Coyote – Colin Winnette

Titre : Coyote
Auteur : Colin Winnette
Littérature américaine
Titre original : Coyote
Traducteur : Sarah Gurcel
Éditeur : Denoël
Nombre de pages : 120
Date de parution : mai 2017

 

Dès les premières lignes, le décor est installé. Une maison isolée, une famille qui prend son repas sur la galerie de la maison, les parents qui boivent plus que de raison et une fillette qui gratte les têtes de clou des planches de la terrasse. Des coyotes au loin. Parfois, il y en a un qui s’approche et le père le tue à coups de pelle.
La mère met l’enfant au lit. Le lendemain, la fillette a disparu.
On ne saura rien de ce qui s’est passé.
La mère raconte les jours qui suivent, évoquent le passé de sa fille, son couple. Elle s’accroche aux espoirs fugitifs, celui d’une émission télé, celui d’un détective irlandais. Mais au fil des mois, tout le monde les oublie. La mère s’accroche pour tenter de faire parler de sa fille.
Celui qu’elle appelle  » le père de ma fille« ,  » un type moche, violent, idiot et faible » est plus résigné mais, en dehors des périodes où il se bat avec sa femme qui n’hésite pas à lui rendre les coups, il semble la soutenir.
Dans ce court récit, rien n’est évident. Chaque lecteur trouvera les signes qui le portent vers une version de ce qui a pu se passer.
Tout est vu du point de vue de la mère. Sa folie est-elle plus large que la conséquence de la douleur? Le père violent est-il capable de tuer autre chose qu’un coyote ou un sanglier?

L’ambiance est sombre. Le style est percutant avec l’authenticité, le naturel des êtres simples, des êtres torturés par la douleur. C’est un court récit marquant mais qui peut laisser un lecteur sur l’attente, l’incompréhension.
Personnellement, j’ai aimé ce ton, cette ambiance, ce personnage de la mère qui vous entraîne dans sa folie, dans ses espoirs, dans son monde.

 

 

 

 

 

 

 

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Personne n’a oublié – Stéphanie Exbrayat

Titre : Personne n’a oublié
Auteur : Stéphanie Exbrayat
Éditeur: Terra Nova
Nombre de pages : 272
Date de parution : 1 février 2017

Nous sommes au début des années 60, période où les femmes étaient soumises aux décisions de leur mari. Elles ne pouvaient ni travailler ni ouvrir de compte en banque sans l’autorisation de leur époux. Ce qui, lorsque l’on est marié par nécessité à un homme violent au passé sombre, est une véritable prison.
Colette, enceinte d’un amoureux de jeunesse mort dans un accident, est contrainte d’épouser un homme rapidement. Les filles mères étaient mal vues en 1954. Le docteur Verdier lui propose deux prétendants : François Guillot, un étranger au village, balafré et taiseux ou Robert, un ami de son père, bedonnant et aviné.

 » Souvent, Colette s’était demandé comment sa mère, si cultivée et intelligente, s’était retrouvée à partager son lit avec ce butor qu’était son père. Quand elle s’était mariée avec François, elle avait compris que les femmes ne décidaient pas de leurs vies et que parfois l’histoire se répétait. Elle aussi avait épousé un rustre. »

Cantonnée à un rôle de femme au foyer, Colette trouve son bonheur auprès de son fils, Sam. L’enfant, pour échapper à la violence de François se réfugie souvent dans sa cabane dans les bois.
Un dimanche où Colette laisse Sam à la maison avec François pour aller à la messe, l’enfant se tue en tombant du deuxième étage de la grange, un endroit où sa mère lui avait pourtant interdit d’aller.
«  Je ne saurais faire mon travail de deuil sans connaître la vérité. » Colette promet sur la tombe de son fils d’enquêter sur les circonstances de sa mort.

Avec l’aide de sa voisine et seule amie, Madeleine, Colette tente de mettre en évidence la culpabilité de François.
Stéphanie Exbrayat développe une enquête bien ficelée. En dévoilant petit à petit le passé des différents protagonistes, en multipliant les péripéties, l’auteur accroche le lecteur, suscite l’envie de tourner les pages et de suivre l’enquête vitale de cette mère déterminée à tenir la promesse faite à son fils.
Si je regrette un passage de romance ( je suis toujours un peu allergique à ce côté « fleur bleue »), je dois avouer que l’auteur maîtrise sa construction et nous emmène vers des sombres passés assez inattendus et réalistes.

