La vérité sur l’affaire Harry Québert – Joël Dicker

dickerTitre : La vérité sur l’affaire Harry Québert
Auteur : Joël Dicker
Littérature suisse
Éditeur : Éditions du Fallois
Nombre de pages : 670
Date de parution : Septembre 2012

Toujours méfiante vis à vis de ces bombes littéraires relayées par la presse, j’avais tout de même succombé devant ce pavé de Joël Dicker, jeune auteur suisse propulsé sur toutes les sélections des Prix Littéraires de 2012. Ce roman a tout de même raflé le Prix de l’Académie Française et le Prix Goncourt des Lycéens ( une référence pour moi).
Tant de chroniques sur ce roman, tant d’autres romans à lire et je l’avoue ma peur de me lancer dans un pavé ont fait dormir ce livre au fond de ma PAL pendant plus de trois ans.
Je remercie Moglug de m’avoir proposé une lecture commune pour enfin l’en sortir.

Ce roman a largement été qualifié de page turner irrésistible. Je confirme…Grâce à une écriture très fluide, cet auteur disert nous entraîne dans une enquête très rebondissante sur la mort d’une jeune fille de quinze ans, Nola Kellergan dont le corps vient d’être retrouvé dans le jardin d’Harry Québert trente trois après les faits.
Un an après la sortie d’un roman à succès, Marcus Goldman est en proie avec l’évanescence de la célébrité et la panne de l’écriture. Il se rapproche donc de son ancien professeur d’université, Harry Québert devenu un écrivain célèbre après la parution de Les origines du mal, roman inspiré de sa relation amoureuse avec Nola.
Ce long récit est ponctué de leçons d’écriture du mentor à son ancien élève et l’auteur, Joël Dicker semble aussi appliquer certaines de ces règles.
Une dose de sulfureux avec une Nola allumeuse qui à quinze ans s’éprend d’Harry, professeur et écrivain de trente quatre ans, une enfance énigmatique de cette belle Lolita, une dose minime ( bien trop minime) d’événements historiques, quelques clichés sur les métiers de l’édition, une petite ville américaine où chacun se connaît, et des rebondissements en changeant  » de coupable comme de chemise » pour aviver le suspense.
Et pour lier tout cela, du texte et encore du texte. Des discours d’une platitude extrême lorsque les mères s’expriment. Pourquoi diable, l’auteur dénigre autant les mères ( la sienne, celle de Nola, de Jenny)
Les deux prix obtenus par ce roman restent pour moi une énigme.

 » Pourquoi faudrait-il être un écrivain célèbre pour être un bon écrivain? »
Voilà peut-être le sujet de réflexion de ce roman.

Et la bonne nouvelle dans tout ça est que je n’aurais pas besoin d’acheter Le livre des Baltimore.

L’avis de Moglug

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Charlotte – David Foenkinos

foenkinosTitre : Charlotte
Auteur : David Foenkinos
Éditeur : Gallimard
Nombre de pages : 224
Date de parution : 21 août  2014

 

Auteur :
Romancier français né en 1974 à Paris.

Présentation de l’éditeur :
Ce roman retrace la vie de Charlotte Salomon, artiste peintre morte à vingt-six ans alors qu’elle était enceinte. Après une enfance à Berlin marquée par une tragédie familiale, Charlotte est exclue progressivement par les nazis de toutes les sphères de la société allemande. Elle vit une passion amoureuse fondatrice, avant de devoir tout quitter pour se réfugier en France. Exilée, elle entreprend la composition d’une œuvre picturale autobiographique d’une modernité fascinante. Se sachant en danger, elle confie ses dessins à son médecin en lui disant : «C’est toute ma vie.» Portrait saisissant d’une femme exceptionnelle, évocation d’un destin tragique, Charlotte est aussi le récit d’une quête. Celle d’un écrivain hanté par une artiste, et qui part à sa recherche.
Ce roman a obtenu les PRIX RENAUDOT 2014  et PRIX GONCOURT DES LYCÉENS 2014

Mon avis :
Lorsque David Foenkinos découvre l’oeuvre de Charlotte Salomon, avec Vie? Ou Théâtre?,  » une conversation entre les sensations. La peinture, les mots et la musique aussi. Une union des arts nécessaire à la cicatrisation d’une vie abîmée. C’est le choix qui s’impose pour la recomposition du passé.« , il éprouve une vraie passion pour cette jeune femme.
Il enquête, part sur ses traces mais comment parler de Charlotte?
 » Alors, j’ai compris qu’il fallait en parler ainsi. »
Une phrase par ligne, c’est un style qui perturbe, qui bride l’émotion. Mais c’est le choix de l’auteur et il l’assume parfaitement jusqu’au bout de son récit. Alors certes, il y a de petites phrases un peu faciles, une limite à la description ou à la profondeur mais je suis parvenue à finalement en faire abstraction et à ressentir cette émotion pourtant retenue derrière la brièveté des phrases. J’y ai même trouvé des moments profonds comme l’arrestation du père, la colère du grand-père, la création de son œuvre ou la passion amoureuse pour Alfred ou Alexander.
Parler de la vie des juifs avant et pendant la seconde guerre mondiale est un sujet si largement traité qu’il faut trouver un biais, un style inédits pour susciter la découverte, l’intérêt. David Foenkinos a trouvé son personnage et son style.
 » Charlotte comprend tôt que les morts font partie de la vie. »
Née dans une famille où le suicide semble la seule issue, Charlotte oscille parfois entre la passion excessive et l’absence rêveuse. L’intérêt de ce roman est de ne pas se limiter aux rafles nazies et aux camps de concentration mais de nous toucher aussi sur l’ostracisme envers les juifs allemands avant la seconde guerre mondiale et surtout sur le destin de cette famille où le suicide semble la seule issue.
Souvent critiqué pour sa superficialité et son succès populaire, David Foenkinos a été largement décrié par la presse pour ce nouveau roman qui se voulait peut-être différent.
J’aurais effectivement préféré en savoir davantage sur l’œuvre de Charlotte Salomon et me serais par contre volontiers passée des incursions de l’auteur parti sur les traces de son héroïne mais je respecte cette volonté de l’auteur de rendre hommage à une artiste méconnue dans une forme originale.
J’ai découvert une artiste mais surtout une jeune femme passionnée au destin tragique perdue dans un monde où la folie n’est pas que familiale.

