Ensemble, on aboie en silence – Gringe

 

Titre : Ensemble, on aboie en silence
Auteur : Gringe
Editeur : Harper Collins
Nombre de pages : 176
Date de parution : 9 septembre 2020

 

 

Dès les premières lignes, le ton de ce récit est donné.

D’une part, avec la citation d’ouverture de Jiddu Krishnamurti

Ce n’est pas un signe de bonne santé mentale d’être bien adapté à une société malade.

D’autre part, avec l’aveu de cupidité en acceptant une proposition financière d’un éditeur pour écrire un récit émouvant avec son frère Thibault atteint de schizophrénie.

Mais si Guillaume ( Gringe) convainc son frère de livrer ses visions, ses voyages réels et imaginaires, ses folles histoires dans ce livre, il ne joue pas la carte de l’émotion gratuite. Bien loin de là. Guillaume Tranchant fait partie de ces jeunes artistes anti-conformistes, sans complaisance, sans filtres.

Bien évidemment on y trouve cet amour fraternel du grand frère qui a toujours été protecteur, notamment lors des premières expériences scolaires. Mais aussi les périodes plus agressives de l’adolescence.

L’auteur se confie un peu sur le milieu familial avec plusieurs déménagements. Il ne fait pas l’impasse sur la douleur et les méthodes des hôpitaux psychiatriques. Il évoque la culpabilité familiale un peu adoucie par la mise en évidence d’éventuels facteurs génétiques.

Mais, en alternant sa voix et celle de son frère, il montre la grande liberté et humanité de Thibault, toujours en quête d’aventures. Et il se découvre en miroir, montrant comment lui aussi a perdu l’équilibre. Avec une célébrité grandissante, il a quelque peu peu oublié son frère, se sabotant lui-même.

Finalement, ce récit, plus qu’un gain facile, n’est-il pas une merveilleuse façon de retrouver ce frère hors du commun et terriblement humain. Une confession libératrice des sentiments de culpabilité qui peut enfin permettre aux deux frères de se projeter en avant.

Si le sujet de la schizophrénie et de son impact sur le milieu familial est assez courant dans la littérature actuelle, Gringe en parle à sa manière. Elle peut déplaire par sa franchise, son style plutôt brut chez Gringe en opposition aux variations oniriques de Thibault. Mais c’est aussi pour cela qu’elle se démarque des autres confessions. Alors peut-être vous laisserez-vous  convaincre par la frimousse des deux frères enfants en couverture!

Riposte – David Albertyn

Titre : Riposte
Auteur : David Albertyn
Littérature canadienne
Titre original : Undercard
Traducteur : Karine Lalechère
Editeur : Harper Collins
Nombre de pages : 288
Date de parution : 11 mars 2020

Las Vegas, il est 12 heures 34 minutes, Antoine Deco, boxeur latino classé dans le top 15 mondial, se concentre. Ce soir, il va affronter Kolya Konystin, un joueur particulièrement brutal classé parmi les cinq meilleurs mondiaux. Qu’est-ce qui lui donne le courage d’affronter cette brute que tout boxeur évite?

Quelques instants plus tard, Tyron Shaw, retrouve sa tante Trudy et sa fille Tara. Ex-marine, il vient de quitter l’armée, la tête toujours hantée de ses combats en Irak. Chacun lui donne les nouvelles de ses amis, Antoine, Keenan et Naomi.

Keenan, policier comme son père connaît une mauvaise passe. Traduit en justice pour avoir tué un jeune noir lors d’une interpellation, il travaille désormais pour le service de sécurité du Reef, salle de casino où aura lieu le match de boxe. La police, la  communauté noire et même sa femme, Naomi le rejettent et l’accusent.

Quinze ans plus tôt, Tyron, Keenan, Antoine et Naomi, la seule fille du groupe dont chacun était amoureux s’entraînaient ensemble. Seul Antoine a continué la boxe. La mort violente de son père, un assassinat dont il fut témoin,  lui donne la rage de se battre. Une rage exacerbée lorsque les parents de Tyron, deux activistes noirs qui l’avaient recueilli meurent à leur tour de manière brutale. Si les parents de Keenan hébergent Tyron, ils ne veulent pas s’occuper d’Antoine, adolescent rebelle. Livré à lui-même, Antoine vit dans la rue, s’associe à un gang et fera même de la prison. Aujourd’hui, c’est l’heure de la vengeance.

