Un monstre et un chaos – Hubert Haddad

Titre : Un monstre et un chaos
Auteur : Hubert Haddad
Éditeur : Zulma
Nombre de pages : 368
Date de parution : 22 août 2019

 

Lorsque le racisme revient hanter nos sociétés, rappelons-nous comment l’homme peut devenir un monstre pour ses semblables.
Hubert Haddad nous entraîne avec un jeune enfant, jumeau séparé de son double dans l’enfer du ghetto de Lodz.
Au plus jeune âge, il est séparé de tous ceux qui l’aiment par l’attaque d’une cavalerie dans le sthetl de Mirlek.

A l’orphelinat de Saint-Ulric, on lui donne une nouvelle identité et on l’exfiltre à Lodz avec le professeur Glusk. L’orphelin du chaos se retrouve au cœur d’une ville assiégée où les Allemands construisent un ghetto dans les quartiers les plus pauvres.
« Le peuple des dessaisis, des rançonnés, des dépouillés » se retrouve à bout de force sous les privations, les violences et le travail obligatoire.

Chaïm Rumkowski, sous prétexte de sauver quelques juifs, règne en despote sur le ghetto qu’il transforme en industrie qui alimente la chaîne de guerre allemande.

Les romans sur l’enfer des ghettos, sur le génocide juif ne manquent pas. Pour continuer à en parler, il faut trouver un biais qui permette encore de capter l’attention et l’émotion du lecteur. Hubert Haddad se démarque par son érudition, sa profonde connaissance de la culture juive. Volontairement, il conserve les traces de yiddish, cette langue oubliée aux mélanges cosmopolites. Cette force est à double tranchant car la richesse de la langue et des références peuvent perdre le lecteur et l’éloigner de l’émotion.

«  Nos ancêtres devaient déjà bien savoir que la vie n’est sauvée que par ceux qui la racontent. » Alors, il faut la raconter avec la fraîcheur, l’espièglerie, le courage d’un jeune garçon, éternellement lié à son double. Avec la musique, le théâtre, la culture d’un peuple qui ne possède plus que des marionnettes pour garder espoir. Rappeler toutes ces vies perdues, les jeunesses envolées mais aussi tous ceux qui ont survécu grâce au courage de quelques uns.

Par son sujet et son  style, Un monstre et un chaos n’est pas une lecture facile mais elle est nécessaire.

Romain Gary s’en va-t-en guerre – Laurent Seksik

Titre : Romain Gary s’en va-t-en guerre
Auteur : Laurent Seksik
Éditeur : Flammarion
Nombre de pages : 228
Date de parution : 18 janvier 2017

 Dans cette biographie romancée, Laurent Seksik nous fait vivre vingt-quatre heures de la vie de Roman Kacev, celui que nous connaîtrons plus tard sous le nom de Romain Gary. Nous sommes en 1925 dans le ghetto de Wilno. Roman a onze ans et il vit un moment crucial de son enfance, pris dans la tourmente des sentiments entre l’amour étouffant d’une mère explosive et son amour inconditionnel pour Arieh, un père absent.

«  Dans mes rêves, je marche à côté de mon père. »

Roman, Nina et Arieh prennent tour à tour la parole. 

Nina, modiste, est une femme de tempérament, possessive, passant du rire aux larmes, capable de haine et d’amour. Abandonnée par Arieh, parti vivre avec une femme plus jeune, peinée par la mort du fils de son premier mariage, dévalisée par les huissiers, elle reporte son besoin d’amour éternel sur son fils et rêve de partir en France. 

Roman est un enfant calme, il voudrait simplement voir son père rentrer à la maison. 

«  On lui reprochait parfois de ne pas avoir des préoccupations de son âge. Mais quand on a connu l’exil à six mois, la séparation de ses parents et la mort d’un frère, l’enfance était une terre inconnue, un continent lointain. »

Une journée d’école buissonnière et une sortie hors du ghetto lui montrent toute la violence d’un monde où l’antisémitisme se renforce.

Arieh ne veut pas décevoir son fils mais il ne supporte plus depuis son retour de la guerre le comportement de Nina. Il se sent apaisé auprès de la douce Frida. Mais aujourd’hui, il a un secret à avouer à son fils.

Le récit est peut-être trop court pour s’attacher pleinement aux personnages. J’ai simplement eu l’impression de les croiser. Quelques passages intéressants ont retenu mon attention comme la conversation entre Roman et le rabbin Abraham Ginzburg ou celle finale des années plus tard entre Arieh et un officier allemand. C’est ce qui donne un peu de substance, de réflexion sur cette période troublée pour les juifs du ghetto et sur le sens d’une religion parfois vécue comme une contrainte.

