Je l’aime – Loulou Robert

Titre : Je l’aime
Auteur : Loulou Robert
Editeur : Julliard
Nombre de pages : 270
Date de parution : 22 août 2019

 

« L’amour est une belle maladie. »

Ce quatrième roman de Loulou Robert est particulièrement sombre. Plombée par les souffrances de l’enfance, absence d’amour maternel et viol du père, la narratrice peine à se réaliser. Elle rencontre M. l’année de ses dix-huit ans.

Lorsque M. s’absente plusieurs mois pour une enquête, la narratrice souffre de solitude, sombre dans l’alcool. Après le désistement d’un producteur qui lui avait promis un premier rôle au cinéma, elle plonge de plus en plus dans la folie.

Peu de temps après le retour de M., elle donne naissance à Daisy.

« J’avais l’espoir qu’elle serait le remède à une folie, Daisy ne fait que l’accentuer. »

Sa vie de femme au foyer, empêtrée des parents de son mari ne la comble pas davantage.

De son enfance, sa passion amoureuse, sa vie de femme puis de mère, tout est dramatique pour cette femme qui n’est que passé ou futur, jamais présent. Elle ne vit qu’à l’intérieur de ses pensées. Elle ne semble trouver une forme d’apaisement qu’au bilan de sa vie, sans doute après la mort de son père.

Ce roman m’a semblé particulièrement lourd. Depuis son premier roman, Loulou Robert explore ses blessures d’enfance, d’adolescence. Si dans les deux premiers récits ( Bianca, Hope), j’ai perçu une belle lumière, une force de la jeunesse, une envie de découverte. Bien trop dramatique et pessimiste, ce dernier opus manque de nuances pour me séduire.

Le rituel des dunes – Jean-Marie Blas de Roblès

Titre : Le rituel des dunes
Auteur : Jean-Marie Blas de Roblès
Éditeur : Zulma
Nombre de pages : 288
Date de parution : 3 janvier 2019

Lire Jean-Marie Blas de Roblès, c’est accepter de partir à l’aventure. Avec lui, les histoires engendrent d’autres récits, toujours plus picaresques les uns que les autres.
Dans Le rituel des dunes, il y a trois niveaux. Le point de départ se situe à  Macao; Roetgen, sur la terrasse d’un hôtel sirote du vinho verde servi par un employé chinois originaire de Tientsin. Dans la menace d’un cyclone passant dans la mer de Chine, Roetgen poursuit l’écriture d’un texte commencé deux an plus tôt à Tientsin.

Sa vie dans cette ville à l’Institut de langues est le seconde narration du roman. Roetgen y travaille avec un expert américain et celui-ci lui présente Beverly. Il aura une aventure sulfureuse avec cette dernière rythmée par les histoires, que tel Shéhérazade,  Roetgen lui raconte. Des histoires nocturnes qui constituent le troisième plan du roman. Dans cet enchevêtrement, l’auteur laisse sciemment une large part de reconstruction au lecteur. On y suit le scénario d’un polar où Hugo, un jeune allemand se trouve confronté à plusieurs meurtres et voit resurgir  le passé de ses parents ou l’histoire de de « con de Lafitte » qui se laisse enfermer dans la Cité Interdite. Ces récits ne semblent avoir aucun autre intérêt que d’ajouter une dose d’exotisme à la relation entre Roetgen et Beverly.
Jusqu’au moment où leur relation devient explosive en raison de la démence de l’américaine.

Mis à part le plaisir de suivre des histoires rocambolesques, je n’ai pas vraiment été séduite par ce récit. Il reste pourtant dans ce roman un aspect qui m’a particulièrement intéressée (peut-être à cause d’un récent voyage en Chine), c’est cette vision du pays. Tant par ses légendes, ses lieux, ses coutumes, ses règles de vie.
Le plaisir de lecture de ce roman se situe pour moi non pas dans les histoires mais dans tout ce qui tourne autour. L’auteur nous fait pleinement profiter de son analyse perspicace du pays.