CharlotteSalomonPour aller plus loin au sujet de Charlotte Salomon, Les Éditions Le Tripode publieront en octobre 2015 Vie? ou Théâtre?, l’ intégralité de l’œuvre de la peintre allemande Charlotte Salomon. « Conçu dans une maquette de Margaret Gray, responsable de la section typographique de l’École Estienne, le livre constituera la première initiative mondiale de reproduction intégrale de  Vie ? ou Théâtre ? (près de 1600 gouaches et calques) ».


Lecture commune avec Nath, Ariane, et Lydie.
rentréeNew Pal 2015bac2015
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Le club des incorrigibles optimistes – Jean-Michel Guenassia

guenassiaTitre : Le club des incorrigibles optimistes
Auteur : Jean-Michel Guenassia
Éditeur : Albin Michel

Résumé :
Michel Marini avait douze ans en 1959. C’était l’époque du rock’n’roll et de la guerre d’Algérie. Lui, il était photographe amateur, lecteur compulsif et joueur de baby-foot au Balto de Denfert-Rochereau. Dans l’arrière-salle du bistrot, il a rencontré Igor, Léonid, Sacha, Imré et les autres. Ces hommes avaient passé le Rideau de Fer pour sauver leur peau. Ils avaient abandonné leurs amours, leur famille, trahi leurs idéaux et tout ce qu’ils étaient. Ils s’étaient retrouvés à Paris dans ce club d’échecs d’arrière-salle que fréquentaient aussi Kessel et Sartre. Et ils étaient liés par un terrible secret que Michel finirait par découvrir. Cette rencontre bouleversa définitivement la vie du jeune garçon. Parce qu’ils étaient tous d’incorrigibles optimistes.
Portrait de génération, reconstitution minutieuse d’une époque, chronique douce-amère d’une adolescence : Jean-Michel Guenassia réussit un premier roman étonnant tant par l’ampleur du projet que par l’authenticité qui souffle sur ces pages.

Mon avis :
C’est un livre de près de 800 pages et pourtant je l’ai lu avec beaucoup de facilité. Le narrateur, Michel Marini, un adolescent du lycée Henri IV, nous confie son quotidien avec l’humour et la légèreté des jeunes e cet âge.
Mais , c’est un livre dense et fort puisqu’il traite aussi de la guerre d’Algérie et notamment de l’impact sur sa famille. Il traite aussi des conséquences du régime stalinien par les évocations du passé d’un groupe d’immigrés de l’Est que Michel retrouve au café Le Balto.
La famille de Michel, déjà fragile au départ puisque sa mère, Hélène,  issue d’une famille bourgeoise propriétaire de grands magasins et son père est un fils d’immigré italien , se décompose au fil des évènements.
Lorsque le fils aîné, Frank,  devient « révolutionnaire »,  Hélène le chasse de la maison et il s’engage en Algérie.
C’est le premier être cher qui s’éloigne de Michel. Il y en aura beaucoup d’autres : Cécile, la petite amie de Franck, Pierre le frère de Cécile, puis son père après le divorce de ses parents.
Son seul point fixe est cette bande d’immigrés de l’Est (Léonid, un ancien pilote, Igor le médecin russe, Imré et Tabor…)qu’il rencontre au club du Balto, un café où il jouait au baby-foot.
Ces rencontres sont l’occasion de découvrir la vie déchue de  ces immigrés, la raison de leur exil, leur passé en Russie ou ailleurs. C’est aussi l’occasion de rencontrer Sartre, Camus ou Kessel.
C’est un livre très riche parce qu »il aborde un grand nombre de thèmes ( famille, bourgeoisie, religion, littérature, le cinéma, la poésie, la guerre d’Algérie, l’adolescence, le jeu d’échecs, la photographie…).
Il y a beaucoup d’émotion et de tendresse. Les membres du club sont très liés, ils se chamaillent mais s’entraident énormément. Il y a une grande amitié entr’eux, sauf peut-être entre les habitués
du club et Sacha mais la raison dévoilée en fin de livre, ce qui donne lieu à une histoire passionnante supplémentaire.
Michel Marini est un narrateur très attachant. On revit avec lui toute l’innocence de l’adolescence et ses premières difficultés (amitié, amour, argent, mensonge, pression du lycée).
C’est un très bon roman qui a reçu le Prix Goncourt des Lycéens en 2009. Je dois dire que je lis chaque année le lauréat de ce prix et je ne suis jamais déçue. C’est  grâce à ce prix littéraire que j’ai découvert Laurent Gaudé et depuis, je fais confiance aux lycéens!