Je dansais – Carole Zalberg

ZalbergTitre : Je dansais
Auteur : Carole Zalberg
Éditeur: Grasset
Nombre de pages : 160
Date de parution : 1 février 2017

 

Puissance et poésie sont les deux atouts de l’écriture de Carole Zalberg. Ceux qui m’ont séduite dans Feu pour feu où elle oppose la rage d’une adolescente écorchée face à la résignation muette d’un père en exil. Ceux du très bel album illustré L’invention du désir.

Avec Je dansais, l’auteur continue avec ses thèmes de prédilection sur l’enfermement, le poids du passé sur la transmission filiale et la violence faite aux femmes.

 » Je dansais. Du matin au soir je dansais. C’est ce que je faisais. Avant lui. »
C’est la première phrase de ce récit, le récit d’un enlèvement et d’une séquestration. Marie, treize ans est enlevée par un homme défiguré suite à une explosion. Le regard sûr de l’enfant, un regard de compassion donne à Édouard, ce monstre défiguré l’espoir d’une possible réparation.
 » Je dirais que tu n’as pas dix ans mais tu as saisi en un instant ce que c’est d’être moi. Tu as décelé le reclus derrière le masque d’horrible et douloureuse chair et déjà tu me délivres. Quelque chose d’encore vivant et fier en moi s’échappe. Que tu recueilles. Que tu sauras aimer, je le comprends aussitôt. »
Marie sera séquestrée pendant trois ans, subissant les assauts d’Édouard, enfermé das son délire amoureux;  s’il croit l’aimer d’un amour pur, il n’en fait pas moins sa chose. Elle lui oppose un silence absolu et s’évade dans les livres, les seuls endroits où elle peut respirer loin de lui.
A l’issue de ce faux dialogue entre la Belle et la Bête, les parents de Marie associent leurs voix. Comment garder l’espoir de revoir cette enfant disparue depuis tant de mois? Comment une mère, privée de liberté dans sa jeunesse, pouvait-elle mettre en garde une enfant si libre et heureuse de vivre? La mort ne vaut-elle pas mieux parfois que la souffrance?
 » Je crains autant de ne pas la revoir que de lire en elle sa disparition? »

En très peu de pages, Carole Zalberg parvient à complexifier ses personnages, en les lestant d’un passé qui, inévitablement, leur donne plusieurs dimensions. Sans lui accorder de circonstances atténuantes, Édouard a sa part de souffrances intimes qui, au-delà du visage meurtri lui laisse espérer une vie meilleure avec le regard de cette enfant. Marie porte en elle un souvenir d’enfance qui lui fait croire à l’inéluctable punition faite aux femmes. La mère de Marie, enfant caché, a traversé tant de menaces, comment peut-elle faire son deuil sans «  cadavre à coucher parmi les morts pour le repos des vivants. »

De ce fait divers, Carole Zalberg universalise son récit en insérant des paragraphes sur les violences faites aux femmes dans le monde entier. Les voix des femmes yézidies enlevées par les combattants de l’État Islamique, des femmes disparues de Ciudad Juarez, des petites filles  » donnée en pâture au sexe violent des soldats« , des  » belles ou même pas, sifflées sur les trottoirs, collées, palpées, suivies, complimentées comme on insulte ou couvertes sans détour d’injures par l’animal que nous faisons sortir de l’homme. », toutes ces voix s’unissent sous la plume de Carole Zalberg pour déclamer:
 » Quelle faute nous fait-on payer depuis la nuit des temps? »

Une fois de plus, Carole Zalberg signe un roman puissant et poétique sur des thèmes forts qui lui sont chers. Fille d’une enfant caché, son œuvre est marquée par la résilience. Ses romans sont souvent l’occasion de montrer le poids de la transmission filiale, de porter la féminité, de disséquer la part d’humanité ou de monstruosité enfermée en chacun de nous et de donner une voix aux exilés et aux femmes.
Mon avis peut être partial parce que je suis, à chaque fois, subjuguée par la langue magnifique de cette auteure qui, en quelques pages, me bouleverse par ses mots et ses messages.