Un style simple et un scénario efficace font de ce premier roman une lecture aisée mais qui accroche son lecteur.

Olivier -Jérôme Garcin

Titre : Olivier
Auteur : Jérôme Garcin
Éditeur: Gallimard
Nombre de pages : 158
Date de parution : 2011, version poche en Folio, août 2012

 » J’avais tant attendu pour faire le récit de ce que j’avais toujours gardé pour moi. Et cela venait enfin, comme viennent d’irrépressibles larmes. »

Olivier, le frère jumeau de Jérôme Garcin a perdu la vie, fauché par une voiture en Juillet 1962. Il n’avait pas encore six ans. Depuis, Jérôme fête seul son anniversaire avec un constant sentiment de perte et de culpabilité.
La mort d’un enfant est un scandale, la perte d’un être cher est insurmontable, la séparation de son jumeau est un traumatisme.
Le sort s’acharne parfois sur les familles. Le père de Jérôme se tue lors d’une chute de cheval, il n’avait que quarante cinq ans.
«  Je suis escorté par deux ombres qui se ressemblent. »
A cinquante trois ans, l’auteur se sent prêt à engager une conversation avec son frère. Se souvenir de cette courte période où ils parlaient ce langage codé des jumeaux, et évoquer sa vie d’adulte sans ce frère qui fut son double, son équilibre.
 » Ce texte que je t’écris, poste restante, entrecoupé de longs silences, de rêveries inutiles, de questions en suspens, de sourires invisibles, d’émotions bien camouflées... » est certes une expression du deuil de cet autre part de lui-même mais c’est aussi une plongée dans ce qui le sauve.
C’est pour moi la richesse du livre et la part fragile de l’homme en laquelle je me reconnais.

Jérôme Garcin trouve sa respiration dans la littérature (  » pénétrer seul dans un livre, l’habiter, y vivre une autre vie, respirer un air nouveau… »). Certains auteurs ou personnages politiques touchés par le deuil ou la gémellité l’interpellent particulièrement : Philippe Forest, Michel Tournier, Jacqueline de Romilly, Lech Kaczynski.

Se perdre dans la campagne, celle de sa jeunesse à Bruay-sur-Seine ou Saint-Laurent-sur-mer ou faire de longues ballades à cheval, animal avec lequel on fait corps comme avec avec son double sont des sources d’apaisement.

Et enfin « ma famille est mon unique refuge, mon socle, ma caverne platonicienne. » Sa femme, Anne-Marie Philippe, elle aussi touchée par la mort de son père ( l’acteur Gérard Philippe) est sa force vitale. Tournée vers le futur, forte, douée pour la parole, elle lui  » a épargné cette maladie, dont on peut mourir, le mutisme et sa boule de secrets amalgamés qui grossit avec les années et finit par étouffer. »

Jérôme Garcin se livre avec beaucoup de sincérité et de sensibilité élargissant un travail de deuil à un enrichissement personnel et universel avec ses propres recherches, ses sources de réconfort et de vie. Il y a une telle empathie lorsqu’il parle des autres, notamment sa femme ou Colette, sa nounou que l’on perçoit la douceur, le besoin de chaleur, de repères chez un homme particulièrement touché. Une touchante confession.

 » Chaque expérience de deuil est unique, irréductible, en apparence incomparable, et pourtant, dès qu’elle est couchée sur le papier, elle devient universelle, chacun de nous peut s’y reconnaître. »

Retrouvez l’avis de Joëlle qui m’a accompagnée pour cette lecture.

 

Attachement féroce – Vivian Gornick

Titre : Attachement féroce
Auteur : Vivian Gornick
Littérature américaine
Traducteur: Laëtitia Devaux
Titre original : Fierce attachments
Éditeur: Rivages
Nombre de pages : 224
Date de parution : février 2017

