Le presbytère – Ariane Monnier

Titre : Le presbytère
Auteur :Ariane Monnier
Premier Roman
Éditeur : JC Lattès
Nombre de pages : 272
Date de parution : 23 août 2017

Le presbytère est un roman qui m’a immédiatement mise mal à l’aise.
En premier heurtée par le style qui abuse de la lourdeur des conjonctions, j’ai ensuite ressenti un profond malaise face au couple de Sonia et Balthazar.
Sonia semble toujours dans un monde théâtral, soumise aux velléités de Balthazar qui lui fera quatre enfants.
Balthazar a une conception très étrange de l’éducation.Pas de télévision, de radio, de jouets en plastique. Il est contre la civilisation qui entraîne la mort de l’âme. L’école se fera à la maison et les enfants apprendront la musique.
Pourtant, ces deux parents si rigoureux, autoritaires vont laisser leurs enfants devenir des cibles pour un ami pédophile et le jeune Tanguy, adolescent maltraité par ses parents et protégé par le médecin Balthazar.

Rien n’est jamais clairement relaté mais le lecteur perçoit ces amitiés particulières qui deviennent très vite des fléaux pour les quatre enfants.
Si l’aîné, Clément, le plus touché, s’endurcit. Sébastien perd pied sous le regard indigné de son père qui l’accuse d’une vilaine crise d’adolescence. La jeune Manon nous fend le cœur avec toute l’eau du lac qui coule dans ses yeux.

Certes, le sujet est difficile, surtout pour un premier roman. Même si l’approche est mesurée, le récit toujours voilé par une certaine façon de vivre un peu bohème, la détresse des enfants et l’inconscience des adultes restent insoutenables à mes yeux.
Que retenir de cette lecture dérangeante? Qu’une éducation trop rigoriste est dangereuse, que la maltraitance, si elle ne détruit pas, se perpétue d’une génération à l’autre comme une normalité dans l’existence? Ou simplement que certains parents sont indignes de l’être.

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Leçons pour un jeune fauve – Michela Murgia

Titre : Leçons pour un jeune fauve
Auteur : Michela Murgia
Littérature italienne
Traducteur: Nathalie Bauer
Titre original : Chirú
Éditeur: Seuil
Nombre de pages : 272
Date de parution : 5 janvier 2017

Michela Murgia a la terre de ses origines dans le sang. Ses premiers romans nous plongent à la fois dans l’enfance et dans l’univers sarde.
Si nous sommes ici à Cagliari et que l’atmosphère sarde est bien présente, le récit de cette relation entre une actrice proche de la quarantaine et un jeune violoniste de dix-huit ans pourrait être universelle.
Eleonora est une femme entière n’ayant besoin de personne ( ou presque) parce que son enfance avec un père caustique et violent ( on le suppose même si la narratrice ne laisse passer que des allusions) lui a appris que « seuls grandissent ceux qui ne sont pas rêvés. »
C’est pour compenser le regard blessant de son père qu’elle a eu la volonté de faire de la comédie, de s’engager au théâtre, de passer une audition avec un célèbre metteur en scène épaulée par Fabrizio qui devient son mentor et son amant.
 » La seule chose qui importe à ce genre d’homme, c’est que ta compréhension des choses n’excède pas la sienne. »
Adulte, elle souhaite aussi aider des élèves à devenir ambitieux. Lorsqu’elle rencontre Chirú, elle se reconnaît en lui.
«  Malgré son très jeune âge ( moins de dix-huit ans peut-être), son regard trahissait une blessure, comme s’il observait le monde d’un point de vue déjà faussé. »
Elle lui apprend les femmes en parlant de Cosi fan tutte, l’emmène chez un tailleur pour comprendre l’importance des tissus et des gens par leur costume, l’introduit dans le monde du spectacle lors d’une soirée chez un producteur, « en ces lieux, haïr quelqu’un était aussi normal qu’il était inconvenant de le montrer. »
«  Si je ne parvenais pas à débusquer chez lui la passion, la générosité et la vision du vrai talent, je le doterais au moins des outils nécessaires pour saisir la différence entre la possession d’un don et la capacité beaucoup plus utile de saisir les opportunités. »
L’accompagnement d’un élève évolue inévitablement vers des sentiments d’admiration, des confidences, voire de l’attirance physique. Eleonora le sait pour avoir vécu précédemment une expérience difficile avec un autre élève. Dans son rôle de mentor, elle est à la fois la mère, le professeur et la maîtresse pour ces jeunes élèves. Elle en est consciente et tente de s’en prémunir, redoutant pourtant le moment où elle devra cesser son accompagnement.

