Génération – Paula McGrath

mcgrathTitre : Génération
Auteur : Paula McGrath
Littérature irlandaise
Traducteur: Cécile Arnaud
Titre original : Generation
Éditeur: La Table Ronde, Quai Voltaire
Nombre de pages : 224
Date de parution : 12 janvier 2017

Paula McGrath consacre son premier roman aux désillusions du rêve américain. Sur plusieurs générations, elle construit un roman choral qui met en scène plusieurs personnages aux vies contrariées par les voyages, divorces ou contraintes familiales.

Tout commence avec Paddy, un jeune irlandais qui part tenter sa chance au Canada pour travailler dans une mine en 1958.
 » Ici, tu allais être l’exilé nostalgique, loin de tes vertes vallées. »
Cette partie assez courte initie le lien avec le continent américain d’une famille irlandaise. Celui qui donnera sûrement l’identité et le goût d’ailleurs à plusieurs générations.
La seconde partie, la plus dense et haletante, prend place en 2010 dans l’Illinois, dans la ferme bio de Joe. Joe, fils de Judy, une immigrée juive professeur de piano et de Frank Martello, fait tourner son exploitation en employant des clandestins mexicains comme Carlos ou des bénévoles d’autres continents, des wwofeurs qu’il trouve sur Internet.
Aine, récemment divorcée, quitte son Irlande natale pour vivre cette expérience pendant six semaines avec sa petite fille, Daisy.  » Elle veut simplement qu’il se passe quelque chose » dans sa vie banale.
Sa cohabitation avec l’énigmatique et bourru Joe crée l’épisode intense, dramatique et haletant du roman. Joe et Aine deviennent les personnages principaux, les plus ancrés de ce récit. Mais l’auteur tisse toujours en parallèle les parcours de personnages secondaires, tous aussi intéressants comme Carlos, le jeune Kane ou les parents et connaissances de Joe.
Les deux dernières parties permettent de boucler l’histoire avec son point de départ et de donner au lecteur les clés pour retisser les liens de ces destins familiaux. Paula McGrath continue toutefois à donner de la matière à ses nouveaux personnages, ceux de la troisième génération aux fêlures ancrées dans les épisodes précédents.

Au fil de ma lecture, je ne suis pas parvenue à construire une unité marquante dans cette construction éclatée. L’auteur a construit son roman en reprenant des nouvelles antérieures sur certains personnages. Par exemple, la vie de Yehudit, la mère de Joe, bien détaillée et très intéressante, est une nouvelle intégrée dans ce livre. Je conçois l’épisode de Carlos, le clandestin mexicain, un peu de la même façon. Ce sont des tranches de vie bien construites qui, certes s’intègrent dans le roman global mais me laissent une impression d’apartés.

Paula McGrath n’a pas souhaité se limiter à l’immigration irlandaise. Les personnages secondaires rappellent que l’Amérique était aussi une terre promise pour les allemands, les juifs fuyant le nazisme, les japonais, les italiens, les mexicains en recherche d’emplois. Une terre d’accueil où tous les rêves sont (devrais-je dire « étaient » dorénavant) possibles même si les désillusions sont  parfois cuisantes.

Un premier roman sur un thème cher à la littérature irlandaise qui peut certainement séduire par la richesse de ses multiples portraits mais peut-être dérouter par sa construction ambitieuse.

De très bons avis sur la blogosphère: Les mots de la fin, Mille et une lectures, Cuneipage

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L’année la plus longue – Daniel Grenier

GrenierTitre : L’année la plus longue
Auteur : Daniel Grenier
Littérature canadienne
Éditeur: Flammarion
Nombre de pages : 395
Date de parution : 17 août 2016

Couvrir quatre siècles d’histoire du grand continent américain est un défi ambitieux surtout pour un premier roman. Mais la quatrième de couverture présentant Daniel Grenier comme un immense conteur, je frémissais déjà à lire les récits de la prise de Québec, de la capitulation des Indiens, de la guerre de Sécession, de la Prohibition, des débuts du cinéma et des attentats du 11 septembre.

