Calamity Jeanne

Titre : Calamity Jeanne
Auteur : Marie-Eve de Grave
Illustrateur : Victoria Dorche
Editeur : Hélium
Nombre de pages : 48
Date de parution : 2 octobre 2019
A partir de 5 ans

 

Marie-Eve de Grave dresse le portrait d’une petite fille, garçon manqué, prénommée Jeanne. Mais ses parents, ses amis d’école la surnomment Calimity Jeanne. Parce qu’elle est différente dans sa manière d’être et de s’habiller. Sa mère, dessinatrice se fâche sans cesse contre la pagaille qui règne partout où elle passe. Mais Jeanne est heureuse ainsi.

Le jour de son anniversaire, Jeanne invite trois garçons. Sa mère convie aussi Lily Rose, la petite fille des nouveaux voisins. Lily Rose est une vraie petite fille, habillée comme une fée, sage comme une image.

Les dessins de Victoria Dorche sont très colorés. L’univers graphique  colle parfaitement à l’esprit de Jeanne. Les illustrations sont à la fois simples et riches en détails. Elles permettent d’éveiller la curiosité du jeune lecteur. Le lecteur adulte peut facilement les utiliser pour faire découvrir des mots, des couleurs aux plus jeunes enfants.

L’histoire est amusante, légère mais l’ensemble reste superficiel. Je regrette que le texte n’insiste pas davantage sur une morale, celle promise d’apprendre à être soi-même. Jeanne assume parfaitement son originalité dès le départ. L’histoire d’amitié entre deux filles que tout oppose aurait pu être plus développée.

Je remercie Babelio et les Editions Hélium pour la découverte de cet album reçu dans le cadre de la dernière opération Masse critique.

 

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Un monstre et un chaos – Hubert Haddad

Titre : Un monstre et un chaos
Auteur : Hubert Haddad
Éditeur : Zulma
Nombre de pages : 368
Date de parution : 22 août 2019

 

Lorsque le racisme revient hanter nos sociétés, rappelons-nous comment l’homme peut devenir un monstre pour ses semblables.
Hubert Haddad nous entraîne avec un jeune enfant, jumeau séparé de son double dans l’enfer du ghetto de Lodz.
Au plus jeune âge, il est séparé de tous ceux qui l’aiment par l’attaque d’une cavalerie dans le sthetl de Mirlek.

A l’orphelinat de Saint-Ulric, on lui donne une nouvelle identité et on l’exfiltre à Lodz avec le professeur Glusk. L’orphelin du chaos se retrouve au cœur d’une ville assiégée où les Allemands construisent un ghetto dans les quartiers les plus pauvres.
« Le peuple des dessaisis, des rançonnés, des dépouillés » se retrouve à bout de force sous les privations, les violences et le travail obligatoire.

Chaïm Rumkowski, sous prétexte de sauver quelques juifs, règne en despote sur le ghetto qu’il transforme en industrie qui alimente la chaîne de guerre allemande.

Les romans sur l’enfer des ghettos, sur le génocide juif ne manquent pas. Pour continuer à en parler, il faut trouver un biais qui permette encore de capter l’attention et l’émotion du lecteur. Hubert Haddad se démarque par son érudition, sa profonde connaissance de la culture juive. Volontairement, il conserve les traces de yiddish, cette langue oubliée aux mélanges cosmopolites. Cette force est à double tranchant car la richesse de la langue et des références peuvent perdre le lecteur et l’éloigner de l’émotion.

«  Nos ancêtres devaient déjà bien savoir que la vie n’est sauvée que par ceux qui la racontent. » Alors, il faut la raconter avec la fraîcheur, l’espièglerie, le courage d’un jeune garçon, éternellement lié à son double. Avec la musique, le théâtre, la culture d’un peuple qui ne possède plus que des marionnettes pour garder espoir. Rappeler toutes ces vies perdues, les jeunesses envolées mais aussi tous ceux qui ont survécu grâce au courage de quelques uns.

Par son sujet et son  style, Un monstre et un chaos n’est pas une lecture facile mais elle est nécessaire.

Ni poète, ni animal – Irina Teodorescu

Titre : Ni poète, ni animal
Auteur : Irina Teodorescu
Éditeur : Flammarion
Nombre de pages : 224
Date de parution : 28 août 2019

Il me reste un souvenir amusé de la lecture du premier roman d’Irina Teodorescu, La malédiction du bandit moustachu. Le titre et la couverture de ce nouveau livre ont amplifié mon envie de renouer avec cette auteure espiègle. Et finalement, nous restons dans cet univers où les images d’enfance cachent la réalité sombre de la vie.

Carmen, double de l’auteur, est née à Bucarest en 1979. Elle vit aujourd’hui à Paris où elle est avocate. Lorsqu’elle apprend la mort du Grand Poète dissident qui fut son ami, elle noie son chagrin au volant de sa voiture, fonçant au travers de la forêt de Sologne. Elle percute alors un renard, « mort par un éblouissement ». La poésie et le monde animal propulsent son esprit en 1989, année de la chute du mur de Berlin et des mouvements à l’Est, année où ce poète joua un rôle important dans sa vie. 

