Animabilis – Thierry Murat

Titre : Animabilis
Auteur : Thierry Murat
Éditeur : Futuropolis
Nombre de pages : 160
Date de parution : 2 novembre 2018

 

Première lecture de Thierry Murat et je découvre un artiste aussi doué pour le dessin que pour l’écriture.
Avec ce récit gothique et poétique, l’auteur trouve les couleurs justes et la prose appropriée pour peindre cet univers sombre, ce voyage à la limite de deux mondes entre réalité et hallucination, entre l’humain et l’animal.

Victor de Nelville, jeune journaliste français, débarque dans le nord du Yorkshire pour une enquête sur de récentes péripéties ésotériques dont sont friands les lecteurs français.


Le jeune homme plonge de suite dans l’ambiance avec la tempête de neige, le souffle du vent puis la mort d’une brebis suivie de la pendaison de  son berger.

Le journaliste couche sur le papier les mystères et angoisses du village moribond. Si les légendes celtiques se propagent dans l’oralité, lui, tient à laisser des traces sur le papier.
Dans cet univers mystérieux où s’opposent le pragmatisme du policier et le fanatisme du curé, où l’homme se métamorphose en animal, le journaliste laisse la place au poète.

 » Les formules magiques et les enchantements sont les plus belles formes primitives de la poésie.« 

Puisant dans les profondeurs de l’âme, la poésie est l’ultime mystère qui contient tous les autres. De la poésie à l’amour, dernier mystère absolu, il n’y a qu’un pas. Et Victor y succombe par le charme de Mëy, beauté irréelle sensible «  aux parfums d’âmes et de peaux mêlées« .

Cet album allie esthétisme et qualités littéraires. Je me suis agréablement perdue dans cet univers sombre où pointe la couleur du sang et du feu. De cet hiver 1872 à l’automne 1873, Thierry Murat illustre l’Animabilis, ce qui peut rendre vivant, même dans les légendes celtiques les plus morbides.

 

 

Eldorado – Damien Cuvillier et Hélène Ferrarini

Titre : Eldorado
Illustrateur : Damien Cuvillier
Textes : Hélène Ferrarini
Éditeur : Futuropolis
Nombre de pages : 176
Date de parution : 23 août 2018

 

La couverture de cette bande dessinée est évocatrice de l’ampleur romanesque de cette histoire et de la qualité graphique de l’album.

Marcello est le porte-parole des grévistes de l’aciérie Wandel. Deux semaines de grève, le mouvement s’essoufle mais Marcello est un idéaliste tenace. Et un romantique qui écrit des poèmes à Louisa, son amour caché puisque les parents de la jeune fille veulent la marier à un autre homme.

Les deux amoureux veulent s’enfuir. Mais le soir précédent l’envol, le frère de Louisa fait boire Marcello et le fait embarquer sur le bateau emmenant des ouvriers naïfs vers l’Eldorado. Les américains construisent sur ce territoire indien un canal n’hésitant pas à polluer les lieux, à immerger des villages et à saccager la faune et la flore.

De ce coin perdu où Marcello travaille comme un forcené, il envoie des lettres sans retour à Louisa. Elle seule lui donne le courage de survivre.

«  Qui a pris le contrôle de nos vies, de ma vie? Moi qui ai toujours clamé qu’il fallait prendre la liberté pour qu’on veuille bien nous la donner, me voila bien enchaîné. »

Marcello ignore qu’en cet enfer, une autre personne souffrant de solitude retrouve goût à la vie en interceptant et lisant ses lettres.

Les auteurs donnent une grande puissance à cette histoire romanesque bien campée dans les rêves et les désillusions de l’Amérique du XXe siècle.

La précision des dessins, la palette de couleurs  plongent le lecteur dans l’ambiance. L’alternance des formats des illustrations donnent du rythme au récit. Des gros plans pour fixer les émotions, des plans larges pour prendre conscience de l’environnement.

Damien Cuvillier utilise tous les outils pour immerger le lecteur dans cette histoire.

Hélène Ferrarini ajoute encore de la précision et du romanesque grâce à un ancrage social, l’usage de dialectes indiens et la dimension poétique et mélancolique des personnages .

Dès les premières pages, je me suis passionnée pour cette histoire et les auteurs sont parvenu à fixer mon attention et garder mon intérêt jusqu’ à la fin.

 

3 fois dès l’aube – Aude Samama et Denis Lapière

Titre : Trois fois dès l’aube
Dessinateur et Peintre : Aude Samama
Texte : Denis Lapière
D’après le roman d’Alessandro Baricco
Editeur : Futuropolis
Nombre de pages : 104
Date de parution : 8 février 2018

Dans son roman (Trois fois dès l’aube), Alessandro Baricco met en scène trois rencontres nocturnes entre un homme et une femme dans un hôtel. Trois histoires puissantes qui se dénouent à l’aube. L’auteur maîtrise un style particulièrement évocateur, ses personnages se dévoilent au fil des heures.
Dans chaque histoire, les personnages sont différents mais pourraient être les mêmes à d’autres âges sur des trajectoires de vie différentes.

Ce qui peut paraître troublant dans le roman de l’auteur italien devient presque une évidence sous la palette d’Aude Samama. Des ressemblances dans les traits des personnages, dans leurs expressions taciturnes. Les couleurs chaudes, le flou des peintures à la gouache, l’émotion sur les visages traduisent parfaitement l’univers énigmatique, intimiste et sensuel de Alessandro Baricco.


