Sugar run – Mesha Maren

Titre : Sugar run
Auteur : Mesha Maren
Littérature américaine
Titre original : Sugar run
Traducteur : Juliane Nivelt
Editeur : Gallmeister
Nombre de pages : 382
Date de parution : 3 janvier 2020

Sugar run pose la difficile question de la réinsertion et des choix que l’on ne fait pas vraiment mais qui gâchent toute une vie.

En 1999, Jodi a été condamnée à la prison à perpétuité pour le meurtre de Paula alors qu’elle n’avait que dix-sept ans. En ce mois de juillet 2007, elle a trente-cinq ans quand les portes de la prison de Jaxton s’ouvrent enfin devant elle. Son objectif est de retourner sur le terrain de sa grand-mère Effie, celle qui l’a élevée quand ses parents ont fui leur responsabilité. Cette cabane en Virginie occidentale est son seul héritage. Mais avant, elle doit aller à Chaunceloraine récupérer Ricky Dulett, le frère de son amie Paula. Elle tient à honorer la volonté de Paula de le protéger de la violence de son père.

En Géorgie, elle rencontre Miranda, une jeune femme de vingt-cinq ans, mère de trois garçons. Sa beauté et sa fragilité l’émeuvent. Miranda lutte pour la garde de ses enfants emmenés par leur père, Lee Folden, un chanteur en perte de vitesse.

C’est flanquée de Miranda, de ses trois garçons et de Ricky que Jodi arrive sur le terrain d’Effie, un terrain qui a été vendu aux enchères pendant son emprisonnement. Là, elle retrouve ses parents insouciants et ses deux frères jumeaux, prompts à plonger dans des trafics douteux.

L’auteur alterne les récits entre passé et présent. D’une part, l’auteur montre comment la rencontre avec Paula a poussé Jodi vers le drame. D’autre part, comment la vie actuelle sur un terrain sauvage et hostile, menacé par les compagnies de gaz avec un Ricky perturbé et une Miranda frivole, impulsive et toxicomane ramène inéluctablement Jodi vers les problèmes.

«  Il y a quelque chose en nous qui pousse le monde à nous traiter comme il le fait, mais c’est pour mieux nous préparer. »

Avec Sugar run, nous sommes dans le coeur de cible des Editions Gallmeister. Une terre sauvage très présente et chère au coeur des personnages, une volonté de rédemption remise en cause par l’environnement hostile. L’écriture est fluide et agréable, la construction ménage le suspense. Les personnages sont travaillés. Lourds d’un passé mouvementé, ils peinent à trouver leur voie.

Un très bon premier roman, une bonne lecture même si le scénario est assez classique dans cet univers. J’aurais pu davantage l’apprécier si je l’avais lu sur une période plus calme.

Je remercie Léa et les Editions Gallmeister pour cette lecture dans le cadre du Picabo River Book Club.

 

La vie en chantier – Pete Fromm

Titre : La vie en chantier
Auteur : Pete Fromm
Titre original : A job you mostly won’t know how to do
Traducteur : Juliane Nivelt
Editeur : Gallmeister
Nombre de pages : 384
Date de parution : 5 septembre 2019

 

 

Taz et Marnie vivent heureux dans leur modeste maison du Montana qu’ils essaient lentement de remettre en état. Taz est menuisier, un ouvrier minutieux qui aime le travail bien fait. Évidemment, les fins de mois sont difficiles. Mais il leur suffit d’aller dans leur endroit secret près de la rivière pour reprendre courage. Cet endroit est le lieu de leur amour. C’est là que Taz a rencontré Marnie, là qu’ils sont allés la veille de l’accouchement. Car il ne manquait qu’un enfant à leur bonheur.

Seulement, la vie est parfois cruelle. Marnie meurt en couches d’une embolie pulmonaire. Taz est dévasté et il rentre seul chez lui, avec Midge, sa petite fille. Le mari doit faire face au deuil, le père doit assurer la charge d’un nourrisson. Les nuits cauchemardesques sont courtes, l’argent ne rentre plus.

Quand Taz doit se remettre au travail, il est contraint de trouver une solution pour faire garder Midge. Elmo, étudiante et serveuse, accepte de faire du baby-sitting. Quand l’auteur précise qu’elle a vingt-deux ans, à peine sept ans de moins que Taz, il n’y a aucun doute sur l’issue de l’histoire.

Seulement, ce n’est pas si simple de se remettre d’une telle blessure. Il faut du temps, de la patience. Et avec le compte des jours pour titre de chapitre, nous suivons tout doucement, l’évolution des émotions de Taz et Elmo.