En 1989, Carmen a dix an. Elle vit dans un appartement à Bucarest avec ses parents, proche de la nature apaisante de ses grands-parents paternels et de la folie de sa grand-mère maternelle. Elle est la dernière, tardivement née après cinq ou six frères et soeurs. 

Pendant que sa mère enregistre des K7, moins contrôlées que les courriers, racontant à son amie partie vivre aux Etats-Unis toutes les banalités de sa vie et quelques propos subversifs, que son père, directeur financier dans une usine de savons se fait peur dans son bolide, que sa grand-mère déraille dans un hôpital psychiatrique et que son grand-père vole des chats, Carmen écrit des poèmes pour sa maîtresse et se lamente au sujet de cigognes gelées sur le lac du Moulin.

Derrière les évènements anodins perçus par une petite fille, la révolution est en marche. Nous la suivrons avec Carmen de mars à décembre 1989 avec cette image télévisée qui marque encore les esprits, la fusillade du couple Ceausescu.

A l’image du titre de ce roman, le récit oscille entre poésie et réalité historique, naïveté de l’enfance et prise de conscience de l’adulte. Sensible à la poésie et au monde animal, Carmen grandit en cette année charnière qui la propulse de l’enfance à la réalité adulte.

J’aime beaucoup le côté décalé d’Irina Teodorescu. Sa vitalité, son espièglerie donnent du souffle, de la luminosité à ses récits. Le regard de l’enfance, le biais tragicomique donnent en apparence moins de profondeur au témoignage de l’auteur. Mais faut-il toujours être sombre et pesant pour évoquer les dictatures ?

Lanny – Max Porter

Titre : Lanny
Auteur : Max Porter
Littérature anglaise
Titre original : Lanny
Traducteur : Charles Recoursé
Éditeur : Seuil
Nombre de pages : 240
Date de parution : 14 août 2019

 

 

L’écrivain britannique Max Porter fit une entrée remarquable en 2015 (janvier 2016 en France) avec La douleur porte un costume de plumes, un roman hors norme sur le deuil. Comme je n’avais pas eu l’occasion de le lire, j’ai profité de la dernière opération Masse Critique de Babelio pour découvrir son second roman, Lanny.

L’auteur joue sur les formes, le fantastique et la poésie pour décrire le drame d’une famille dans l’environnement d’un petit village proche de Londres. Lanny est un enfant un peu particulier qui ressent les forces de la nature, paraît parfois possédé. 

«  Une personne un tout petit plus reliée que les autres au temps qu’il fait, partageant la composition chimique de la terre plus ostensiblement que la plupart des gens de nos jours. »

Sa mère écrit des romans noirs et son père travaille à la City de Londres. Tous deux citadins, ils n’ont pas encore bien l’habitude de la campagne. D’autant plus que celle-ci semble un peu particulière, sous l’emprise du Père Lathrée Morte. Il est assez difficile de le définir. Fantôme, divinité païenne, être de légende, il rôde sous toutes les formes dans ce village qui lui appartient.

La mère de Lanny confie souvent son enfant à un vieil artiste, Pete le Dingue, sensible à l’expression artistique du petit garçon. Mais quand Lanny disparaît, le vieil homme excentrique est le principal suspect.

Le récit prend une fois de plus une forme différente, enchaînant les ragots de chaque villageois. Collection de toutes les réactions possibles suite à une disparition d’enfants.

Il n’est pas facile d’entrer dans un récit aussi étrange. Fable noire, conte pour adultes, exercice d’écriture autour de la mort et de la nature. 

Max Porter est un auteur atypique, un poète. Je n’ai pas réussi à le suivre dans cette ode trop imaginative.

Je remercie Babelio et les Editions Seuil pour cette lecture.

 

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Juliana les regarde – Evelio Rosero

Titre : Juliana les regarde
Auteur : Evelio Rosero
Littérature colombienne

Titre original : Juliana los mira
Traducteur : François Gaudry
Éditeur : Métailié
Nombre de pages : 144
Date de parution : 12 avril 2018

Que se passe-t-il lorsque l’on élève une enfant de dix ans dans un univers scabreux? C’est un peu le regard que nous propose Evelio Rosero. Le résultat est à la fois sensuel, terrifiant et malsain.

Par ce récit, nous sommes dans la tête de Juliana, une petite fille de dix ans appartenant à la haute société colombienne. Son père est un ministre important, il reçoit chez lui lors d’une garden-party, le président colombien. Dans les yeux de Juliana, le président est «  un animal moche, méchant », «  un gros bigleux à la voix de pierre », aux propos et aux gestes libidineux. Lors de cette réception où les invités aspirent des lignes de poussière blanche versées sur une table rouge, où sa mère s’adonne à ses penchants pour l’alcool, où des femmes se roulent sur le gazon, Juliana rencontre Camila, une fillette de onze ans, revenue depuis peu du Mexique.