L’écliptique – Benjamin Wood

Titre : L’écliptique
Auteur : Benjamin Wood
Littérature anglaise
Titre original : The ecliptic
Traducteur : Renaud Morin
Éditeur : Robert Laffont
Nombre de pages : 490
Date de parution : 17 août 2017

Benjamin Wood a fait une entrée fracassante en littérature avec Le complexe d’Eden Bellwether. Dans ce second roman, nous retrouvons cette même atmosphère très britannique des milieux fermés et le thème de la folie créative. Avec peut-être la volonté de surfer sur la vague d’un succès et d’en faire trop au risque de décevoir.

La première partie du roman se passe en huis-clos à Portmantle, un refuge pour artistes déprimés sur une île au large d’Istanbul. Knell, une peintre écossaise, l’écrivain Quickman, la dramaturge MacKinney et l’architecte Pettifer, quatre anciens pensionnaires amis accueillent un nouvel arrivant, le très jeune Fullerton. 

Pour entrer dans ce sanatorium, l’artiste doit être coopté et accepter de changer de nom. Là, loin des pressions extérieures, chacun doit pouvoir retrouver le calme créatif et travailler sur le projet qui les ramènera vers le succès.

Knell est troublée par le comportement de Fullerton, un jeune homme extrêmement doué sujet au somnambulisme et aux crises violentes. Personne ne sait vraiment quelle est son activité mais Fullerton fait exploser la routine paresseuse des pensionnaires.

La seconde partie nous emmène dans le passé de Knell. En 1957, Elspeth Conroy ( le vrai nom de Knell) est l’assistante pleine d’admiration du peintre Jim Culvers. Un marchand d’art, spécialiste   » des raouts de nababs et de collectionneurs toqués » découvre son travail. Si sa première exposition est un succès, Elspeth reste insatisfaite de son travail trop commercial. Et la disparition de Jim la peine plus que de raison.

« Si on n’a pas l’ambition d’être le meilleur dans ce que l’on fait, quel est l’intérêt? Si on vise la grandeur mais qu’on échoue malgré tout…très bien. On aura au moins eu le cran d’essayer. Il y a un certain honneur à échouer de cette manière. Mais il n’y a rien d’honorable à se contenter de la médiocrité. »

Avec Dulcie, directrice de la galerie, Elspeth prend le bateau pour les États-Unis. Elle a le secret espoir de retrouver Jim et le moyen d’oublier une aventure avec un journaliste. Victor Yail, un psychiatre tente de lui apporter son aide.

«  Nous avons tous besoin d’un lieu qui soit à nous et rien qu’à nous…Visualisez cet endroit dès que vous vous sentez anxieuse. »

A son retour, Elspeth peine à honorer une commande d’une peinture murale pour un nouvel observatoire. Médicaments, fatigue, pression. Lors de l’enterrement de son ancien professeur, la jeune peintre retrouve Jim. Cette histoire d’amour l’entraîne une nouvelle fois dans l’excès, la jalousie et la dépression.

C’est le moment que choisit l’auteur pour retourner à Portmantle où Knell tente de comprendre le geste de Fullerton.

L’ambiance pesante, énigmatique au sein de Portmantle est particulièrement bien rendue. L’histoire de cette jeune peintre insatisfaite est passionnante. Benjamin Wood est un excellent conteur qui envoute son lecteur avec des atmosphères prenantes et des personnages complexes flirtant avec la folie. Cette qualité de conteur l’entraîne parfois vers quelques longueurs. 

Si l’idée qui sous-tend la construction est bien amenée, donnant ainsi de la crédibilité au scénario, la fin reste un peu abrupte. Elle me semble à la fois intelligente et décevante. Peut-être un peu brouillonne.

L’écliptique reste une lecture agréable grâce au talent littéraire de l’auteur. Une bonne lecture d’été mais, désormais, j’attends de ce jeune auteur une nouvelle prise de risque.

 

La femme murée – Fabienne Juhel

Titre : La femme murée
Auteur : Fabienne Juhel
Éditeur : Le Rouergue
Nombre de pages : 192
Date de parution : avril 2018

Dans les années 80, un château bien étrange de Saint-Lunaire, à quelques mètres de la mer, était une des curiosités touristiques de La Côte d’Émeraude.
Jeanne Devidal ( 1908-2008), une brestoise venue s’installer avec sa mère dans ce petit pavillon après la seconde guerre mondiale en avait fait une œuvre d’art brut bien contestée par les riverains.

