Addict – James Renner

Titre : Addict
Auteur : James Renner
Editeur : Sonatine
Littérature américaine
Titre original : True crime addict, how I loste myself in the mysterious disapperance of Maura Murray
Traducteur : Caroline Nicolas
Nombre de pages : 320
Date de parution : août 2017

Addict est le récit d’une enquête minutieuse, fouillée, celle de James Renner sur une affaire non encore élucidée, la disparition en février 2004 d’une étudiante, Maura Murray.
Mais c’est aussi la perception d’un homme sur son addiction avec la mémoire de son passé et les impacts sur sa famille.
Avec un père violent et un grand-père pédophile, James connaît les côtés sombres de l’âme humaine. Lors de sa thérapie, un test psychologique le classe dans les sociopathes dangereux. Mais cette violence interne, il la canalise en se passionnant pour les enquêtes non élucidées, écrivant des romans de « true crime»
«  Je suis une sorte d’addict des mystères non élucidés. »

Maura Murray se retrouve seule sur une route déserte du New Hampshire après un accident de voiture. Lorsque la police arrive sur les lieux, la jeune femme a disparu.
Cinq ans plus tard, James éprouve le besoin viscéral de reprendre cette affaire. Pour assouvir son addiction, pour écrire un livre, pour aider une famille qui ne peut faire son deuil, pour chasser une fois de plus le démon, pour oublier que son fils est sûrement autiste ? Il y a un peu de tout cela dans la tête de James.

Maura avait disparu l’année du lancement de Facebook. James utilise largement les réseaux sociaux pour aller à la pêche aux informations. D’autant plus que la famille de Maura s’évertue à faire taire les principaux témoins.
L’enquête est minutieuse, fouillée, captivante. « Red herring » ( procédé utilisé pour mettre sur une fausse piste), « terriers de lapin blanc » ( pistes d’investigation), les limiers d’Internet donnent à James de quoi étudier toutes les possibilités.

L’enquêteur peut déplaire mais je le perçois davantage comme un passionné, un homme brisé qui doit affronter les démons pour oublier ses blessures.
«  Je veux retrouver ma joie. Mes enfants m’en apportent. Casey et Lainey. »

Ce document marie parfaitement une intéressante enquête parfaitement détaillée et l’introspection d’un homme tourmenté par les violences de son enfance qui a besoin de traquer la noirceur, de comprendre la violence pour affronter son présent.

Malheureusement, document oblige, seules les pistes de l’enquêteur vous permettront d’imaginer où et pourquoi Maura Murray a disparu.

J’ai lu ce document dans le cadre du Jury du Grand Prix des Lectrices Elle.

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Summer – Monica Sabolo

Titre : Summer
Auteur : Monica Sabolo
Éditeur : JC Lattès
Nombre de pages : 320
Date de parution :août 2017

 

Plusieurs semaines avant sa sortie, ce roman faisait déjà parler de lui. Comme je n’avais jamais lu l’auteure, toujours facilement influençable lorsqu’il s’agit de nouveautés littéraires, ma curiosité a pris le dessus.
Je continue à lire dans la presse et les blogs de très bons avis. Ce roman a été retenu par le pré-comité de lecture du jury des Lectrices Elle de septembre. Et je ne comprends, je suis complètement passée à côté de cette ambiance. Il faut dire que tout est affaire de magnétisme. L’enfance massacrée se dilue dans les profondeurs d’un lac. Celui où, un soir d’été, celui de ses dix-neuf ans, Summer, superbe jeune fille blonde convoitée par tous, disparaît. Laissant son jeune frère, déjà un peu paumé dans la drogue, sans explication. Le jeune garçon devient maussade, sournois, léthargique avec des tendances violentes envers son corps. Ses cauchemars lui laissent des visions de corps perdus sous les eaux du lac.
Vingt-quatre ans plus tard, Benjamin suit toujours une thérapie.

Summer Wassner, «  son nom, il sonnait étrangement, comme celui d’un animal exotique, un animal furtif dans le lointain. » Petit à petit, Benjamin recompose le passé de Summer autour de ses parents. Un père, avocat des hommes politiques et une mère à la beauté adolescente proche de sa fille dans un coin huppé au bord du lac Léman.
«  dans le monde de mes parents : le vernis social et de politesse étouffe les émotions, comme des insectes dans un bocal de verre. »

Si l’univers intérieur de Benjamin et les blessures de l’adolescence sont bien rendus, je n’ai pas accroché au style qui m’a paru assez plat, les envolées lyriques me laissant couler dans les eaux du lac. L’intrigue, l’ambiance et les personnages sont finalement assez classiques comme dans bon nombre de romans américains.
Les chroniques de la presse littéraire comparent souvent l’ambiance de ce roman avec Virgin Suicides de Jeffrey Eugenides ou des romans de Laura Kasischke. Cela aurait dû me faire douter, je n’entre pas facilement dans ce type de récit.

