Un homme à l’étroit – Franck Bellucci

Titre : Un homme à l’étroit
Auteur : Franck Bellucci
Éditeur : Regain de lecture
Nombre de pages : 240
Date de parution :
28 mai 2019

Professeurs de lettres, amoureux de la lecture, ils sont nombreux à  passer de l’autre côté du miroir. Carole Martinez, Annie Ernaux, Céline Lapertot, Marie-Hélène Lafon, Philippe Humbert, Laurent Binet, Philippe Claudel, Daniel Pennac, autant de conteurs, de passionnés qui enseignent ou ont enseigné en collège et lycée. La langue, la littérature sont leurs éléments. Leur sens de la narration, de l’oralité se ressent à lecture de leurs romans.

Franck Bellucci a captivé de nombreux élèves au lycée d’Ingre, une petite commune de l’orléanais. Il est aujourd’hui enseignant à l’université d’Orléans, il joue et met en scène des pièces de théâtre. Un ouvrage universitaire sur Victor Hugo, un essai, un récit, un recueil de nouvelles, des pièces de théâtre, Un homme à l’étroit est son second roman, dans lequel il joue avec les citations de ses auteurs classiques et contemporains préférés. Victor Hugo, bien évidemment mais aussi Blaise Pascal, Albert Camus, Albert Cohen mais aussi Philippe Forest, Antoine Bello…et surtout David Foenkinos dont le roman Vers la beauté semble l’avoir beaucoup marqué.

Il y a d’ailleurs dans l’histoire de Bernard Pinel, anti-héros de Un homme à l’étroit, quelque chose du personnage de La tête de l’emploi ( un Bernard lui aussi).

Franck Bellucci utilise ici le registre de la comédie, prend un ton ironique et léger pour nous raconter l’histoire de ce professeur de lettres, métier choisi plus par hasard que par passion, homme médiocre de corps et d’esprit dont la vie fut bouleversée par l’incendie d’un Monoprix.

De ce drame qui bouscule sa petite vie bien rangée naît la plus belle chose qui puisse lui arriver, ne plus avoir peur des sentiments. Aurélie, la nouvelle caissière ( enfin, l’hôtesse d’accueil et de ventes) du nouveau magasin, le charme immédiatement par sa beauté, sa politesse et sa douceur. En allant vers la beauté d’Aurélie, Bernard sort de sa médiocrité.

«  Sans le savoir, la petite caissière participait à l’éducation et à l’émancipation du professeur de collège. »

Lui, qui lisait par obligation, sans rien retenir ni ressentir, se plonge dans la lecture pour partager avec la jeune caissière. Vers la beauté de David Foenkinos, Belle du seigneur d’Albert Cohen sont les lectures qui les réunissent. Il ressent enfin des émotions, positives quand Aurélie lui sourit, dépressives quand elle l’ignore ou s’absente. Sa santé mentale et physique suit le rythme de ses relations platoniques et parfois imaginaires avec Aurélie. 

De professeur apathique, il devient parfois visionnaire. Du personnage au style vestimentaire vieillot, il devient élégant et raffiné pour le plus grand bonheur du principal qui en tombe amoureux. 

En homme de théâtre, Franck Bellucci fait de formidables mises en scène, notamment quand Bernard invente des soirées avec Aurélie. Il y a du vaudeville dans les rapports entre les personnages, dont la psychologie est souvent bien sentie. 

Mais surtout, il y a cette faculté à insérer au bon moment la citation adéquate d’un auteur, qui, on le perçoit, a marqué le professeur de littérature. 

Personnellement je préfère le registre plus tragique du premier roman , Ce silence-là ( même remarque d’ailleurs que pour les romans de David Foenkinos) mais j’ai passé un excellent moment avec Bernard Pinel qui, sous les yeux de son auteur porte un regard ironique sur le monde de l’enseignement et une adoration de la lecture qui ne peut que me toucher.

«  Parce qu’il se disait qu’il trouverait peut-être un jour le livre qui lui ferait comprendre ce qui lui échappait. »

Un auteur local que je vous invite à découvrir.

A malin malin et demi – Richard Russo

Titre : A malin malin et demi
Auteur : Richard Russo
Littérature américaine
Titre original : Everybody’s fool
Traducteur : Jean Esch
Éditeur : Éditions de la Table Ronde
Nombre de pages : 700
Date de parution : 24 août 2017

 

Venez visiter Bath, cette petite ville poisseuse qui répand sa mauvaise odeur et la folie de ses habitants jusqu’aux confins de sa voisine, la moderne et dynamique Schuyler Springs. Plus on est de fous et plus on rit!

Commençons les présentations avec Douglas Raymer, qui, comme lui disait Mrs Beryl, sa professeur d’anglais ne sait même qui il est. Et cela ne va pas en s’arrangeant puisqu’il part à la dérive depuis la mort de sa femme, vivant dans un immeuble pourri et mal famé au sud de la ville. Nous le découvrons comme un homme dépressif, torturé par la jalousie. Le jour où il découvre sa femme tant adorée, morte en bas de l’escalier, elle s’apprêtait à le quitter pour un autre homme. Mais qui est ce rival qu’il espère démasquer grâce à une télécommande de porte de garage découverte dans la voiture de sa femme?
Seule son adjointe, Charice, une belle femme noire, jumelle d’un officier de police un peu perturbé, frimant à bord d’une Mustang rouge, parvient à lui maintenir les pieds sur terre.