 » J’aurais aimé le protéger contre ces blessures que nous traitons de « sentiments familiaux » et l’empêcher de répéter les mêmes erreurs que moi, mais certaines vérités ne s’héritent que de soi-même. »

Sans être d’accord sur toutes les leçons, quel régal de suivre ces rapports humains entre les personnages. Michela Murgia effleure les sentiments, laissant le lecteur comprendre les doutes, les attirances, les ambiguïtés.
Et il y a bien sûr cette âme sarde qui s’exprime encore davantage face aux comportements des suédois lorsque Eleonora se rend à Stockholm pour une tournée théâtrale.
En Suède, «  l’âme dérangeante de l’art était un prix trop élevé à payer pour une harmonie sociale aussi efficace. »
Alors qu’en Suède, « sortir de la moyenne n’est pas vu d’un bon œil« , l’Italie a le culte de l’exception individuelle.

Chirù, avec son sourire « entre l’effronterie et la timidité » devient pour celle qu’il juge « malheureuse avec classe » un « arestixeddu » (jeune fauve en sarde). Et l’on ne sait plus lequel des deux aide l’autre.

Ce roman est une lumineuse confrontation, un récit où les rapports humains sont décortiqués, dévoilant passion et ambiguïté. Un roman intelligent qui insiste sur l’analyse des comportements,un récit que je rapprocherais du roman de Ian McEwan, L’intérêt de l’enfant. Un roman comme je les aime.

Des hommes de peu de foi – Nickolas Butler

Butler

Titre : Des hommes de peu de foi
Auteur : Nickolas Butler
Littérature américaine
Titre original : The hearts of Men
Traducteur : Mireille Vignol
Editeur : Autrement
Nombre de pages : 544
Date de parution : 24 août 2016

 

Nickolas Butler, avec ses personnages emphatiques, son regard sur l’Amérique et son talent narratif nous interroge sur la meilleure façon de préparer les jeunes à la virulence du monde.
Dans les années 60, pour les parents de Nelson, le scoutisme paraissait une bonne école. Nelson, treize ans, gamin très doué mais sans amis, part avec son père au camp de Chippewa. Un père qui lui parle peu et n’hésite pas à taper des coups de ceinture quand il a trop bu. Au camp comme ailleurs, Nelson est seul et devient la bête noire des autres gamins et des moniteurs. Peu importe, Nelson joue du clairon et fait tout pour gagner le titre de Eagle scout, grade le plus élevé dans l’organisation des Boys Scouts of America. Il est ami avec le vieux Wilbur, chef de camp, un homme de valeur aux principes stricts mais nécessaires pour faire de ces gamins des hommes droits et honnêtes. Mais ressasser des principes ne suffit pas à contraindre les hommes à la pureté. Et la plupart des hommes de ce roman se laissent souvent guider par leurs instincts naturels.

Trente ans plus tard, le camp de scout est aussi la solution pour Trevor, le fils très sérieux de Jonathan Quick, qui fut peut-être un des rares amis de Nelson. Jonathan a maintenant la cinquantaine, il a réussi sa carrière mais n’est plus heureux avec Sarah. Il emmène son fils, « l’ado le plus coincé du monde » selon lui au camp de Chippewa en passant par un motel où il doit retrouver sa maîtresse et Nelson, devenu chef du camp scout. Trevor est un adolescent pur et rêveur. A seize ans, il est amoureux de Rachel. Jonathan, expérimenté et cynique veut briser son innocence.
 » On est tous des salauds. On baise tous la femme des autres, on vole au boulot, on triche sur notre déclaration d’impôt. Et si jamais tu refuses de tricher, t’es le dindon de la farce, le gros crétin. Alors qu’est-ce que je suis censé faire, t’envoyer démuni dans ce monde? »
Mais Trevor veut croire à autre chose, il vénère Nelson qui est revenu du Vietnam, la colonne farcie de shrapnel.  » Les héros sont toujours gouvernés par le coeur ». Plus tard, suite au 11 septembre et au départ de Rachel, Trevor s’engage dans le commando d’élite des Marines
Qu’en est-il en 2019, époque où les jeunes sont en permanence branchés sur les réseaux sociaux, bien éloignés de l’observation de la nature, de la topographie ou des collections de timbres?
 » C’est juste une espèce de fraternité chrétienne débile. Une bande de républicains paranos armés jusqu’aux dents en attendant l’apocalypse. »
Même si le camp de Chippewa existe encore, dirigé par Nelson, qui a plus de soixante dix ans, et si il accepte désormais les femmes, il attire toujours des pères machistes et homophobes qui souhaitent une éducation virile pour leurs enfants. Ce n’est pas le cas de Rachel qui y amène son fils, Thomas, contre son gré. Peut-être en souvenir de Trevor, le seul homme vertueux qui « avait le sens du devoir, du bien et du mal dans ce monde. »