 

La vie magnifique de Frank Dragon – Stéphane Arfi

ArfiTitre : La vie magnifique de Frank Dragon
Auteur : Stéphane Arfi
Editeur : Grasset
Nombre de pages : 272
Date de parution : 11 janvier 2017

Frank Dragon a six ans quand la France est aux mains du Maréchal, le  » salopard » qui baise les pieds du diable Hitler. Son père, Tateh est rabbin. Ona, sa mère lui conte l’histoire de Dieu fâché contre Ish et Isha qui ont mangé le fruit interdit du jardin délicieux.
Difficile ensuite pour cet enfant de renouer avec ce Dieu-fâché qui lui envoie tant de misères.
Ona est arrêtée en croyant à la convocation des « képis« , Tateh est dénoncé par l’horrible concierge et emmené dans un camp. Frank reste seul, caché dans la grande armoire avec ses poupées de chiffon et le grand livre rempli d’ordres de Tateh.
Madame Bonaventure, la voisine, récupère l’enfant et le confie à une grand-mère de l’arrière-pays, un peu revêche mais elle aussi marquée par la guerre. Là-bas, Frank retrouve Beata Blumenfeld, son amour secret de son immeuble parisien. Beata et Frank sont les deux seuls enfants juifs de l’école, des enfants effacés qui  » ont mal tout au fond d’eux. »
En août 44, le village est anéanti par les Allemands. Frank parvient à s’échapper avec Sauveur, le fils du facteur âgé de quatorze ans. D’autres enfants ne survivront pas.
Un mois plus tard, Frank est recueilli dans une maison de pensionnaires gérée par les Pères André et Pierre, à Villedieu. Là, il fait la connaissance de Jésus sur sa croix et se retrouve confronté la différence des religions.
En 1946, Tateh retrouve son fils et lui raconte l’horreur de sa déportation. Son récit atroce prend plusieurs pages sans aucune ponctuation, comme le vomissement d’années d’horreur. Frank ne reconnaît plus son père, ne comprend pas qu’il ait pu souffrir davantage que lui. Chacun sa souffrance, Tateh lui remet le livre, « l’histoire de leur peuple » avant de disparaître.
A 19 ans, Frank ne croit plus en Dieu mais peut-être en son fils qui, lui, sait ce que c’est de souffrir.
Frank quitte le pensionnat pour échouer à Meudon dans une ratière où il découvre le racisme. Il se retrouve finalement dans les rues de Paris en plein hiver 54, le plus froid, celui où l’abbé Pierre s’insurgera.
Curieusement, il retrouve Sauveur qui le conduira à l’hôpital.
Fiévreux et délirant, Frank nous transporte dans ses souvenirs cauchemardesques, ses visions théâtrales et ses explications avec un Dieu qui ne veut pas de lui.
 » Je crains en effet qu’un jour prochain, Je doive M’occuper personnellement des hommes dans leur ensemble, bien que j’y rechigne comme Je viens de te le rappeler, et que de ce fait, la majorité paiera pour le comportement d’un petit nombre qui mène les hostilités. Les hommes n’ont, semble-t-il, pas compris tout l’intérêt qu’il y a à exister avec des êtres différents d’eux. »

La première partie, certes sur un sujet déjà maintes fois traité, est remarquable par son style, celui d’un jeune enfant qui ne s’exprime pas, qui a une compréhension enfantine de ce qui se passe autour de lui. La naïveté et l’innocence se heurtent à la violence du moment, qui de fait est atténuée dans l’esprit de l’enfant. Mais les évènements racontés sont bien ceux qui nous ont tant de fois touchés avec la peur des uns, la méchanceté des dénonciateurs et la sympathie de certains.
En grandissant, Frank, sans jamais dire un mot, perçoit davantage de choses. Se réfugiant toujours auprès de ses poupées de chiffon, il est pourtant contraint de devenir acteur et de prendre en main sa survie. Mais le monde est toujours aussi cruel pour un jeune juif orphelin, et comme le dit Camus, «  il n’y a pas d’amour de vivre sans désespoir de vivre. »
Ses fièvres nous entraînent parfois trop loin, sans véritable interêt pour l’histoire. Mais pour l’adolescent l’irréel est un refuge nécessaire pour évacuer les angoisses. Quelques bonnes rencontres inespérées en fin de roman peuvent paraître improbables. Mais, sans exagération, ces deux points ne viennent pas compromettre l’attachement que l’on peut avoir envers le jeune Frank, qui reste toutefois le seul personnage marquant de ce premier roman.