Voici la première publication française d’un texte écrit en 1987 par une illustre bjournaliste américaine et essayiste féministe, Vivian Gornick
Attachement féroce alterne le présent avec les déambulations dans les rues de New York d’une mère et sa fille et le passé qui nous donne à comprendre les raisons d’un attachement aussi puissant et destructeur entre les deux femmes.
Vivian est née dans le Bronx et a vécu avec ses parents dans les années 30 dans un immeuble peuplé d’immigrés juifs et italiens. La description des lieux est assez évocatrice avec de petits appartements, des voisins particuliers et surtout cette cour centrale si pittoresque où entrent le soleil et les cancans de l’immeuble.
La mère, immigrée russe est une femme à l’esprit développé, dit-elle qui voue une adoration à son mari. Son bonheur en ménage la surclassait.
«  Certes, ma mère avait un statut particulier dans l’immeuble à cause de son anglais sans accent et de ses manières affirmées, mais aussi grâce à sa position de femme heureuse en ménage. »
Elle idéalise son mariage, elle a renoncé au travail pour plaire à son mari. Le jour où il décède, son univers s’effondre. Elle n’ a que quarante-six ans et elle est dévastée. Après les crises d’hystéries spectaculaires, elle s’allonge inerte des journées complètes sur son canapé.
 » Pleurer papa devint son activité, son identité, son rôle. »
La fille, dix neuf ans, la regarde pensivement. Pourquoi sa mère refuse-t-elle de vivre? N’aime-t-elle donc pas ses enfants pour les ignorer enfermée dans son malheur?
«  Elle ne comprend pas ce qui me détruit. Elle ignore que je prends son angoisse sur moi, que je suis dévastée par sa dépression. »
Comment une fille peut-elle se construire? L’amour est-il indispensable au bonheur ou est-il la promesse d’une douleur liée à la perte?
Lorsque la fille quitte la maison, elle se marie avec un artiste peintre. L’incommunicabilité provoque rapidement une tension oppressante. Plus tard, elle vivra une aventure pendant six ans avec un homme marié, solaire, de vingt ans son aîné. Cette lutte érotique entre le féminisme et le gauchisme sera aussi vouée à l’échec.
 » On devint, la mère et moi, des femmes conditionnées par la perte, troublées par la lassitude, liées par la pitié et la colère. »

La vie dans le Bronx, les liens affectifs de la mère juive, dépossédée de sa seule raison d’être, marquent certainement le destin de ces deux femmes. Pourtant, cela ne m’a pas semblé suffisant pour créer un tel lien destructeur. Je suis donc restée perplexe devant la complexité de cette relation mère/fille, embourbée dans leur univers.  Je peux toutefois reconnaître le talent de l’auteur à faire passer les sentiments. J’ai perçu cette lourdeur du lien, cette sensation de ne pouvoir ou vouloir en sortir.
Si quelques personnages secondaires comme Nettie, une voisine ukrainienne ou Joe, le compagnon marié de la fille parviennent à donner un éclat de vie, les deux femmes se referment vite sur leur lien exclusif. Il y a chez ces deux femmes comme une volonté de souffrir, de mener leur attachement jusqu’à la mort.
L’auteur reste sur le niveau descriptif, me laissant la difficulté ( qui est aussi la richesse) de l’analyse. Mais c’est alors le genre de lecture qui ne me comble pas sur l’instant, d’autant que l’atmosphère est assez pesante. Mais qui peut se révéler dans les jours qui viennent une source de réflexion sur le couple, le bonheur, la nécessité de « rompre le cordon » ou de faire son deuil pour permettre aux enfants comme aux parents de vivre pleinement sa vie.

Je suis donc moins convaincue que la Presse ou d’autres lecteurs. Mais vous teouverez facilement des avis plus enthousiastes, notamment celui  des Libraires du Grenier

Loin d’eux – Laurent Mauvignier

mauvignierTitre : Loin d’eux
Auteur : Laurent Mauvignier
Éditeur: Les Éditions de Minuit
Nombre de pages : 121
Date de parution : 1999

Trouver le bon niveau de dialogue au sein d’une famille n’est pas chose facile. Les parents ne peuvent s’empêcher de prodiguer des conseils qui sonnent parfois comme des reproches aux oreilles des enfants. Les jeunes peinent à trouver des conversations avec ceux qui ne sont plus de leur génération, se sentent mal dans leur petite vie étriquée de province.
De l’amour, il y en a. Là n’est pas le problème. Mais le quotidien et la peur de paraître faible empêchent de le montrer simplement.
Quand le malheur arrive, il est trop tard pour se demander ce que l’on n’a pas su faire.
Jean et Marthe ne supportent plus le flegme de leur fils, Luc. Passer ses journées dans sa chambre à admirer ces affiches de cinéma qui défigurent les murs, sans jamais s’inquiéter de trouver un travail.
Luc, lui, se refuse à vivre comme eux avec un petit travail dans cette ville morte de La Bassée.
Alors, il finit par trouver un emploi de serveur à Paris dans le bar du père d’un de ses amis. Quand il rentre voir ses parents, les discussions deviennent superficielles. Si il évoque ses peurs, sa fatigue, le père ne comprend rien de ce qu’il vit.
Sa seule confidente reste sa cousine, Céline. Il y a toujours eu un lien très fort entre eux. Céline sait la douleur de son cousin. Elle est la seule à alerter la famille, en vain. Luc, lui la soutiendra contre leurs deux familles quand, après le décès de son mari, Céline veut refaire sa vie.