Entrons maintenant chez Hattie, un bar de la ville où traîne chaque matin le vieux Sully. Depuis qu’il se sait condamné à mourir prochainement d’une crise cardiaque, il aime venir regarder la serveuse, Ruth, son ancienne maîtresse. Mais leur histoire est terminée. Ruth veut se consacrer à son mari, un collectionneur d’objets insolites, à sa fille Janey, divorcée de Roy, un homme violent qui sort de prison et à sa petite-fille Tina.
Sully, soixante-dix ans, n’a qu’un seul ami, Rub Squeers, un tendre idiot bègue et un chien du même  nom qui se mord le sexe en permanence.

Dans les rues de Bath, vous pourrez aussi croiser Alice, parlant à des amis imaginaires avec son téléphone portable. Elle est la femme du maire, un idéaliste qui pensait pouvoir relever Bath et soigner Alice. Vous ne pourrez manquer de repérer Carl, un entrepreneur véreux qui ruine son entreprise par son incompétence. Et bien sûr la mémoire de Mrs Beryl, une femme qui, en son temps,  a tenté d’éduquer cette jeunesse aujourd’hui perdue dans ses désillusions.

Il y a dans tous ces personnages un côté délirant, incontrôlable et attachant. Et bien évidemment, ils créent bon nombre de situations confuses, de bagarres, de règlements de compte.
Dans le cimetière de Hilldale, les cercueils refont surface. Le mur d’un immeuble s’effondre en pleine rue sur la voiture de l’affreux Roy. Et un cobra s’échappe d’un immeuble du Morrison Arms où habite Douglas Raymer, en proie à un dédoublement de personnalité.

Richard Russo maîtrise son intrigue avec brio dans cette comédie déjantée où l’on ne s’ennuie pas une seule seconde.
Je n’avais jamais lu l’auteur, mais, j’ai de suite été amusée par ce ton caustique, captée par ces personnages haut en couleurs et immergée dans cet univers à priori loufoque mais finement humain.

 » On ne pardonne pas aux gens parce qu’ils le méritent, avait ajouté Mrs Beryl. On leur pardonne parce qu’ON le mérite. « 

Un style assez unique qui m’engage à continuer avec cet auteur. Et cela tombe bien, son dernier recueil de nouvelles, Trajectoire est dans ma pile à lire.

Ce titre était la lecture du Poche du mois d’octobre pour le Picabo River Book Club.

Les témoins de la mariée – Didier Van Cauwelaert

van cauwelaertTitre : Les témoins de la mariée
Auteur : Didier Van Cauwelaert
Éditeur : Albin Michel
Nombre de pages : 260

Résumé :
« Nous étions ses meilleurs amis : il nous avait demandé d’être ses témoins. Trois jours avant le mariage, il est mort dans un accident de voiture.
Ce matin, à l’aéroport, nous attendons sa fiancée. Elle arrive de Shanghai, elle n’est au courant de rien et nous, tout ce que nous savons d’elle, c’est son prénom et le numéro de son vol.
Qui aurait pu se douter qu’un tel drame redonnerait un sens à notre vie, et nous ferait enfin découvrir le bonheur ? A nos risques et périls… Elle nous bouleverse, nous fascine, nous rend fous, mais cette Chinoise de vingt ans est-elle la femme idéale ou bien la pire des tueuses ? »

Mon avis :
Au début, je craignais que ce roman ne soit qu’une comédie loufoque (un peu comme « La nuit dernière au XVe siècle », que j’ai quand même apprécié pour son originalité), mais en fait « Les témoins de la mariée » est un magnifique roman sur l’amitié.
Comment redonner le moral à quatre amis paumés et dépendants quand vous savez que vous ne serez plus auprès d’eux pour les porter. Yun-Xiang, une jeune chinoise de 19 ans sera ce catalyseur, ce révélateur d’âmes.
Ce roman est très bien construit puisque le lecteur se demande pendant presque toute sa lecture quelle est la stratégie de la jeune chinoise. Elle semble au courant de tant de choses et sait si bien manipuler les gens.
« Elle pratique le feng-shui du sentiment : elle refait les intérieurs avant de les squatter. »
En tout cas, c’est l’occasion pour les quatre amis qui donnent leur point de vue dans chacune des quatre parties du livre, de se révéler, de se comprendre, et peut-être d’oser enfin s’engager vers leurs rêves sans le soutien de leur ancien mécène.
J’aime le style de Didier Van Cauwelaert qui est très fluide et qui met si bien en valeur son imagination.
J’apprécie également les touches d’humour (certification ISO de la crémation,  » c’est le trait de citron qui fait bouger l’huître »).
J’ai été surtout sensible au côté psychologique du roman car  il y a une réelle analyse des caractères des
différents personnages et une évolution de chacun au contact des autres.
Ce roman est aussi intéressant pour son approche des relations entre la Chine et le Tibet.
J’ai dévoré ce livre rapidement et j’ai passé un très bon moment de lecture.