Les soeurs Brontë – Laura El Makki

Titre : Les soeurs Brontë, La force d’exister
Auteur : Laura El Makki
Editeur : Tallandier
Nombre de pages : 320
Date de parution : 5 octobre 2017

Charlotte était le feu, Emily, la terre et Anne, l’air. A cette époque où la femme n’a pas droit à la reconnaissance, chacune publie sous des noms d’homme. Le succès ne tarde pas.
Mais qu’est-ce qui a donné cette force, cette envie de s’en sortir par l’écriture aux filles du Révérend Patrick Brontë?
Cet homme, sans aucun doute, qui, décédé à quatre-vingt-quatre ans, a vu disparaître les membres de sa famille un par un. Lui, aussi savait «  ce que l’écriture procurait de joie, comment elle étoffait la vie, nourrissait l’âme. » Après la mort de la mère et des deux filles aînées, les quatre autres enfants se rapprochent et se stimulent avec des jeux littéraires. Branwell, le fils reste la principale ambition de Patrick. L’époque n’investit pas beaucoup sur l’avenir des filles.
«  on élève les filles avec un luxe de précautions qui conviendrait à des êtres débiles et, disons-le, ineptes tandis qu’on lâche les jeunes hommes la bride sur le cou à travers le vaste monde, comme s’il n’existait pas de créatures plus sages et moins susceptibles d’égarements. »
Et pourtant, alors que Branwell se perd dans l’alcool et l’opium, ce sont bien les trois filles qui s’élèvent par l’instruction, le travail et l’écriture. Sûrement parce qu’elles ont conscience que l’indépendance intellectuelle est « la seule clef de la vie des femmes. »

Ce document bien écrit montre le chemin tortueux des trois soeurs Brontë. Malgré la pauvreté, les malheurs, les mauvaises conditions de vie dans les pensions où elles furent envoyées dès leur plus jeune âge, l’indifférence d’un père pourtant aimant mais pragmatique, elles ont toujours trouvé la force d’exister. Charlotte fut sûrement la plus forte. Emily était si dépendante de la tranquillité de ses landes. Anne apparaît comme la petite dernière, silencieuse mais déterminée.

Personnellement, j’avais eu de nombreuses occasions de lire des témoignages sur la vie de la famille Brontë, ce qui a limité mon intérêt pour cette lecture devenue redondante.
Mais ce document est une approche complète et intéressante pour ceux qui souhaitent découvrir le destin exceptionnel des soeurs Brontë.

J’ai lu ce livre dans le cadre du Grand Prix des Lectrice Elle 2018.

   

Quand j’étais Jane Eyre – Sheila Kohler

kohlerTitre : Quand j’étais Jane Eyre
Auteur : Sheila Kohler
Titre original : Becoming Jane Eyre
Traducteur : Michèle Hechter
Éditeur : La Table Ronde Quai Voltaire
Nombre de pages : 262
Date de parution : 5 janvier 2012
Paru en poche, édition 10/18 en août 2013

Auteur :
Née en 1942 à Johannesburg, Sheila Kohler, après des études à Saint Andrews, quitte son pays pour rejoindre l’Europe, puis, en 1981, s’installe aux États-Unis. Elle enseigne aujourd’hui à Bennington et à Princeton. Elle est l’auteur de huit romans, dont Quand j’étais Jane Eyre et L’enfant de l’amour (éditions Quai Voltaire, 2013), et trois recueils de nouvelles. Elle a été récompensée à deux reprises par le O’Henry Prize, ainsi que par l’Open Fiction Award, le Villa Cather Prize et le Smart Family Foundation Prize.

Présentation de l’éditeur :
Dans le calme et la pénombre, au chevet de son père qui vient de se faire opérer des yeux, Charlotte Brontë écrit, se remémore sa vie, la transfigure. Elle devient Jane Eyre dans la rage et la fièvre, et prend toutes les revanches : sur ce père, pasteur rigide, désormais à sa merci, sur les souffrances de son enfance marquée par la mort de sa mère et de deux sœurs aînées, sur sa passion malheureuse pour un professeur de français à Bruxelles, sur son désespoir face à son frère rongé par l’alcool et la drogue, sur le refus des éditeurs qui retournent systématiquement aux trois sœurs Brontë leurs premiers romans, envoyés sous pseudonyme.
Sheila Kohler se glisse dans la tête de Charlotte Brontë et de son entourage afin de décrire les méandres de la création. Sans se départir du style cristallin de ses précédents ouvrages, elles restitue avec finesse le climat qui a donné naissance aux œuvres des sœurs Brontë : Jane Eyre, bien sûr, mais aussi Les Hauts de Hurlevent et Agnes Grey, trois joyaux de la littérature anglaise.

Mon avis :
Sheila Kohler se plonge dans l’époque des soeurs Brontë pour en illustrer les points essentiels.
C’est tout d’abord le temps où les femmes sont cantonnées à leur rôle d’épouse, même si elles apprécient peu le sexe et souffrent de grossesses multiples. La mère des sœurs Brontë, mariée à vingt neuf à un pasteur en est le premier symbole. Le pasteur entretient cette différence, même si il a donné une certaine éducation à ses filles,il vénère son seul fils, pourtant égoïste et incapable.
«  son frère a été et reste l’obsession de son père, la plaie qu’il ne cesse de lécher comme un chien. Jamais il n’a éprouvé les mêmes sentiments pour ses filles attentionnées, qui se sont battues avec courage, qui ont pris soin de lui et de sa maison, malgré leurs poumons malades. »
Alors pour faire valoir leurs talents littéraires les sœurs Brontë envoient leurs manuscrits aux éditeurs sous des pseudonymes masculins.
«  La littérature ne saurait être l’affaire d’une femme. » juge un célèbre poète de l’époque.
Persévérantes et convaincues de leur talent, Emily et Anne verront leur patience récompensée pour les manuscrits des Hauts du Hurlevent et Agnès Grey alors que Charlotte, qui avait envoyé Le professeur) devra attendre un peu plus pour toutefois devancer ensuite ses sœurs en triomphant avec Jane Eyre.
Sheila Kohler devient alors plus psychologue alors que l’ambiance entre les trois soeurs de caractère bien différent se détériore.
Le roman de Sheila Kohler expose les sources d’inspiration des sœurs Brontë à la lueur de leur quotidien, et illustre cette passion de l’écriture qui anime ces filles peu heureuses en amour.
 » Écrire est sa façon de s’évader, de fuir cette cellule de solitude, d’obscurité et de désespoir. »
Ce roman retrace aussi le destin tragique d’une famille dont le rêve a souvent été « 
d’aspirer à la célébrité et à la gloire« . A part le père mort à près de quatre vingt ans, les membres de la famille disparaissent rapidement après des vies tourmentées et des amours contrariées.
Condition féminine, destin familial et création littéraire sont les trois points intéressants de ce roman qui nous replonge avec plaisir dans l’œuvre des soeurs Brontë.
La première partie où Charlotte écrit auprès de son père m’a toutefois semblé manquer de rythme. L’auteur évoque les différentes facettes du caractère de Charlotte ( dévotion au père, sensibilité, jalousie, ambition, sentiments pour des hommes inaccessibles), effleure les personnalités d’Emily et Anne, insiste sur le problème d’alcool et de drogue de Barnwell mais ne parvient pas à me faire ressentir de l’empathie pour ses personnages.
Pourtant ce roman me permettra sûrement une meilleure relecture de Jane Eyre, en connaissant davantage la vie de Charlotte Brontë.

Je remercie Nathalie qui m’a propose ce titre en lecture commune. Vous retrouvez son avis ici.

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