La carte des Mendelssohn – Diane Meur

Titre : La carte des Mendelssohn
Auteur : Diane Meur
Editeurs : Sabine Wespieser
Nombre de pages : 496
Date de parution : août 2015

Il faut être une talentueuse historienne et une écrivaine obstinée pour s’attaquer à la généalogie des Mendelssohn. Huit générations, 765 noms depuis le philosophe allemand des Lumières, Moses, appelé le Luther des juifs. Nous connaissons surtout son petit-fils, le compositeur Felix Mendelssohn.
Diane Meur souhaite axer son roman sur Abraham Mendelssohn, le fils du philosophe et père du compositeur. Cet homme de l’ombre, méconnu, écrasé par la célébrité du père puis du fils.
«  S’il donne satisfaction en tant que banquier en herbe, il cache au fond de lui un tempérament d’artiste, et ce clivage restera toujours en lui un foyer d’instabilité et d’incertitude qui se traduira dans sa vie adulte par une bougeotte permanente. »
Cette approche me semblait un point de départ intéressant pour une grande saga romanesque.
Mais il existe déjà une biographie complète. Alors l’auteure choisit un axe plus personnel, voyant en Berlin, la ville où elle réside un lien avec les Mendelssohn.
Très vite, l’historienne veut donner une place à chaque membre, incluant conjoints, enfants disparus ou rattachés.
Je me suis très vite noyée dans les détails, m’accrochant aux luttes des juifs à travers les époques et à cette lumière apportée par les digressions de l’écrivain, de la femme, la mère de famille obsédée par les recherches pour l’écriture de son livre.
« Pourquoi tous ces détails ? Mais n’a-t-on pas compris que dans tous ces détails, précisément, s’incarne aussi pour moi l’immortalité des êtres, de leurs œuvres et de leurs idées. »
Diane Meur alterne son récit généalogique avec son quotidien d’écrivain. Une carte gigantesque envahit son salon, le lecteur participe au questionnement de l’auteur sur son projet littéraire.
Le projet est ambitieux, le travail remarquable.
« Au fond, une grande famille est comme un résumé de l’histoire humaine. »
Mais, à vouloir donner une place à chacun, je n’ai pu m’accrocher à aucun personnage.
Pour moi, lire en numérique nuit gravement à mon confort de lecture. C’est peut-être aussi une raison de mon détachement.

Trois grands fauves – Hugo Boris

borisTitre : Trois grands fauves
Auteur : Hugo Boris
Editeur : Belfond
Nombre de pages : 288
Date de parution : août 2013

Auteur :
Hugo Boris est l’auteur de trois romans, tous publiés chez Belfond et ayant tous reçu un excellent accueil critique et une reconnaissance publique. Le Baiser dans la nuque (Belfond, 2005 ; Pocket, 2007), prix Emmanuel-Roblès. La Délégation norvégienne (Belfond, 2007 ; Pocket, 2009), premier prix littéraire des Hebdos en Région. Je n’ai pas dansé depuis longtemps (Belfond, 2010 ; Pocket, 2012), prix Amerigo-Vespucci.

Présentation de l’éditeur :
Le portrait de trois prédateurs : Danton, Hugo et Churchill. Trois héros qui ont en commun d’avoir été confrontés très tôt à la mort, d’avoir survécu et d’y avoir puisé une force dévorante. Trois survivants qui ont opposé leur monstruosité à la faucheuse.
Trois grands fauves, ou comment défier la mort en trois leçons.
Trois portraits fragmentés et subjectifs, raccourcis saisissants d’une vérité qui échappe aux historiens. Une filiation imaginaire se tisse entre les personnages, dessinant une figure nouvelle. Qu’est-ce qu’un grand homme ? Où est son exception ?