Je n’avais jamais lu Pete Fromm et je ne m’attendais pas à ce style de romance. L’histoire est belle, touchante mais assez prévisible. Heureusement, l’humour de Rudy, le meilleur ami de Taz, donne un petit côté sympathique au récit.

Tout est brisé – William Boyle

Titre : Tout est brisé
Auteur : William Boyle
Littérature américaine
Titre original: Everything is broken
Traducteur : Simon Baril
Éditeur :Gallmeister
Nombre de pages : 208
Date de parution : 7 septembre 2017

 

Erica ne s’est jamais sentie aussi seule et fatiguée. Son mari est décédé d’une tumeur au cerveau, sa mère vient de mourir, son fils Jimmy ne donne plus de nouvelles et son père, après une mauvaise chute, doit être transféré de l’hôpital à un centre de rééducation.

Seulement, le vieil homme, difficile, reproche à sa fille de l’abandonner. Il veut absolument rentrer chez lui, même si il ne tient pas debout. Erica travaille toute le journée et n’a pas les moyens de payer une aide à domicile.

Pendant ce temps, à Austin, Jimmy sombre dans l’alcool. Il vient de se faire larguer par son petit ami. Sans domicile, sans travail, il ne peut que rentrer à Brooklyn chez sa mère.

Jimmy s’est perdu à l’adolescence. Alors qu’il n’avait que quatorze ans, Jimmy sent la haine de son père.

« Il m’a dit qu’il détestait ne serait-ce que poser les yeux sur moi. »

Entre une mère épuisée, toujours réticente depuis la cruelle déception d’un premier amour et un fils qui ne s’est jamais senti en sécurité, le courant passe mal. Les reproches constants de la mère poussent le fils vers toujours plus d’isolement dans l’alcool. Dès le premier soir, dans un bar, Jimmy rencontre Franck, un poète. Franck parvient à créer une atmosphère plus reposante dans la maison d’Erica. S’écouter, faire un pas réciproquement vers les habitudes des autres plus que de les renier. Voilà sûrement le chemin de la reconciliation et de la reconstruction.

Malgré une rencontre intéressante entre une mère et son fils, entre deux êtres englués dans leurs soucis personnels qui ne savent plus comprendre l’autre, j’ai trouvé ce récit un peu creux autour d’une thématique assez classique.

Je remercie Léa et les Editions Gallmeister pour la lecture de ce livre dans le cadre du Picabo River Book Club.

 

 

 

Les marches de l’Amérique – Lance Weller

Titre : Les marches de l’Amérique
Auteur : Lance Weller
Littérature américaine
Traducteur: François Happe
Titre original : American marchlands
Editeur : Gallmeister
Nombre de pages : 355
Date de parution : mars 2017

 

Que sont certains états des Etats-Unis au XIXe siècle?
 » rien d’autre que des marches frontières, rien d’autre qu’un territoire sauvage situé entre deux pays, où les hommes pouvaient aller mais où la loi ne les suivait pas. »
La construction de l’Amérique s’est faite par le feu, le fer et le sang. C’est bien ce que nous rappelle ce roman de Lance Weller.
Dans un chariot tiré par trois mules se tient le cercueil de Gouverneur recouvert de sel. Flora, une mulâtre instruite de toute beauté l’emmène au Mexique auprès de son père. Elle est escortée par Tom Hawkins, un homme séduisant et ténébreux qui devient sanguinaire lors de maux de tête insoutenables et Pigsmeat Spence, brave mais assez laid.
«  leurs zones d’espoir et de bienveillance étaient rabougries, tandis que le siège de la bienveillance chez l’un dépassait de beaucoup mes attentes et que, chez l’autre, les valeurs concernant la fermeté et la recherche d’un idéal étaient franchement étonnantes. »
Tom Hawkins est né en 1815 de John et Rachel Hawkins des migrants vers l’Ouest. Ils ont atterri près du Bois de la Haine. Tom, enfant peu bavard, révèle son caractère lors de la venue d’un groupe d’indiens sur leur terre. L’enfant de huit ans tient tête au chef indien du bout du fusil de son père, parle d’une voix douce et ferme mais son discours est celui d’un adulte. Le personnage hors du commun est bien planté dans ce décor de western. C’est après avoir tué son père devenu violent et alcoolique que Tom part sur les chemins sans réel but.
Il y retrouvera son ancien voisin, de deux ans son aîné, Pigsmeat. Un homme brave qui avait rejoint la milice créée pour combattre les Indiens dans le pays de la Rock River. A son retour, la mort de sa chère et tendre Mazy-Mae lui est insupportable.
Est-ce ainsi que naît la violence? Sans nul objectif que de suivre leur chemin, les deux hommes, enfin surtout Tom ( Pigsmeat se contentant de regarder son ami) tuent tous ceux qui agressent sans raison. Contrairement à l’affreux Kirker qui collectionne les scalps et tue sauvagement tous les habitants des villages, hommes, femmes et enfants pour le compte de l’Etat mexicain du Chihuahua. Nous sommes en pleine guerre du Mexique, le président James Polk souhaitant annexer le Texas.