Juliana, fille unique solitaire reporte sur Camila son immense  besoin d’amour et de reconnaissance. 

«  je sais pas ce que je suis, Camila, je sais pas ce que je suis, j’allais lui demander qu’elle m’aide à pleurer encore plus pour qu’on puisse s’envoler dans l’eau et glisser de l’autre côté de la porte… »

Camila est bien plus avancée dans la perversité. Vodka, pilules bleues et roses «  pour rêver les yeux ouverts », expériences sexuelles avec un ami mexicain, elle entraîne Juliana dans des jeux pervers. Camila devient « la maîtresse de sa magie et de ma peur ». Elle lui raconte ses rencontres avec son ami mexicain, émois qu’elle confesse régulièrement auprès d’un curé qui semble à la fois choqué et intéressé par ses dires, lui demandant toujours plus de détails.

«  on dirait qu’il va mourir et pourtant lui aussi il veut que je parle. »

S’entremêlent les scènes de sexe que l’enfant surprend entre sa mère et Esteban, le chauffeur. Juliana les regarde sans toujours comprendre ce monde d’adulte. 

Des paroles et des actes qui explosent son univers d’enfant où les cygnes et les canards semblent imaginaires, où l’amour n’est encore que celui qu’on attend de ses parents. L’anniversaire des dix ans de Juliana sonne le glas de l’enfance pour entrer brutalement dans un monde d’adulte vicié et terrifiant.

Écrit en 1986, Juliana les regarde est le premier roman d’Evelio Rosero qui est aujourd’hui un des plus grands auteurs vivants d’Amérique Latine. Si l’univers de ce roman est beaucoup trop malsain pour moi, l’écriture est vive et remarquable. L’auteur s’immisce parfaitement dans la tête d’une enfant en pleine confrontation avec le monde des adultes dont elle perçoit les formes sans en comprendre le sens. 

 

Donnons le goût de lire aux enfants

L’essence même de mon blog est le partage. Donner envie de lire au plus grand nombre. Car « la lecture est une amitié » qui ouvre l’esprit vers la connaissance des autres, vers la tolérance.

La Kube a l’ambition de donner le goût de la lecture au plus jeune âge. Mais les parents, les enseignants le savent bien ! Obliger un enfant à lire est le meilleur moyen de l’en écarter. Alors il faut savoir leur proposer les bonnes choses, les bons moments. Vivre cette passion avec eux.

Afin  de proposer « un concept livre qui colle aux attentes des enfants », la Kube a besoin de toutes les compétences.

Que vous soyez parents, grand-parents, enseignants ou même un adolescent qui se souvient forcément de cette expérience d’enfance, inscrivez-vous sur ce site  de La Kube dès aujourd’hui et avant le 9 avril 2018, afin de participer à la création de ce concept innovant en répondant à de courts questionnaires par mail.

Un bruit de balançoire – Christian Bobin

Titre : Un bruit de balançoire
Auteur : Christian Bobin
Éditeur : L’Iconoclaste
Nombre de pages : 112
Date de parution : 30 août 2017

 

En lisant ce recueil de lettres empreint de poésie, le lecteur ne peut que passer un bon moment, porté par la nostalgie de l’enfance, la magie des mots, l’univers de la faune et de la flore.
En parler s’avère un défi insurmontable. D’ailleurs pour l’opération «  Je lis, je participe » organisée par les Éditions de l’Iconoclaste, grâce à laquelle j’ai eu la chance de lire ce livre, j’ai proposé un dessin collage. Ce support lié à l’enfance me paraissait parfaitement adapté. Et je suis particulièrement flattée puisque je viens d’apprendre que Christian Bobin, très touché par ma proposition « m’ a élue grande gagnante du concours. » C’est pour moi un honneur et une immense fierté.

Accompagné de Ryokan ( poète calligraphe japonais), de Bach, de Dora Diamant ( le dernier amour de Kafka), de Satoski Koju ( cinéaste japonais), suivez la plume de Christian Bobin qui « parle à notre cœur-enfant. »
Et je vous laisse avec quelques phrases qui ont particulièrement retenu mon attention.

«  Les livres sont des âmes, les libraires des points d’eau dans le désert. »

«  Ce qui parle à notre cœur-enfant est ce qu’il y a de plus profond. »

«  Je ne crois pas à ce qu’on le dit. Je crois à la façon dont on me le dit. »

«  Tout est lecture. »

«  Les grands poèmes se reconnaissent au sourire donné quand on les lit. »

«  Ils sont partout sauf en eux, ces gens qui font le tour du monde. »

«  Le tremblement d’un pétale quand une goutte de pluie le heurte : c’est cette vibration que je cherche dans l’écriture, l’imperceptible inquiétude de l’âme en paix. »

«  Le rire est notre drapeau troué, celui que l’ennemi jamais ne nous prendra. »