 

Profession du père – Sorj Chalandon

chalandonTitre : Profession du père
Auteur : Sorj Chalandon
Éditeur: Grasset
Nombre de pages : 316
Date de parution : 19 août 2015

Émile Choulans, aujourd’hui « réparateur » de tableaux, marié à Fadila et père du petit Clément retourne sur les traces de son enfance lors de la crémation de son père en avril 2011.

Ce père qui, cinquante ans plus tôt a brisé son enfance par sa violence et sa folie.
Enfant, Émile n’a jamais su remplir la case  » Profession du père » sur les documents scolaires lors de la rentrée des classes.
André Choulans, autrefois pasteur pentecôtiste, se dit agent secret avec pour mission l’assassinat du Général de Gaulle. Il embarque son fils, comme son petit soldat dans ses délires l’utilisant comme messager pour poster des lettres de menace à un député ou écrire à la craie sur les murs le sigle de l’OAS.
Malgré les coups, les menaces, les humiliations, Émile cherche à tout prix la reconnaissance du père. Comment ne pas être ébloui par un père agent secret quand on est un gamin de treize ans. Il croit à toutes ses histoires, est fier de ses missions et reproduit avec Luca, un nouvel élève de son école le même schéma, s’étonnant lui-même d’une telle naïveté.
 » J’avais espéré qu’enfin il ne me croirait plus. Qu’il éclaterait de rire, qu’il cognerait son doigt sur sa tempe, qu’il le frapperait, qu’il me tournerait le dos. Mais il ne réfléchissait plus. Il acceptait tout de moi. »
Jusqu’où le mensonge peut-il conduite les hommes?
Emile est vite entraîné dans une tragique spirale pour faire face à ses tromperies. Son comportement est de plus en plus risqué, son bulletin scolaire désastreux, les représailles du père sont violentes. Coups, privations, enfermement, Emile subit tout sans pleurer, sous l’oeil résigné de sa mère.
 » Je pleurais avant les coups, à cause de la frayeur. Après les coups, à cause de la douleur. Mais jamais pendant. Lorsque mon père me frappait, je fixais un point dans la chambre… »

La mère, qui pourtant subit elle aussi les violences et punitions du père, ne se rebelle jamais et répète pour toute consolation  » Tu connais ton père ! » Sa passivité en fait un personnage aussi détestable que le père qui, lui a peut-être l’excuse de la folie.

Une fois adulte, André continue d’envoyer des lettres délirantes à son fils où il se met en scène avec des personnalités dont il relève le nom dans le journal ou le dictionnaire. Mais Émile n’est plus dupe. Si il n’a pas vraiment coupé les ponts, jamais, lors de ses visites, il ne sera reçu comme un fils. Désormais, sa mère semble soumise au point d’entrer dans le monde de son mari en acceptant toutes ses conditions.

Émile adulte garde cette cicatrice au fond de l’âme. C’est avec cette pensée qu’il dit souvent «  je t’aime » à son fils et lui lit des histoires. La mort du père permet enfin de livrer ce qu’il a contenu pendant des années.
Dans un récit sobre et sans jugement, Sorj Chalandon montre comment cette spirale de violence peut entraîner un fils sur le mauvais chemin, comment femme ou enfant peuvent subir une folle dictature par peur ou besoin de reconnaissance. Pourtant, le récit reste optimiste avec le bonheur au bout du chemin pour ce fils brimé et le soulagement par la parole pour le fils auteur qui fait face à son enfance. Un roman fort et touchant.

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Va et poste une sentinelle – Harper Lee

LeeTitre : Va et poste une sentinelle
Auteur : Harper Lee
Littérature américaine
Titre original : Go set a watchman
Traducteur : Pierre Demarty
Éditeur: Grasset
Nombre de pages : 333
Date de parution : 7 octobre 2015

La parution de Va et poste une sentinelle fut un événement littéraire majeur, inattendu et fracassant.
Ce roman, bien qu’il se passe vingt ans après les faits relatés dans le célèbre Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, est en fait le premier livre écrit par Harper Lee. Pourquoi paraît-il cinquante ans après le succès de ce livre culte? Manuscrit retrouvé, volonté de renouer avec le succès ? L’enjeu était fort. Commercialement, le pari est tenu avec des ventes record aux États-Unis la première semaine de sa sortie. Mais pour la lectrice qui a vibré face aux aventures de Scout, l’inoubliable héroïne de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, le premier sentiment avant la lecture est le doute ( ne vais-je pas être déçue?) et l’envie. Et le sentiment après lecture…?

