célibataire endurci, s’apprête à passer le pire réveillon de sa vie. Avec pour seule compagnie un concierge protocolaire, un groom débutant et une femme de chambre timide, l’ex-légende du hockey canadien se retrouve, en prime, au régime sec, sans strip-teaseuses ni grands crus. Mais, contre toute attente, en cette nuit de Noël, un petit bonhomme va lui offrir le plus beau des cadeaux. Et, comme par magie, la terreur des patinoires découvrira un sentiment qu’il ignorait jusqu’alors. Petite philosophie du bonheur, Mais qu’est-ce que tu fais là, tout seul ? est une fable tendre et drôle, remède absolu contre la morosité.

Mon avis :
Après avoir apprécié Le froid modifie la trajectoire des poissons pour sa tendresse, son humour et ses personnages décalés, je ne pouvais que sauter sur le dernier roman de Pierre Szalowski.
Et, une fois de plus, on  retrouve humour et tendresse dans ce qu’on peut appeler un joli conte de Noël (d’ailleurs c’est bientôt l’heure des cadeaux de Noël, et avec ce livre vous serez  dans le ton).
 » Parce qu’en cette nuit de Noël les portes les plus intimes de son être avaient été ouvertes, ou plutôt forcées par effraction, et qu’aucune d’elle pour l’instant ne s’était refermée. Martin Ladouceur a senti un immense courant d’air chaud en lui. »
En publicité, il paraît que , dès qu’il y a un enfant, le public est tout de suite plus réceptif. Dans ce roman, le petit garçon s’appelle Martin, il cherche son père. Il est à la fois mignon et espiègle et il parvient à attendrir cet énorme et tapageur  joueur de hockey, qui s’appelle aussi Martin.
 » il a senti une tête se poser contre sa hanche et un petit bras l’enlacer. Sans regarder, il a mis la main, celle qui ne
tenait pas la casquette, sur l’épaule frêle et chaude qui venait de se coller à lui.
 »
On retrouve donc la magie de l’enfance qui parvient à faire grandir les adultes ( cela me rappelle L’embellie d’Audur Ava Olafsdottir). Ici, l’écriture est  plus simple, charmante.
 » L’innocence de l’enfance, c’est cette faculté de se persuader que rien n’est impossible, de croire à la magie sans qu’intervienne la raison. »
 » L’innocence de l’enfance, c’est aussi la faculté de ne jamais s’engluer dans le concret sous peine de voir la magie s’envoler. »
Non seulement, les deux Martin sont très attachants mais l’auteur les entoure de personnages très marqués comme le concierge un peu fou et hyperactif, le jeune groom qui va se révéler au fil de la nuit, le chauffeur de taxi qui se révèle être un conseiller amical.
Si vous voulez une petite bouffée d’air pur, je vous conseille ce tendre et drôle roman canadien.
J’ai quand même préféré le premier roman de l’auteur,  
Le froid modifie la trajectoire des poissons.

 Je remercie les Éditions Héloïse d’Ormesson de m’avoir donné le plaisir de relire cet auteur.

    rentrée 2012 challengeABC2013