Mais que sont devenus ces enfants éduqués par le scoutisme ou par des pères sévères et des mères protectrices? Des hommes cyniques, des machistes homophobes, des militaires brisés par les horreurs des guerres incessantes, des hommes convaincus que seule une arme est indispensable quand on croise quelqu’un  » qui a faim » ?

Trois générations, trois époques très différentes et pourtant une même humanité.
 » Vingt ans, pense-t-elle, et nous combattons les mêmes personnes dans les mêmes pays. Vingt ans. »

L’auteur aime prendre son temps à poser ses personnages. Si j’ai trouve quelques longueurs dans la première partie, le rythme s’accélère avec une dernière partie qui harmonise davantage action et analyse.

Nickolas Butler, dans une succession de vies de famille, avec des idéaux d’enfance et des réalités d’adulte, sur trois époques dresse un portrait de l’Amérique. Une Amérique qui prône la force de caractère, la force physique, l’autodéfense. Mais  » le monde est un train à grande vitesse », auquel il faut savoir s’adapter. Si les parents souhaitent élever leurs enfants pour qu’ils deviennent meilleurs qu’eux, la rigueur militaire et les carcans éducatifs sont-ils encore les meilleurs principes?

Je remercie Babelio et les Editions Autrement qui m’ont permis de lire ce roman dans le cadre de la dernière operation Masse Critique.

 

Rien que des mots – Adeline Fleury

FleuryTitre : Rien que des mots
Auteur : Adeline Fleury
Éditeur : François Bourin
Nombre de pages : 177
Date de parution : 7 janvier 2016

Adèle est journaliste, mais peut-être pas de ceux qui cherchent à se faire valoir par les mots. Enfin, plus maintenant. Ayant souffert dans sa prime jeunesse d’un manque d’attention et de tendresse d’un père écrivain toujours prêt à battre des records d’écriture, marquée par le dépit de son mari Hugo lors du plagiat de son premier livre de poésie, Adèle veut sortir de la malédiction des mots.

Son fils, Nino qui va naître, elle le tiendra loin des livres. Il n’ira pas en classe, elle enfermera Hugo dans le grenier, le grand-père se terrera à la cave pour écrire. Nino ne doit pas savoir que père et grand-père sont écrivains, ne doit jamais voir un livre. Et cela tombe bien, avec l’essor du numérique, chacun a sa liseuse et le 21 juin 2017 un grand autodafé a détruit tous les livres papiers.

En 2025, à dix ans, Adèle offre à son fils un piano,  » la musique est une forme d’écriture moins dangereuse. »

Seulement, si les mères décident parfois un peu arbitrairement de l’avenir de leurs enfants, le poids de l’hérédité et surtout l’affirmation de l’adolescence écartent l’enfant du chemin décidé par les parents.

 » Désormais, maman, je serai le seul narrateur du roman de ma vie. En te privant de ton journal intime, je te punis. Je te retire la parole pour mieux composer mon existence. Je mets un point final à ta rédaction. Tu ne seras plus le démiurge manipulant à ta guise ma destinée. Je ne serai plus jamais ta marionnette. Pendant toutes ces années tu as essayé de tuer le meilleur de moi-même, de réécrire notre histoire familiale à ta façon. Tout est faussé depuis le départ. Tu m’as inventé une vie très loin de mon hérédité. Tu as décidé pour moi le chemin que je devais emprunter et, surtout, sur quels autres je ne devais pas m’aventurer. Maintenant j’ai quinze ans maman…Enfin je vais pouvoir être moi.« 

Avec cette fable futuriste, Adeline Fleury rend un bel hommage aux livres papier. Dans cette société où le numérique remplace les livres, les journaux, les manèges, les mots redeviennent la base d’œuvres d’art.

