Le poids de la neige – Christian Guay Poliquin

Titre : Le poids de la neige
Auteur : Christian GuayPoliquin
Littérature québécoise
Editeur : Editions de l’observatoire
Nombre de pages : 254
Date de parution : 10 janvier 2018

La neige alourdit le poids de la solitude dans ce huis-clos où deux hommes coupés de leur famille tentent de survivre. Les titres de chapitre sont des centimètres de neige s’accumulant comme une inévitable épée de Damoclès.
Un homme jeune roulait vers le village de son père qu’il n’a pas vu depuis dix ans, ignorant que ce dernier était décédé depuis peu. Sortie de route, accident, il a les jambes broyées sous le véhicule. Dans le village enneigé, une panne d’électricité générale affole les habitants qui voudraient fuir tant que cela est encore possible.
Soigné par la vétérinaire et un pharmacien, le jeune homme mutique est confié au vieux Matthias, un étranger bloqué au village alors qu’il désespère de rejoindre sa femme malade.
Méfiance, dépendance, les relations entre les deux hommes évoluent doucement vers une confiance nécessaire, un divertissement indispensable, une sortie du mutisme pour survivre.
Peu à peu, le village se vide, la nourriture se raréfie et l’étau se resserre sur les deux hommes isolés.
«  La panne, ton accident, ce village, tout ça, ce ne sont que des détours, des histoires incomplètes, des rencontres fortuites. Des nuits d’hiver et de voyageurs. »
Si j’ai aimé l’atmosphère cotonneuse de ce huis-clos, sombrant à «  vingt mille lieues sous l’hiver. », le contexte reste nébuleux, les histoires et relations humaines trop superficielles.
Si Matthias prend une certaine substance à mes yeux, le fils du mécanicien et les habitants du village restent des personnages trop fuyants.

  

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Ces rêves qu’on piétine – Sébastien Spitzer

Titre : Ces rêves qu’on piétine
Auteur : Sébastien Spitzer
Premier Roman
Éditeur : Les Éditions de l’Observatoire
Nombre de pages : 305
Date de parution : 23 août 2017

 

D’un côté, la marche épuisante de juifs ayant quitté le camp de Stöcken, libérés par l’armée russe, pour encore tomber dans les guet-apens de villageois allemands. Beaucoup mourront mais Fela qui a connu tant de degrés dans l’horreur doit survivre pour cet enfant, Ava, née dans un camp, pour que le secret d’Aimé caché dans un rouleau de cuir soit dévoilé au monde.

De l’autre, la froideur de Magda Goebbels, mère de six enfants et femme du gauleiter, bras droit d’Hitler, enfermée dans le bunker où le führer et ses proches vont mourir. Elle ne pense qu’à son fils aîné, né d’un premier lit et à cet amour perdu, Viktor.
«  Son souvenir la hante, et avec lui sa honte d’avoir aimé ce Juif! »

Les récits alternent, opposant le faste à la misère, la méchanceté à l’entraide, la fin d’un monde à l’espoir d’un autre.
Des lettres d’un vieux juif à sa fille créent peu à peu le lien entre les deux récits.
«  Ces lettres retracent l’histoire d’un commerçant prospère. D’un père qu’on a fait se cacher d’être père, pour le bien de sa fille. »
«  Je suis aussi allemand qu’eux. Je sais des vers de Rilke que mes gardiens ne comprendront jamais. »

L’Histoire devient encore plus sordide lorsque les liens entre juifs et allemands sont si présents. Magda a renié ce père adoptif, marchand juif allemand qui ne cessera de penser à elle. Elle a aimé Viktor bien plus que ce boiteux de gauleiter.
La jeune Ava est née au block 24-A. Enfant de la honte, fruit des abus de l’officier supérieur du camp sur la belle Fela, sauvée par une sage-femme, « plus sage que toutes les autres. »
L’une ressasse son passé, l’autre tente, sans le savoir, de se construire un avenir.

Je suis généralement peu réceptive aux récits de cette période de l’histoire quand ils parlent de cette arrogance des chefs nazis. Magda ne fait pas exception, elle m’a paru détestable.
Fela, puis surtout Ava donne ensuite beaucoup d’humanité à ce récit. Gary, le soldat américain et Lee, la photographe correspondante de guerre y sont très sensibles.

Ce premier roman est parfaitement documenté. Les romans parlent souvent des chefs nazis, beaucoup moins de leur femme. J’ai découvert la complexité de Magda Goebbels et sa monstruosité vis à vis de ses enfants.
La construction est impeccable, alternant deux mondes qui s’opposent et se croisent.
L’émotion est présente avec le dégoût pour une femme froide et opportuniste et l’attachement pour une enfant née dans l’horreur et pourtant si vivante.