Bon genre – Inès Benaroya

Titre : Bon genre
Auteur : Inès Benaroya
Éditeur : Fayard
Nombre de pages : 256
Date de parution : 9 janvier 2019

A l’heure où l’on parle tant du harcèlement sexuel dans les entreprises, Inès Benaroya crée un personnage qui accepte, voire profite de cette situation. Claude est la seule femme de la Direction de l’entreprise où elle travaille depuis bientôt vingt ans. Elle est toujours très soucieuse de son apparence. Pas pour plaire mais pour le respect d’elle-même!

 » De temps en temps, son patron la pelote un peu. Il ne dépasse jamais les bornes, alors elle le laisse faire, ce n’est pas méchant, affectueux même. »

Claude a une fille, Thaïs, d’un premier mariage. Elle vit avec Paul, un journaliste, père de deux enfants. C’est elle qui soutient financièrement le foyer.
Son patron, Baudouin, lui confie un dossier sensible où il faut avoir « des couilles » : licencier deux cents personnes d’un site de l’entreprise.
Plusieurs fois, Claude se surprend à avoir des pulsions sexuelles. Dans un bar, elle aguiche un client en lui offrent une vue érotique sur sa petite culotte rouge. En visite à l’hôpital, au chevet de sa mère atteinte d’un cancer, elle se laisse prendre par un inconnu dans un placard à balais. Très vite, cette autre part d’elle-même, elle lui donne un visage en achetant une perruque et un nom, Crystale.

 » Crystale est une autre qui n’appartient à personne. »

Dans la peau de ce personnage, Claude va toucher le fond. Perverse jusqu’à tout perdre. Sa meilleure amie part en Inde, son mari la quitte, sa fille part rejoindre son père en Australie et ses parents quittent ce monde en un double suicide.  Alors qu’on lui propose de prendre le poste de Baudouin, compromis dans une affaire de mœurs,Claude prend la fuite.

Sur un parking , elle se faufile à l’arrière d’un poids lourd qui part vers l’Est. Le chauffeur est une femme, enfin presque. Ricky ne se définit pas par un genre. Solaire, souriante, attentionnée, naturelle, elle a « la passivité fertile« . Elle enseigne à Claude une autre façon de vivre, un lâcher-prise.

«  Ne t’arrête jamais de chercher. C’est ce qui fait la beauté du monde. »

D’une femme détestable à la sexualité débridée que j’ai peiné à supporter dans la première partie, Inès Benaroya nous laisse ensuite entrevoir un autre personnage, une fois dépouillé de ses obligations de femme de pouvoir.  retrouvant sa place de femme, de mère, de sœur, de confidente, Claude gagne en sincérité, en naturel. Elle refuse alors de reproduire avec sa fille la pression qu’avait pu lui mettre sa propre mère. Le message qu’elle adresse finalement à Thaïs est très beau, me faisant oublier les comportements outranciers de la femme arriviste, la rupture un peu radicale et le scénario attendu d’une rencontre providentielle avec son contraire.

Mon avis sur cette lecture a finalement évolué avec son personnage.

Les idéaux – Aurélie Filippetti

Titre : Les idéaux
Auteur : Aurélie Filippetti
Éditeur : Fayard
Nombre de pages : 445
Date de parution : août 2018

Aurélie Filippetti, ancienne ministre de la Culture sous la présidence de François Hollande est aussi une écrivain. Pour son troisième roman, elle s’inspire d’une liaison qu’elle a eue avec Frédéric de Saint-Sernin, un homme du gouvernement Raffarin alors qu’elle siégeait à l’Assemblée, pour livrer ses états d’âme sur la vie dans les hautes sphères.

Fille d’un couple d’immigrés d’origine modeste, la narratrice connaît les difficultés du monde ouvrier. Son père est mort d’une maladie d’usine. Elle entre en politique pour défendre ses valeurs et la survie des ouvriers de sa vallée.

«  Je sais d’où je viens et pourquoi je suis là. »

Lui aussi avait des idéaux, même si il parvient davantage à s’adapter aux pressions.