Partir sur une étrange interprétation du vieillissement particulier des gens nés le 29 février en créant l’ordre des Twentyniners n’était pas vraiment pour me plaire. Thomas Langlois a cette particularité ( né le 29 février 1980) tout comme son aïeul, Aimé Bolduc ( né le 29 février 1760).
 » Aimé Bolduc, l’homme de l’année bissextile, celui qui ne vieillissait pas comme les autres, parce que son âme était en phase avec des planètes différentes. »
Bon, allez, pourquoi pas. Aimé vivra donc quatre fois plus longtemps.
 » Le 29 février était la date la plus importante de l’univers. Pourquoi? Parce qu’elle permettait de vivre éternellement. »
Thomas est le fils de Laura et Albert Langlois. Albert, originaire de Québec y retourne abandonnant femme et enfant afin de retrouver les traces de son ancêtre, Aimé. Lorsque Laura perd la vie dans un accident d’avion, Thomas est recueilli par ses grands-parents maternels et se lie avec Mary, une amie noire de sa mère.
Entre temps, l’auteur jongle avec les siècles pour retracer le parcours d’Aimé. C’est grâce à lui que nous vivons les grands moments de l’Amérique.
Les histoires de vie de Thomas et d’Aimé sont intéressantes mais l’enchevêtrement des époques alourdit la lecture. Le récit en devient un peu brouillon. Et quel dommage de ne pas tirer davantage partie de cette formidable occasion de réellement raconter la grande Histoire. Je fus finalement frustrée de ne pas plonger davantage dans ces grands moments mémorables. Les épisodes ne sont qu’effleurés ou vécus par un passage relativement anodin. L’ensemble manque ainsi d’accroche et je suis restée une insensible spectatrice devant ces quatre siècles d’histoire pour finalement sombrer dans l’épilogue.
L’année la plus longue n’est visiblement pas un roman pour moi.

L’avis guère plus enthousiaste d’ Alex.

Bien comme il faut – Sandip Roy

RoyTitre : Bien comme il faut
Auteur : Sandip Roy
Littérature indienne
Titre original : Don’t let him know
Traducteur : Marie Antilogus
Éditeur : Les Escales
Nombre de pages : 320
Date de parution : 17 septembre 2015

Auteur :
Sandip Roy est né en Inde. Il vit à San Francisco avant de s’établir à Calcutta. Il écrit régulièrement pour des publications indiennes et américaines telles que le Huffington Post et est en charge de la rubrique culture du site Firstpost. Bien comme il faut est son premier roman.

Présentation de l’éditeur :
Une ville universitaire au cœur de l’Illinois. Dans son petit appartement, Romola, jeune mariée fraîchement arrivée d’Inde, attend avec impatience sa première lettre en provenance du pays. En ouvrant par erreur une enveloppe qui ne lui est pas destinée, sa vie bascule. Des années plus tard, lorsque son fils Amit tombe sur cette même lettre, il pense avoir découvert le secret de sa mère. Mais les apparences sont parfois trompeuses.
Amit ignore qu’Avinash, son père dévoué, surfe à l’occasion sur des sites gays, incapable de refouler son attirance de toujours pour les hommes. Avinash, lui, ne se doute pas que sa femme, si docile, a jadis été courtisée par un bel acteur de Bollywood, dont elle garde le souvenir dans les pages de son journal intime, caché parmi ses saris de soie.
À Calcutta, dans la maison pleine de vie où il a grandi, Amit a toujours été protégé des secrets de ses parents. À présent ingénieur installé à San Francisco, il reste tiraillé entre sa nouvelle vie et celle qu’il a laissée derrière lui.
Des jeux adolescents aux tourments d’une vie d’adulte, des salons de coiffure de Calcutta aux McDonald’s de Californie, Bien comme il faut est une ode à la famille et aux sacrifices que l’on fait pour les êtres aimés. Tendre et puissant, ce roman marque l’arrivée d’une voix forte sur la scène littéraire internationale.

