Les âmes des enfants endormis – Mia Yun

Titre : Les âmes des enfants endormis
Auteur : Mia Yun
Littérature coréenne
Titre original : House of the winds
Traducteur : Lucie Modde
Éditeur : Denoël
Nombre de pages : 275
Date de parution : 13 avril 2017
L’image de Mère si douce, fière, généreuse et souriante,  la sécurité de cette première maison au portail bleu sont des souvenirs rassurants et fondateurs pour la narratrice, Kyung-a, la plus jeune fille de cette famille de trois enfants.

Mère, avec  » son vernis de bonnes manières héritées de son enfance » peine à élever seule ses trois enfants. Son mari qu’elle n’a pas choisi, est un rêveur toujours absent, quittant le domicile pendant des mois et des années à la recherche d’une bonne affaire qui finit toujours en fiasco.
La narratrice ne l’a pas connu avant l’âge de sept ans. Il devient alors comme pour sa sœur aînée et son frère un père fantastique, séducteur avec son costume et son borsalino faisant naître dans leurs yeux plein de promesses colorées.
Mais très vite, la jeune fille comprend qu’il faut apprendre à se débrouiller seule, loin de la figure du père, ce père  » qui promettait tout et ne faisait rien. Qui nous poussait à rêver mais qui ne nous soutenais pas dans la réalisation de nos rêves. »
Mère, la fille d’une jeune veuve, n’a jamais eu la chance de suivre des études contrairement à ses trois frères partis étudier aux États-Unis.  » Tout ce qu’on demandait aux filles, c’était de se marier et de s’occuper de leur mari, de leur belle-famille et de leurs enfants. Elle n’avait pas d’autre place. Et puis on vivait sous l’occupation japonaise. »
Sans jamais le montrer à ses enfants, elle peine à gagner de l’argent. La famille doit sans cesse déménager, allant toujours vers des quartiers plus pauvres. Mais les vacances chez la grand-mère paternelle, les rencontres avec de nouveaux voisins sont autant d’occasions de récits qui illustrent la condition féminine en Corée et la permanence des menaces de guerre.

 » En Corée, les garçons ont toujours été gâtés et vénérés comme des dieux. » Les femmes subissent alors des mariages arrangés, des offenses de concubines, des abandons, des abus des soldats, des tromperies, des sorts des anciennes femmes décédées. Chaque femme rencontrée en est l’illustration.

 » Les rumeurs et la crainte d’une nouvelle guerre arrivaient et repartaient avec la régularité de la saison des pluies. »
Les anciens racontent la légende sur la naissance du peuple coréen, puis l’occupation japonaise, la libération par les Américains et l’envahissement par les Chinois. Beaucoup y ont perdu des proches.

Marqué par la douceur rassurante de la mère, la naïveté de l’enfance, ce roman est un très beau témoignage sur le quotidien des Coréennes dans les années 60. L’enfance entourée de contes et de légendes, qui donne une touche poétique et lumineuse au récit, se confronte rapidement mais sans violence à la cruelle réalité.
Mia Yun construit un récit intimiste, qui se révèle à la fois un témoignage passionnant d’une culture mais aussi un hommage tendre à l’amour maternel.

 

Les larmes noires sur la terre – Sandrine Collette

ColletteTitre : Les larmes noires sur la terre
Auteur : Sandrine Collette
Editeur : Denoël
Nombre de pages : 336
Date de parution : 2 février 2017