Mon avis :
Un style passionné pour des hommes qui ne le sont pas moins! Hugo Boris choisit des instants de vie de trois grands hommes de l’histoire, des moments de doute, de rencontre avec la mort. Cette mort qu’ils connaissent bien pour l’avoir côtoyé dans leur jeunesse pour Danton, ou chercher sur les tables de spiritisme pour Hugo à la recherche de cette pauvre Léopoldine, ou toucher de près sur les champs de bataille en Afrique du Sud ou pendant la première guerre mondiale pour Churchill. Ils ont tous trois été meurtris par la perte douloureuse de femmes, enfants ou père mais aussi toujours été guidés vers la vie grâce à leur mission politique ou littéraire.
Si les épisodes consacrés à Danton et Hugo sont assez courts, j’en ai apprécié le dynamisme pour Danton et l’errance pour Hugo tout en étant parfois rebutée par le côté sanguin des deux hommes prompts à profiter des faiblesses de la gente féminine et des bienfaits de la vie. Mais seul ce caractère pouvait donner une telle noblesse à ce chemin vers la guillotine de Danton.
Le chapitre sur Churchill m’a davantage intéressée (peut-être connaissais-je moins l’homme). L’auteur nous explique parfaitement comment le désamour de son père a forgé cet esprit de revanche, ce besoin d’être enfin reconnu.
 » Le danger exerce sur lui un attrait irrésistible. Il ne craint pas de mourir si cela peut l’aider à se faire remarquer. »
Journaliste en Afrique du Sud, il sauve des officiers britanniques pris en embuscade dans un train par les Boers. A son retour, sa carrière politique commence.
Luttant contre le  » black dog … La dépression chronique qui le guette à chaque ralentissement de sa vie« , il est sur tous les fronts.  » La guerre est un jeu« 
Hugo Boris nous donne un aperçu très attachant de ce grand homme.
Au delà du caractère et de la renommée de ces trois grands fauves, l’auteur insère des liens concrets entre ces trois vies, donnant ainsi au lecteur une continuité et un attrait supplémentaire aux récits.

Je remercie babelio et les Éditions Belfond qui m’ont fait parvenir ce livre lors de la dernière opération Masse Critique.

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Le cas Eduard Einstein – Laurent Seksik

seksikTitre : Le cas Eduard Einstein
Auteur : Laurent Seksik
Éditeur : Flammarion
Nombre de pages : 304
Date de parution : 21 août 2013

Auteur :
Né en 1962, Laurent Seksik est médecin et écrivain. Il a publié La consultation et La folle histoire, chez Lattès, puis une biographie d’Einstein (Folio biographies, 2008). L’an dernier, il a connu un succès avec Les derniers jours de Stefan Zweig (Flammarion).

Présentation de l’éditeur :
«Mon fils est le seul problème qui demeure sans solution», écrit Albert Einstein en exil. Eduard a vingt ans au début des années 1930 quand sa mère, Mileva, le conduit à l’asile. Le fils d’Einstein finira ses jours parmi les fous, délaissé de tous, dans le plus total dénuement. Trois destins s’entrecroisent dans ce roman, sur fond de tragédie du siècle et d’épopée d’un géant. Laurent Seksik dévoile un drame de l’intime où résonnent la douleur d’une mère, les faiblesses des grands hommes et la voix du fils oublié.