Mon avis :
Je ne refuse jamais l’occasion de lire de la littérature indienne. Ce livre avait en plus la promesse de découverte d’une nouvelle plume puisqu’il s’agit d’un premier roman.
L’auteur construit cette histoire familiale en reprenant plusieurs récits déjà publiés dans des anthologies. Et malheureusement, la construction en souffre un peu mais permet aussi d’avoir des anecdotes des différentes générations.
Nous commençons cette histoire avec Amit, indien installé en Californie. Même si il garde en lui le poids des traditions, il fait partie de la première génération à avoir épousé une américaine. Lorsqu’il reçoit sa mère, Romola venue de Calcutta quelques années après la mort de son mari Avinash, Amit croit déceler un secret de la jeunesse de ses parents.
Au fil des chapitres, l’auteur nous entraîne dans l’enfance des parents, puis le temps du mariage et enfin l’époque actuelle d’Amit.
Si les fils partent faire leurs études aux États-Unis, la tradition familiale les contraint à revenir au pays épouser une indienne. Il fallait protéger « l’honneur de la famille contre les méchantes Américaines, irrespectueuses, instables, adeptes du chewing-gum et des cigarettes. » C’est ce que fera Avinash, contrairement à ses pulsions homosexuelles en épousant Romola, qui elle renonce à l’acteur de ses rêves. Après une brève installation en Amérique, Romola contraint Avinash à revenir s’installer près de leurs familles à Calcutta.
L’auteur donne un panorama des traditions de l’Inde notamment sur les rites funéraires, les contraintes de mariage, la mauvaise influence de Bollywood, l’importance du regroupement et du soutien familial, notamment en les opposant aux libertés des États-Unis. Toutefois, même avec des anecdotes amusantes sur le passé des uns et des autres, l’ensemble m’a paru assez superficiel et creux.

RL2015

Netherland – Joseph O’Neill

o'neillTitre : Netherland
Auteur : Joseph O’Neill
Littérature irlandaise
Traducteur : Anne Vicke
Éditeur : Éditions de l’Olivier
Nombre de pages : 304
Date de parution : 27 août 2009

Auteur :
Joseph O’Neill est né en 1964 à Cork, en Irlande. Ancien avocat au barreau de Londres, il vit dorénavant à New York. Dès sa sortie en 2008, Netherland est entré dans la liste des best-sellers, porté par une critique unanime. Troisième roman de Joseph O’Neill (le premier publié en France), le livre a reçu le Pen/Faulkner Award.

Présentation de l’éditeur :
Hans et Rachel vivent à New York avec leur jeune fils lorsque surviennent les attentats du 11-Septembre. Quelques jours plus tard, ils se séparent, et Hans se retrouve seul, perdu dans
Manhattan, où il ne se sent plus chez lui. Il fait la connaissance de Chuck, un homme d’affaires survolté qui rêve de lancer le cricket à New York. Sur des terrains de fortune, Hans tente d’échapper à la mélancolie. Le charisme de Chuck draine une foule de joueurs du dimanche, tous venus d’ailleurs – de Trinidad, de Guyane ou de plus loin encore –, tous persuadés que l’Amérique reste le pays des possibles.
Alors que le monde entier ne croit plus en rien, eux continuent d’espérer. Au milieu de ces exilés, Hans retrouve un second souffle. Mais qui est Chuck ? Il faudra des années avant que le mystère qui entoure sa véritable identité finisse par se dissiper.

Mon avis :
 » Ce très beau livre, souvent comparé à Gatsby le Magnifique, est à la fois une parabole sur la fin du rêve américain et un roman d’amour aux résonances poignantes »
C’est cette phrase de la quatrième de couverture qui m’a incitée à lire ce roman.
Certes, le narrateur, Hans van de Broeck, est un personnage désabusé, droit, paumé comme Nick Carraway. Et, il rencontre à Manhattan, Chuck, personnage mystérieux, solaire, dynamique pouvant faire penser à Gatsby. L’action se passe à une période troublée de l’Amérique puisque nous sommes au lendemain des attentats du 11 septembre. Mais, Rachel, la femme de Hans n’a pas le charisme de Daisy et le roman d’amour peine à livrer ses résonances poignantes. La dispersion sur l’histoire du cricket, sur les souvenirs hollandais, thèmes fondateurs du roman m’ont souvent déconcentrée, perturbant ainsi le rythme du roman.
Hans, né en Hollande, vit à Londres avec Rachel lorsqu’il apprend la mort violente de Chuck Ramkissoon. Il avait rencontré cet exilé de Trinidad en août 2002 alors qu’il travaillait comme analyse financier aux États-Unis. Seul au Chelsea Hotel, puisque Rachel, sa femme était repartie en Angleterre, apeurée à la suite des attentats et hostile à la politique guerrière de Bush, Hans se lie d’amitié avec Chuck passionné comme lui de cricket. Cet « oiseau rare », initiateur de jeux clandestins, négociant avec des gourous milliardaires, des coptes, des hommes d’affaires indiens ou russes, rêve de construire un grand terrain de cricket, le Bad Eagle Field.
Par admiration, besoin de chaleur humaine ou désœuvrement, Hans s’investit dans les affaires de Chuck sans trop chercher à comprendre leurs natures.
«  Tu n’as jamais vraiment voulu le connaître, me fait-elle remarquer en mordillant son céleri. Tu étais content de t’amuser avec lui, c’es tout. C’était la même chose avec l’Amérique. Tu es comme un enfant. Tu ne regardes pas sous la surface. »
Et je crois que c’est cette personnalité de Hans qui a dilué toutes mes émotions à la lecture de ce roman.
L’histoire de Chuck, la dissension au sein du couple de Rachel et Hans liée initialement à la divergence d’opinion sur la politique des Etats-Unis, la figure de la mère de Hans, les naufragés du Chelsea Hotel, même l’historique sur le cricket ou les aberrations administratives américaines sont passionnants. Mais le flegme de Hans nivelle tous ces pics d’intérêt, ma lecture me laisse alors un goût de frustration et d’ennui.
Netherland n’a pas le charme, la mélancolie, la tension dramatique de l’incomparable roman de Fitzgerald.