Quitter son île sans avenir, espérer une vie meilleure en suivant Rodolphe, un français de quarante ans en région parisienne, voilà le rêve de Moe, jeune tahitienne de vingt ans.
Malgré les avertissements de sa grand-mère, la jeune femme est persuadée que l’herbe sera plus verte ailleurs. Elle ne pouvait imaginer que cette décision la ferait tomber de Charybde en Scylla.
Pas de soleil, pas de mer bleue dans cette banlieue parisienne grise et raciste, un homme qui devient violent, une belle-mère exigeante à soigner. Moe enchaîne les petits boulots mal payés pour économiser un billet retour vers son île. Quelques heures d’amusement au bal, Moe se retrouve enceinte.
 » Mais elle avec son petit, ce n’est pas ce monde-là qu’elle veut, tentaculaire et dévorant, où la seule façon de s’en sortir est de se battre bec et ongles pour gagner quoi, pas même un petit morceau de bonheur, juste la hargne pour survivre, boire, manger et mettre de l’essence dans la voiture, un combat stérile et épuisant, trouver une place de misère et la conserver coûte que coûte. »
Sous les conseils de Réjane, la fille d’une vieille dame qu’elle soigne, Moe quitte Rodolphe. Que peut espérer une jeune femme sans qualification flanquée d’un nourrisson. Se faire violer par les patrons pour garder un boulot mal payé. Moe finit à la rue et se fait embarquer par les services sociaux. Pour tomber dans l’enfer de La Casse. Un espace de vieilles carcasses de voiture. « des voitures comme des tombes aux portes ouvertes. » louées à un prix exorbitant au pied d’un barrage.
C’est pourtant là que Moe trouve le plus d’humanité auprès d’Ada, de Poule, de Nini-peau-de-chien, de Jaja de de Marie-Thé. Au fil du récit, chacune lui confiera son passé et les raisons de leur chute dans La Casse.
 » un agrégat de destins rognés, de trajectoires atrophiées, des existences qui auraient pu être belles et que quelque chose, à un moment, a obligées à dérailler. »
Dans cet enfer quotidien, Moe a son enfant, « quelqu’un pour qui se battre« . Elle est prête à tout pour amasser les quinze milles euros réclamés pour sortir du camp.
Dans un style d’une grande richesse qui véhicule les émotions, l’auteur extrapole ce que pourrait être un ghetto où la société tire encore parti des plus démunis. Les parcours de chacune prouvent qu’il suffit d’un écart, souvent d’une enfance brisée, pour se retrouver au ban de la société et qu’il faut alors encore et toujours payer pour espérer s’en sortir.
L’espoir se retrouve dans les yeux d’un enfant, qui pourtant risque dans ce milieu de finir plus proche des bêtes que des hommes, dans un milieu où règne la loi du plus fort. Et dans les sourires, les attentions de ces femmes. Dans le lien entre ces six filles, « qu’une seule bouge, et toutes le ressentent. »
Comme le titre de ce roman le laisse augurer, c’est un roman très sombre où seuls les sourires et les espoirs des six femmes de ce quartier laissent apparaître un brin d’humanité. Où un rocher au chocolat volé est le seul plaisir de vies vouées à l’échec. Tant de malheur est peut-être le seul point qui place ce nouveau roman juste en-dessous du génial Il reste la poussière. En maître du roman noir, Sandrine Collette maîtrise son scénario, nous laissant dans l’expectative jusqu’au dénouement, que personnellement je n’attendais pas et regrette un peu.

En tout cas, Sandrine Collette confirme son talent. En commençant cette lecture, j’ai pensé à Toni Morrison. Belle référence, n’est-ce pas?

Les mille talents d’Euridice Gusmão – Martha Batalha

BatalhaTitre : Les mille talents d’Euridice Gusmão
Auteur : Martha Batalha
Littérature brésilienne
Traducteur: Diniz Galhos
Titre original :A vida invisivel de Euridice Gusmão
Éditeur: Denoël
Nombre de pages : 252
Date de parution : janvier 2017

Un titre, une couverture, une auteure brésilienne, un premier roman, une phrase en quatrième de couverture «  L’histoire d’Euridice Gusmão, ça pourrait être la vôtre, ou la mienne. Celle de toutes les femmes à qui on explique qu’elles ne doivent pas trop penser. Et qui choisissent de faire autrement.« . Autant d’accroches qui m’ont conduite vers cette lecture.