 » Adèle ne bouge pas. Elle a du mal à s’évader de sa rechute nostalgique. Malgré les années, elle n’est pas encore tout à fait sevrée. Il lui arrive de tricher, de franchir la porte de la chambre interdite. Elle ouvre alors au hasard un Albert Simonin, Truman Capote, Erri de Luca ou un Maupassant….même si elle peut en lire à satiété sur sa Linum, le plaisir n’est pas le même. Il ne sera jamais plus le même ! Il n’y aura plus jamais cette sensualité au tourner des pages, cette légère odeur d’encre séchée, cette rugosité du papier vieilli qui faisaient que les personnages s’animaient à la lecture, que l’auteur lui parlait, l’enrobait de ses mots. Non, la magie des mots n’opère plus du tout par écran interposé.« 

Avec ce premier roman, Adeline Fleury, jeune journaliste, me touche doublement avec son personnage d’Adèle parce qu’elle est une mère et une amoureuse des livres. Pour protéger son fils de ce qu’elle pense être une malédiction, elle emploie toute son énergie. Et il y a un amour fou derrière cette folie.

Avec Nino, l’enfant mots, les personnages semblent touchés par la grâce comme le père d’Adèle ou Monsieur Dutilleul, le professeur de piano. Comme si cet enfant tournait la malédiction en « don de Dieu« . Avec lui, nul doute, j’adhère à la SPLP, Société Protectrice des Livres en Papier.

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Eva – Simon Liberati

LiberatiTitre : Eva
Auteur : Simon Liberati
Éditeur : Stock
Nombre de pages : 278
Date de parution : 19 août 2015

Auteur :
Simon Liberati est l’auteur de cinq livres, dont Anthologie des apparitions (2004) et Jayne Mansfield 1967, prix Femina 2011.

Présentation de l’éditeur :
Un soir de l’hiver 1979, quelque part dans Paris, j’ai croisé une femme de treize ans dont la réputation était alors « terrible ».
Vingt-cinq ans plus tard, elle m’inspira mon premier roman sans que je ne sache plus rien d’elle qu’une photo de paparazzi. Bien plus tard encore, c’est elle qui me retrouva à un détour de ma vie où je m’étais égaré.
C’est elle la petite fée surgie de l’arrière monde qui m’a sauvé du labyrinthe et redonné une dernière fois l’élan d’aimer.
Par extraordinaire elle s’appelle Eva, ce livre est son éloge.
Simon Liberati

Mon avis :
 » Eva est l’être le plus désarmé et le plus brave que je connaisse, où qu’elle soit elle donne l’air d’être nue. »
D’une image, d’un souvenir, d’une rencontre, Simon Liberati nous parle d’Eva Ionesco, sa femme.
 » Est-ce son origine slave? Elle a la tristesse des âmes errantes, des voyageuses, de celles qui savent qu’elles partent toujours la première. »
Cette Lolita exposée sous l’appareil photographique de sa mère dès sa plus tendre enfance en des positions dénudées et pornographiques, connaît une adolescence rebelle. Toujours sous l’influence maternelle, elle sombre dans l’alcool, la drogue et la prostitution. Arrêtée par la police à l’âge de douze ans, elle est confiée à la DASS. Désintoxication, thérapie, procès contre sa mère, lecture, théâtre la reconstruisent peu à peu en lui laissant pourtant des tendances suicidaires.
Lorsque Simon la croise au cinéma Trianon, il est à nouveau sous le charme de cette amie d’adolescence. Actrice, mère d’un fils de vingt six ans, elle a, malgré « quelque chose de brisé ou de bridé, une retenue« , un sérieux impeccable.
D’une narration emmêlée, à force de roues concentriques autour d’un passé difficile à assumer, il dresse le portrait d’une femme blessée mais dotée de grâce et de pureté.
L’auteur écrit une élégie,  » l’éloge oisif de la jeunesse, de la grâce et de la perdition » ce qui emplit désormais toutes ses journées auparavant perdues dans la fête, l’errance et l’alcool. L’amour transparaît à chaque instant pour cette femme meurtrie mais si digne.
 » Tu sais, tu peux me quitter, je n’ai pas peur d’être perdue, ça m’est arrivé si souvent. »
La narration emmêlée, les références personnelles m’ont souvent éloignée de ce récit pourtant si bien écrit, de cette histoire si prenante.
Une belle histoire intime se mérite et l’auteur préfère la qualité au nombre de ses lecteurs…
 » Le petit nombre de gens à avoir lu mon dernier livre ne me chagrinait pas, car je n’ai jamais cherché à séduire que l’élite. »

Un témoignage qui fait déjà polémique…mais un bel éloge à la femme aimée dont l’enfance fut brisée.