Pendant ces vingt-quatre heures sous haute tension, David Albertyn ménage son suspense en nous dévoilant au fil de l’eau mais chrono en main ce qui s’est réellement passé autour des morts du père d’Antoine et des parents de Tyron. Naomi, Keenan et Tyron se retrouvent involontairement au coeur de la vengeance d’Antoine dans ce milieu des casinos où milliardaires s’octroient tous les droits, protégés par des flics corrompus.

Riposte est une lecture distrayante grâce à un scénario plutôt bien ficelé et des personnages sympathiques. Mon seul bémol serait peut-être sur le style qui laisse une place importante aux dialogues parfois un peu primaires.

Un premier roman sportif et prometteur pour cet écrivain né à Durban, en 1983. A suivre

 

La science de l’esquive – Nicolas Maleski

Titre : La science de l’esquive
Auteur : Nicolas Maleski
Editeur : Harper Collins
Nombre de pages : 224
Date de parution : 8 janvier 2020

 

Que nous cache Kamel Wozniak? Le mystère plane sur l’ensemble du roman.

Ancien boxeur, homme mystérieux, il débarque dans un petit village du sud de la France. Tout comme il esquivait les coups de son adversaire, il fuit son passé, vient se terrer dans ce village, étape avant un potentiel départ en Tanzanie.

Mais en s’installant dans la maison de Richard Villersexel, Kamel ne se doute pas qu’il va échapper à la tranquillité et devenir le point d’intérêt d’habitants en manque de nouvelles têtes.

En sauvant le jeune Kevin de la noyade, Kamel attire les regards. En plus de son propriétaire envahissant, homme hypocondriaque, déboussolé suite à son divorce, Kamel attire l’attention de Soraya Brahimi, officier de gendarmerie. Venue l’interroger sur le sauvetage de Kevin, Soraya se lie d’amitié avec cet homme qui, comme elle, a grandi dans les mauvaises banlieues.

Cet homme tatoué, mystérieux attire les amitiés.

« Sous le roc, on sent qu’il y a une personnalité d’hypersensible

Il participe au projet de Kevin et ses amis, ces jeunes ruraux, « petits terroristes agraires », prêts à tout pour financer leur rêve.

Il tombe amoureux de Laure, sa voisine mariée, peintre mystérieuse, méfiante et solitaire, elle aussi, spécialiste des mélanges des genres. Autant de rencontres qui l’attachent à ce village, qui, peut-être le ramènera sur la trajectoire qu’il voulait fuir.

Nicolas Maleski privilégie l’écriture, l’ambiance à l’histoire. Le suspense est garanti par cette ombre qui plane sur le passé du boxeur. Ses nouvelles rencontres et activités le placent en situation de risque. Mais cette menace reste au second plan grâce à la nature humaine du personnage. Les relations sociales, les échanges humains créent du lien, de l’affect. Le personnage de Kamel Wozniak, amical et juste assez ténébreux, séduit aussi le lecteur.

 

Tangerine – Christine Mangan

Titre : Tangerine
Auteur : Christine Mangan
Littérature américaine
Titre original : Tangerine
Traducteur : Laure Manceau
Editeur : Harper et Collins
Nombre de pages : 320
Date de parution : 2 mai 2019

 

Alice et Lucy se sont connues à l’internat de Bennington dans le Vermont. Toutes deux orphelines, elles se sont rapprochées. Leur caractère est toutefois bien différent.

Alice souffre d’angoisses depuis la mort de ses parents dont elle se sent responsable. C’est une fille peu sûre d’elle, très dépendante. Sous tutelle, sa fortune est gérée par tante Maude jusqu’à sa majorité. Lucy semble beaucoup plus mature et insaisissable. Les deux filles se quittent fâchées suite à un étrange accident qui laisse Alice soupçonneuse.

Nous retrouvons Alice à Tanger en 1956. Toujours perturbée et assistée, elle a suivi son mari, John, un homme arriviste qui est surtout intéressé par sa fortune. Alice s’isole de plus en plus dans cette ville qui l’effraie. Jusqu’au jour où Lucy débarque chez elle. Très vite, l’américaine se coule dans l’ambiance de cette ville surchauffée, dangereuse qui s’apprête à accéder à l’indépendance.

Lucy ouvre les yeux d’Alice tant sur le véritable comportement de son mari que sur la beauté de Tanger. Une ville mystérieuse comme Lucy, qui se cache sous plusieurs noms. Tingis cache en sous-sol le cimetière de la cité phénicienne. Que cache l’énigmatique Alice derrière son passé et ses manigances?

