A crier dans les ruines – Alexandra Koszelyk

Titre : A crier dans les ruines
Auteur : Alexandra Koszelyk
Éditeur : Aux forges de Vulcain
Nombre de pages : 240
Date de parution : 23 août 2019

 

Lena est née en 1973 à Pripiat. Elle est la fille unique d’un couple de scientifiques ukrainiens. Elle y vit une enfance paisible, bercée par les contes de sa grand-mère Zenka. Ses meilleurs moments, elle les passe avec Ivan, le fils d’un paysan taiseux. Ils s’aiment comme deux gosses avec cette impression qu’ils ne forment qu’un pour toujours.

Le 26 avril 1986, l’explosion d’un réacteur de la centrale nucléaire de Tchernobyl bouleverse le monde et sépare les deux amoureux. Le père de Lena, haut scientifique obtient des visas pour quitter l’Ukraine avec sa famille. La famille d’Ivan, confiante et proche de la nature, est une des rares à rester sur place.

Lena et sa famille s’installent en Normandie, autre terre de  légendes. Épaulée par sa grand-mère et une bibliothécaire du collège, Lena se console dans la littérature. Son père ne lui a laissé aucun espoir quant à la survie d’Ivan.
 » Les livres n’étaient pas seulement des outils pour apprendre le français ou pour s’évader; ils comblaient cette absence qui la dévorait et étaient un pont de papier entre les rives de ses deux vies. »

Pendant qu’elle crie dans les ruines face à l’océan, qu’elle trouve la force sur le sentier des douaniers ou au Jardin botanique, Ivan lui écrit des lettres qu’il ne peut envoyer. Chaque année, le 26 avril, il retourne auprès de leur arbre repasser un cœur contenant leurs deux initiales.

Même après la chute du mur de Berlin, le père de Lena refuse de repartir à l’Ouest. Lena grandit, s’émancipe, devient une femme. Son métier la conduit sur les sites archéologiques, sur les traces de villes détruites. Elle déterre les trésors mais continue à enfouir son passé. Pourtant, Ivan est toujours là, si proche de la nature, murmurant à son oreille.
 » La  nature enseigne tout à celui qui la regarde vraiment. »

Alexandra Koszelyk nous conte une belle histoire d’amour, celle qui  naît au plus jeune  âge  pour ne jamais s’éteindre. Son récit est particulièrement travaillé, tant sur le fond que la forme. En prenant pour toile de fond, la catastrophe de Tchernobyl, sujet peu présent dans mes lectures, elle traite de l’amour mais aussi de l’exil, de l’effondrement de l’ouest avec la chute du mur de Berlin et l’indépendance de l’Ukraine, et bien-sûr de la  nature outragée. Précise, enrichie de faits historiques, de mythologie, d’écologie, l’histoire s’élève au-delà de la romance et prend une autre dimension, à mi-chemin entre le conte et la réalité. Lena a cette douceur attachante. Ivan, même si  il est moins présent, reste touchant. Et puis, j’ai aimé cette grand-mère, Zenka, lien indispensable avec les racines de la jeune femme.
 » les guerres éloignent les peuples, les légendes les rassemblent. »

En entrant dans ce roman, J’ai personnellement trouvé le style trop appuyé, travaillé pour en faire de jolies phrases. Mais cette impression de richesse superflue s’est ensuite envolée, soit parce que je fus happée par l’histoire, soit parce que le style s’est épuré au fil des pages.

Appréciant la qualité littéraire des chroniques de son blog, je souhaitais absolument lire le premier roman d’Alexandra. Sélectionnée pour le prix Stanislas 2019 et parmi les talents littéraires de Cultura, Alexandra Koszelyk fait une belle entrée, méritée,  en littérature.

« …Sais-tu quand cela devient vraiment une histoire
L’amour
Sais-tu
Quand toute respiration tourne à la tragédie... »
Extrait du poème d’Aragon, A crier dans les ruines.