Mon avis :
Albert Einstein, tout le monde le connaît pour son génie, sa fuite de Berlin et son exil aux Etats-Unis, son engagement contre le racisme et le mauvais usage du nucléaire, sa persécution par les nazis puis par le maccarthysme ou au moins pour son célèbre portrait du savant échevelé tirant la langue.
Sur sa vie privée, on sait peu de choses.
«  Si Einstein avait un fils cela se saurait, comment pouvez-vous affirmer être le fils d’Einstein ? En aucun endroit il ne parle de ses fils. Ses fils n’occupent que quelques lignes dans les nombreuses biographies qui lui sont consacrées. Et jamais on n’y mentionne le mal qui  frappait le cadet. »
Grâce à ce roman qui entrecroise les vies séparées d’Albert Einstein, de sa première femme Mileva Maric et du plus jeune fils Eduard, Laurent Seksik nous offre un roman passionnant qui garde en toile de fond les évènements mondiaux de la période de 1930 aux années 50.
Freud et le traitement de la folie ne sont pas loin non plus puisque le sujet principal est tout de même les causes et conséquences de la schizophrénie (terme inventé par Bleuler patron de l’hôpital Burghölzli où sera interné Eduard) du fils.
Hans-Albert et Eduard sont témoins des tensions du couple étonnant formé par le génie et la boiteuse Mileva, une des premières femmes à intégrer l’école polytechnique de Zurich. Ils vivent leur séparation sur le quai d’une gare en 1914. Albert part à Berlin où il épouse une cousine éloignée, Elsa.
Comment exister derrière un père célèbre qui ignore ses fils? Albert dira adieu à Eduard au Burghölzli en 1933 lors de son départ vers les États-Unis ( photo du bandeau décrite en fin du roman) et ne le reverra jamais. Si le grand homme a le courage de défendre de belles causes, il n’aura jamais celui de revoir son fils.
Mileva, par contre, consacrera sa vie et ses dernières forces à soutenir et protéger cet homme-enfant qu’est devenu Eduard. Revanche sur un autre drame du couple Einstein que d’avoir abandonné leur première fille conçue avant le mariage.
Laurent Seksik fait de cette vie de famille méconnue un roman passionnant. Chaque personnage donne une dimension particulière au récit. Les chapitres où Eduard s’expriment sont successivement étranges lorsqu’il entre dans les cauchemars et désarmants lorsqu’il réagit avec la naïveté d’un enfant. Mileva est à la fois une femme bafouée mais aussi une personne déterminée prête à tout pour soutenir son enfant. Comme elle a pris l’initiative de baptiser ses fils en cachette, elle prendra la décision de faire soigner Eduard par les nouvelles cures de Sakel (insulinothérapie). Les récits d’Albert  Einstein sont souvent l’occasion de parler des évènements mondiaux de l’époque ( nazisme, ségrégation, maccarthysme, bombe atomique) mais aussi de tenter de comprendre son attitude vis à vis de ses fils.

Le génie n’est sûrement pas doué pour exprimer ses sentiments.

Si vous souhaitez en savoir plus sur la vie d’Einstein, vous apprécierez ce récit passionnant.

Ce roman est dans les premières sélections du prix Goncourt et du prix Femina.

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Proust contre Cocteau – Claude Arnaud

arnaudTitre : Proust contre Cocteau
Auteur : Claude Arnaud
Éditeur : Grasset
Nombre de pages : 208
Date de parution : 4 septembre 2013

 

Auteur :
Claude Arnaud est romancier, essayiste et critique. Il a notamment publié, chez Grasset, Qu’as-tu fait de tes frères ? (2010) et Brèves saisons au paradis (2012).

Présentation de l’éditeur :
Peu d’écrivains se sont autant aimés, enviés et jalousés que Proust et Cocteau. Très peu établirent une relation affective et sensible aussi riche, on l’ignore parfois. Tel un frère élevé une génération plus tôt, Proust montrait une admiration sans borne pour ce cadet qui le faisait rire aux larmes et manifestait à 20 ans le brio et la faculté qui lui manquaient encore, à près de 40 ans. Il l’aima d’un amour impossible et frustrant, comme tant d’autres avant lui…
Comment la situation s’est-elle retournée ? Pourquoi Proust pèse-t-il tant sur un paysage littéraire que Cocteau semble toujours traverser en lièvre, un siècle plus tard ? Aurait-il contribué à lui nuire ? Le premier des autofictionneurs aurait-il eu besoin d’éliminer ses modèles ?
Vénérons le saint littéraire, apprenons à connaître l’assassin.