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Dernières nouvelles du martin-pêcheur – Bernard Chambaz

chambazTitre : Dernières nouvelles du martin-pêcheur
Auteur : Bernard Chambaz
Éditeur : Flammarion
Nombre de pages : 318
Date de parution : janvier 2014

Auteur :
Bernard Chambaz est né à Boulogne-Billancourt en 1949. Professeur d’histoire, sportif il est notamment l’auteur de L’Arbre de vies (François Bourin, prix Goncourt du premier roman 1993).

Présentation de l’éditeur :
L’auteur a traversé les États-Unis vingt ans après la mort de son fils Martin. Seul sur sa bicyclette, la vie continue autour de lui à chaque coup de pédale. Au fil de ses méditations, il propose au lecteur de partager d’autres destins et pose la question de savoir ce qui se trouve au bout du chemin.

Mon avis :
 » La grand-route nous absorbe, Anne et moi. Elle nous tire en avant et, plus nous sommes tirés en avant, plus nous pouvons regarder en arrière sans y rester empêtrés. »

Dix neuf ans après la mort de son fils, Bernard Chambaz reprend cette route des États-Unis qu’il avait faite en famille avec ses trois fils. Trente cinq étapes de la côte Est à Los Angelès, parce que Martin aurait eu trente cinq ans en 2011. Lui sur son vélo parce que chaque coup de pédale est un effort pour aller de l’avant et sa femme le suit en Cadillac de location.

Sur ce chemin, l’auteur nous fait découvrir non seulement les paysages mais aussi des anecdotes sur chaque endroit traversé et parfois s’appesantit un peu plus sur la vie de grands hommes comme Théodore Roosevelt ou Anne Morrow, la femme de Charles Lindberg. Ces rencontres ne sont pas anodines. Célèbres ou anonymes, chacun a perdu un ou plusieurs fils.

 » A la mort de son petit-fils … Anne Morrow dit à sa fille :  » L’horreur passera, je puis te l’assurer. L’horreur passe toujours. Mais la tristesse, c’est autre chose. La tristesse demeure. »  »

Ce roman n’est pas triste. Martin reste vivant dans la mémoire. Il apparaît au souvenir d’un lieu ou dans l’image d’un martin-pêcheur. Chaque petite chose est une manière de le retrouver comme ce 11 juillet fatidique qui fut aussi la date où Charlie Chaplin a enterré son fils de trois jours,ou simplement une pointure de chaussures commune entre Lincoln et Martin.

Ce récit impose le respect pour ce couple durement touché par la mort accidentelle d’un fils, un couple qui s’impose de persévérer sur cette route, de croiser d’autres destins qui prouvent l’universalité de leur expérience.

Évidemment, ce n’est pas une lecture rythmée qui déclenche le coup de cœur, mais une force tranquille sûrement entretenue par l’effort physique nécessaire et la volonté de continuer à être vivant et de faire vivre Martin.

 » Que nous ressentions le deuil comme un état intangible n’empêche pas de vivre.
Du simple sentiment de la vie, il résulte la possibilité d’être joyeux. Le deuil est compatible avec la joie. Le tout était de l’écrire une bonne fois pour toutes et d’en faire la démonstration. Cette traversée et ce roman en sont le corollaire
. »

rentrée 14

 

Yellow birds – Kevin Powers

powersTitre : Yellow birds
Auteur : Kevin Powers
Éditeur : Stock
Littérature américaine
Traducteur : Emmanuelle et Philippe Aronson
Nombre de pages : 250
Date de parution : février 2013

Auteur :
Kevin Powers est né à Richmond, en Virginie, États-Unis. Diplômé en littérature, il a eu une bourse en poésie auprès de l’Université d’Austin, au Texas. Il s’est enrôlé dans l’armée des États-Unis et a combattu en Irak en 2004 et 2005.

