Le monde des hommes – Pramoedya Ananta Toer

Titre : Le monde des hommes
Auteur : Praemoedya Ananta Toer
Littérature indonésienne
Titre original: Bumi Manusia
Traducteur : Dominique Vitalyos
D’après la traduction initiale de Michèle Albaret-Maatsch
Éditeur : Zulma
Nombre de pages : 512
Date de parution : 19 janvier 2017

Les Éditions Zulma publient pour la première fois la traduction du Buru Quartet, œuvre magistrale d’un des plus grands auteurs indonésiens, Pramoedya Ananta Toer. Cette immense saga, récit de l’auteur depuis sa prison sur l’île de Buru, comporte quatre tomes. Le monde des hommes est le premier volume.
Minke est né le 31 août 1880, le même jour que la jeune reine des Pays-Bas, Willhelmine. Lorsque le récit commence, Minke est un des rares indigènes élève de la prestigieuse école HBS de Surabaya réservée aux Européens et aux métis. Nous sommes dans les dernières années du colonialisme hollandais.
Minke est un élève brillant qui refuse de devenir bupati ( haut fonctionnaire indigène nommé par les Néerlandais pour administrer une région). Il rêve d’écrire, journaliste ou écrivain, il publie déjà quelques nouvelles sous un pseudonyme et se pâme devant l’enseignement des professeurs hollandais, notamment Magda Peters, professeur de littérature.
Avec un ami de l’HBS, il se rend dans la riche demeure des Mellema. Sa rencontre avec cette étrange famille va changer sa vie. La propriété est dirigée par une indigène devenue la concubine d’un Européen avec lequel elle a deux enfants, Robert et Annelies. Le coup de foudre entre Minke et Annelies est réciproque. Minke est effrayé par le père agressif et alcoolique et étonné de la culture de Nyai ( concubine indigène). Enfant, elle fut vendue par son père à Herman Mellema, un colon néerlandais. Herman lui a pourtant tout appris et lui a fait confiance pour diriger son exploitation. Nyai est une femme forte prête à tout pour que sa fille métisse n’ait jamais à vivre son déshonneur.

En conteur passionnant, Pram déroule son récit avec une grande fluidité et simplicité, respectant la linéarité, enchaînant les évènements dans les moindres détails afin que le lecteur s’imprègne de l’atmosphère, comprenne les rivalités entre indigènes, métis et européens.
Minke est un jeune homme qui se construit intellectuellement. Il connaît et se force à respecter les préceptes de ses parents mais l’éducation de l’HBS lui ouvre d’autres horizons.
 » Je tiens seulement des Européens des connaissances qui font partie d’un savoir que les Javanais ignorent. »
Son voisin, Jean Marais est un peintre français qui a perdu une jambe lors de la guerre contre les Aceh. Minke aime aussi discuter avec les filles du Résident adjoint qui lui parlent de la Théorie de l’association, visant à partager le pouvoir avec des indigènes instruits. Certes, il est très attiré par la culture européenne, ce que lui reproche d’ailleurs sa famille. Mais il est aussi respectueux de la manière dont Nyai Otonsoroh a su s’élever en autodidacte au niveau de son rang.

Son entourage et les évènements pousse Minke, élève particulièrement intelligent, à prendre son destin en main. Et ainsi donner une voix aux indigènes.

Quand je me suis embarquée dans cette lecture, je craignais la grandeur de l’œuvre ( quatre tomes de 500 pages et je n’aime pas trop devoir attendre la suite des premiers tomes). A la lecture de ce premier volume, devant la puissance romanesque, la force des personnages ( surtout de Minke et de la Nyai), le contexte fort de ce régime colonial brimant les droits des indigènes, j’ai hâte de connaître la suite de cette belle et longue et histoire.

Enfant de toutes les nations, le deuxième volume est paru en mars 2017.

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La reine Ginga…- José Eduardo Agualusa

Titre : La reine Ginga et comment les Africains ont inventé le monde
Auteur : José Eduardo Agualusa
Littérature angolaise
Traducteur: Danielle Schramm
Titre original : A rainha Ginga e de como os africanos inventaram o mundo
Éditeur : Métailié
Nombre de pages : 240
Date de parution : 6 avril 2017

En choisissant ce livre, je savais que l’histoire allait à la fois m’instruire et me divertir.
Nous sommes en Angola au XVIIe siècle, le pays du roi Ngola (a-ngola), pays de grande richesse convoité par le Portugal, l’Espagne et les Pays-Bas. Ginga, fille du roi Ndongo et sœur du roi Ngola, roi belliqueux en guerre contre les Portugais qui le dépouillent de ses richesses et de ses esclaves pour les envoyer au Brésil, deviendra une reine remarquable, amazone intraitable.
Nous la découvrons avec Francisco José, un jeune prêtre permamboucain ( état brésilien)
mi-indien mi-portugais, débarqué à Luanda pour être le secrétaire de Ginga au moment où son frère Ngola l’envoie négocier un accord de paix avec le gouverneur portugais de Luanda.