«  Pourquoi nous hait-on? »
 » La haine peut être l’expression d’une grande souffrance, mais elle renforce nos désespoirs, nous rend prisonniers du passé, fait de nous des spectateurs impuissants de nos actes. L’amour de nos proches est fait de sentiments contradictoires qu’il faut savoir admettre. Tu as le droit de haïr même ton père. Mais cette haine doit rapidement faire partie de tes plus mauvais souvenirs. Je suis sûr que tu te reproches déjà ces mauvaises pensées. »

Romain Gary s’est ensuite inventé un père. Ceci est expliqué en quatrième de couverture mais aurait pu aussi être abordé en épilogue afin d’ancrer davantage le récit  de ces vingt-quatre heures dans la vie de Romain Gary.

Je remercie Laure de m’avoir accompagnée pour cette lecture. Son avis est ici.

Les larmes noires sur la terre – Sandrine Collette

ColletteTitre : Les larmes noires sur la terre
Auteur : Sandrine Collette
Editeur : Denoël
Nombre de pages : 336
Date de parution : 2 février 2017

Quitter son île sans avenir, espérer une vie meilleure en suivant Rodolphe, un français de quarante ans en région parisienne, voilà le rêve de Moe, jeune tahitienne de vingt ans.
Malgré les avertissements de sa grand-mère, la jeune femme est persuadée que l’herbe sera plus verte ailleurs. Elle ne pouvait imaginer que cette décision la ferait tomber de Charybde en Scylla.
Pas de soleil, pas de mer bleue dans cette banlieue parisienne grise et raciste, un homme qui devient violent, une belle-mère exigeante à soigner. Moe enchaîne les petits boulots mal payés pour économiser un billet retour vers son île. Quelques heures d’amusement au bal, Moe se retrouve enceinte.
 » Mais elle avec son petit, ce n’est pas ce monde-là qu’elle veut, tentaculaire et dévorant, où la seule façon de s’en sortir est de se battre bec et ongles pour gagner quoi, pas même un petit morceau de bonheur, juste la hargne pour survivre, boire, manger et mettre de l’essence dans la voiture, un combat stérile et épuisant, trouver une place de misère et la conserver coûte que coûte. »
Sous les conseils de Réjane, la fille d’une vieille dame qu’elle soigne, Moe quitte Rodolphe. Que peut espérer une jeune femme sans qualification flanquée d’un nourrisson. Se faire violer par les patrons pour garder un boulot mal payé. Moe finit à la rue et se fait embarquer par les services sociaux. Pour tomber dans l’enfer de La Casse. Un espace de vieilles carcasses de voiture. « des voitures comme des tombes aux portes ouvertes. » louées à un prix exorbitant au pied d’un barrage.
C’est pourtant là que Moe trouve le plus d’humanité auprès d’Ada, de Poule, de Nini-peau-de-chien, de Jaja de de Marie-Thé. Au fil du récit, chacune lui confiera son passé et les raisons de leur chute dans La Casse.
 » un agrégat de destins rognés, de trajectoires atrophiées, des existences qui auraient pu être belles et que quelque chose, à un moment, a obligées à dérailler. »
Dans cet enfer quotidien, Moe a son enfant, « quelqu’un pour qui se battre« . Elle est prête à tout pour amasser les quinze milles euros réclamés pour sortir du camp.
Dans un style d’une grande richesse qui véhicule les émotions, l’auteur extrapole ce que pourrait être un ghetto où la société tire encore parti des plus démunis. Les parcours de chacune prouvent qu’il suffit d’un écart, souvent d’une enfance brisée, pour se retrouver au ban de la société et qu’il faut alors encore et toujours payer pour espérer s’en sortir.
L’espoir se retrouve dans les yeux d’un enfant, qui pourtant risque dans ce milieu de finir plus proche des bêtes que des hommes, dans un milieu où règne la loi du plus fort. Et dans les sourires, les attentions de ces femmes. Dans le lien entre ces six filles, « qu’une seule bouge, et toutes le ressentent. »
Comme le titre de ce roman le laisse augurer, c’est un roman très sombre où seuls les sourires et les espoirs des six femmes de ce quartier laissent apparaître un brin d’humanité. Où un rocher au chocolat volé est le seul plaisir de vies vouées à l’échec. Tant de malheur est peut-être le seul point qui place ce nouveau roman juste en-dessous du génial Il reste la poussière. En maître du roman noir, Sandrine Collette maîtrise son scénario, nous laissant dans l’expectative jusqu’au dénouement, que personnellement je n’attendais pas et regrette un peu.