«  Sa maison, elle l’a construite avec ce continent de bois et de plastique que le ressac et les naufrages poussent sur le rivage. »

Ce château fantasmagorique, tarabiscoté déborde sur la voie publique, enserre dans sa construction un poteau électrique et abrite un tilleul au milieu du séjour. 

Pour cette femme, employée à la Poste avant la guerre, résistante torturée par la Gestapo, plusieurs fois internée en psychiatrie et soumise aux électrochocs, cette tanière est un refuge où elle peut convoquer ses Invisibles et se protéger de la folie du monde.

Pendant quarante ans, Jeanne, l’excentrique fagotée comme l’as de pique arpente la plage et les chantiers en quête de matériel. Elle vit seule avec ses chats et ses fantômes. Elle est cette dernière feuille du tilleul dont elle attend la chute. Elle a dans les yeux cette flamme qui vacille, celle qu’elle reconnaît  dans les yeux d’un touriste japonais qui a connu Hiroshima et qui l’interpelle. Les murs sont la mémoire.

Lors du bombardement de Brest par les Américains, Jeanne Devidal a rencontré la Bête, ce grand chien noir qui se nourrit du cœur des soldats morts. Depuis ce jour sombre, leur destin est lié.

«  Moi, la Bête immonde, je me nourris du cœur des hommes, et toi, la Femme-Monde, tu amasseras des pierres pour dresser des murs contre le monde qui chavire et te protéger des hommes. »

C’est un article de journal local qui éveille l’intérêt de Fabienne Juhel, auteure toujours sensible aux figures féminines torturées et aux couleurs de sa Bretagne natale.

L’auteure tient à garder les zones d’ombre de son personnage, refusant de faire une plate biographie. Alors, elle construit des fondations jusqu’au mirador, en passant par les quatre murs qui évoquent les saisons et les points cardinaux, le portrait de cette femme originale, dévastée en pétrissant sa forme et ses émotions dans la nature sauvage du pays, dans ce ciment protecteur qui l’isole de ce monde qui chavire.

En utilisant tantôt la seconde personne du singulier, tantôt la troisième, Fabienne Juhel donne de la consistance à son personnage. Comme empreinte de sa folie, l’auteure se laisse emporter par les éléments, les mots, les rimes, les énumérations donnant à l’instar de cette maison, de la poésie, de l’art à l’extravagance.
Une beauté différente qu’elle tire jusqu’au dénouement en décidant d’une fin plus imagée.

Un très beau texte qui rend hommage à une artiste torturée. L’art brut de Jeanne Devidal  était le reflet d’une histoire. malheureusement, la maison a été détruite en 1991. Avec ce livre, Fabienne Juhel lui construit un mausolée.

Coyote – Colin Winnette

Titre : Coyote
Auteur : Colin Winnette
Littérature américaine
Titre original : Coyote
Traducteur : Sarah Gurcel
Éditeur : Denoël
Nombre de pages : 120
Date de parution : mai 2017

 

Dès les premières lignes, le décor est installé. Une maison isolée, une famille qui prend son repas sur la galerie de la maison, les parents qui boivent plus que de raison et une fillette qui gratte les têtes de clou des planches de la terrasse. Des coyotes au loin. Parfois, il y en a un qui s’approche et le père le tue à coups de pelle.
La mère met l’enfant au lit. Le lendemain, la fillette a disparu.
On ne saura rien de ce qui s’est passé.
La mère raconte les jours qui suivent, évoquent le passé de sa fille, son couple. Elle s’accroche aux espoirs fugitifs, celui d’une émission télé, celui d’un détective irlandais. Mais au fil des mois, tout le monde les oublie. La mère s’accroche pour tenter de faire parler de sa fille.
Celui qu’elle appelle  » le père de ma fille« ,  » un type moche, violent, idiot et faible » est plus résigné mais, en dehors des périodes où il se bat avec sa femme qui n’hésite pas à lui rendre les coups, il semble la soutenir.
Dans ce court récit, rien n’est évident. Chaque lecteur trouvera les signes qui le portent vers une version de ce qui a pu se passer.
Tout est vu du point de vue de la mère. Sa folie est-elle plus large que la conséquence de la douleur? Le père violent est-il capable de tuer autre chose qu’un coyote ou un sanglier?

