Transcolorado – Catherine Gucher

Titre : Transcolorado
Auteur : Catherine Gucher
Éditeur: Gaïa
Nombre de pages : 176
Date de parution : janvier 2017

Gaïa Éditions saurait-il dénicher de superbes premiers romans, en tout cas des nouveaux auteurs qui me séduisent par leur univers? Après mon coup de cœur pour le premier roman de Liliana Lazar, Terre des affranchis, voici celui de Catherine Gucher, Transcolorado.

Dan, l’héroïne du roman est un être exceptionnel, naïve et volontaire. De son lourd passé, elle garde des blessures et une connaissance des couleurs du ciel. Orpheline, dotée d’une petite pension, elle boit chaque matin un café whisky chez Joe, le bar du bout de la route. Puis, elle fuit le ciel bleu qu’elle appréhende et monte dans le Transcolorado, ce bus qui file vers Grand Junction puis Montrose.
A part glaner un peu dans les champs, c’est tout ce qu’elle peut faire de sa journée. C’est le seul remède contre les araignées dans sa tête et le grand ciel bleu.
 » Ces journées sans nuage, chaudes, juste faites pour les gens très heureux, dont les pensées limpides reposent tranquillement dans leurs têtes. Pour les autres, c’est vraiment un calvaire de se sentir regardé par le ciel sans défaut. Dans ces moments-là, on sait forcément tout ce qui ne va pas dans sa vie. Mais ce n’est pas pour autant qu’on trouve la manière de dénouer l’écheveau tout emmêlé des peurs et des envies. »
Lorsqu’elle rencontre Tommy, elle sent qu’il n’est pas un homme qu’elle doit craindre. Apache, Cheyenne ou Comanche, il était « le seul à soulever des nuages de silence quand il marchait. »
Pourtant, en croisant une femme qui lui parle comme Tommy du péché d’Adam et Eve, elle le quitte pour rejoindre une ferme Amish.
Si elle se réjouit de retrouver les travaux de la ferme et surtout les chevaux et notamment un superbe Appaloosa, elle refuse que les Amish la remette à sa place de femme. Dan, avec ses dents noires et cassées, ne se sent bien qu’avec sa tenue d’homme et le stetson de Tommy.
 » Je n’aurais jamais voulu ressembler à ma mère, à cause de ses crises. Et j’étais sûre que tout cet attirail de fille, qu’elle voulait me voir porter, m’aurait écorché la peau et que je n’aurais plus jamais trouvé la paix. »
Elle attend la bonne couleur du ciel pour rejoindre Tommy, au milieu de sa nouvelle forêt de Douglas. Elle sent qu’auprès de cet homme balafré la chance peut enfin lui sourire.

Dan, meurtrie par ses drames d’enfance, forte des conseils de son père et de son ami Harry, ne se laisse pas facilement influencer. Même si, par naïveté ces histoires d’Adam et Eve la perturbent, son instinct animal la pousse à se battre pour saisir sa chance.
Catherine Gucher crée un univers aux ciels changeants dans ces grands espaces du Colorado avec des personnages fracassés, idéalistes, attachants.
Un grand premier roman et une héroïne que je ne suis pas prête d’oublier.

Une terre d’ombre – Ron Rash

rashTitre : Une terre d’ombre
Auteur : Ron Rash
Littérature américaine
Traducteur : Isabelle Reinharez
Nombre de pages : 252
Date de parution : 2 janvier 2014

Auteur :
Né en Caroline du Sud en 1953, Ron Rash est un poète, auteur de cinq recueils de nouvelles et de cinq romans, tous lauréats de prestigieux prix littéraires.

Présentation de l’éditeur :
Laurel Shelton est vouée à une vie isolée avec son frère — revenu de la Première Guerre mondiale amputé d’une main —, dans la ferme héritée de leurs parents, au fond d’un vallon encaissé que les habitants de la ville considèrent comme maudit : rien n’y pousse et les malheurs s’y accumulent. Marquée par ce lieu, et par une tache de naissance qui oblitère sa beauté, la jeune femme est considérée par tous comme rien moins qu’une sorcière. Sa vie bascule lorsqu’elle rencontre au bord de la rivière un mystérieux inconnu, muet, qui joue divinement d’une flûte en argent. L’action va inexorablement glisser de l’émerveillement de la rencontre au drame, imputable exclusivement à l’ignorance et à la peur d’une population nourrie de préjugés et ébranlée par les échos de la guerre.
La splendeur de la nature, le silence et la musique apportent un contrepoint sensible à l’intolérance, à la xénophobie et à un patriotisme buté qui tourne à la violence aveugle.
Après Le Monde à l’endroit (Seuil, 2012), Une terre d’ombre prolonge une réflexion engagée par l’auteur sur la folie guerrière des hommes, tout en développant pour la première fois dans son œuvre romanesque une histoire d’amour tragique qui donne à ce récit poignant sa dimension universelle.