Comment Jean, Marthe, Céline et ses parents peuvent-ils surmonter le suicide de Luc après tant de silence, de refus de comprendre l’autre?
Chacun s’exprime comme dans une ronde autour de ce malheur, évoquant sa réaction et celle des autres. Mais, une fois de plus, ce ne sont que des monologues intérieurs, et chacun garde au plus profond de soi ses élans d’amour.

Le sujet du deuil, de la responsabilité et les longues phrases lancinantes de l’auteur donnent inévitablement un côté tragique et une certaine lourdeur à ce texte, premier roman de l’auteur. Mais le sujet de l’incommunicabilité, du fossé génération dans ce milieu modeste où les silences étouffent les sentiments est magistralement traité.

Il ne me reste plus qu’à Continuer avec le dernier roman de l’auteur qui a déjà de très bons échos.

La maison de vacances – Anna Fredriksson

FrederikssonTitre : La maison de vacances
Auteur : Anna Fredriksson
Littérature suédoise
Titre original : Sommarhuset
Traducteur : Lucas Messmer
Éditeur : Denoël
Nombre de pages : 344
Date de parution : 24 mars 2016

La perte d’un parent est une épreuve douloureuse, surtout lorsque celle-ci est brutale. En plus du chagrin et de l’incompréhension se glissent aussi les problèmes familiaux d’héritiers qui s’étaient déjà perdus de vue depuis de nombreuses années.
Eva, l’aînée de la famille, était la seule à s’occuper de Marianne, sa mère dépressive et de sa maison située sur une île dans l’archipel de Stockholm. Lorsque Marianne meurt brutalement à soixante-six ans , Eva retrouve son frère Anders et sa jeune sœur Maja, tous deux prêts à vendre la maison familiale pour obtenir leur part d’héritage. Cette maison représente tant de choses pour Eva, désormais seule depuis le départ de son fils Elias.
 » Se pourrait-il que la maison représente votre désir de revoir votre mère? La nostalgie, le regret, le manque que vous ressentez? »
Eva a besoin de temps pour comprendre le geste de sa mère en s’installant dans sa maison. Mais Anders et sa famille puis Maja et son ami viennent envahir son territoire, à la fois pour passer des vacances et faire des aménagements en prévision de la vente.
Des rancœurs passées, des douleurs d’enfance, des trajets personnels et professionnels parfois difficiles rendent difficiles la communication entre les frères et sœurs.
Refusant de reconnaître qu’ils ont besoin des uns des autres, englués dans leurs problèmes actuels, le silence s’impose puis les heurts se multiplient.
Puis, au détour de souvenirs ou en lisant des archives de Marianne, les blessures se révèlent. Marianne a toujours vécu difficilement la gestion d’une carrière professionnelle et de sa maternité. Eva, plus âgée de sept et neuf ans qu’Anders et Maja n’a pas les mêmes souvenirs d’enfance.
 » L’aînée, qui savait tout, qui rabaissait et jugeait les plus jeunes. Qui avait toujours le dernier mot, toujours raison. »
C’est évident, ils n’ont pas vécu les choses de la même façon. Mais  » les frères et les sœurs, ce sont des amis dont on ne peut jamais se défaire. »
Sous ses airs de comédie familiale, ce roman apporte de très belles réflexions sur la douleur de la perte, sur la famille, la transmission d’un parent à ses enfants.
Si la période de cohabitation peut comporter des instants plus futiles, l’auteur tient son lecteur en alternant réflexion et action et surtout en distillant petit à petit le passé de Marianne et ses conséquences sur la fratrie.

L’ensemble donne un roman bien dosé avec des personnages qui se dévoilent au fil de l’intrigue pour un moment de lecture simple et agréable.