«  Elle le vit se débattre au cœur de l’arène, agitant des concepts creux et des théories éculées, usées et tellement inefficaces. Elle le regardait d’en haut : s’il avait le verbe clair et la formule marquante, elle s’interrogeait sur son insincérité. Avait-il finalement été peu à peu convaincu par des arguments qu’il avait commencé par répéter comme un élève attentif qui apprend un cours? »

Les meilleurs esprits, une fois au pouvoir doivent souvent perdre leur identité, leurs valeurs pour défendre leur camp, adhérer au discours du chef. Peu avant les nouvelles élections, calomnié, il quittera la politique pour travailler dans une ONG.

Leur liaison doit absolument rester clandestine. Rien ne devait filtrer sous peine de matraquage médiatique et de lynchage.

Car bientôt, c’est à son tour d’entrer au gouvernement. Dix ans que son camp attendait de revenir au pouvoir. Elle a l’angoisse de ne pas être à la hauteur. Lui, conscient de la violence du milieu, craint qu’elle ne se fasse démolir.

«  Fais attention. On ne te pardonnera rien. Il faut veiller à tout et ne pas se laisser séduire par ceux qui se servent de l’État plutôt qu’ils ne le servent. »

Et c’est encore plus difficile pour une femme. 

«  On était dans un pays où l’on bloquait l’ascension d’une femme à la tête d’un grand groupe sous prétexte qu’elle avait un caractère de chien et « une liaison », mais où des hommes qui dirigeait CAC40, médias ou partis politiques confiaient leurs secrets les plus inavouables à des malfrats. »

Aurélie Filippetti décrit ce milieu en le comparant souvent à une monarchie ( le Prince, le Château) avec beaucoup de ressentiment. Ce qui filtre aujourd’hui dans les médias n’est qu’une modeste part de ce qu’elle assène dans ce récit. La politique est sale. La goujaterie des députés à l’assemblée, la manipulation au plus haut niveau par la finance obligeant les candidats à renoncer à leurs valeurs, le bouleversement des codes par la communication via les réseaux sociaux, la dangerosité de la peopolisation. 

Les militants se retrouvent abandonnés par ceux qui perdent leurs idéaux sous une illusion de pouvoir.

«  Il se passe quoi quand ils mettent les pieds là-haut. »

Après cette lecture, nos maigres espérances envers les politiques sont ruinées. Après une telle confession, je ne pense pas qu’Aurélie Filippetti puisse dignement faire un retour en politique. Fort heureusement, elle a un potentiel en littérature.

 

Une vie en l’air – Philippe Vasset

Titre : Une vie en l’air
Auteur : Philippe Vasset
Éditeur : Fayard
Nombre de pages : 187
Date de parution : 22 août 2018

Philippe Vasset est l’auteur des espaces abandonnés, sans âme, des lieux promis à un bel avenir puis condamnés à l’échec. Aujourd’hui, il écrit enfin sur le lieu de son enfance qui a suscité son besoin de redonner vie à des sites en ruine.

Et ce lieu, je le connais bien puisqu’il est dans mon environnement. Des passagers du train Orléans-Paris l’ont peut-être aussi regardé avec curiosité. La rampe de l’aérotrain, invention de Jean Bertin dans les années 60 qui devait relier Orléans à Paris en vingt minutes, est aujourd’hui une immense passerelle aux pylônes de béton qui sillonne la Beauce. Le projet a été abandonné dans les années 70. 

En cinquante ans, des dizaines de dossier pour la réhabilitation de la passerelle ont été soumis en vain à la Région. La rampe n’est plus que le support de slogans contestataires.

Philippe Vasset s’est approprié cet espace. Campant sur la passerelle, il observait le monde alentour en lisant et écoutant sa musique. C’était sa zone d’observation, surprenant les riverains dans leur vie quotidienne.

Puis il est parti à Paris. A son retour, les accès à l’autorail avaient été supprimés. Son objectif sera de refaire vivre ce lieu par tous les moyens. Organiser des fêtes, étudier les possibilités de rachat, chercher d’autres exemples à l’étranger, réaliser un film. Des utopies. 

Finalement, après trois romans inspirés par cet exil d’enfance, Philippe Vasset écrit ce récit.

«  La vie en l’air est une longue suite d’erreurs et de malentendus, mais tous ces échecs me sont plus précieux que n’importe quel succès. »

Il en fait « un Monument à tous ceux qui préfèrent le tâtonnement à l’installation. »

Libéré de cet espace qu’il a habité pendant des années, un lieu en adéquation avec son périmètre mental, l’auteur pourra peut-être désormais renouveler son univers littéraire. Si l’appropriation de lieux promis au progrès comme Notre Dame des Landes, par exemple, a déchaîné les passions, je ne suis pas certaine que ce sujet bien particlier comble une majorité de lecteurs.