Euridice et Guida sont les deux filles de l’épicier portugais Manuel et de Dona Ana. Plutôt téméraire, Euridice avait étouffé ses ambitions et choisi de devenir une petite fille exemplaire lorsque Guida a fugué de la maison pour aller vivre avec Marcos.
Désormais, il y avait «  Quelque Chose en Euridice Qui Ne Voulait pas Qu’Euridice Soit Euridice. »
Euridice épouse Antenor, fonctionnaire de la Banque du Brésil. Après les incidents de la nuit de noces qui laissent croire à Antenor qu’Euridice n’est pas vierge, et qui seront un reproche récurent du mari lors des  » Nuits du Petit Whisky« , le couple a deux enfants. Ce qui est bien assez pour Euridice, elle décide de grossir afin d’éteindre les envies de son mari.
Seulement la vie de « femme au foyer » dans le quartier de Tijuca l’ennuie profondément. Elle se lance alors dans des passions successives. L’art culinaire, les radionovelas, la couture. Pour défendre ses activités, Euridice tente toutes « les méthodes de guérilla féminine« , «  le combat de répétition, qui poussait toujours les hommes à dire oui.« , le combat par omission.
Mais chaque fois, Antenor sa braque : «  je vais travailler, et toi tu t’occupes des enfants. »
Il faut dire que la mère d’Antenor, une poétesse ne s’occupait de rien hormis son art. A sa mort, âgé de six ans, il fut élevé par sa tante, une parfaite maîtresse de maison.
Euridice finit prostrée devant les rayonnages de sa bibliothèque. Jusqu’au jour où sa sœur Guida accompagnée de son fils frappe à sa porte.
L’auteur nous conte alors le parcours de Guida depuis sa fugue. Guida, le culbuto  » Quand un coup dur la frappait, elle se redressait toujours ». Parcours mouvementé qui donne aussi l’occasion de découvrir d’autres personnages, notamment son mari et sa riche famille et surtout la prostituée Filomena.
 » Billevesées, coquecigrues et calembredaines« , chaque histoire est l’occasion de découvrir de nouveaux personnages et l’auteure se complait à nous décrire leurs origines et leurs parcours.
Si bien que tant de petites histoires détachent le lecteur d’une intrigue principale.

Ce roman est donc une lecture agréable avec des personnages hauts en couleurs et attachants mais au-delà du plaisir immédiat qui effectivement « illumine notre hiver » et d’une vision ironique de la condition des femmes brésiliennes avec des figures bien différentes de la femme docile à la rebelle, de la prostituée à la mère tyrannique, ce livre ne me restera pas en mémoire bien longtemps.

Génie la folle – Inès Cagnati

CagnatiTitre : Génie la folle
Auteur : Inès Cagnati
Editeur : Denoël
Nombre de pages : 200
Date de parution : avril 1976, réédition novembre 2016

 » Je voulais toujours lui dire que j’étais là à l’attendre, que j’étais si contente qu’elle soit revenue ce soir encore, que moi je l’aimais. Mais elle avait le visage si plein de silence »
Ces pensées sont celles de Marie, la fille d’Eugénie que tous, dans le village appelle Génie la Folle.
Eugénie, issue d’une des plus belles familles de la région a été bannie par ses parents, sa mère surtout, le jour où elle s’est retrouvée enceinte. Elle vit désormais à proximité dans une maison croulante sous les buissons de saule et travaille de l’aube à la nuit dans les fermes environnantes pour une bouchée de pain.
Marie la suit, court derrière elle, espérant un mot un regard mais elle n’a jamais pour toute réponse que cette phrase  » Ne reste pas dans mes jambes. »
Eugénie n’est pas méchante, elle est fatiguée et cassée par ce malheur qui s’obstine à la frapper.
Chaque moment heureux, comme la présence d’une vachette aveugle durement gagnée ou la rencontre de Pierre qui promet à Marie de l’emmener dans  » les îles parfumées d’ombres bleues et de soleil » n’est que l’éclaircie avant l’orage.
Inès Cagnati excelle à dépeindre les scènes de la campagne comme le jour où on tue le cochon, la naissance délicate des veaux, la façon de tuer les chiots et les chatons dont on ne veut pas, la façon dont les gens s’assoient à califourchon sur les chaises. Elle est rude cette vie, elle sent la mort et la misère. Surtout pour les femmes et les jeunes filles dont on abuse sans le moindre scrupule.
L’auteur utilise sans relâche les mêmes expressions, les mêmes formules. Autant de répétitions qui montrent que cette vie tourne en rond, qu’il ne faut rien en attendre de plus. Ce sont comme des litanies qui enferment encore davantage le récit dans la noirceur.

L’amour inconditionnel de cette petite fille pour sa mère est touchant, l’acharnement du destin contre ces deux femmes est insupportable et l’attitude de la famille maternelle est écoeurante.
Une lecture très sombre dont on sort touché et indigné.