Le vent reprend ses tours – Sylvie Germain

Titre : Le vent reprend ses tours
Auteur : Sylvie Germain
Éditeur : Albin Michel
Nombre de pages : 224
Date de parution : 24 avril 2019

On me demande parfois comment je choisis mes lectures.
Le sujet, l’univers, la promesse d’une découverte sont pour moi les éléments essentiels. Parfois, cela transparaît dans le titre ou sur la photo de couverture. Souvent, quelques mots dans le résumé en quatrième de couverture m’interpellent.
Et puis quelquefois, seul le nom de l’auteur m’assure tous ces critères. Sylvie Germain fait partie de ces écrivains. Depuis mes lectures de Magnus ou Tobie des marais, j’ai l’assurance d’être en parfaite adéquation avec ce que j’aime lire. Non pas que l’auteur ne se renouvelle pas, mais depuis de nombreuses années, elle construit une œuvre cohérente semblable à une quête spirituelle grâce à ses personnages profondément humains et porteurs de la mémoire de l’Histoire.

Sylvie Germain, c’est d’abord une écriture. L’auteur maîtrise les mots, les agence pour former des phrases à la fois mélodieuses et lourdes de sens. Je viens de lire une phrase significative dans un livre de Céline Lapertot qui s’applique aussi parfaitement au style de Sylvie Germain.
 » C’est toute la difficulté de l’écriture, quand on ne souhaite pas seulement qu’elle donne à voir, mais qu’elle donne aussi à sentir. »
Sylvie Germain, Jeanne Benameur, Gaëlle Josse, Gwenaëlle Aubry, Carole Zalberg, Céline Lapertot…font partie de ces écrivaines qui me donnent à sentir en plus de voir.
Sylvie Germain a aussi ce côté mystique, fantastique plus prononcé, une dimension qui me séduit particulièrement et déclenche souvent chez moi le coup de cœur.
Le dernier point, thème récurrent chez Sylvie germain, qui me touche est l’humanité de ses histoires et de ses personnages. et ce ne sont pas de légers scénarios qui délivrent une petite morale. Non, les personnages ont tout le poids du monde sur leurs épaules et ils s’allègent du mal pour trouver la lumière en faisant un pas vers l’autre, vers l’humain.

En 2015,  Nathan, de passage à Paris, voit sous un abribus, un rectangle de papier avec les photos de sept disparus. Il reconnaît le plus âgé, Gavril Kranz.
Pendant plus d’un quart de siècle, il s’est cru responsable de la mort de cet homme, rencontré dans les rues de Paris en 1980. Nathan avait alors neuf ans. Il est intrigué par ce saltimbanque déguisé en ibis qui souffle des mots, des morceaux de poèmes dans des instruments improbables. Pour cet enfant solitaire, moqué pour ses problèmes d’élocution, Gavril devient un mentor, le père qu’il n’a jamais eu. Avec lui, il découvre les mementos et les stigmates cachés dans les rues de Paris, la poésie, l’art de vivre.

Trop jeune, il ne comprend pas les silences, les blessures de cet émigré roumain qui a connu la déportation et la prison.
Hawa, assistante sociale, avec  » son art du patchwork inspiré par ses origines mêlées et qu’elle applique aux autres afin de rassembler les morceaux de leurs vies disloquées« , permet à Nathan, grâce à l’enregistrement des dernières confessions de Gavril, de saisir l’histoire de cet homme qui cherchait « des coups de paradis » dans les rues de Paris.

C’est toute l’histoire du Banat, région germanophone de la  Roumanie où est né Gavril qui s’installe en toile de fond de la rencontre vitale entre Nathan et Gavril.