En tout cas, Sandrine Collette confirme son talent. En commençant cette lecture, j’ai pensé à Toni Morrison. Belle référence, n’est-ce pas?

Premières neiges sur Pondichery – Hubert Haddad

haddadTitre : Premières neiges sur Pondichéry
Auteur : Hubert Haddad
Editeur : Zulma
Nombre de pages : 192
Date de parution : 3 janvier 2017

 

A la fin d’un concert à Tel-Aviv, Hochéa Meintzel, violoniste virtuose, déclare ne plus vouloir «  être juif, ni homme, ni rien qui voudrait prétendre à un héritage. »
Sifflé, hué, le vieil homme quitte Israël  » sans idée de retour après une vie d’espoir et de colère. » Il accepte de partir en Inde, invité à un festival de musique carnatique à Chennai.
Il y est accueilli par une jeune interprète, Mutuswami, jeune femme délicieuse au timbre musical qui n’est pas sans lui rappeler Samra, sa protégée, presque sa fille adoptive.
Mutuswami l’accompagne sur les routes de l’Inde jusqu’à Pondichéry pour le laisser sur la côte du Malabar où, pendant un cyclone, Hochéa sera le participant inespéré de la prière au sein de la synagogue bleue.
Les légendes et la musique accompagnent ce voyage. Elles sont le visage de l’exil et de l’espoir.
Le vieux hazzan bègue de la synagogue raconte les légendes des naufrages qui ont amené le peuple juif en Inde. Adonias, échoué sur la côte du Malabar, peuple le sud de Kochi de juifs mariés aux basses castes, en créant la Jérusalem de l’Est.
 » Le mélande des langues en temps de paix est la plus belle musique. »
La musique, souvenir personnel d’Hochéa, celle d’un vieux rabbin dans le ghetto de Lodz. Là où périrent ses parents et sa soeur.
Hochéa est un  » curieux personnage au beau visage triste« , un vieil homme usé sous le poids de la mémoire, un rescapé du ghetto et de l’attentat sur la route du Carmel où il était avec Samra.
 » Samra était son dernier regard et la limite de sa raison. ».
 » Depuis l’attentat, le monde lui parvenait à peu près exclusivement par les voies auditives, sous forme d’architectures et de paysages mêlés tout en vibrations internes. »
Hubert Haddad excelle en ce domaine. Il nous donne à voir et à entendre la beauté des paysages, le mélange des cultures, la puissance du cyclone et la force des légendes. Le chemin et le passé de Hochéa sont semés de rencontres, des personnages qui ont une histoire, une origine et un havre de paix.

Dans ce récit hautement travaillé, riche de culture, Hubert Haddad fait vibrer l’usure d’un vieil, à l’image de tant d’exilés, qui n’attend plus qu’un tourbillon l’emporte au ciel.
« On aimerait mourir débarrassé de toute croyance. »

Les amoureux de la plume de Hubert Haddad seront conquis par ce nouveau roman. La construction et la culture de l’auteur peuvent décontenancer les lecteurs peu habitués à cet univers. Personnellement, j’ai beaucoup aimé la sensibilité d’Hochéa Meintzel.
 » Juifs ou Palestiniens, la haine est un suicide. Nous sommes une même âme, un même chant d’avenir. »

Appartenir – Séverine Werba

WerbaTitre : Appartenir
Auteur : Séverine Werba
Éditeur : Fayard
Nombre de pages : 264
Date de parution : 19 août 2015

Auteur :
Après avoir été journaliste et productrice de documentaires, Séverine Werba travaille aujourd’hui pour la série policière Engrenages, diffusée sur Canal+. Appartenir est son premier roman.