Le dentier du maréchal, madame Volotinen et autres curiosités – Arto Paasilinna

paasilinnaTitre : Le dentier du maréchal, madame Volotinen et autres curiosités
Auteur : Arto Paasilinna
Littérature finlandaise
Titre original : Volomari Volotisen ensimmäinen vaimo ynnä muuta vanhaa tavaraa
Traducteur : Anne Colin du Terrail
Éditeur: Denoël
Nombre de pages : 240
Date de parution : 3 octobre 2016

 

Une nuit d’orage d’avril 1942 naît Volomari dans le village de Tammela. Ses parents aimaient collectionner de vieux objets. Ce sont des  » lettres de personnes disparues, et chacun d’eux avait sa propre histoire. » En 1952, ils perdent toute leur collection dans un incendie sauf un baillon de bois d’un aïeul happakélite qui était resté dans la poche de Volomari.
Son éducation et cet objet scellent son avenir, collectionner des objets insolites.
Avec un diplôme de droit, et après une première expérience avec Riita, il rencontre lors d’une nuit bien arrosée Laura Loponen, une finlandaise de vingt ans son aînée. Elle sera la compagne idéale de ses folies, dépassant parfois le maître.
Inspecteur des sinistres dans une compagnie d’assurance, Volomari voyage en Europe ce qui le met sur la route de personnages farfelus prêts à troquer des objets.
La rencontre la plus truculente est celle avec un Johnny Weissmüller alcoolique et vieillissant, qui lui vaudra l’acquisition d’un maillot de bain. Mais Volomari récupère aussi une guillotine de la Révolution française, une planche funéraire, un lance-mine, la chapka de Lénine, un fragment de clavicule du Christ datant de 700 après JC, des poils pubiens vieux de 12 000 ans.
Autant vous dire que ces rencontres sous la plume du « plus frappé » des auteurs finlandais valent leur pesant d’or.
«  Les juristes sont habiles à inventer de toutes pièces des histoires. Dans ce domaine, ils battent à plate couture la plupart des écrivains. »
Alors, un personnage juriste sous la plume d’un écrivain débordant d’imagination et d’humour, impossible de s’ennuyer.
Malheureusement, ce ne sont que des histoires truculentes, emplies de cet humour très particulier de Paasilinna avec toujours quelques pointes ironiques habituelles contre le régime soviétique. Et surtout ces personnages scandinaves, placides, loufoques, déjantés sous l’effet de l’alcool mais si débonnaires qu’ils réjouissent ce moment de lecture.

Très agréable à lire mais comme dans Moi Surunen, libérateur des peuples opprimés, on suit les pérégrinations du personnage principal mais il manque ce liant romanesque avec des relations humaines sensibles pour faire un roman exceptionnel comme La forêt des renards pendus. Ce roman vient d’ailleurs d’être adapté avec succès en bande dessinée par Nicolas Dumontheuil et vous retrouverez mon avis ici.

Lire-le-monde-300x413 rl2016 bac

Jeux de vilains – Iben Mondrup

mondrupTitre : Jeux de vilains
Auteur : Iben Mondrup
Littérature danoise
Titre original : Godhavn
Traducteur : Caroline Berg
Editeur : Denoël
Nombre de pages : 330
Date de parution : août 2016

 

Trois enfants d’une même famille délivrent tour à tour leur perception d’une même période, celle où la famille de retour des vacances d’été passées au Danemark, leur pays d’origine reprend sa vie dans ce village groenlandais pour la rentrée scolaire. La mère est enseignante dans l’ école aux classes à plusieurs niveaux où sont aussi scolarisés les enfants.

La plus jeune, Bjork, commence cet exercice. Le style s’adapte au narrateur et je peine un peu avec le style des jeunes enfants. Phrases courtes, perceptions enfantines. Bjork est une jeune fille curieuse, espiègle qui cherche l’attention. Comme toutes les petites filles, elle traîne avec sa meilleur amie Karline, puis cherche d’autres amitiés parmi les nouvelles de la classe. Elle espionne sa grande sœur qui entre dans l’adolescence. Un peu jalouse du lien entre sa sœur et son père, elle a pourtant tout l’amour de son frère et de sa sœur.