 » La place des poètes est depuis si longtemps marginale, minuscule, négligée. »
Sylvie Germain nous donne une part de cette poésie aussi vitale que l’air, l’eau, la lumière et le pain pour les prisonniers « pour simplement, répondre à la laideur de la méchanceté et du malheur par un geste de beauté. »

 

 

Marx et la poupée – Maryam Madjidi

Titre : Marx et la poupée
Auteur : Maryam Madjidi

Éditeur : Le Nouvel Attila
Nombre de pages : 208
Date de parution : 12 janvier 2017

«  Je voudrais passer ma vie à récolter des histoires. De belles histoires. Dans un sac, je les mettrais et je les emporterais avec moi. Et puis au moment propice les offrir à une oreille attentive pour voir la magie naître dans le regard. Je voudrais semer des histoires dans les oreilles de tous les êtres. »

Maryam Madjidi commence ses histoires quelques mois avant sa naissance. Elle nous parle depuis le ventre de sa mère, quand celle-ci partie manifester contre le régime de Khomeiny, doit sauter du second étage de l’Université de Téhéran pour échapper aux violences des « bassidjis ».

Son récit, très éclaté, s’articule ensuite autour de ses trois naissances : sa venue au monde en 1980, son arrivée en France à l’âge de six ans, puis sa réconciliation avec sa langue natale.

Car la langue est au centre de ce roman autobiographique qui a reçu le prix Goncourt du Premier Roman en 2017.Les transitions entre les différentes parties sont particulièrement belles avec de belles envolées poétiques.

C’est une enfant qui doit quitter l’Iran, abandonnant tous ses jouets aux pauvres pour satisfaire les idées communistes de ses parents. De ces cinq premières années, elle n’aura qu’une mémoire partielle enrichie de choses entendues. 

En 1986, elle arrive en France, au royaume de l’exil. Là où elle doit vivre avec ses parents dans une pièce misérable sous les toits d’un immeuble parisien, subir l’incompréhension et les moqueries dans la cour d’école. Ses peurs, elle les traduit dans des dessins terrifiants, des crises de nerfs nocturnes, une grève de la faim et un vœu de silence.

Mais elle n’est qu’une enfant. La classe spéciale veille à intégrer, franciser les enfants immigrés. Une vaste entreprise de nettoyage qui dans sa volonté à vouloir intégrer refuse d’entendre parler de la culture de l’autre.

«  J’accepte que tu sois chez moi mais à la condition que tu t’efforces d’être comme moi. Oublie d’où tu viens, ici, ça ne compte plus»

Bien sûr, les parents craignent de se sentir exclus, de ne plus pouvoir communiquer avec leur fille qui ne se souvient pas de la langue natale. Il n’y a que ceux qui ne sont pas concernés qui voient comme une richesse la double culture.

Quelques personnes l’aident à porter ce fardeau d’incompréhension et de douleur. Sa grand-mère, qu’elle voit souvent comme un mirage assise sur un banc parisien, la console. En Iran, elle lui rappellera que l’on ne peut pas vivre avec un poing fermé. Son oncle Saman, amoureux de la langue de Brel qu’il a apprise en prison. Son père qui voudrait tant qu’elle parle le perse aussi bien que le français.

Adulte, la narratrice porte cette « balafre de ceux que l’exil a coupés en deux ». Son pays est autant celui où les conduites indécentes sont pourchassées par la milice des bonnes mœurs que celui des légendes et de la poésie de Khayyâm. Avec son éducation française pourrait-elle encore vivre dans ce pays meurtri et abîmé qui toujours l’appelle? La poésie, est-elle la seule chose à sauver de l’Iran?

Ce premier roman est un très beau récit sur l’exil. Je regrette un peu sa construction très fragmentée. Les chapitres comprennent des souvenirs de différentes années dans différents lieux. Cela m’a souvent tenue à distance. La naïveté de l’enfant côtoie la recherche de l’adulte avec des figures qui reviennent hanter tous les récits. Déterrer les morts, avancer avec une double culture ne peut se faire sereinement.

J’ai lu ce roman avec Mimipinson. Retrouvez son avis ici.