Flora devient pour Tom et Pigsmeat le but ultime de cette errance dans une Amérique sauvage.
Dans le Tennessee, Flora était l’esclave sexuelle de Boss. Il l’a éduquée pour ne point trop s’avilir. Lorsque ruiné, Boss part en éclaireur au Mexique, c’est son fils, Gouverneur qui utilise Flora en la prostituant. Ce voyage est le seul moyen de reprendre sa vie et sa liberté en main. Elle sera la madone de nos deux desperados.

Au-delà de ce trio assez déconcertant, Lance Weller réserve quelques belles rencontres avec des personnages hors du commun comme le vieux shérif, Parker l’épicier ou le vieux Gaspar qui attend pour traverser la rivière. Toutefois, avec une construction non linéaire, une ambiance sauvage, quelques traits d’humour bien ancrés dans l’univers du western, ce roman, témoignage fiction d’une Amérique en construction dans le sang et la barbarie reste une lecture exigeante.
Wilderness, parfois aussi sauvage avec les horreurs de la guerre de Sécession, m’avait davantage séduit grâce à l’humanité des personnages. Ici, les personnages principaux et le décor naturel ne sont pas parvenus à susciter autant d’émotion.

Retrouvez l’avis de Mimi qui m’a accompagnée dans cette lecture.

Cinq ciels – Ron Carlson

carlsonTitre : Cinq ciels
Auteur : Ron Carlson
Littérature américaine
Titre original : Five skies
Traducteur : Sophie Aslanides
Éditeur : Gallmeister
Nombre de pages : 264
Date de parution : 30 août 2012

Destins brisés dans des décors éblouissants, nous sommes ici dans le cœur de cible des Éditions Gallmeister avec un sensible exemplaire de Nature Writing.
La construction est plutôt classique. Trois hommes se retrouvent dans l’Idaho, sur le site du ranch de Curtis Diff afin d’y construire une rampe de lancement pour sauter au-delà d’un canyon en moto.
Darwin Gallagos a fui sa maison du ranch et ses amis depuis la mort accidentelle de sa femme. Ce projet de construction est une manière de fuir son chagrin et sa rancœur. Il embauche deux ouvriers, Arthur Key, un colosse tout en muscle et Ronnie Panelli, son jeune protégé un peu sauvage.
Trois hommes meurtris, trois générations différentes, des hommes peu doués pour la parole et la confession qui vont travailler ensemble, apprendre un métier à Ronnie mais surtout une passion, une forme de création qui peut le stabiliser. Car ce jeune homme aurait pu mal tourner. Petit voleur à la tire, son expérience carcérale l’a rendu agressif surtout par honte de son comportement devant sa mère.
 » J’ai déçu tous ceux qui m’ont approché, mais ma mère m’a dit que Dieu aime les méchants. Je sais pas, méchant c’est dur mais je prends. »
Arthur a besoin d’aider ce jeune homme, peut-être comme une revanche sur le passé. Ancien chef d’entreprise de construction pour le cinéma, cet homme doué a tout plaqué après la mort de son frère.
Vivre ensemble finit par créer des liens, par oser la confession et guider ainsi chacun vers l’étape suivante.
Cette histoire de rédemption commune se cale dans une nature éblouissante et dangereuse et se concrétise avec de nombreux descriptifs des étapes de la construction de cette structure de rampe de lancement, une entrave à cette belle nature qui passionne toutefois nos ouvriers, tant ils ont à cœur ce besoin du travail bien fait.
Car quelque soit sa nature, ce projet est une manière de retrouver un objectif de vie, un partage humain, une sensation d’être utile à l’autre pour enfin savoir vivre avec ses pertes et ses blessures. Et passer à l’étape suivante…

10 ans gallmeister challenge contre-courant New Pal 2016 orsec2016

Une année avec Gallmeister

10 ans gallmeister challenge

Le début d’année est une période de vile tentation avec la rentrée littéraire, les soldes, les galettes et les challenges.

Je viens de succomber au challenge de Léa qui permet de fêter les 10 ans de Gallmeister, une  maison d’édition qui a toujours su me faire voyager.

Le principe est simple, lire en 2016 un ou plusieurs livres publiés par Gallmeister.

Léa animera cette année avec des propositions de lecture.