Knut, le garçon est beaucoup plus secret. Intéressé par les insectes, la biologie, il ne semble pas à sa place dans ce monde sauvage. Avec son visage pâle et ses cheveux noirs, il se sent différent. Souvent il s’interroge sur ses origines. Depuis que son meilleur ami, René est reparti au Danemark chez sa mère, Knut déprime et se sent seul.  » Knut n’est pas de la race des vainqueurs »

Hilde, la plus âgée, est la préférée du père car elle a ce même sens du pays avec la connaissance des chiens de la meute et le goût de la chasse.
«  Tu es sensible, tu ressens le monde. »
Mais elle devient une adolescente qui rêve de liberté et d’amour. Avec son amie Olga, elle sort de plus en plus et tombe amoureuse de Johannes, un adolescent orphelin perturbé souvent violent.
 » Certains enfants ont vécu des choses douloureuses dans leur vie, ensuite ils ont du mal à faire la différence entre ce qui est bien et ce qui ne l’est pas.  »

Dans ce roman, tout est vu successivement par les yeux de trois enfants d’une même famille. Ils entendent ou voient des choses et livrent leurs sentiments, leurs perceptions. Mais, j’aurais aimé avoir aussi la vision d’un adulte afin de comprendre certains sous-entendus.

Par contre, ils perçoivent parfaitement la violence des situations. Les chiens de meute sont des bêtes sauvages traitées comme des outils par leur propriétaire. Le racisme est aussi une composante forte des relations sociales dans le village. Les danois restent toujours entre eux, ils ne s’intègrent pas vraiment dans le corps des groenlandais.
Pour cela, Johannes, fils d’un danois déjà marié au Danemark et d’une très jeune groenlandaise, est le type même du sang-mêlé interdit.
Les conditions de vie sont très difficiles.  » La nuit polaire rend fou quand on n’a rien à faire. » Les problèmes de consanguinité et d’alcool dérangent le cerveau.
 » Tout le monde part à un moment ou un autre. »
Pour cette vision d’un pays que je connais peu, le roman est intéressant même si il ne me donne pas du tout envie d’y vivre.
Pour l’intrigue, je reste un peu ma faim bien qu’elle soit relatée trois fois par des personnages différents.

rl2016  Lire-le-monde-300x413

Au beau rivage – René Fallet

FalletTitre : Au bon rivage
Auteur : René Fallet
Éditeur : Denoël
Nombre de pages : 208
Date de parution: 1970, Collection Empreinte 19 mai 2016

Certaines lectures sont dépaysantes par l’environnement, Au beau rivage l’est par l’époque. Cette comédie burlesque a le ton des vieux films, la gouaille des banlieues parisiennes et des accents de bal musette.

Antoine est le patron de la pension « Au beau rivage ». Son plaisir est de jouer tous les soirs de l’accordéon. Mais le bal musette ne fait plus recette et les clients sont rares. A part quelques habitués qui tapent la belote… Tous des personnages hauts en couleurs! Pédalo rêve de sprint, toujours grimpé sur son vélo. Sa femme Blanche est une ancienne prostituée. Martinique et Fernand, amoureux transi de la fille du patron, sont maçons. Pierre, appelé 6.4.2, pêcheur à la ligne, n’a plus qu’un objectif depuis qu’il a gagné au tiercé, attraper Victor, un brochet monstrueux.
Et puis il y a bien sûr, le gendarme, Barberine marié à la grosse Georgette qui le trompe avec Martinique. Et les ennemis du conflit israélo-palestinien avec Bouyaya et le tailleur juif, Bidersbaum.
Nous voici dans une drôle de crémerie!
Mais il y a aussi la tristesse de ce pauvre Antoine, fâche avec la musique. Il agresse un voisin, Monsieur Pineau, venu faire entendre un disque de Sockhausen. Sa violence lui vaut deux mois de prison. Quand il revient, Antoine est transformé. Les journées vides lui ont ouvert le monde du rêve.
Antoine refuse de se réhabituer à la réalité.
 » J’en dis qu’ils sont drôlement jolis, tes rêves. Faut continuer, Antoine, si tu es bien avec eux. Maintenant que tu les as trouvés, faut qu’ils restent avec toi. »
L’arrivée inattendue d’Émile, un ancien copain de prison lui redonne le goût du risque et du rêve.
Ce dernier s’installe au Bon rivage  » comme un coq en plâtre » au grand regret de Berthe, la femme d’Antoine dont la cervelle  » crouscougnoute la cancoillotte » ( je ne pouvais pas rater cette expression) mais pour le plus grand plaisir de sa fille Henriette.
 » on ne s’ennuie pas ici, apprécia Martinique, on devrait payer des suppléments pour ce qui est des attractions. »

Un roman, un peu daté, qui rappelle les meilleurs vaudevilles de l’époque.