Denis Lapière y appose l’essentiel du texte pour cerner intimement les personnages. Les hommes portent un lourd passé. Les femmes, pourtant aigries par leur condition, ont un regard tendre et soucieux vers leur compagnon.
Les romans d’Alessandro Baricco sont de petits bijoux mais l’écrin que leur offrent ici Aude Samama et Denis Lapière les subliment.

Balzac et la petite tailleuse chinoise en BD

Titre : Balzac et la petite tailleuse chinoise
D’après le roman de Dai Sijie
Auteur : Freddy Nadolny Poustochkine
Editeur : Futuropolis
Nombre de pages : 320
Date de parution : 12 octobre 2017

 


Mon intérêt pour les romans graphiques, adaptations de mes meilleures lectures va grandissant. J’aime retrouver mes romans cultes sous le biais d’un autre regard. Ma bibliothèque commence ainsi à s’étoffer avec Le soleil des Scorta, L’étranger, La forêt des renards pendus, La délicatesse, Exarcheia, Soie, et dorénavant Balzac et la petite tailleuse chinoise.

Premier roman de l’auteur franco-chinois Dai Sijie, paru chez Gallimard en 2000, Balzac et la petite tailleuse chinoise évoque la période de la révolution culturelle en Chine.  Deux adolescents, fils de médecin et dentiste se retrouvent dans la province de Sichuan comme ouvriers miniers dans la montagne. Dans cet environnement difficile deux découvertes vont changer leur vie. Tout d’abord, une valise de livres interdits leur permet de découvrir la littérature française. Puis la rencontre de la fille du tailleur du village voisin leur inspire leurs premiers sentiments amoureux. Avec l’oeuvre de Balzac, Luo entreprend d’éduquer la petite tailleuse chinoise, sous le regard jaloux de Ma.

J’ai beaucoup aimé l’originalité de la disposition des dessins.  Refusant la rigueur des cases, les images prennent toute leur valeur avec des personnages aux traits expressifs et des couleurs représentatives des ambiances du lieu ( le noir de la mine, l’ocre des paysages, le gris de l’ambiance et parfois le rouge du sang).

 

Poustochkine parle aussi avec ses dessins. Le rythme se trouve dans la progression. Plusieurs silhouettes sans traits sur le visage puis soudain, un visage en gros plan avec une expression. Ou des dessins en rafale qui montre l’urgence ou la rigueur des conditions de vie.

 

  

En restant fidèle au scénario du roman, en respectant tous ses points forts et moments clés, l’illustrateur livre la réelle ambiance du livre. Mais, face à la densité du récit de Dai Sijie, cette adaptation m’a semblé assez réductrice. Les textes sont très courts, parfois inexistants sur plusieurs planches et  ce sont essentiellement des dialogues. Des bulles de contextes auraient peut-être renseigné le lecteur qui ne connaît pas l’oeuvre originale.

Ce roman graphique peut donc être une première approche ou un regard nostalgique sur un roman culte devenu aussi un film réalisé par l’auteur et sorti en salles en 2002.  Mais, seul, il ne peut égaler l’importance du livre. C’est toutefois une très belle réalisation graphique.

 

 

 

La délicatesse – Cyril Bonin

img_1578Titre : La délicatesse
D’après le roman de David Foenkinos
Auteur : Cyril Bonin
Éditeur : Futuropolis
Nombre de pages : 96
Date de parution : 4 novembre 2016

 
Nombreux sont ceux qui connaissent l’histoire de Nathalie, cette jeune femme meurtrie par l’accident mortel de son mari François que l’on suit dans son univers professionnel dans une entreprise suédoise, le temps de sa reconstruction. Certains ont lu le roman de David Foenkinos, d’autres ont vu l’adaptation cinématographique avec Audrey Tautou et François Damiens.
Pour suivre une tendance très actuelle, Cyril Bonin propose aujourd’hui son adaptation en bande dessinée. Une adaptation très juste qui se focalise sur les choses simples et délicates de cette histoire. A l’image d’Audrey Tautou, le personnage de Cyril Bonin a cette fragilité, ce regard touchant qui exprime toute son histoire.
 » En se tuant, il avait figé leur amour. Il les avait propulsé dans une éternité fixe. »

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Les expressions des visages m’ont toutefois semblé assez lisses tout au long des dessins. Je peine à voir le bonheur de Nathalie et François sur les premières pages, le regain de vitalité de Nathalie et le « sourire suédois » de Markus et la complicité de la grand-mère qui m’avait touchée dans le roman.

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Mais l’essentiel est présent, cette délicatesse qui illumine la rencontre de Nathalie et d’un Markus à l’air dépressif mais doté d’un humour si simple et charmant contre cette goujaterie du patron de Nathalie.

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Cyril Bonin réalise une bonne adaptation tout en simplicité, gentillesse et humour. Le dessinateur privilégie la douceur avec des teintes pastel, des expressions tendres, des textes simples ce qui correspond parfaitement à la délicatesse de ce roman aux nombreux prix littéraires!

Ceux qui ont aimé le roman auront plaisir à lire cette adaptation fidèle et soignée.