Dans un va et vient perturbant entre les pensées d’Alice et de Lucy, Christine Mangan crée une atmosphère hitchcokienne dans la touffeur d’une Tanger en ébullition. Les sentiments d’Alice sont assez  insaisissables : manipulation, amour, jalousie. Lucy nous entraîne elle aussi dans le doute au fur et à mesure que l’étau se resserre autour d’elle.

Le récit est plutôt bien men sur le plan de l’analyse psychologique. Si la ville de Tanger est un personnage à part entière, j’aurais aimé qu’elle prenne encore davantage d’espace. Les personnages secondaires restent trop insaisissables. Est-ce une façon de surenchérir sur le mystère? C’est peut-être ce qui m’a gênée dans ce face à face sulfureux.

Mais pour un premier roman, c’est une belle maîtrise de la tension psychologique entre plusieurs personnages. Les studios de cinéma ne se sont pas trompés et nous promettent une belle adaptatIon avec Scarlett Johansson dans le rôle d’Alice.

L’art de vivre à la japonaise – Erin Niimi Longhurst

Titre : L’art de vivre à la japonaise
Auteur : Erin Niimi Longhurst
Littérature anglaise
Titre original : Japonisme, Ikigai, Forest Bathing, Wabi-sabi and More
Traducteur : Sophie Lecoq
Illustrations : Ryo Takemasa
Éditeur : Harper Collins
Nombre de pages : 288
Date de parution : 9 mai 2018

Erin Niimi Longhurst est née d’un père anglais et d’une mère japonaise. L’héritage culturel de son grand-père est son guide spirituel. Après Séoul, New York, elle vit aujourd’hui à Londres mais les traditions japonaises façonnent sa vie.

Le Japon est un pays de tradition qui s’est longtemps isolé du monde extérieur. Leurs coutumes ont gardé la pureté de la culture nippone.

Particulièrement sereine et organisée, l’auteure construit son livre de manière claire. Elle présente la structure, conclut ses chapitres en reformulant. 

La première partie, Kokoro, est axée sur les principes philosophiques nippons. De l’importance à se trouver un but ( Ikigai), savoir ce qui nous rend heureux dans la vie. Les Japonais accordent une attention particulière à la famille, au respect des espaces communs, des autres et surtout des anciens.

J’aime particulièrement le wabi-sabi qui consiste à accepter l’éphémère, à voir la beauté de l’imperfection et le charme  du passage du temps. Les Japonais pratiquent le kintsugi qui est l’art de réparer les poteries et céramiques à l’aide d’une laque dorée. 

«  Sa fêlure devient sa force et sa beauté. »

Cet art engendre une belle leçon de vie. Jusqu’au Shoganai qui consiste à accepter ce qui ne peut être changé, admettre que c’est ainsi et qu’il faut continuer à vivre malgré les petits tracas.

La seconde partie, intitulée Karada ( le corps) est beaucoup plus pratique. Elle s’articule autour des passions et habitudes des Japonais. Une manière d’apprendre sur soi en faisant l’expérience de la beauté de la nature. La pratique des «  bains de forêt » nous entraîne sur les plus belles balades à faire au Japon. Les Japonais se ressourcent aussi dans les Onsen ( sources thermales). Vous apprendrez aussi l’ Ikebana, l’art de la composition florale, des recettes de cuisine, les bases de la cérémonie du thé ou de la calligraphie.

 

 

 

 

 

 

La maison japonaise est à l’image de ses habitants. On apprécie le confort et la souplesse de l’architecture.

La dernière et très courte partie vous invite à créer l’habitude. Si les principes du japonisme sont simples, il faut savoir les inscrire durablement dans sa vie.

«  La répétition, la volonté et l’autodiscipline s’enseignent, elles ne nous viennent (dans la plupart des cas) pas naturellement. »

Si la beauté n’est pas l’essentiel, ce livre n’en est pas moins superbe. Le texte fluide, intéressant coule sur des pages colorées, aérées de proverbes, citations et magnifiques photos. L’art de vivre à la japonaise est un livre vers lequel on revient régulièrement pour plonger dans l’harmonie, s’inspirer d’une recette, d’un conseil pour s’initier à composition florale ou la calligraphie.

Je remercie Babelio et les Editions Harper  Collins pour cette belle découverte.