Présentation de l’éditeur :
De la guerre, de la déportation et de la mort de ses proches, Boris, le grand-père de la narratrice, n’a jamais parlé. Autour de lui chacun savait, mais, dans l’appartement du 30, rue de Leningrad, que tout le monde appelait « le 30 », le sujet n’était jamais évoqué.
Et puis Boris est mort. La jeune femme a vécu un moment au 30, en attendant que l’appartement soit vendu, elle avait vingt ans, et elle a cédé à une bibliothèque les livres en russe et en yiddish de son grand-père. Plus personne ne parlait ces langues dans la famille.
Ce n’est que dix ans plus tard, au moment de devenir mère, que s’est imposé à elle le besoin de combler ce vide et de reprendre le récit familial là où il avait été interrompu. Moins pour reconstituer le drame que pour réinventer des vies. Retrouver les rues de Paris autrefois populaires où vivaient Rosa, la sœur de Boris, avec sa fille Lena, déportées en 1942 ; voir ce village lointain d’où son grand-père était parti pour se créer un avenir qu’il espérait meilleur ; entendre couler cette rivière d’Ukraine sur laquelle, enfant, il patinait l’hiver. Comprendre où ils vécurent et furent assassinés.
Alors elle cherche, fouille, interroge, voyage, croisant la mort à chaque pas dans son étrange entreprise de rendre la vie à ces spectres. C’est une quête insensée, perdue d’avance, mais fondamentale : celle d’une identité paradoxale qu’il lui faut affirmer.
Séverine Werba nous livre une enquête profane, intense, et part à la recherche de l’histoire dont elle procède comme d’elle-même. Elle montre qu’écrire est sans doute la façon la plus poignante de rompre et d’appartenir.
Mon avis :
C’est en perdant Boris, son grand-père que Séverine comprend qu’elle n’a pas posé suffisamment de questions sur le passé de cet homme si discret, qu’elle est passée à côté de l’essentiel.
 » J’en veux à mon grand-père d’avoir verrouillé la porte de son passé et je m’en veux de ne pas lui avoir posé de questions. »
Boris était né à Torczyn, il a quitté sa famille en 1923 pour faire des études à Berlin puis s’est retrouvé à Paris, s’est marié avec Nelly, une femme non juive. Il a perdu toute sa famille trois fois, le jour de son départ, le jour de son mariage et le jour où ils ont été tués.
En découvrant des photos de Rosa, la sœur de Boris et de sa petite fille Lena, la jeune mère qu’est devenue Séverine sent le besoin d’enquêter, de redonner vie à cette jeune enfant de deux ans, internée pour le motif  » en surnombre dans l’économie nationale« .
Recherches auprès des Archives nationales, voyages en Israël et en Ukraine, l’auteur se lance dans « une enquête insensée, perdue d’avance. Fondamentale. » se pose des questions, imagine ce qui a pu se passer et redonne vie à ces anonymes.
Rafle du Vel d’Hiv, ghettos de Torczyn et de Loutsk, toutes les horreurs maintes fois écrites dans les romans s’appliquent ici à la famille de Boris. J’ai retrouvé une similitude avec la quête de Julia dans Elle s’appelait Sarah de Tatiana de Rosnay.
Là est un peu ma déception vis à vis de ce récit, un passé commun à tant de familles revu par le prisme personnel d’un auteur.
Mon intérêt s’est un peu aiguisé en lisant une approche plus novatrice sur l’attitude mensongère actuelle des ukrainiens  » Personne ici n’honore la mémoire de ceux qui vivaient là. Rien dans le présent ne parle du passé. La vie s’est arrêtée net, puis elle a repris avec d’autres. »

Toutefois, ce premier roman est très bien écrit et donne une voix supplémentaire à tous ces anonymes «  ni morts, ni vivants…absents. »
 » La famille de mon grand-père errait dans sa maison, elle flottait dans l’air, invisible et obsédante. C’est elle que je cherchais dans les placards. C’est elle qui revenait dans le goût du hareng et le thé brûlant. Dans les lettres hébraïques, les concombres au sel et le pain au cumin. »

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Une forêt d’arbres creux – Antoine Choplin

ChoplinTitre : Une forêt d’arbres creux
Auteur : Antoine Choplin
Éditeur : La fosse aux ours
Nombre de pages : 116
Date de parution :  21 août 2015

Auteur :
Antoine Choplin est un romancier et poète français né à Châteauroux le 31 août 1962.
Il est depuis 1996 l’organisateur du festival de l’Arpenteur, en Isère, événement consacré au spectacle vivant et à la littérature.
Antoine Choplin a reçu le Prix France Télévisions 2012 pour La nuit tombée.
Présentation de l’éditeur :
Ce récit, inspiré de la vie de l’artiste Bedrich Fritta, relate sa déportation avec sa femme et son fils dans le camp tchèque de Terezin. Alors qu’il est affecté à l’atelier de dessin technique pour élaborer des plans pour les bâtiments du ghetto, son quotidien de survie est entrecoupé d’instants profonds avec sa famille. Peu à peu, les membres de l’atelier dessinent la réalité brutale du camp.