 

La vie lente – Abdellah Taïa

Titre : La vie lente
Auteur : Abdellah Taïa
Éditeur : Seuil
Nombre de pages : 272
Date de parution : 7 mars 2019

 

Mounir, d’origine marocaine, vit en France depuis de nombreuses années. Avec un doctorat en littérature française du XVIIIe siècle à la Sorbonne, il reste toutefois toujours inférieur dans cet immeuble de la rue de Turenne. Surtout depuis les attentats de 2015.

«  Les gens en France n’étaient plus les mêmes. »
Depuis quelques mois, il ne dort plus. Devait-il s’installer dans ce quartier de Paris? Comment supporter les bruits de ses  voisines? Même Madame Marty, sa vieille voisine du dessus qui le voyait comme un fils, devient insupportable. Sans réussir à lui faire comprendre qu’il ne supporte plus sa violence sonore, il finit par l’insulter. Des insultes qui le conduisent en garde à vue et dans un acharnement policier à vouloir voir en lui un terroriste.

En cet inspecteur qui l’interroge, Mounir voit un ancien amant, Antoine. Sa première grande rencontre avec un français après les expériences sexuelles, consenties ou subies, dans son village marocain de Salé.

Au travers des histoires d’amour, de famille qui ont construit Mounir, La vie lente est surtout le récit d’une rencontre, d’une amitié entre une vieille femme isolée et un immigré rejeté, accusé.

Mounir a quitté le Maroc pour échapper à la pauvreté. il n’a aucune nostalgie des gens de son pays, peut-être seulement de ses sensations, de la capacité d’aimer, de se mettre en danger.

A quatre-vingt ans, Simone, française, vielle et pauvre est abandonnée dans ce si petit appartement avec toilettes sur le palier. n’est-elle pas, elle aussi, une exclue?

Simone sait que la France peut avoir le cœur dur. Elle se souvient de l’humiliation faite à sa sœur lors de la libération à la fin de la  seconde guerre mondiale.

 » Sans Manon, il y a juste l’attente vaine. Des promesses qui ne se réalisent pas. Le temps et l’espace qui se déforment. La vie lente. Interminable. qui ne signifie plus rien. »

Autour des thèmes de l’homosexualité, de l’exil, de la différence, de l’abandon, Mounir nous plonge dans l’apitoiement sur soi. La lecture se veut donc assez lourde et lancinante. Mais finalement avec le recul, en reprenant mes notes, je me rends compte que tant d’histoires ( celles de Mounir, de Simone, de Majdouline, la cousine de Mounir, même du jeune Turenne ou des portraits de Fayoum) , de thèmes sont abordés. Au-delà des tourments de cet homme désarmé, épuisé, il faut donc savoir reconstruire l’ossature du texte et saisir le regard sur une France où certains se trouvent réduits à leur identité, leurs actes sans chercher à comprendre la richesse de leur vie.

 

 

 

 

 

Marina Tsvétaïeva, mourir à Elabouga – Vénus Khoury- Ghata

Titre : Marina Tsvétaïeva, mourir à Elabouga
Auteur : Vénus Khoury-Ghata
Éditeur : Mercure de France
Nombre de pages : 208
Date de parution : 3 janvier 2019

 

«  L’amour de l’amour, l’amour de l’écriture, tes deux viatiques, ont tenu ta tête hors de l’eau jusqu’à Elabouga. »

Fille de la bourgeoisie, mariée en 1912 à un traître à la révolution, Marina Tsvétaïéva est passible de prison ou de déportation. Pendant la Révolution russe, bon nombre d’intellectuels furent fusillés. Malgré son talent et le soutien de poètes officiels comme Boris Pasternak, Marina vit dans la misère. Sa poésie non conforme à l’esthétisme communiste n’est pas publiable.

Sergueï Efron ( Serge), son mari part se battre avec l’armée des rebelles. Marina doit conduire sa plus jeune fille à l’orphelinat où elle mourra de faim. Quand elle retrouve Serge à Berlin, ils partent s’installer à Paris où la diaspora intellectuelle la rejette.