Pour la jeune Scout, Atticus, son père est un maître à penser. Ses principes d’éducation que j’ai tant loués dans ma chronique sont remarquables et ont modelé l’esprit de Scout.
A la mort de Jem, le frère de Scout, la tante Alexandra aurait souhaité que Scout reste vivre auprès de son père. Mais la jeune femme est partie travailler à New York.
Vingt ans après, Jean-Louise Finch ( Scout) revient à Maycomb où Atticus (72 ans) vit toujours avec sa sœur, Alexandra. Il travaille encore un peu comme avocat, secondé par Hank ( Henry Clinton, ami de Jem et prétendant de Scout).
Le premier tiers du livre nous laisse reprendre nos marques avec le caractère toujours aussi impétueux de la jeune femme. Maycomb est son monde mais elle ne saurait plus y vivre. Elle se pose d’ailleurs beaucoup de questions sur la pertinence d’un mariage avec Hank.
Comment imaginer Scout sous le joug d’un mari? Elle refuse de ressembler à son ancienne amie Hester qui aime son homme jusqu’à perdre sa propre identité.
La seconde partie dévoile le nouveau visage de Maycomb. Jean-Louise s’étonne de la mise à l’écart des Noirs. Elle, bien évidemment, n’hésite pas à aller rendre visite à Calpurnia, l’ancienne cuisinière et confidente de son enfance.
 » Plus personne à Maycomb ne va voir les Noirs, pas après ce qu’ils nous ont fait. »
Cet événement restera pour moi assez nébuleux. Ni les conversations avec Jack, l’oncle un peu surprenant ou avec Atticus ne parviendront à éclaircir la situation politique de la petite ville. Une décision de la Cour suprême, l’autonomie des États, la place du gouvernement, l’action du NAACP ( Association pour le progrès des gens de couleur) remettent en discussion la notion de citoyenneté.
Surprise de la présence de Hank et d’Atticus à la table du virulent pro-segrégationniste William Willoughby lors du Conseil des citoyens, Scout doute de l’ intégrité de son père.
Sanguine, sa colère devra aller jusqu’à « tuer le père« , étape indispensable à sa maturité.
Sa violente altercation avec Atticus me semble pourtant démesurée et souvent confuse.
La brève explication de la situation du Sud qui entame juste sa révolution industrielle, qui craint une prise de responsabilité de Noirs encore  » sous éduqués » selon Atticus ( oui sa position m’a un peu étonnée) est insuffisamment convaincante.
Il y a certes beaucoup de passion dans ses affrontements avec les anciens de Maycomb, quelques agréables souvenirs de jeunesse de Scout mais je n’ai pas retrouvé l’intelligence, l’altruisme d’Atticus, la sensibilité de Scout.
Alors, le sentiment après lecture… Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur se suffit à lui-même.

Je remercie Nathalie de m’avoir accompagnée pour cette lecture. Sa chronique est ici.

Les putes voilées n’iront jamais au paradis ! – Chahdortt Djavann

DjavannTitre : Les putes voilées n’iront jamais au paradis
Auteur : Chahdortt Djavann
Éditeur : Grasset
Nombre de pages : 208
Date de parution : 6 avril 2016

 » Beaucoup de filles ont été abusées sexuellement très jeunes, souvent par l’oncle maternel ou paternel, et presque toutes ont été battues par leur père et humiliées dans leur féminité. Sans parler du fait que leur mère elle-même les a traitées de pute dès l’enfance. »

Une enfant née fille en Iran n’a-t-elle d’autre avenir que celui de vendre son corps? C’est ce que tend à montrer Chadortt Djavann avec les destins croisés de Zahra et Soudabeh et les témoignages de ces femmes de différents milieux assassinées, lapidées ou pendues pour prostitution.

«  Être une fille dans la pauvreté est une malédiction. Un garçon, même drogué et trafiquant, prend au moins plaisir à vivre certaines choses, par exemple la sexualité. »

A dix ans, les filles sont vendues en mariage à un homme trois fois plus âgé qu’elles. La seule question est déjà « combien? » pour la dot.  » il n’y a qu’un pas entre se prostituer et se marier. »

Les femmes semblent alors se soumettre à ce qui est leur destin. Lorsqu’elles se retrouvent seules avec des enfants à élever, elles deviennent prostituées ou bonnes « à tout faire et à tout sucer« .

Le pays est devenu si misérable,  » trop de pauvres, trop de miséreux, trop de drogués« , seul dix pour cent de la population détient les richesses.