L’ambiance est sombre. Le style est percutant avec l’authenticité, le naturel des êtres simples, des êtres torturés par la douleur. C’est un court récit marquant mais qui peut laisser un lecteur sur l’attente, l’incompréhension.
Personnellement, j’ai aimé ce ton, cette ambiance, ce personnage de la mère qui vous entraîne dans sa folie, dans ses espoirs, dans son monde.

 

 

 

 

 

 

 

Profession du père – Sorj Chalandon

chalandonTitre : Profession du père
Auteur : Sorj Chalandon
Éditeur: Grasset
Nombre de pages : 316
Date de parution : 19 août 2015

Émile Choulans, aujourd’hui « réparateur » de tableaux, marié à Fadila et père du petit Clément retourne sur les traces de son enfance lors de la crémation de son père en avril 2011.

Ce père qui, cinquante ans plus tôt a brisé son enfance par sa violence et sa folie.
Enfant, Émile n’a jamais su remplir la case  » Profession du père » sur les documents scolaires lors de la rentrée des classes.
André Choulans, autrefois pasteur pentecôtiste, se dit agent secret avec pour mission l’assassinat du Général de Gaulle. Il embarque son fils, comme son petit soldat dans ses délires l’utilisant comme messager pour poster des lettres de menace à un député ou écrire à la craie sur les murs le sigle de l’OAS.
Malgré les coups, les menaces, les humiliations, Émile cherche à tout prix la reconnaissance du père. Comment ne pas être ébloui par un père agent secret quand on est un gamin de treize ans. Il croit à toutes ses histoires, est fier de ses missions et reproduit avec Luca, un nouvel élève de son école le même schéma, s’étonnant lui-même d’une telle naïveté.
 » J’avais espéré qu’enfin il ne me croirait plus. Qu’il éclaterait de rire, qu’il cognerait son doigt sur sa tempe, qu’il le frapperait, qu’il me tournerait le dos. Mais il ne réfléchissait plus. Il acceptait tout de moi. »
Jusqu’où le mensonge peut-il conduite les hommes?
Emile est vite entraîné dans une tragique spirale pour faire face à ses tromperies. Son comportement est de plus en plus risqué, son bulletin scolaire désastreux, les représailles du père sont violentes. Coups, privations, enfermement, Emile subit tout sans pleurer, sous l’oeil résigné de sa mère.
 » Je pleurais avant les coups, à cause de la frayeur. Après les coups, à cause de la douleur. Mais jamais pendant. Lorsque mon père me frappait, je fixais un point dans la chambre… »

La mère, qui pourtant subit elle aussi les violences et punitions du père, ne se rebelle jamais et répète pour toute consolation  » Tu connais ton père ! » Sa passivité en fait un personnage aussi détestable que le père qui, lui a peut-être l’excuse de la folie.

Une fois adulte, André continue d’envoyer des lettres délirantes à son fils où il se met en scène avec des personnalités dont il relève le nom dans le journal ou le dictionnaire. Mais Émile n’est plus dupe. Si il n’a pas vraiment coupé les ponts, jamais, lors de ses visites, il ne sera reçu comme un fils. Désormais, sa mère semble soumise au point d’entrer dans le monde de son mari en acceptant toutes ses conditions.

Émile adulte garde cette cicatrice au fond de l’âme. C’est avec cette pensée qu’il dit souvent «  je t’aime » à son fils et lui lit des histoires. La mort du père permet enfin de livrer ce qu’il a contenu pendant des années.
Dans un récit sobre et sans jugement, Sorj Chalandon montre comment cette spirale de violence peut entraîner un fils sur le mauvais chemin, comment femme ou enfant peuvent subir une folle dictature par peur ou besoin de reconnaissance. Pourtant, le récit reste optimiste avec le bonheur au bout du chemin pour ce fils brimé et le soulagement par la parole pour le fils auteur qui fait face à son enfance. Un roman fort et touchant.