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Nos contrées sauvages – Cate Kennedy

kennedyTitre : Nos contrées sauvages
Auteur : Cate Kennedy
Littérature australienne
Traducteur : Carine Chichereau
Titre original : The world beneath
Editeur : Actes Sud
Nombre de pages : 350
Date de parution : avril 2015

Auteur :
Cate Kennedy, née en Australie en 1963, est l’auteur d’un récit de voyage et de deux recueils de poésie. La publication de Nos contrées sauvages a été unanimement saluée par la critique comme le signe d’un renouveau du roman australien et a été couronnée par le People’s Choice Award du NSW Premier’s Literary Awards. Il est paru en 2015 aux éditions Actes Sud.

Présentation de l’éditeur :
Dans une petite ville australienne, Sandy élève seule sa fille Sophie. C’est d’un mauvais oeil qu’elle voit l’irruption dans leur vie de Rich, le père de Sophie, qui était parti peu après sa naissance. Soignant son image d’éternel aventurier, Rich propose à sa fille, pour ses quinze ans, un trek d’une semaine sur l’île de Tasmanie. À l’endroit même où Sandy et lui s’étaient rencontrés lors d’une action militante contre la construction d’un barrage.
Sophie, adolescente gothique rivée à son portable, fait tout pour arracher l’accord à cette mère, dont l’affection débordante et les préceptes hippies l’insupportent. Enfin elle aura l’opportunité de faire connaissance avec son père !
Alors que père et fille s’engagent sur les sentiers d’une randonnée vertigineuse, Sandy part en retraite spirituelle pour calmer ses angoisses.
Mais Rich fait courir des dangers à Sophie que même Sandy n’a pas imaginés. Rancoeurs, douleurs enfouies, petits arrangements avec la vérité : Cate Kennedy dresse une cartographie sensible des contrées sauvages de l’âme humaine.
L’enchantement et la force de ce roman émanent du regard vif et décapant, souvent drôle, que porte l’auteur sur ses trois protagonistes. D’une écriture alerte, l’histoire est alternativement racontée du point de vue de chacun d’eux – sous l’angle de trois expériences bien différentes. Tout ici est vibrant de vie.

Mon avis :
En lisant la quatrième de couverture, le lecteur peut s’attendre à une histoire proche du roman de David Vann, Sukkwan Island. Parents divorcés, le père emmène l’enfant en randonnée dans des contrées sauvages afin de renouer une relation filiale.
Mais si les synopsis sont proches, le traitement est relativement différent. L’approche féminine de l’auteur oriente davantage l’intrigue sur les personnages et non sur la randonnée elle-même, qui toutefois nous installe dans un cadre assez exceptionnel.
Sophie, une adolescente émo-gothique, anorexique peine à se construire entre Sandy, une mère coincée dans son univers hippy et Rich, un père absent depuis sa naissance. Son seul refuge est son blog « Ma putain de vie » qui lui vaut l’admiration du corps enseignant.
Elevant seule sa fille, bien décidée à offrir à Sophie une autre éducation que celle qu’elle a reçue, Sandy n’en arrive pas moins à un constat d’échec.
 » Ce soir-là, elle est sortie avec trois baguettes coincées dans son chignon, sa robe orange et une de ces ceintures orientales avec des grelots qui tintent à tout bout de champ. Et puis ces bras chamallows. Jamais Sophie ne sera comme ça. Plutôt crever! »
Le parent absent garde son mystère et son attrait pour une jeune adolescente contrairement au parent qui se doit par sa présence au quotidien d’assurer l’éducation.
Si Rich a le charme de l’inconnu et peut grâce à son anticipation étonner sa fille par un semblant de modernité, il n’en demeure pas moins, comme Sandy, bloqué dans le passé sur cette aventure écologique en Tasmanie pour la défense de la rivière Franklin, là où il a rencontré Sandy.
 » Que peut-on faire après, quand on a vécu ça? A quoi consacrer le reste de sa vie? »
Sandy et Rich, chacun marqué par une empreinte familiale, se posent aujourd’hui des questions sur les notions de perte, de vieillissement et ont la nostalgie de cette passion vécue en Tasmanie dans les années 80.
Adolescente toujours sur la défensive, sur quel adulte Sophie pourra-t-elle compter?
L’un l’a abandonné pendant quinze ans, l’autre n’a pas vu son problème d’anorexie.
 » Les gens ont beau regarder, ils voient ce qu’ils veulent voir, ce qui les arrange. Elle le comprend presque, d’ailleurs, car le désir est si fort qu’il déforme la réalité, l’efface. »