Si vous cherchez des idées de lecture, voici quelques conseils : Les douze tribus d’Hattie d’Ayana Mathis, Wilderness de Lance Weller, Les arpenteurs de Kim Zupan, Le sillage de l’oubli de Bruce Machart

Personnellement, pour commencer, j’ai un roman de Ron Carlson, Cinq ciels dans ma PAL.

Si ce challenge vous intéresse, rendez-vous chez Léa

Les arpenteurs – Kim Zupan

zupanTitre : Les arpenteurs
Auteur : Kim Zupan
Littérature américaine
Titre original : The Ploughmen
Traducteur : Laura Derajinski
Éditeur : Gallmeister
Nombre de pages : 280
Date de parution : 31 décembre 2014

Auteur :
Kim Zupan est originaire du Montana. Il a grandi aux alentours de Great Falls, dans la région qui tient lieu de décor à son roman.  Durant vingt-cinq ans, il a gagné sa vie grâce à son métier de charpentier et a continué d’écrire en parallèle. Il a été tour à tour fondeur, professionnel de rodéo, pêcheur de saumon en Alaska, réparateur d’avion à réaction. Il enseigne aujourd’hui la menuiserie à l’université de Missoula.

Présentation de l’éditeur :
Nuit après nuit, dans une prison du Montana, le jeune Val Millimaki s’assied face aux barreaux qui le séparent de John Gload, 77 ans, en attente de son procès. Astreint aux pires heures de garde, l’adjoint du shérif se retrouve à écouter le criminel qui, d’instinct, est prêt à lui révéler en partie son passé. Petit à petit, Millimaki se surprend à parler, lui aussi, et à chercher conseil auprès de l’assassin. En dépit des codes du devoir et de la morale, une troublante amitié commence à se tisser entre les deux hommes. Dans un subtil jeu d’échos, entre non-dits, manipulations et sombres confessions, le jeune shérif cherche des réponses à ses propres tourments et, chaque matin, il tente vainement de reprendre pied dans la réalité. Mais sa vie, comme son mariage, lui échappe chaque jour un peu plus.
Premier roman hypnotique et crépusculaire, Les Arpenteurs met en scène deux personnages poursuivis par leur conscience et hantés par la mélancolie d’un paysage qui les a faits tous deux à son image.

Mon avis :
Les voies de l’amitié ou de l’amour sont parfois impénétrables. Racines communes, imprégnation de la mort dès la jeunesse, vision d’un avenir ou rappel d’une jeunesse sont autant de facteurs qui poussent deux êtres différents l’un vers l’autre.
John Gload est à la fin de sa vie, il est derrière les barreaux d’une prison, il donne la mort de manière sauvage.
Val Millimaki est jeune, il est adjoint au shérif et il passe son temps avec son chien Tom à tenter de sauver de la mort des personnes signalées disparues.
 » Et je ne sais pas où tu es Val. Avec tous ces morts que tu retrouves dehors, j’imagine. Ils sont plus simples. Tu n’es pas obligé de leur parler. Tu ramènes à la maison leurs foutues photos comme s’ils faisaient partie de la famille, ou comme si c’était une amante secrète. »
Mais, pour l’un comme pour l’autre, la mort fait partie de leur vie depuis leur enfance. Cette obsession met en péril leur couple, ajoutant de la noirceur à une vie difficile dans un milieu aride.
 » Il se demanda ce qui pouvait susciter une telle cruauté dans un si beau paysage. Comme si le vent qui balayait les flancs depuis les escarpements gelés et mornes apportait avec lui l’appétit des loups et des ours, pareil à un microbe contaminant le sang. »
Dans cette région, il est difficile de vivre seul. Entre le vieux tueur sanguinaire isolé dans sa prison et le jeune policier abandonné par sa femme, de conversations nocturnes en confidences, des liens involontaires se resserrent.
Une amitié, qui, même si elle n’est pas avouée réciproque, me heurte face à la description des activités de John Gload, homme qui ne mérite pas la pitié.
«  Pour le reste d’entre nous, pense Millimaki, la distance entre la raison et la folie est infime, une frontière fine comme du parchemin et tout aussi fragile pour contenir le monstre. »
La vieillesse de ce monstre, l’attrait d’une terre et de ses pommiers peuvent-ils expliquer ce rapprochement? Même vieux, John Gload est un homme dangereux que l’on imagine pas sortir seul avec un policier dans la nature.
Si ces petites réserves m’empêchent de ressentir avec force la relation entre les deux hommes et de prôner l’excellence, je reconnais que Les arpenteurs est un premier roman bien maîtrisé, sensible qui fait honneur à la collection de Nature Writing.

Retrouvez l’avis de lecteurs enthousiastes : Virginie, Léa Touch Book