Mon avis :

Une terre d’ombre, c’est celle de ce vallon maudit qui voit rarement le soleil,  caché par cette immense falaise de granit. Mais l’ombre, c’est aussi celle qui plane sur le lecteur averti dès le prologue d’une découverte macabre au fond d’un puits.

Depuis la mort de leurs parents, Laurel et Hank Shelter vivent dans cette ferme avec pour seul voisin le vieux Slidell Hampton. Ce vieux sage a lui aussi vu sa famille décimée lors de la guerre de Sécession. Tous trois sont rejetés par les habitants de Mars Hill qui les craignent comme des pestiférés. Si Hank commence à gagner le respect des autres grâce à son courage et surtout à son retour de la guerre en Europe avec une main en moins, Laurel reste pour tous une sorcière à la peau marquée d’une vilaine tache de naissance.
L’arrivée de cet étrange joueur de pipeau muet dans le vallon donne tous les espoirs à cette jeune femme rêveuse et généreuse. Son passé mystérieux en fait un personnage ténébreux, solitaire qui saura toucher le romantisme de Laurel.
Aussi calme et perdu que soit le vallon, la ville de Mars Hill n’en paraît que plus agitée surtout par les échos de cette guerre, les retours des jeunes enrôlés aux corps esquintés, les bravades des faux héros comme Tillman Estep et des jeunes planqués comme Chauncey Feith, agent recruteur.
Dans ce cadre de nature sauvage si cher à l’auteur, et si bien mis en valeur par un style imagé et vibrant, Ron Rash met en opposition le monde simple familial et chaleureux de Laurel et Hank Shelter et celui des villageois haineux qui n’attendent que le prétexte de la guerre et de vieilles légendes  pour régler les conflits et focaliser leur violence et leur bêtise sur des étrangers.

Après Un pied au paradis et Le monde à l’endroit, Ron Rash m’a une fois de plus enchantée avec cet attachement à une terre familiale qui déchaîne passions et rivalités entre des personnages marqués par le destin, avec comme chaque fois une forte et envoûtante présence de la nature.

rentrée 14

Les jeux de la nuit – Jim Harrison

harrisonTitre : Les jeux de la nuit
Auteur : Jim harrison
Éditeur: Flammarion
Nombre de pages:336

Résumé:
Dans la veine de ses plus grands recueils de nouvelles, Jim Harrison tisse trois destins solitaires, trois personnages tragiques en quête de rédemption qui évoluent dans l’Amérique idéale de l’écrivain, aux habitants aussi rudes que les saisons du Montana.
Les trois nouvelles des Jeux de la nuit mettent en scène autant d’existences magnifiques et rebelles, qui trouvent leur salut dans la beauté de la nature, des mots et des sens.

Mon avis:
Jim Harrison nous conte ici trois histoires où la nature est omniprésente. Les nouvelles se passent principalement dans les États américains où vivent cow-boys et indiens . Les moeurs y sont assez primaires, voire bestiales.
Dans chaque récit, le personnage principal est très attachant. On y découvre ses origines, le fait déclencheur qui va conduire sa route vers son destin, sa quête  de vengeance ou d’amour.
La première histoire est celle d’une jeune fille intelligente, amoureuse des grands espaces et des animaux qui rêve de se venger de son violeur. Son amitié pour un vieux cow-boy est très émouvante.
Le second récit est celui d’un indien, Chien Brun, et de sa fille muette, Baie. Il a une gentillesse naturelle et une grande simplicité de vie. Il cherche l’âme soeur et sera lui aussi très déçu de perdre la garde de sa fille.
Enfin, la dernière histoire évoque la vie d’un jeune homme devenu un loup-garou suite à des morsures d’animaux.
J’ai été séduite  par l’environnement des grands espaces, les forêts, les lacs. Les histoires sont très bien construites et les personnages sont riches et intéressants.
La bestialité des relations humaines peut être choquante mais l’auteur ne sombre jamais dans la vulgarité et parvient à y glisser beaucoup de sensualité.