Avis de Telerama, Baz’art

 

 

 

Coyote – Colin Winnette

Titre : Coyote
Auteur : Colin Winnette
Littérature américaine
Titre original : Coyote
Traducteur : Sarah Gurcel
Éditeur : Denoël
Nombre de pages : 120
Date de parution : mai 2017

 

Dès les premières lignes, le décor est installé. Une maison isolée, une famille qui prend son repas sur la galerie de la maison, les parents qui boivent plus que de raison et une fillette qui gratte les têtes de clou des planches de la terrasse. Des coyotes au loin. Parfois, il y en a un qui s’approche et le père le tue à coups de pelle.
La mère met l’enfant au lit. Le lendemain, la fillette a disparu.
On ne saura rien de ce qui s’est passé.
La mère raconte les jours qui suivent, évoquent le passé de sa fille, son couple. Elle s’accroche aux espoirs fugitifs, celui d’une émission télé, celui d’un détective irlandais. Mais au fil des mois, tout le monde les oublie. La mère s’accroche pour tenter de faire parler de sa fille.
Celui qu’elle appelle  » le père de ma fille« ,  » un type moche, violent, idiot et faible » est plus résigné mais, en dehors des périodes où il se bat avec sa femme qui n’hésite pas à lui rendre les coups, il semble la soutenir.
Dans ce court récit, rien n’est évident. Chaque lecteur trouvera les signes qui le portent vers une version de ce qui a pu se passer.
Tout est vu du point de vue de la mère. Sa folie est-elle plus large que la conséquence de la douleur? Le père violent est-il capable de tuer autre chose qu’un coyote ou un sanglier?

L’ambiance est sombre. Le style est percutant avec l’authenticité, le naturel des êtres simples, des êtres torturés par la douleur. C’est un court récit marquant mais qui peut laisser un lecteur sur l’attente, l’incompréhension.
Personnellement, j’ai aimé ce ton, cette ambiance, ce personnage de la mère qui vous entraîne dans sa folie, dans ses espoirs, dans son monde.

 

 

 

 

 

 

 

Les vérités provisoires – Arnaud Dudek

DudekTitre : Les vérités provisoires
Auteur : Arnaud Dudek
Éditeur: Alma
Nombre de pages : 186
Date de parution : 16 février 2017

L’ambition d’Arnaud Dudek, le point qu’il se fixe comme objectif est de donner du plaisir au lecteur. Une fois de plus, avec ce quatrième roman, il parvient à nous captiver, nous faire sourire et nous émouvoir.

Le sujet de départ est pourtant sombre. Céline Carenti, une étudiante de vingt-deux ans est portée disparue. Un dimanche marin, elle est allée acheter une baguette et personne ne l’a plus revue depuis.
Deux ans après, sa mère est partie oublier à l’étranger, son père porte sa peine et s’investit dans des associations et son frère, Jules s’installe dans l’appartement de Céline.
En vivant dans ses murs, le manque de sa sœur s’amplifie, les questions affluent. Deux ans après, il interroge les gens qui ont connu Céline, il reprend contact avec l’inspecteur autrefois chargé de l’enquête.
 » Il a été prouvé que le récit détaillé d’un évènement évolue naturellement selon l’accueil, l’attitude, les réactions de ses auditeurs successifs. »
Jules est un personnage étonnant. Légèrement autiste, menteur invétéré, il est  » un véritable handicapé des relations humaines. »
Sa rencontre avec Bérénice, une jeune étudiante dynamique qui habite l’étage du dessous, pourrait éclairer son regard.
Jules nous entraîne dans son enquête, une quête qui l’emmène surtout à la vérité de ses sentiments.

Arnaud Dudek a un regard clinique sur ses personnages, une vision personnelle sur les évènements comme un observateur externe qui nous fait participer à sa façon de voir les choses.
En parlant de Jules  » Précisons également qu’il est plutôt mignon dans son genre. Certes, nous n’avons pas affaire à un beau gosse musclé qui inonde sa page Facebook de photos de lui en slip. Ce n’est pas, disons, une beauté spectaculaire. Il n’est pas de la caste populaire des chênes; son corps et ses manières le classent dans la famille des roseaux. » C’est cette façon d’incarner ses personnages qui nous prend à parti, nous rend sympathiques ces êtres dynamiques et touchants par leur fragilité. Il faut beaucoup aimer ses personnages et la nature humaine en général pour les croquer de cette façon.