 » Je suis inutile en France et impossible en Russie. »

Il faut dire que Marina est « une grande poète, grande amoureuse, grande gueule. »
Avec ses robes de gitane, ses convictions qui dérangent, Marina reste partout une  étrangère, sauf face à ses cahiers d’écriture.

Serge est bien incapable de la protéger et Marina a besoin qu’on l’admire, qu’on l’aime, qu’on la rassure. Elle enchaîne les liaisons avec hommes et femmes pour vivre intensément.
D’une correspondance soutenue, elle vit une passion épistolaire avec Boris Pasternak. Mais tous ses amants finissent toujours par l’abandonner.

Avec son fils, Mour, qu’elle dit né de trois pères, Marina rejoint sa fille Alia et Serge en Russie. Pendant la seconde guerre mondiale, Alia est déportée à la Loubianka. Serge est arrêté.Marina est rejetée malgré le soutien de Pasternak. Elle se retrouve en exil à Elabouga où la misère et la solitude finissent de l’épuiser.

«  Tu pars le cœur gros de ressentiments contre la France qui ne t’a pas reconnue, contre la Russie qui exile, fusille ses poètes qui ne se prosternent pas devant le pouvoir. »

Vénus Khoury-Ghata compose ce récit à la seconde personne du singulier. Ce choix littéraire amplifie le sentiment d’accusation. Infidèle, rebelle, Marina paraît excessivement égoïste face à un mari aimant ou à sa fille Alia qu’elle considère souvent comme une bonne. Il est bien difficile de s’attacher à cette poétesse en mal d’amour et de reconnaissance. Ainsi le lecteur en vient à vivre ce que tous ceux qui l’ont côtoyée ont ressenti.
Les quelques extraits de ses poèmes montrent toutefois tout le talent de l’artiste mais finalement, elle reste « seule et misérable, riche de mots » qu’elle envoyait « dans toutes les directions ».

Un roman sans concession qui m’a fait découvrir une poétesse russe, peut-être injustement reconnue et réhabilitée dans les années 60.

Marina Ivanovna Tsvetaïeva  est une poétesse russe née à Moscou en 1892  et morte à Elabouga le .

 

Laleh – Olivier Dromel

Titre : Laleh
Auteur : Olivier Dromel
Éditeur : Éditions du Panthéon
Nombre de pages : 336
Date de parution : 14 décembre 2018

 

Victime d’un attenta terroriste à la terrasse d’un café parisien qui coûte la vie à deux de ses meilleurs amis, le narrateur, un artiste peintre, peine à comprendre ce qu’il lui arrive.
Comme anesthésié, il se laisse porter de mission en pays. A Venise, il travaille à la restauration du retable de la Chiesa di San Barnaba. Puis il accepte une mission  archéologique de l’Unesco en Irak.
Dans un petit village, à la recherche de pièces volées par Daech,  il est enlevé par un groupe terroriste.  C’est Laleh, une jeune femme sumérienne qui le découvre quelques jours plus tard évanoui dans le sable du désert. Avec elle et sa famille,  narrateur se retrouve en pleine guérilla.
Réfugiés dans un camp d’irakiens à la frontière turque, le narrateur est rapatrié sur Paris. Il se bat pour que Laleh, la femme qu’il aime, obtienne l’asile politique et le rejoigne en France. Mais une fois à l’abri, Laleh subit les injures racistes dans le métro parisien. Le couple ne rêve que de repartir à Hawizeh, village natal de Laleh, dans les marais sumériens, berceau de notre civilisation.

Curieux de toutes les  religions, sa visite à Jérusalem est particulièrement intéressante, mais attaché à son indépendance matérielle et intellectuelle, le peintre a un regard éclairé sur le bouddhisme, l’islam et les écrits sumériens particulièrement visionnaires.