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Tout ce que j’aimais – Siri Hustvedt

hustvedtTitre : Tout ce que j’aimais
Auteur : Siri Hustvedt
Littérature américaine
Titre original : What I loved
Traducteur : Christine Le Boeuf
Éditeur : Actes Sud
Nombre de pages : 456
Date de parution : 2003, Babel 2005

Auteur :
Née en 1955, Siri Hustvedt vit à Brooklyn.
En France, toute son œuvre est publiée par Actes Sud. Elle est l’auteur entre autres, de Elégie pour un Américain (2008), La Femme qui tremble (2010, essai), Un été sans les hommes (2011) et Vivre, penser, regarder (2013, essai).
Présentation de l’éditeur :
Au milieu des années 1970, à New York, deux couples d’artistes ont partagé les rêves de liberté de l’époque, ils ont fait de l’art et de la création le ciment d’une amitié qu’ils voulaient éternelle et, quand ils ont fondé leur famille, se sont installés dans des appartements voisins. Rien n’a pu les préparer aux coups du destin qui vont les frapper et infléchir radicalement le cours de leurs vies…
Siri Hustvedt convie ici à un voyage à travers les régions inquiétantes de l’âme : bouleversant, ambigu, vertigineux, Tout ce que j’aimais est le roman d’une génération coupable d’innocence qui se retrouve, vingt ans plus tard, au bout de son beau rêve.

Mon avis :
 » Une histoire que nous racontons sur nous-mêmes ne peut être racontée qu’au passé. Elle se déroule à l’envers à partir du lieu où nous nous trouvons, non plus acteurs dans l’histoire mais spectateurs qui ont choisi de parler. Notre trace est parfois marquée de cailloux, comme ceux que Hänsel et Gretel avaient d’abord semés derrière eux. D’autre fois, la poste a disparu car les oiseaux sont venus manger toutes les miettes au lever du soleil. L’histoire survole les blancs, les comble en rattachant les propositions à l’aide de « et » ou de  » et alors ». C’est ce que j’ai fait au long de ces pages afin de rester sur un chemin que je sais interrompu par de légers creux et plusieurs trous profonds. L’écriture est un moyen de remonter la piste de a faim, et la faim n’est pas autre chose qu’un vide. »

Léo retrouve les lettres de Violet et Bill, point de départ de la mémoire, du récit de sa vie avec Erica et de celle de son meilleur ami Bill avec Lucille puis Violet.
Ils sont deux couples d’intellectuels, avec chacun un fils du même âge. Matt est le fils de Léo et Erica, Mark, celui de Bill et Lucille. Ils habitent le même immeuble, passent leurs vacances ensemble, et sont très liés.
Chacun a un passé difficile lié à leurs origines mais se construisent un présent grâce à leur talent d’artistes.
 » Nous sommes tous, je le suppose, les produits des joies et des peines de nos parents. Leurs émotions sont inscrites en nous, tout autant que les caractères provenant de leurs gènes. »
Matt, entouré de l’amour de Léo et Erica, est un enfant créatif aimant le dessin et le base-ball. Mark,  » Peter Pan exilé du Never Land« , marqué par le divorce de ses parents, mal aimé de Lucille qui manque de capacité à communiquer avec autrui, délaissé par Bill qui passe son temps dans son atelier à la réalisation de son art, est un enfant plus instable.
Contrairement à un tableau qui éternise une situation au présent, les deux couples doivent faire face aux tristes événements du destin, maintenant en permanence leur amitié. Chacun est toujours présent pour apaiser les peines de l’autre.
 » Sans Bill, je me serais desséché complètement, le vent m’aurait emporté. »
Si le début du récit, fidèle à l’érudition artistique de l’auteur, a difficilement capté mon intérêt, je me suis ensuite complètement immergée dans la vie de ces personnages. Puissance du romanesque, suspense des trajectoires de vie, psychologie des personnages et notamment complexité de la personnalité de Mark, cet adolescent en mal de reconnaissance m’ont plongée dans l’univers de Léo. Cet homme, né dans une famille marquée par la mort, comblé par son métier, sa famille et ses relations, s’accroche à des objets, « muses de la mémoire« , et survit en apportant son amitié et son soutien à ceux qu’il aime.
Siri Husvedt écrit à la fois un roman sur l’art en décrivant avec force de détails les tableaux ou créations de Bill, le rôle des critiques d’art, le travail des écrivains, la source de la création mais aussi un récit psychologique qui analyse les failles de l’adolescence, le comportement de chacun face à la perte, la force de l’amitié, la parentalité.

Une fois de plus, Siri Hustvedt, réserve au creux de son univers de prédilection parfois difficile à appréhender, une histoire sensible, profonde qui accroche et ravit le lecteur.

Je remercie Nathalie de m’avoir accompagnée pour la lecture de ce roman.

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