Mon avis :
Première lecture d’Antoine Choplin et la découverte d’un style tout en douceur et poésie.
En décembre 1941, Bedrich, sa femme Johanna et son fils Tomi qui n’a pas encore un an arrivent à Terezin. Dès le départ, en observant la silhouette de deux arbres et derrière les barbelés, l’auteur installe son récit dans l’alternance. Celle des élans du cœur et de la rupture par la misère du ghetto.
 » S’y entrelacent en lisière de cette désolation, l’élan et la contrainte, la vérité et l’illusion, le vivant et le mort. »
Sans s’appesantir sur la douleur du ghetto qui pourtant transparaît dans les descriptions, les personnages se réconfortent avec des petits instants volés comme un concert, la vision d’une maison au loin, un instant gagné à la terrasse d’un café, une lecture de poésie, le plaisir de dessiner.
Bedrich, en tant que dessinateur est nommé responsable de la salle de dessin. Dans cette salle où pointe la lumière, les architectes et dessinateurs se rapprochent en une passion commune. Si leur projet consiste à dessiner les plans du futur crématorium, la nuit, ils se réunissent pour figer sur quelques feuilles la réalité du camp. Ils ont l’espoir de pouvoir témoigner au-delà de la mascarade prévue pour la venue de la Croix Rouge.
Comment faire du velours avec un sujet aussi pesant? Antoine Choplin y parvient en laissant des lueurs d’espoir, des instants de vie, de la passion pour un métier sans omettre toutefois l’ombre des barbelés, la douleur de ces corps fatigués, amaigris, la peur de partir dans ces trains sans retour.

Je vous conseille la lecture de ce touchant tableau d’une forêt d’arbres creux.

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La réparation – Colombe Schneck

Titre : La réparation
Auteur : Colombe Schneck
Éditeur : Grasset
Nombre de pages : 224
Date de parution : 22/08/2012

Lorsque Colombe Schneck met au monde sa fille en 2003, elle la nomme Salomé. Elle se souvient alors que sa mère Hélène lui avait demandé de joindre Salomé en second prénom, si, un jour, elle avait une fille pour rendre hommage à sa jeune cousine disparue dans les camps pendant le seconde guerre mondiale.

Colombe, peut-être, de crainte qu’une sombre malédiction plane sur le destin de sa fille va enquêter sur ce drame familial.

Mais le silence a toujours régné sur ce passé. Sa grand- mère Ginda et sa mère n’ont plus voulu en parler. Elle enquête alors en Israël auprès de Gila (sa tante) et aux États Unis auprès de Myriam la femme du frère de sa grand-mère) . Elle se rend en Lituanie sur le site de l’ancien ghetto de Kovno.

Elle veut comprendre pourquoi ces enfants, Salomé et Kalman ont disparu, comment leurs mères respectives, Raya et Macha, les sœurs de sa grand-mère ont survécu et refait leur vie.

Ce récit est un hommage personnel à Salomé mais aussi au martyr des juifs lituaniens.

« 95% des juifs lituaniens ont été tués. »

 » d’un côté, il y avait les Lituaniens, de l’autre les Juifs. Les juifs parlaient yiddish et russe, la langue de l’envahisseur. »

Colombe Schneck nous révèle la raison qui a provoqué ce secret familial, le choix indicible qui m’a effectivement bouleversée. Même si on peut le comprendre, on ne peut s’empêcher de réfléchir à ce que nous aurions fait en pareille situation.

L’histoire est importante, l’hommage louable mais j’ai l’impression que l’auteur ne se sentait pas le droit de confesser cette histoire. À plusieurs reprises, elle met en doute son droit parce qu’elle vit dans un confort bourgeois. Du fait le style paraît hésitant. Il y a de nombreuses répétitions comme si l’auteur avait du mal à transcrire ce récit.

L’objectif est toutefois atteint car Colombe redonne vie à Salomé, explique et justifie le passé des trois sœurs Ginda, Raya et Mâcha même si le style semble maintenir un malaise.

 » Macha et Ginda avaient toujours du mal à supporter ceux qui s’apitoient sur eux-mêmes. Ne crois pas que ce soit de la dureté, on a facilement une bonne raison d’être malheureux, mais on a aussi la possibilité de reconstruire. »

 » toujours choisir la vie, les enfants, l’avenir. »