Mon avis :
Dans Proust contre Cocteau, Claude Arnaud tente de montrer l’influence entre divers écrivains contemporains. Lorsque Proust remarque Cocteau, il est son aîné de presque 20 ans. Tous deux élevés dans une relation exclusive avec leur mère,  ont besoin d’être aimé pour vivre. Proust, surtout, aime ses amis de manière jalouse et exclusive.
 » l’horrible manie qu’à Proust d’enfermer les autres pour les avoir à lui lui pèse. » Cocteau tente d’y échapper en lui ravissant l’amour du comte de Montesquiou ou de la duchesse de Chévigné ou en s’intéressant à la poésie d’Anna de Noaïlles. Admiration, jalousie et reproche se succèdent.
Toutefois, Cocteau sera le plus grand défenseur de l’oeuvre de Proust, alors que ce dernier ne l’aidera pas vraiment auprès de son éditeur. Cocteau se laisse influencer par de nombreux courants, il est prêt à évoluer et à se moderniser alors que Proust s’enferme dans la solitude pour terminer ses romans fleuve.
Proust connaîtra une gloire posthume, et dès 1922, Cocteau tente de comprendre dans l’œuvre La Recherche la différence entre le petit Marcel, l’homme qu’il a connu et le grand Proust, l’écrivain glorifié.
Claude Arnaud se réjouit que Cocteau soit enfin reconnu pour son œuvre en rejoignant Proust dans La Pleïade.
Cet essai est riche d’informations peu connues sur les artistes de cette époque ( Proust, Cocteau, Radiguet, Sachs, Morand, Gide…). Il évoque les amours homosexuelles de Proust,  son caractère possessif et ses derniers jours vécus en reclus sur son œuvre.
J’ai aimé les romans de l’auteur, Brèves saisons au Paradis et Qu’as-tu fait de tes frères? pour leur sensibilité mais ici, il s’agit vraiment d’une étude, certes riche et intéressante mais qui ne valorise pas l’affect. Le message essentiel me paraît assez bref mais brassé dans un récit complexe.

J’ai lu ce livre dans le cadre de l’opération «  On vous lit tout » organisée par Libfly et Le Furet du Nord

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Limonov – Emmanuel Carrère

carrereTitre : Limonov
Auteur : Emmanuel Carrère
Editeur : P.O.L.
Nombre de pages : 490
Date de parution : septembre 2011

Présentation de l’éditeur :
« Limonov n’est pas un personnage de fiction. Il existe. Je le connais. Il a été voyou en Ukraine ; idole de l’underground soviétique sous Brejnev ; clochard, puis valet de chambre d’un milliardaire à Manhattan ; écrivain branché à Paris ; soldat perdu dans les guerres des Balkans ; et maintenant, dans l’immense bordel de l’après-communisme en Russie, vieux chef charismatique d’un parti de jeunes desperados. Lui-même se voit comme un héros, on peut le considérer comme un salaud : je suspends pour ma part mon jugement. C’est une vie dangereuse, ambiguë : un vrai roman d’aventures. C’est aussi, je crois, une vie qui raconte quelque chose. Pas seulement sur lui, Limonov, pas seulement sur la Russie, mais sur notre histoire à tous depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ».