Laleh est un roman au style assez basique (avec des phrases courtes et simples) qui mélange les genres. Le lecteur voyage beaucoup, découvre l’histoire, les religions. C’est aussi un roman d’amour et d’aventures ( peut-être parfois un peu incroyables mais je suppose que le quotidien n’est pas simple en zone de guerre).

 » Ce qui me frappe dans les croyances des Sumériens, c’est la simplicité du processus d’acceptation de mort. »
Le narrateur, qui ne semble pas avoir réalisé la mort de ses amis, avait sans doute besoin de cet environnement pour accepter et vivre à nouveau. L’intérêt du récit me semble dans cette recherche mais elle n’est pas évidente à percevoir tant l’auteur enchaîne les  drames de la vie en pays de guerre.

Quelques découvertes insuffisamment explorées ( notamment sur la civilisation des Sumériens) mais le style et l’histoire me laissent un peu perplexe.

 

La transparence du temps – Leonardo Padura

Titre : La transparence du temps
Auteur : Leonardo Padura
Littérature cubaine
Titre original : La transparencia del tiempo
Traducteur : Elena Zayas
Éditeur : Métailié
Nombre de pages : 448
Date de parution : 10 janvier 2019

Avec Les brumes du passé, j’ai découvert et aimé le personnage de Mario Conde, cet ancien flic « hétérodoxe et fantasque, allergique aux armes et à la violence qui lisait trop, prétendait écrire et disait fonctionner en suivant ses coups de cœur, ses préjugés et ses prémonitions. »

Mario Conde a quitté la police en soutien à un chef écarté. Depuis il vivote en vendant de vieux livres d’art récupérés dans les vieilles demeures désertées et en enquêtant comme privé pour des amis. Car pour Conde, l’amitié est essentielle. Dès qu’il a un peu d’argent, c’est pour partager rhum et petits plats avec sa bande d’amis.

Avec Hérétiques, j’ai aimé l’alliance de l’Histoire et du quotidien de Conde avec ce regard inquiet sur la société cubaine. je retrouve ici avec La transparence du temps exactement la même construction. Évidemment, je perds un peu en découverte mais je ne me lasse pas de l’empathie de Conde ni des prouesses de Leonardo Padura qui sait si bien m’embarquer dans ses histoires et dans l’Histoire.

Conde va bientôt fêter ses soixante ans.  » L’évidence d’un nombre couperet, dont même la sonorité était effrayante. »
La Havane commence à entrouvrir ses portes et Conejo, un des meilleurs amis de Conde pense à s’exiler à Miami auprès de sa fille. Deux évènements qui perdurent beaucoup Mario Conde.
heureusement, Bobby, un ancien ami de lycée l’appelle pour enquêter sur la disparition d’une statue en bois, une vierge noire, volée par Raydel, son jeune amant. Une belle occupation et une promesse de dollars pour l’enquêteur vieillissant.

Quelle valeur peut avoir cette statue ramenée d’Espagne par l’homme qui avait épousé la grand-mère de Bobby?  A-t-elle des pouvoirs miraculeux? En tout cas, cette vierge noire semble très convoitée par les marchands d’art de Cuba et sa disparition entraîne plusieurs meurtres violents.

Leonardo Padura alterne le récit de l’enquête de Conde avec les péripéties au fil  du temps ( de nos jours au XIIe siècle) d’un certain Antoni Barral, un être historique et atemporel qui protège la statue depuis les conquêtes des Templiers en terre sainte jusqu’à la guerre d’Espagne.
Une fois de plus, l’auteur nous entraîne sans relâche sur les traces d’une relique religieuse, nous plonge au cœur d’une enquête complexe dans La Havane coupée en deux entre les quartiers riches et les zones misérables.

Suspense, histoire passionnante au cœur d’un pays fracturé par des années de dictature où l’amitié inébranlable de Conde pour ses proches illumine le récit malgré l’inquiétude de cette génération au pouvoir d’achat de plus en plus incertain.