Alors, même avec une licence ou une maîtrise, par nécessité, par plaisir, par évidence, par obligation, les femmes se prostituent, deviennent escort-girl pour les plus belles ou contractent des « CDD sexuels », ces sigheh ou mariages temporaires autorisés aux hommes qui ont déjà quatre épouses.

Chahdortt Djavann ne nous épargne rien avec des scènes particulièrement sordides, un langage cru qui est toutefois nécessaire pour comprendre l’humiliation. Les parcours de Zahra et Soudabeh que nous suivons de l’enfance à l’âge adulte permettent de mesurer l’inévitable destin. L’attachement à ces deux personnages suscite l’émotion. Les témoignages d’autres femmes, prostituées, assassinées, pendues ou lapidées confirment les propos en les généralisant. Certaines, plus instruites, permettent d’avoir un regard plus large sur la société iranienne.

Je ressors de cette lecture avec un profond dégoût pour cette société où les femmes ne sont  » plus que des proies sacrifiées à des maîtres indifférents et salaces, des sadiques que notre humiliation et notre souffrance excitaient« , je peine encore à croire que de telles choses soient possibles.

Je remercie l’auteur de nous laisser croire que finalement c’est  » l’ignorance qui crée l’espérance. »
Une lecture choc, une écriture courageuse qu’il est difficile de faire partager mais qu’il faut lire absolument.
Avec cette lecture, je participe à la découverte commune de cette auteure courageuse qu’est Chahdort Djavann dans le cadre du challenge Lire le monde.

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Le métier de vivant – François Saintonge

SaintongeTitre : Le métier de vivant
Auteur : François Saintonge
Éditeur : Grasset
Nombre de pages : 254
Date de parution : 2 septembre 2015

Auteur :
François Saintonge est le pseudonyme d’un auteur confirmé qui a souhaité, par convenance personnelle, demeurer dans la pénombre. Il a déjà publié sous ce nom de plume un roman, Dolfi et Marylin (Grasset, 2012).
Présentation de l’éditeur :
Durant leur scolarité à Stanislas, deux cousins de la grande bourgeoisie, Max et Léo, et un fils de famille aristocratique, Lothaire, forment un trio soudé que la guerre de 1914 va séparer avant que la paix ne les réunisse.
Pied-bot désinvolte et érotomane pratiquant, Lothaire échappe à la conscription. Léo, pilote breveté, et homme de devoir, accomplit le sien. Max demeure embusqué à la Maison de la Presse où il officie aux côtés de Cocteau et de Giraudoux avant de partir combattre en 1917 sur le front d’Orient. Démobilisé, Max accompagne avec son habituelle nonchalance la révolution surréaliste et se fait marchand d’art. Une histoire d’amour passionnelle et énigmatique l’attache par intermittence, durant plus de vingt ans, jusqu’au dénouement à Londres durant le Blitz, à Dionée Bennet. Cette jeune aventurière, devenue grand reporter, couvre tous les conflits des années vingt et trente. Elle est le parfait sosie de Max en femme : sont-ils frère et sœur, incestueux à leur insu ? Et pourquoi semble-t-elle ne pas s’étonner de leur confondante ressemblance ?

Mon avis :
Le métier de vivant ressemble à  un roman classique au charme suranné avec une grande héroïne énigmatique amoureuse de la vie et un jeune homme empêtré dans ses privilèges mais rêveur inconscient d’un autre avenir.
J’ai aimé le personnage de Max malgré sa nonchalance.
 » Tu subis ta chance comme d’autres leur guignon. »
Rien ne semble le passionner parce qu’il est né avec une cuillère en argent dans la bouche.
 » Max n’est pas curieux du monde, comme il suppose qu’un journaliste doit l’être, et aucune velléité créatrice ne l’a jamais visité. Rien ne le passionne. »
Et pourtant, il faut bien faire quelque chose de sa vie sinon il n’en restera rien.
Une lettre anonyme, la disparition de son cousin Léo au front, une bagarre dans une rue entre une prostituée et un soldat lui font prendre conscience que d’autres sont moins bien lotis, que sa mère l’a peut-être trop éloigné de la réalité.
L’auteur parvient à nous prouver qu’au fond de lui, Max possède une grande humanité, des valeurs et un idéal concrétisé par sa maison d’enfance et Dionée, cette femme qui lui ressemble comme une jumelle.
Se pourrait-il que cette fille née le même jour que lui soit une demi-sœur?
Mais, elle, effrontée, veut  » voir les flammes de près.« . Elle parcourt le monde comme journaliste au plus près des combats.