 

Six jours – Ryan Gattis

GattisTitre : Six jours
Auteur : Ryan Gattis
Littérature américaine
Titre original : All involved
Traducteur : Nicolas Richard
Éditeur : Fayard
Nombre de pages : 432
Date de parution : 2 septembre 2015

Auteur :
Ryan Gattis est un romancier américain qui vit à Los Angeles. Cofondateur de la société d’édition Black Hill Press, il est également intervenant à la Chapman University de Californie du Sud et membre du collectif d’arts urbains UGLAR

Présentation de l’éditeur :
29 avril-4 mai 1992.
Pendant six jours, l’acquittement des policiers coupables d’avoir passé à tabac Rodney King met Los Angeles à feu et à sang.
Pendant six jours, dix-sept personnes sont prises dans le chaos.
Pendant six jours, Los Angeles a montré au monde ce qui se passe quand les lois n’ont plus cours.
Le premier jour des émeutes, en plein territoire revendiqué par un gang, le massacre d’un innocent, Ernesto Vera, déclenche une succession d’événements qui vont traverser la ville.
Dans les rues de Lynwood, un quartier éloigné du foyer central des émeutes, qui attirent toutes les forces de police et les caméras de télévision, les tensions s’exacerbent. Les membres de gangs chicanos profitent de la désertion des représentants de l’ordre pour piller, vandaliser et régler leurs comptes.
Au cœur de ce théâtre de guerre urbaine se croisent sapeurs pompiers, infirmières, ambulanciers et graffeurs, autant de personnages dont la vie est bouleversée par ces journées de confusion et de chaos.
Six jours est un roman choral magistral, une sorte de The Wire (Sur Écoute) transposé sur la côte Ouest, un texte provocant à la croisée de Short Cuts et Boyz N the Hood.
Un récit épique fascinant, une histoire de violence, de vengeance et de loyautés.

Mon avis :
La polémique renaît encore ces jours-ci, faut-il supprimer le droit du port d’armes aux États-Unis. La lecture du premier roman traduit en France de Ryan Gattis, même si là n’est pas son objectif, incite à répondre positivement.
«  Il n’y a rien de plus américain que de se défendre quand on menace de vous brutaliser. C’est quasiment l’éthique fondatrice de ce pays. »
En 1992, pendant les émeutes  de Los Angeles, les gangs du quartier hispanique de Lynwood en profitent pour régler leurs comptes. Joker assassine Ernesto, le brave frère de Lil Mosco, un détraqué drogué très violent qui avait abattu sa sœur.
Vengeances en chaîne, Ray et Payasa, frère et sœur d’Ernesto partent en commando contre le gang de Joker. Payasa deviendra ensuite la cible à abattre.
Pendant ces jours d’apocalypse, chacun en profite pour se venger, mettre du grabuge ou ajouter un incendie et bénéficier de l’assurance.
Même la garde nationale, souvent composée d’anciens du Vietnam devient le gang suprême, et joue au justicier avant la fin du couvre-feu.
Los Angeles,  » capitale mondiale des gangs » est une ville explosive où s’opposent noirs et latinos, où les plus jeunes sont initiés aux armes à feu, où tuer devient un business.
La relaxe des policiers blancs ayant abattu le jeune noir ( Rodney King) est le point de départ qui transforme Los Angeles en zone de guerre.
«  Ce qu’il y a, à Los Angeles, c’est un mélange particulièrement toxique de citoyens aux histoires culturelles et aux systèmes de croyances singulièrement disparates, mais ce qu’il y a par-dessus tout c’est une population affiliée à des gangs hautement fragmentés dont le nombre est évalué à cent deux milles individus. »
C’est en donnant la parole successivement à tous ceux qui sont impliqués de près ou de loin dans ces règlements de compte que Ryan Gattis nous livre la violence d’une ville aux fortes tensions sociales et raciales.
Des descriptions très réalistes, des recoupements entre les différents témoignages, l’emploi des mots hispaniques ( définis dans un glossaire en fin de livre), nous plongent dans cet univers de violence d’où émergent pourtant quelques sursauts d’humanité en la personne d’un pompier ou d’une infirmière.
Avec ce roman coup de poing, Ryan Gattis reconstruit les lieux de cette terre brûlée après ces six jours d’émeutes et nous fait vivre la guerre des gangs dans ce pays de liberté où chacun doit payer son dû.

