Salina – Laurent Gaudé

Titre : Salina, les trois exils
Auteur : Laurent Gaude
Editeur : Actes Sud
Nombre de pages : 160
Date de parution : octobre 2018

Avec l’histoire de Salina, je retrouve la puissance tragique, la dimension mythologique de l’écriture de Laurent Gaudé.

Un cavalier dépose au village un nourrisson braillant.

«  Par le sel de ces larmes dont tu as couvert la terre, je t’appelle Salina. »

Son fils, Malaka, nous conte l’histoire de Salina, cette femme vouée à un grand et tragique destin. Il ne lui reste aujourd’hui que son corps qu’il a passé des nuits à laver. Il porte ce cadavre sur son dos pour l’emmener vers l’île cimetière. 

Mais le cimetière n’ouvre pas ses portes à tout le monde. Sur une barque, accompagné d’un passeur, Malaka doit raconter la vie de la défunte le temps de la traversée. L’île au cimetière décidera alors si elle ouvre ses portes et accepte le corps de Salina.

«  Moi, Malaka, fils élevé dans le désert par une mère qui parlait aux pierres, je vais raconter Salina, la femme aux trois exils. »

Choisie par le fils aîné du chef du village alors qu’elle préférait la douceur de Kano, le cadet, Salina est violée dès l’écoulement de son premier sang. Veuve, on lui refuse le droit d’épouser le frère de son mari et on l’exclut du village. Elle erre dans le désert, se venge en soumettant l’âme de son beau-père à l’errance éternelle. 

Toujours, elle souhaite revenir vers Kano, mais tel n’est pas son destin.

Avec Salina, Laurent Gaudé confirme son talent de dramaturge français. Le récit contient tous les ingrédients du roman mythologique avec les lois des clans guerriers, la vengeance, les cultes liés aux morts. Sous le regard aimant de Malaka, Salina, vengeresse, devient une héroïne mythique intouchable mais toujours chargée de mystère.

Treize façons de voir – Colum McCann

McCannTitre : Treize façons de voir
Auteur : Colum McCann
Littérature irlandaise
Titre original : Thirteen ways of looking
Traducteur : Jean-Luc Piningre
Éditeur : Belfond
Nombre de pages : 320
Date de parution: 4 mai 2016

Ce recueil de nouvelles comprend cinq textes. Cinq nouvelles qui, en  tournant autour de moments tragiques de l’existence éclairent le  comportement du personnage principal. La première nouvelle, la plus longue (175 pages), proche d’un court roman donne le titre à ce recueil.  La seconde histoire, en parlant de la rédaction d’une nouvelle, est une intéressante leçon de création littéraire. Elle montre comment l’auteur nous accroche en donnant de l’épaisseur à son personnage principal. Les descriptions doivent faire ressentir le décor au lecteur, la narration laisse une part de suspense et la chute est une réussite. C’est cette écriture poétique et lyrique qui place le lecteur au plus près des émotions du personnage. En ce sens, Colum McCann est un artiste.

Treize façons de voir nous éclaire sur les derniers jours de Monsieur Mendelssohn, un vieil homme acariâtre à cause de la décadence de son corps qui, pourtant tient encore à assumer seul sa sortie au restaurant avec son fils, Elliot  » l‘homme des hedge-funds, politicien en herbe, coureur bien connu« . A part Sally, son infirmière, Elliot est la seule présence qui lui reste depuis la mort de sa chère et tendre épouse et le départ de sa fille pour une mission diplomatique en Israël. C’est en sortant de ce déjeuner exécrable avec Elliot que le vieil homme se fait agresser dans la rue. Avec beaucoup d’humour, la vieillesse donne certains privilèges, nous suivons le parcours du vieil homme, instants filmés par des caméras de surveillance et observons quelques bribes de son passé. Ce qui est un autre point évoqué par le personnage auteur de la seconde nouvelle : «  Ce qu’il sait, en revanche, c’est que le froid et l’isolement seront importants : parce que ce récit traite de la Saint-Sylvestre, parce que Sandi sera prisonnière dans son cube de solitude humaine, comme la plupart d’entre nous à l’aube d’une nouvelle année, quand nous regardons à la fois derrière et devant nous. » Le passé éclaire souvent les comportements présents.

Sh’khol, la troisième nouvelle traite de la peur de perdre un enfant. Ce mot hébreu qui nomme le parent endeuillé ne se traduit pas en français. Rebecca craint la noyade d’un fils adopté dans un orphelinat russe. Si ce n’est la douleur de la mère, tout reste relativement flou. Peut-être comme le monde vu par cet enfant sourd et sujet aux crises de convulsion.

Être dans la peau de Beverley, une religieuse de soixante-seize ans qui, malgré sa mémoire fragile, reconnaît à la télé en la personne d’un diplomate l’homme qui l’a torturée lors d’un enlèvement cinquante plus tôt dans la jungle est assez aisé tant ce personnage fait vivre ses émotions.  » Suis-je censée accorder mon pardon tout de suite, Seigneur? Dois-je me réconcilier avec le mal? » C’est sans doute ma nouvelle préférée de ce recueil.

Et enfin, Comme s’il y avait des arbres, montre la complexité d’un acte de violence d’un homme poussé à bout. Jamie, sur son cheval avec son enfant de trois ans agresse un ouvrier roumain employé sur le chantier dont il s’est fait viré. Je ne me prononcerai pas sur la morale de cette histoire. Les revers de la vie pousse parfois vers des actes injustes.

C’est toutefois ces comportements (un tantinet racistes) des personnages de la première et dernière nouvelle qui m’ont laissée perplexe et je n’ai pas vraiment adhéré au flux narratif de ce court roman qu’est Treize façons de voir.

Par contre, ce fut un réel plaisir de lecture pour les seconde et quatrième nouvelles.

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