Présentation de l’éditeur :
Bartle, 21 ans, est soldat en Irak, à Al Tafar. Depuis l’entraînement, lui et Murph, 18 ans, sont inséparables. Bartle a fait la promesse de le ramener vivant au pays. Une promesse qu’il ne pourra pas tenir… Murphy mourra sous ses yeux et hantera ses rêves de soldat et, plus tard, de vétéran. 

Yellow birds nous plonge au coeur des batailles où se déroule la vie du régiment conduit par le sergent Sterling. On découvre alors les dangers auxquels les soldats sont exposés quotidiennement. Et le retour impossible à la vie civile. 
Kevin Powers livre un roman fascinant sur l’absurdité de la guerre, avec une force aussi réaliste que poétique.

Mon avis :
John Bartle s’est engagé parce qu’il voulait être un homme. Après les combats à Al Tafar en Irak, il n’en sera plus jamais un. Même si les américains sont fiers de lui, il n’éprouve que de la honte. Ils sont reconnaissants alors qu’on devrait le détester.
Pour son premier roman, Kevin Powers décrit la guerre dans toute son horreur d’autant plus qu’elle est vue dans les yeux de deux amis de circonstance, John et Murph. A peine 21 ans, John promet à la mère de Murph de veiller sur son fils âgé de 18 ans.
Sous les ordres du sergent Sterling, déjà bien aguerri aux combats, les deux jeunes recrues tombent brutalement dans l’horreur de la guerre.
L’auteur alterne la mémoire de John qui, petit à petit nous fait découvrir ce qui s’est réellement passé en Irak et ses états d’âme lorsqu’il rentre seul en Virginie.
 » je me sentis obligé de le souvenir de lui précisément, car la mémoire est porteuse de sens, et personne d’autre ne saurait jamais ce qui s’était passé, peut-être pas moi-même. Je n’y arrive toujours pas vraiment. Lorsque j’essaie de l’en rappeler dans le détail, je n’y parviens pas. Lorsque j’essaie d’oublier, le souvenir revient d’autant plus vite et avec d’autant plus de force. Sans trêve. Et alors ? J’ai ce que je mérite. »
Comment vivre avec la honte, la culpabilité, les fantômes ? Comment revenir d’un endroit où la mort vous entoure à une vie normale où l’on vous remercie d’avoir tué pour défendre le pays ?
Comment affronter la mère de Murph qui comptait sur vous pour défendre son fils ?
En oubliant les petites coquilles du traducteur (je présume), quelques errements et abus de comparaisons, les inévitables petites phrases des hommes de guerre (« ouais, mec »), le style peut  aussi être beau et lyrique.
Dès les premiers mots du roman,la guerre est personnifiée. Elle tue de très jeunes américains et fait perdre ses illusions et sa santé morale à ceux qui en reviennent.
Yellow birds est un bon premier roman qui fait ressentir au travers des émotions du jeune John Bartle les dommages de la guerre.
L’innocence des deux jeunes soldats sera vite balayée faisant place à la peur, à la folie et à la honte.

 » Le chagrin est un mécanisme concret, et nous ne pleurons que ceux que nous connaissions. Ceux qui nous étaient
étrangers et qui mouraient à Al Tafar s’intégraient au paysage, comme si quelque chose avait semé dans cette ville des graines qui faisaient sortir de terre, de la poussière, ou des pavés, des
corps telles des fleurs après le dégel, desséchées et flé
tries sous un soleil froid et lumineux. »

J’ai lu ce roman dans le cadre du prix-relay-logo, sélection d’avril.

   premier roman    bac

L’inconnue de Birobidjan – Marek Halter

halter1Titre : L’inconnue de Birobidjan
Auteur : Marek Halter
Éditeur : Robert Laffont
Nombre de pages : 435
Date de parution : janvier 2012