La construction est maîtrisée avec un environnement lié à la Première guerre mondiale, un climat affectif entre trois amis d’enfance et cette ritournelle de rencontres régulières.
La passion entre Dionée, effrontée, journaliste vagabonde sans attaches et Max, ce riche indécis est belle et romantique.
Une très agréable ambiance qui m’a charmée.

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Vernon Subutex 1 – Virginie Despentes

despentesTitre : Vernon Subutex 1
Auteur : Virginie Despentes
Editeur : Grasset
Nombre de pages : 400
Date de parution : 7 janvier 2015

Auteur :
Virginie Despentes est l’auteur, notamment, de Baise-moi (1993, adapté au cinéma et coréalisé avec Coralie Trinh Thi), Les jolies choses (1998), Teen Spirit (2002), Bye bye Blondie (2004, adapté au cinéma par l’auteur), King Kong Théorie (2006), Apocalypse bébé (2010, prix Renaudot).

Présentation de l’éditeur :
QUI EST VERNON SUBUTEX ?
Une légende urbaine.
Un ange déchu.
Un disparu qui ne cesse de ressurgir.
Le détenteur d’un secret.
Le dernier témoin d’un monde disparu.
L’ultime visage de notre comédie inhumaine.
Notre fantôme à tous.

 LE RETOUR DE VIRGINIE DESPENTES

Mon avis :
Virginie Despentes et Bret Easton Ellis m’ont donné des impressions de lecture similaires.
Lorsque j’ai lu Apocalypse bébé et Lunar park, j’ai découvert des auteurs que je ne voulais plus lâcher. Avec Suites impériales et Vernon Subutex 1 dans lesquels on retrouve les auteurs dans leur version habituelle plus « trash », j’adhère beaucoup moins. Si j’apprécie les rythmes alertes et les tons modernes, je me détache facilement dès que l’univers devient trop provocateur.
Lorsque les auteurs nous plongent dans le monde dénaturé du showbiz où drogue, sexe et alcool sont la norme, j’ai beaucoup de mal à trouver le rêve et l’évasion que je cherche dans la littérature.
Certes, Virginie Despentes peint une société urbaine actuelle avec beaucoup de couleurs et surtout avec un regard pertinent sur ses dérives. Réaliste, peut-être, mais tellement sombre avec des personnages d’extrême droite, des actrices de films X, des musiciens drogués et largués, des transsexuels, des bourgeoises hystériques, des lesbiennes, un trader omnipotent. Si bien que Vernon, cet ancien disquaire de cinquante ans, expulsé de chez lui pour loyers impayés depuis la mort de son copain chanteur, Alex Bleach fait figure de  » mec à la coule » très attachant.
Dans ce premier tome, l’intrigue est sous-jacente. Vernon, après les morts successives des membres d’un ancien groupe de rock, détient les dernières confessions du chanteur Alex Bleach  » insolent, beau, talentueux, enragé... » et cela semble faire trembler certaines personnes.
Mais ici, les choses se mettent simplement en place avec un nouveau personnage à chaque chapitre ou presque. Tous autant névrosés les uns que les autres, ma patience lâche.
Bien évidemment, j’aime le regard de l’auteur sur ce monde moderne. Elle sait bousculer le lecteur et le mettre face aux injustices de notre société, choisissant souvent la provocation pour bien insister sur le phénomène. Les allusions sont fines et percutantes.
J’aime aussi quand elle se montre plus humaine, avec des moments intenses comme les premières nuits de SDF, la souffrance d’une mère pour son fils aîné mort d’overdose, la peine des maîtres suite à la disparition de leur chien.
Alors, bien sûr, le style cru et violent et l’environnement provocateur sont nécessaires pour illuminer ces éclairs de lucidité sur notre monde moderne et ces tremblements d’humanité, mais franchement je ne me suis pas sentie bien dans cet univers.

Pas certaine de lire les autres tomes.

N’hésitez pas à lire des avis beaucoup plus positifs chez Clara, Alex parce que mon avis ne doit pas vous faire passer à côté de ce roman.

Je remercie les Editions Grasset et Babelio pour l’attribution de ce livre dans le cadre du dernier Masse critique.

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