RL2015moisaméricain (lu en septembre)

Appartenir – Séverine Werba

WerbaTitre : Appartenir
Auteur : Séverine Werba
Éditeur : Fayard
Nombre de pages : 264
Date de parution : 19 août 2015

Auteur :
Après avoir été journaliste et productrice de documentaires, Séverine Werba travaille aujourd’hui pour la série policière Engrenages, diffusée sur Canal+. Appartenir est son premier roman.

Présentation de l’éditeur :
De la guerre, de la déportation et de la mort de ses proches, Boris, le grand-père de la narratrice, n’a jamais parlé. Autour de lui chacun savait, mais, dans l’appartement du 30, rue de Leningrad, que tout le monde appelait « le 30 », le sujet n’était jamais évoqué.
Et puis Boris est mort. La jeune femme a vécu un moment au 30, en attendant que l’appartement soit vendu, elle avait vingt ans, et elle a cédé à une bibliothèque les livres en russe et en yiddish de son grand-père. Plus personne ne parlait ces langues dans la famille.
Ce n’est que dix ans plus tard, au moment de devenir mère, que s’est imposé à elle le besoin de combler ce vide et de reprendre le récit familial là où il avait été interrompu. Moins pour reconstituer le drame que pour réinventer des vies. Retrouver les rues de Paris autrefois populaires où vivaient Rosa, la sœur de Boris, avec sa fille Lena, déportées en 1942 ; voir ce village lointain d’où son grand-père était parti pour se créer un avenir qu’il espérait meilleur ; entendre couler cette rivière d’Ukraine sur laquelle, enfant, il patinait l’hiver. Comprendre où ils vécurent et furent assassinés.
Alors elle cherche, fouille, interroge, voyage, croisant la mort à chaque pas dans son étrange entreprise de rendre la vie à ces spectres. C’est une quête insensée, perdue d’avance, mais fondamentale : celle d’une identité paradoxale qu’il lui faut affirmer.
Séverine Werba nous livre une enquête profane, intense, et part à la recherche de l’histoire dont elle procède comme d’elle-même. Elle montre qu’écrire est sans doute la façon la plus poignante de rompre et d’appartenir.
Mon avis :
C’est en perdant Boris, son grand-père que Séverine comprend qu’elle n’a pas posé suffisamment de questions sur le passé de cet homme si discret, qu’elle est passée à côté de l’essentiel.
 » J’en veux à mon grand-père d’avoir verrouillé la porte de son passé et je m’en veux de ne pas lui avoir posé de questions. »
Boris était né à Torczyn, il a quitté sa famille en 1923 pour faire des études à Berlin puis s’est retrouvé à Paris, s’est marié avec Nelly, une femme non juive. Il a perdu toute sa famille trois fois, le jour de son départ, le jour de son mariage et le jour où ils ont été tués.
En découvrant des photos de Rosa, la sœur de Boris et de sa petite fille Lena, la jeune mère qu’est devenue Séverine sent le besoin d’enquêter, de redonner vie à cette jeune enfant de deux ans, internée pour le motif  » en surnombre dans l’économie nationale« .
Recherches auprès des Archives nationales, voyages en Israël et en Ukraine, l’auteur se lance dans « une enquête insensée, perdue d’avance. Fondamentale. » se pose des questions, imagine ce qui a pu se passer et redonne vie à ces anonymes.
Rafle du Vel d’Hiv, ghettos de Torczyn et de Loutsk, toutes les horreurs maintes fois écrites dans les romans s’appliquent ici à la famille de Boris. J’ai retrouvé une similitude avec la quête de Julia dans Elle s’appelait Sarah de Tatiana de Rosnay.
Là est un peu ma déception vis à vis de ce récit, un passé commun à tant de familles revu par le prisme personnel d’un auteur.
Mon intérêt s’est un peu aiguisé en lisant une approche plus novatrice sur l’attitude mensongère actuelle des ukrainiens  » Personne ici n’honore la mémoire de ceux qui vivaient là. Rien dans le présent ne parle du passé. La vie s’est arrêtée net, puis elle a repris avec d’autres. »