Mon avis :
Je remercie Emmanuel Carrère d’avoir su, comme à son habitude, s’insérer dans cette vie. Il me semble que je n’aurais pas supporter un récit linéaire de la vie de Limonov, qui est certes un personnage hors norme et a  une vie très riche en évènements mais il m’aurait facilement insupportée par son caractère morbide et extrémiste.
Alors que l’enthousiasme de l’auteur, ses réflexions personnelles et sa grande culture de la Russie font de ce roman un récit passionnant des années 40 à nos jours.
Edouard Savenko devient « Ed Limonov -hommage à son humeur acide et belliqueuse, car limon signifie citron et limonka
grenade- celle qui se dégoupille
. » Très jeune, Edouard est attiré par les voyous, la mort plus tard ce sera la décadence, la guerre. Il a connu tous les extrêmes, vécu dans la rue, dans les plus belles maisons, dans les tentes, les hôtels sordides, les prisons. L’amour est pour lui une opportunité comme avec Anna ou Jenny, un besoin de se sentir aimé comme avec les noirs des parcs, puis la volonté de posséder les plus belles et les plus jeunes. Son engagement pour Natacha est même touchant .
 » C’est ma femme. Je prends soin d’elle depuis sept ans, je ne vais pas arrêter maintenant. »
Mais lorsqu’elles le quittaient, il sombrait.
 » Plusieurs fois, il s’est retrouvé à terre, vraiment désespéré, vraiment privé de recours et, c’est un trait que j’admire
chez lu, il s’est toujours relevé, toujours remis en marche, toujours reconforté avec l’idée que quand on choisit une vie d’aventurier, être perdu comme ça, totalement seul, au bout du rouleau,
c’est simplement le prix à payer. »
Même si Emmanuel Carrère ne se sent pas de point commun avec Limonov, quelque part, il l’admire et ne veut pas en faire un perdant. Il rejette particulièrement son engagement en Serbie mais nous explique que cette fascination pour la guerre se retrouve ensuite dans cette sensibilité pour les prisonniers de Lefortovo, Saratov ou Engels où il sera incarcéré.
 » En deux heures à la guerre, pense-t-il, on en apprend plus sur la vie des hommes qu’en quatre décennies de paix. »
Grâce à son style très narratif, Emmanuel Carrère a éclairci en mon esprit  beaucoup de choses sur les Etats russes, leurs dirigeants, les oligarques, certaines personnalités françaises, sur la personnalité de Poutine. Le mélange de récits personnels, d’anecdotes, de portraits, de la vie de Limonov et surtout de l’histoire de la Russie constitue un roman passionnant et éclairant.
J’ai lu ce livre qui était dans ma PAL depuis 2011 sous l’impulsion d’une lecture commune avec  Readingintherain.

La chronique de Readingintherain.

Un homme de tempérament – David Lodge

lodgeTitre : Un homme de tempérament
Auteur : David Lodge
Éditeur : Rivages
Nombre de pages : 720
Date de parution : 4 janvier 2012

Présentation de l’Editeur :
« Le sexe pour [H. G. Wells] était idéalement une forme de récréation, comme le tennis et le badminton, quelque chose que l’on faisait quand on était avec satisfaction venu à bout d’une tâche, pour se défouler et exercer un moment son corps plutôt que son esprit… »
De sa plume claire, légère et souvent drôle, David Lodge brosse le portrait d’un homme qui voulait changer le monde : un fervent défenseur de l’Amour Libre dont le destin a été déterminé par de nombreuses aventures et mésaventures sexuelles qui non seulement compliquent sa vie privée mais nuisent à ses ambitions d’homme public.
Si cet ambitieux roman pose la question de l’éternelle dualité entre idéal amoureux et réalité du désir, il fait aussi découvrir toute une époque à travers l’un de ses meilleurs représentants, H.G. Wells, l’un des écrivains les plus créatifs et prophétiques de sa génération.
L’expansion du socialisme, la naissance des théories féministes, les deux guerres mondiales, les attaques aériennes, la bombe atomique… autant de thèmes d’un monde en pleine mutation qui ne sont pas sans résonance avec le nôtre.

Mon avis :
Le roman de David Lodge consacré à H.G. Wells porte bien son nom.