Cate Kennedy propose ici un roman où chacun va apprendre l’impuissance face à ce que l’on ne peut pas changer, va grandir grâce à cette aventure dans les contrées sauvages, celles de Tasmanie mais surtout celles des trois personnages de cette histoire familiale.

 

Dégage! – Valentina Diana

DianaTitre : Dégage!
Auteur : Valentina Diana
Littérature italienne
Titre original : Smamma
Traducteur : Anaïs Bouteille-Bokobza
Éditeur : Denoël
Nombre de pages : 280
Date de parution : 12 mars 2015

Auteur :
Valentina Diana est née à Turin en 1968. Elle est comédienne et auteur de théâtre. Dégage! est son premier roman.

Présentation de l’éditeur :
Mino est en pleine crise d’adolescence : il vit avec son iPod sur les oreilles, boit des litres de Coca-Cola, passe des heures dans la salle de bains à s’enduire les cheveux de gel, ne met jamais la table et, bien sûr, ne fait strictement rien au lycée. Ses parents sont divorcés et sa mère, qui s’apprête à se remarier, se sent quelque peu dépassée.
Désespérée de n’avoir pas su offrir à Mino une vie de famille modèle, elle décide de s’engager dans un parcours de formation à la parentalité. Et de changer les règles du jeu avec son fils.
Entre achats en ligne compulsifs, conversations avec des enseignants démoralisés et tentatives de pâtisseries lyophilisées, Valentina Diana aborde avec talent l’adolescence et l’éducation dans ce roman percutant, explosif et d’une infinie tendresse.

Mon avis :
Avec une adolescente à la maison, ce roman m’intéressait. J’étais en territoire connu, surtout que Mino ne m’a pas semblé exécrable. Il est un adolescent classique qui a besoin de liberté et d’attention, qui cherche les limites, qui est même rassuré lorsque sa mère agit avec fermeté.
Alors, certes, il n’est pas facile de trouver un sujet de conversation, de favoriser l’échange. A part, les relations d’intendance comme la cuisine, l’entretien et le délicat sujet des résultats scolaires, les relations verbales se limitent à un « Dégage! » ou  » On mange? ».
De plus, Mino trouve un soutien affectif auprès de sa grand-mère, Tachenoire qui ne se contente pas de le gâter mais l’incite à la révolte.
Devant la provocation de son fils raciste et homophobe (je n’ai jamais vécu ça mais chaque enfant trouve son thème de révolte), la mère ne sait parfois pas comment réagir.
Mais, grâce à une méthode allemande qui assène de grandes évidences et surtout à un contrat passé entre mère et fils, la situation, souvent racontée avec humour, s’arrange progressivement.
 » Vos enfants ont besoin de se confronter à quelqu’un qui représente l’obstacle mais qui ne soit pas un obstacle réel. »
Si vous avez des adolescents, vous retrouverez des situations vécues comme ce moment où votre enfant cherche tout à coup l’affection quand il veut obtenir l’accord parental pour une sortie, ces négociations pour l’occupation de la salle de bains, cette invitation à le laisser seul pour rejoindre le bus qui l’emmène en voyage scolaire.
Le style est assez basique, voire un peu lourd, l’humour est présent avec des moments particuliers où la mère implore le Ciel pour améliorer les résultats scolaires de son fils ou écrit à David Guetta pour légitimer sa position.
Malheureusement, la fin qui illustre le fossé entre les générations m’a surprise et semblé trop décalée.
Ce fut une lecture agréable, réaliste qui permet peut-être de dédramatiser les relations parents/adolescents sans toutefois vous apporter beaucoup d’informations. Il faut dire que j’ai maintenant une certaine expérience de ce type de relations normales et « gentillettes » avec les adolescents.

 » Si vous ne voulez pas que vos enfants restent pour toujours enfermés dans un cocon, enveloppés par votre ego suffocant, accueillez l’idée qu’à un moment donné ils vous passent dessus. »

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