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Roman de Linda Lê

LêTitre : Roman
Auteur : Linda Lê
Éditeur : Christian Bourgois
Nombre de pages : 175
Date de parution : janvier 2016

Ce livre aurait dû être dédié «  aux déjantés qui n’en mènent pas large. »

L. a frôlé la mort suite à une rupture d’anévrisme. Elle subira deux embolisations mais s’en sortira indemne sans aucune séquelle intellectuelle. Sauf peut-être une part d’elle-même qui meurt.
Écrivain, elle vit avec B., un peintre très cartésien qui ne veut pas entendre ses souffrances au sujet d’un frère mort à la naissance. Toutefois, ce « sans-nom » a toujours hanté L., elle n’a de cesse de le retrouver dans chaque homme qu’elle aime.
Et c’est peut-être en Roman qu’elle trouve quelqu’un susceptible d’entrer dans sa fiction.
Ce jeune homme, né à Montevideo d’une jeune fille abandonnée par son amant marié et morte en couches, a été élevé à Paris par une famille française aisée. Ce pays de naissance qu’il ne veut pas connaître est pour Roman une fêlure qui brise son âme.
 » Sa vie avait commencé le jour où il s’était pris de passion pour les livres et n’avait plus eu pour horizon qu’une certaine littérature, celle, âpre, des écrivains qui ne mâchaient pas leurs mots, celle poignante de ceux qui cherchaient leur chemin dans la mélancolie, des auteurs qui pourtant ne manquaient pas d’humour noir. »
Quand il découvre les livres de L., il se reconnaît en ses personnages et commence à écrire à l’auteur. S’en suivent une correspondance soutenue et une longue amitié. C’est Roman qui fera découvrir à L. « les aimantes inouïes » que furent Taos Amrouche, Catherine Pozzi et Camille Claudel. Trois femmes amoureuses de grands hommes égocentriques ( Jean Giono, Paul Valéry et Rodin) étouffées par leur passion amoureuse et qui resteront toujours des clandestines.
Roman, cet inconsolé, parle à la face nocturne de L.. Il sait comprendre ce qu’elle écrit et peut aller jusqu’à jouer la figure du frère perdu. B., s’il en avait su davantage sur Roman, l’aurait éloigné de L.
 » L. se trouvait aussi prise entre, d’un côté, un cartésien qui ne manquait jamais de rappeler à quel point il se différenciait de ceux qu’il nommait les illuminés, faute d’un qualificatif plus désobligeant, d’un autre côté, un imaginatif qui voulait toujours aller voir ce qui se passait au-delà du visible, s’exposant de cette manière au danger de ne plus savoir quel chemin emprunter pour revenir parmi les siens. »
Si B. Est aussi un exilé, il n’en tire aucun regret. L., non plus n’a pas le mal du pays qu’elle a quitté à l’âge de onze ans. Seul Roman en refusant d’entendre parler de Montevideo, en reniant Paris et en allant chercher la sérénité en Asie erre à la recherche de lui-même.

Linda Lê, vivant en France depuis ses plus jeunes années, tout comme sa narratrice, sait manier la langue française et joue avec l’ « Idyllique Royaume des Mots » que lui suggère l’IRM subie à l’hôpital. Elle sonde l’âme de L., cette jeune femme meurtrie par l’absence d’un frère, qui vacille d’homme en homme à la recherche de son double. Si fidèle au fonctionnement d’une âme perturbée, les pensées reviennent en boucle entre le cartésianisme de B. qui refuse de tomber dans les errements de sa femme et la fragilité mentale de Roman si proche de L. mais si dangereux pour son état mental.
Heureusement, les échappées sur les « aimantes inouïes » permettent parfois de sortir de cette boucle obsessionnelle qui frôle souvent la répétition.

Je remercie dialogues pour la découverte de ce roman.

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