Le roman commence en 1944 sur un H.G. vieillissant et malade. Il est entouré de ses fils et de ses maîtresses. David Lodge va alors en initiant une interview revenir sur la vie de cet auteur prolifique et visionnaire, un homme d’action intelligent et charismatique.
L’auteur traite à la fois de ses créations littéraires, son investissement politique, notamment dans la société fabienne (berceau du parti travailliste) et ses aventures amoureuses. Et c’est ce mélange qui fait la richesse du livre.
Du point de vue littéraire, H.G. Wells évoque ses différents écrits qui témoignent de son esprit scientifique, de son idéal politique pour un gouvernement mondial et de sa conception très libre du couple. On retrouve dans ce roman des échanges épistolaires avec Henry James, sujet d’un précédent roman de Lodge, L’auteur! L’auteur!
Les deux écrivains ont des parcours différents. Si H.G. Wells connaît un grand succès littéraire de son vivant, James se vend mal. Par contre, James sera une référence littéraire après sa mort alors que l’on ne retiendra de Wells que quelques romans visionnaires sur la centaine d’oeuvres produites.
L’autre aspect du personnage est effectivement l’homme très apprécié des femmes de tous âges. Ses deux premières femmes ne le satisfont pas sur le plan sexuel et il cherche en permanence des « passades ». Jane, sa seconde femme le tolère avec beaucoup de classe, allant même jusqu’à se lier avec ses rivales. Ce sont
souvent des jeunes femmes qui se jettent dans ses bras, captivées par sa conversation, son intelligence et H.G.  ne   peut résister à de si belles tentations. Curieusement, il tombe souvent amoureux des plus jeunes mais s’esquive avec beaucoup de classe quand les ragots deviennent trop lourds. Il vit sa conception du couple libre mais la société anglaise ne supporte
pas encore tant de liberté.
.
« Avez-vous déjà dans votre vie su ce que c’était que de connaître une communauté de chair, de sang, de douleur et de
compréhension avec un autre être humain? On ne peut pas en terminer.
 »
Il choque souvent par ses propos (adultère, eugénisme)
.
Surtout, ne croyez pas que l’on ne parle que de sexe. Ses histoires d’amour sont belles et malgré ce libertinage H.G. Wells est très attachant (il pleure quelque fois ou revêt une grenouillère de bébé pour ses séances d’écriture).
David Lodge nous le décrit comme un passionné qui veut peut-être, selon une des proches de Wells, rattraper une enfance « un environnement pauvre à tous points de vue : matériel, spirituel, culturel, sexuel.« 
La notoriété de l’écrivain nous entraîne bien sûr en ces périodes troublées par deux guerres mondiales, auprès des plus grands. Wells rencontre Théodore Roosevelt, puis Gorki et Lénine.
Pourtant, en fin de vie, Wells m’étonne par son pessimisme, il ne croit plus en l’humanité. « Il avait écrit ces livres pour prévenir les conséquences inévitables de l’application des progrès scientifiques et technologiques au matériel de guerre. » La réalité d’Hiroshima a dépassé sa fiction imaginée dans le roman La guerre dans les airs.
On peut hésiter à entamer un roman de plus de 700 pages sur la vie d’un écrivain (peut-être après avoir lu celui sur Henry James qui était beaucoup moins romancé) mais la construction, le style, la richesse des évènements en font un roman passionnant. Grâce à David Lodge, j’ai découvert un homme complexe, joueur,
intelligent, sensible et séducteur, un homme de tempérament.

Des éclairs – Jean Echenoz

echenozTitre : Des éclairs
Auteur : Jean Echenoz
Éditeur: Les Editions de Minuit
Nombre de pages: 174
Date de parution: septembre 2010

Résumé:
Gregor a inventé tout ce qui va être utile aux siècles à venir. Il est hélas moins habile à veiller sur ses affaires, la science l’intéresse plus que le profit. Tirant parti de ce trait de caractère, d’autres vont tout lui voler. Pour le distraire et l’occuper, ne lui resteront que la compagnie des éclairs et le théâtre des oiseaux.

Mon avis:
Jean Echenoz a le génie de faire des vies célèbres des récits passionnants. Ainsi, après Ravel et Zatopek, il s’inspire de la vie de Nikola Tesla pour nous conter le destin de Gregor.
Né entre deux jours par une nuit de tempête, Gregor semble prédestiné à être un homme différent, un grand savant.
Décrit comme antipathique, il est un être extraordinaire peu attaché à l’argent, soucieux de paix et amoureux des oiseaux. C’est un idéaliste.
« Il en ira ainsi avec Gregor : les autres vont s’emparer discrètement de ses idées pendant que lui passera sa vie en
ébullition
. »
Le récit est riche, rempli d’humour et d’émotion. le style est enlevé, rapide et détaillé.
C’est un livre qui se lit très rapidement. A ne pas manquer.