Toutefois, ce premier roman est très bien écrit et donne une voix supplémentaire à tous ces anonymes «  ni morts, ni vivants…absents. »
 » La famille de mon grand-père errait dans sa maison, elle flottait dans l’air, invisible et obsédante. C’est elle que je cherchais dans les placards. C’est elle qui revenait dans le goût du hareng et le thé brûlant. Dans les lettres hébraïques, les concombres au sel et le pain au cumin. »

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L’indulgence du soleil et de l’automne – Patrick Besson

bessonTitre : L’indulgence du soleil et de l’automne
Auteur : Patrick Besson
Éditeur : Fayard
Nombre de pages : 128
Date de parution : 14 janvier 2015

Auteur :

Grand Prix du roman de l’Académie française pour Dara, Prix Renaudot pour Les Braban, Patrick Besson est membre du jury Renaudot et collabore au Point.

Présentation de l’éditeur :
Patrick Besson nous donne, dans ce nouveau recueil, quelques nouvelles du monde : à Nice, le philosophe allemand Nietzsche tombe un peu amoureux d’une promeneuse célibataire ; un écrivain français rencontre, à Mumbai, une traductrice sikh qui va changer sa vie et son œuvre ; un professeur de philosophie poursuit jusqu’à Londres une chanteuse de r n’b dont le nom est sur tous les rêves ; une joueuse de tennis russe est pourchassée à travers le monde par un jeune milliardaire indien qui veut savoir si elle crie autant pendant l’amour que sur un court ; une caissière rousse de brasserie, à Paris, ne tue que des Patrick ; un ancien présentateur vedette de TF1 vit, à Bangkok, une passion bizarre : à Berlin, en 1942, des comédiens français sont reçus par un jeune officier allemand trop tendre ; un prof français de français, à Cancun, revoit son père mort et le marché des Enfants-Rouges est, pour finir, le théâtre d’un drôle de drame.

Mon avis :
La présentation de l’éditeur vous donne l’essentiel des trames des neuf nouvelles de ce recueil. Patrick Besson nous emmène sur tous les continents et même aux limites du rêve et de la réalité. Il flirte avec des personnages connus comme Nietzsche, Rihanna, Danielle Darrieux, Suzy Delair, lui-même, ou inventés comme un présentateur télé, une joueuse de tennis mais les place dans des situations fictives et inattendues.
«  Un rêve est-il plus ou moins réel qu’un souvenir ? »
Il y a beaucoup d’étrangeté dans ces nouvelles et je suis souvent restée sur le fil entre le possible et l’imaginaire. L’auteur excelle à nous emmener au point de rupture avec la réalité, avec la norme ce qui donne en général de très bonnes chutes pour ces nouvelles.
La dernière nouvelle ( Le théâtre des enfants perdus ), beaucoup plus longue, propose une histoire plus structurée sur la recherche de origines d’un fils devenu adulte. Mais la découverte du secret de cette famille cadre avec le ton du recueil et laisse aussi un goût étrange.

Si vous souhaitez flirter avec l’étrange, l’inattendu en appréciant un style alerte, un ton parfois humoristique, vous pouvez tenter ce recueil de Patrick Besson.

L’homme qui ment – Marc Lavoine

lavoineTitre : L’homme qui ment
Auteur : Marc Lavoine
Éditeur : Fayard
Nombre de pages : 192
Date de parution : 14 janvier 2015

Auteur :
Artiste bien connu du grand public, Marc Lavoine est auteur compositeur interprète et comédien. Il a signé un premier livre chez Fayard, Toi et moi, on s’appelle par nos prénoms, une anthologie d’une revue écrite par un collectif de jeunes autistes. L’Homme qui ment marque son entrée en littérature.