Présentation de l’éditeur :
1950, New York. Après Orson Welles et Arthur Miller, McCarthy et son équipe interrogent une certaine Maria Apron, 37 ans, actrice. Elle est accusée d’être entrée en Amérique avec un faux passeport et d’avoir assassiné un agent secret de l’OSS en Union soviétique. Pour se défendre, Maria Apron n’a que ses souvenirs.
En actrice consommée, elle va, telle Shéhérazade, les distiller à ses accusateurs au cours des cinq journées que dure son interrogatoire. Devant une cour médusée elle raconte sa vie pour sauver sa tête. Elle commence par une révélation scandaleuse : oui, elle a connu Staline ; elle a même été sa maîtresse ! Et cette histoire a détruit tous ses rêves. Car, pour lui échapper, Marina Gousseiev (c’est son vrai nom), talentueuse actrice moscovite, se fait passer pour juive et se réfugie au Birobidjan, Etat juif autonome créé par Staline le long du fleuve Amour. Là, elle devient la maîtresse d’un espion américain qu’elle sauve du Goulag, avant de fuir aux Etats-Unis, où, ironie de l’histoire, McCarthy l’accuse d’espionnage… Avec Marina, on traverse une période extrêmement trouble de la Seconde Guerre mondiale et de l’immédiat après-guerre. De 1932 à 1950, on la suit de Moscou au fleuve Amour, du Goulag aux tribunaux de New York, passant du monde russe au monde yiddish, puis américain. On vit la bataille de Moscou, la domination perverse de Staline sur son propre peuple, y compris les Juifs. On approche de l’intérieur certains faits de guerre méconnus, ainsi que l’épouvantable réalité du Goulag… On apprend l’existence d’un monde juif insoupçonné pendant la Seconde Guerre mondiale. Un monde d’une richesse intellectuelle étonnante, où le théâtre joue un rôle capital. L’Inconnue de Birobidjan : un panorama inédit de l’histoire contemporaine, une héroïne digne de Pasternak, et l’histoire incroyable de cette région juive autonome, le Birobidjan, personnage à part entière du roman.

Mon avis :
« Marina Andreïeva Gousseïev faisant renaître son passé par sa magie de conteuse. »
Interrogée par la commission HUAC, commission des activités anti-américains, elle va tenter de convaincre Nixon, McCarthy, le procureur Cohn et le juge Wood de son innocence. Mais en cette période chasse aux sorcières et suite au démantèlement d’un groupe d’espions ayant livré des plans de la bombe atomique aux Russes, les mensonges de cette actrice et son tempérament ne jouent pas en sa faveur.
 » A quoi ressemble la vérité, dans la bouche d’une actrice? »
Seul un journaliste de New York Post se laisse convaincre par sa beauté.
Je suis assez réfractaire aux histoires d’espions qui me paraissent toujours très compliquées. Mais ici, l’auteur n’en abuse pas et s’étend plutôt sur le récit de la vie de Marina, de Moscou à Birobidjan. Et c’est une vraie épopée, avec des histoires de séduction, d’exils, de passion amoureuse. Alternant les audiences aux États-Unis et les récits en Russie, l’auteur me semble un peu trop dans le narratif.
Je n’ai été passionnée que par la découverte de cette communauté juive â Birobidjan où la réserve mais la solidarité des juifs sont émouvants.
Au delà de cette histoire un peu romanesque, le roman permet de retracer des périodes historiques importantes des États-Unis, de la Russie et de l’Europe. D’ailleurs le tableau récapitulatif en fin de livre nous restitue les événements sans oublier les faits importants artistiques. J’ai apprécié ces annexes qui authentifient les faits et les personnages. Je ne connaissais Birobidjan, cet espace désertique et glacé attribué aux juifs par Staline. L’auteur, apparemment moins que dans ses autres romans, défend les traditions juives et dénonce ces perpétuelles agressions contre leur peuple.
 » Les murs se souviennent de la musique de nos rêves, et c’est ce qui rend fou les nazis, là-bas, en Pologne et en Ukraine. C’est pour ça qu’ils détruisent, détruisent, détruisent encore… Ça ne leur suffit pas, de massacrer les corps de tous les juifs du monde. Il leur faut aussi détruire nos murs pour ne plus entendre nos rêves. »

L’inconnue de Birobidjan est donc un roman pour ceux qui aiment les grandes histoires romanesques sur fond d’espionnage, avec tout de même un contexte historique important et une découverte des richesses du peuple juif.

Je remercie livraddict_logo_middle et les Éditions Robert Laffont pour ce partenariat qui m’a permis de découvrir Marek Halter.