Un roman équilibré, rythmé, touchant, empli de bonne humeur malgré un sujet plutôt lourd sur la disparition d’un être cher.

Syster – Bengt Ohlsson

ohlssonTitre :Syster
Auteur : Bengt Ohlsson
Editeur : Phébus
Nombre de pages : 287
Date de parution : avril 2011

Auteur :
Bengt Ohlsson est né en 1963 à Stockholm, où il vit toujours. Il est chroniqueur pour le grand quotidien national Dagens Nyheter. Sa carrière littéraire a commencé en 1984 avec la parution de son premier roman, Do som en man, sa jag. En 2004, il connaît la consécration, lorsque lui est décerné le plus prestigieux
prix littéraire de Suède, le prix August, pour Gregorius. En 2008, Bengt Ohlsson est récompensé par le prix Eyvind Johnson. Syster est son neuvième roman.

Résumé :
 » La soeur de Marjorie disparut un vendredi, début mai « . Ce jour-là, Miriam n’est pas rentrée de l’école, mais on l’a vue marcher, là-bas, du côté de la colline… Si ses parents sont angoissés, Marjorie, elle, semble hors d’atteinte, indifférente, insondable. Ou… peut-être se réjouit-elle un peu, un tout petit peu de cette disparition car, après tout, il y avait parfois des jours où elle ne l’aimait pas trop, sa grande soeur Miriam… Alors, pour l’éloigner d’une ambiance saturée de désespoir, sa tante Ilse l’héberge. Et, de jour en jour, tente de l’aider à voir un peu plus clair en elle, à distinguer l’amour de la haine, la jalousie de la générosité, l’aveuglement de la lucidité. En somme, elle apprend à Marjorie à grandir et à assumer ses contradictions. Véritable tour de force, Syster restitue à la perfection le regard multiple, voire parcellaire, que tout être pose sur ses proches, sur les paysages et sur le monde.

Mon avis :
Syster est un livre très touchant puisqu’il décrit les pensées de la jeune Marjorie, dont la sœur vient de disparaître. Il n’y a aucune censure dans ses réflexions. Elle exprime autant son contentement que sa peine vis à vis de cette disparition. Effectivement, quelles jeunes soeurs n’ont pas été jalouses de l’attention
portée par les parents à chaque enfant. Marjorie se sentait parfois exclue de la connivence entre Miriam et son père. On écoutait Miriam parce qu’elle était intelligente et volontaire, elle avait plus de droits parce qu’elle était plus âgée. Marjorie se voit enfin l’unique attention de ses parents. ar contre, le plus grand regret, certes un peu égoïste, est d’avoir perdu le rire, l’humour particulier de sa famille. Parce que ses parents pleurent, sont inquiets et passent leur temps à chercher Miriam.
Marjorie va trouver un peu de réconfort auprès d’Ilse, sa tante à qui elle est confiée quelque temps.
Ilse est une femme patiente et aimante. Comme Marjorie, j’ai aimé ses histoires de princesse et l’histoire de sa famille.
Ce roman est d’une grande tendresse et plein de la candeur de cette jeune enfant. Le lecteur se laisse emporter par les pensées, les rêves et l’imagination de Marjorie.
Il me semble que parfois l’auteur se perd dans trop d’histoires racontées, notamment lorsque Marjorie tente de faire rire Ilse.
Ce sont trois récits successifs dont on attend la fin parce que l’on veut savoir ce qu’il advient de Miriam. Par contre, l’attitude d’Ilse est très touchante parce qu’elle ne peut plus retenir sa peine devant Marjorie qui veut la faire rire.
J’ai trouvé que le style n’était pas toujours adapté à l’état d’esprit d’une enfant. Parfois, l’introspection devient très mature et ne semble plus correspondre à une enfant.
J’ai lu sur ce même thème La nostalgie de l’ange d’Alice Sebold et j’aime l’approche de Bengt Ohlsson parce que l’émotion et le suspens sont très bien tenus. Ici, l’auteur traite simplement de l’impact d’une disparition sur une famille. il est vrai qu’Alice Sebold aborde en plus le crime atroce, les meurtres en série et
donc la personnalité du tueur.
La petite Marjorie, malgré ses doutes et sa franchise est beaucoup plus attachante.