Présentation de l’éditeur :
Communiste et charmeur, cégétiste et volage : tel était Lulu, mon père. Menteur aussi, un peu, beaucoup, passionnément, pour couvrir ses frasques, mais aussi pour rendre la vie plus belle et inattendue.
Lulu avait toujours une grève à organiser ou des affiches à placarder. La nuit venue, il nous embrigadait, ma mère, mon frère et moi, et nous l’aurions suivi au bout du monde en trimballant nos seaux de colle et nos pinceaux. Il nous faisait partager ses rêves, nous étions unis, nous étions heureux.
Évidemment, un jour, les lendemains qui chantent se sont réduits à l’achat d’une nouvelle voiture, et Che Guevara a fini imprimé sur un tee-shirt.
Le clan allait-il survivre à l’érosion de son idéal et aux aventures amoureuses que Lulu avait de plus en plus de mal à cacher ? Collègues, voisines, amies ; brunes, blondes, rousses : ses goûts étaient éclectiques. Lulu était très ouvert d’esprit.
Sans nous en rendre compte, nous avions dansé sur un volcan. L’éruption était inévitable.

Mon avis :
J’ai longuement hésité avant de lire ce roman. Toutes ces célébrités qui ont besoin de se confier par la plume pour faire leur thérapie ne m’inspirent pas. Heureusement pour eux , la curiosité du public remplace avantageusement l’attrait de la qualité littéraire. N’y voyez pas une critique puisque je viens de céder à cette curiosité mal placée. Ce n’est pas que j’avais envie de connaître des détails croustillants d’une vie intime mais plutôt que je voulais lire comment se débrouillait un compositeur qui, je dois dire aime dans ses chansons jouer avec le mots.
Je regrette d’être tombée dans la thérapie personnelle qui n’a d’intérêt que pour l’auteur. J’aurais aimé y trouver davantage de nostalgie d’une époque qui est aussi la mienne mais à part quelques effets de la seconde guerre et de la guerre d’Algérie sur la carrière et le moral du père de Marc Lavoine, et le plaisir familial des vacances lors des congés payés avec les premières voitures, je n’ai pas vraiment senti l’influence de l’environnement sur ce « drame familial ».
 » Tu es revenu vivant, mais quelque chose en toi était mort, resté là-bas avec tes camarades, tes compatriotes dont pour certains tu n’aimais pas les idées, et les Algériens, ces ennemis dont tu pensais qu’ils avaient raison de se battre pour leur liberté et pour qui tu éprouvais des sentiments fraternels. »
N’en reste pas moins la vie d’une famille de la banlieue parisienne des années 60 à 80 avec un couple à la dérive. Il faut dire que Lulu ( Lucien Lavoine, père de Marc) est un phénomène. Intelligent, il aurait fait médecine si la guerre n’avait brisé son ambition, il se retrouve ouvrier aux PTT et militant communiste. Bon, ce n’est pas une tare. Mais « il milite » surtout dans l’adultère et l’alcool.
 » on n’en finit pas de s’en jeter un derrière la cravate…l’alcool qui faisait pourtant de nous, peuple de travailleurs, des gens meilleurs peut-être, quand il nous unifiait dans un rêve qui ne durait que le temps des pastis et du rouge. »
Et si Michou, bien que dépressive, ne se rend pas vraiment compte des frasques de son mari, les enfants, Francis et Marc, sont souvent les témoins des écarts de conduite du père, soit en actes ou en paroles.
 » La vie de Lulu devenait trop étroite et surtout trop chargée, comme ces barques qui finissent par se retourner avant de sombrer. »
Marc, déjà rejeté à la naissance parce que sa mère souhaitait une fille, va vivre avec le poids d’un père fanfaron qui se vante de ses exploits sans se soucier de la peine qu’il cause. Et pourtant, blessés par le personnage, Marc et sa mère gardent un amour profond pour cet homme.
 » elle t’aimait comme nous, en toute connaissance du spécimen que tu étais. »

Ce texte met en évidence le naturel, la sincérité et la réserve du chanteur. Je n’y ai pas retrouvé le jeu des mots du compositeur parce qu’il s’agit ici davantage d’une confession. Le langage est parfois argotique, symbole des banlieues des années 70 ( les meules, les bagnoles). Je sais maintenant que l’on ne s’improvise pas écrivain mais ce n’était sûrement pas l’objectif du chanteur.  » Sauf que… » de nombreux fans auront plaisir à en savoir davantage sur la jeunesse de l’artiste, sur  » les toiles brûlées » du frère, « les illusions perdues » de la mère « et les ambitions brisées de Lulu« , ce père « phénomène » qui marque irrémédiablement une enfance.

A réserver aux curieux et aux fans.