Francisco est le narrateur de cette aventure historique et picaresque. Et, un peu à regret, son histoire supplante celle de Ginga qui m’intéressait vivement. Heureusement, Francisco connaît de multiples aventures, celles de l’histoire de la colonisation de l’Angola et se révèle un personnage au destin passionnant.
Sa vocation de prêtre ébranlée, ses amours, ses amitiés, ses rencontres, se moments de captivité, ses voyages, son dévouement pour le combat de Ginga qui lui vaut la rancune de sa patrie portugaise en font un personnage hors du commun.
Francisco nous réserve aussi les meilleurs récits de l’histoire de la reine Ginga. Celle qui refusant de s’asseoir sur un coussin brodé d’or sur un tapis de soie, choisit le dos d’une esclave agenouillée, jamais deux fois la même, comme siège. Celle qui s’entoure d’hommes habillés en femme. Celle qui se promeut reine au détriment du fils de son frère. Un personnage théâtral, une guerrière valeureuse.
Avec ses deux personnages et tant d’autres si romanesques, c’est toute l’histoire de la colonisation de l’Angola qui nous est contée avec rythme, humour et légendes.
«  Les Blancs ont de bonnes idées mais l’Église n’en est pas une. Pourquoi les prêtres persistent-ils à nous importuner avec leur Dieu et leur Diable?
Ils pensent qu’ils ont le devoir de sauver les Africains… »
Au fil du temps et face aux circonstances les personnages évoluent. Francisco, en premier lieu, qui, de jeune prêtre fraîchement débarqué en Afrique s’éloigne de toute religion. Sa tendre Muxima perd sa douceur pour faire face aux enjeux du commerce. Ingo, le neveu de Ginga s’éprend d’une jeune hollandaise.

Voici un roman foisonnant, empli d’aventures picaresques qui pourra déconcerter par son style et surtout par l’abondance de noms compliqués de gouverneurs, pirates, figures emblématiques du pays mais je ne m’y suis pas ennuyée une seconde.

 » Ici, sur cette terre d’Afrique, nous aimons beaucoup raconter des histoires. » José Eduardo Agualusa est un excellent conteur

 

Meursault, contre-enquête – Kamel Daoud

DaoudTitre : Meursault, contre-enquête
Auteur : Kamel Daoud
Éditeur : Actes Sud
Nombre de pages : 160
Date de parution : mai 2014

Auteur :
Né en 1970 à Mostaganem (300 km à l’ouest d’Alger), Kamel Daoud a suivi des études de lettres françaises après un bac en mathématiques. Il est journaliste au Quotidien d’Oran – troisième quotidien national francophone d’Algérie –, où il a longtemps été rédacteur en chef et où il tient depuis douze ans la chronique quotidienne la plus lue d’Algérie. Il vit à Oran.Il est l’auteur de plusieurs récits dont certains ont été réunis dans le recueil Le Minotaure 504 (Sabine Wespieser éditeur, 2011) – initialement paru à Alger sous le titre La Préface du nègre (éditions barzakh, 2008).Meursault, contre-enquête, publié en Algérie par les éditions barzakh et en France par Actes Sud, est le premier roman de Kamel Daoud.

Présentation de l’éditeur :
Il est le frère de “l’Arabe” tué par un certain Meursault dont le crime est relaté dans un célèbre roman du xxe siècle. Soixante-dix ans après les faits, Haroun, qui depuis l’enfance a vécu dans l’ombre et le souvenir de l’absent, ne se résigne pas à laisser celui-ci dans l’anonymat : il redonne un nom et une histoire à Moussa, mort par hasard sur une plage trop ensoleillée.
Haroun est un vieil homme tourmenté par la frustration. Soir après soir, dans un bar d’Oran, il rumine sa solitude, sa colère contre les hommes qui ont tant besoin d’un dieu, son désarroi face à un pays qui l’a déçu. Étranger parmi les siens, il voudrait mourir enfin…
Hommage en forme de contrepoint rendu à L’Étranger d’Albert Camus, Meursault, contre-enquête joue vertigineusement des doubles et des faux-semblants pour évoquer la question de l’identité. En appliquant cette réflexion à l’Algérie contemporaine, Kamel Daoud, connu pour ses articles polémiques, choisit cette fois la littérature pour traduire la complexité des héritages qui conditionnent le présent.
Meursault, contre-enquête figure parmi les 25 romans de l’année sélectionnés par les critiques du Point.
Prix Liste Goncourt/Le Choix de l’Orient – 2014, Prix des cinq continents de la francophonie – 2014, Prix François-Mauriac – 2014, Prix Liste Goncourt/Le Choix roumain – 2014, Prix Goncourt du premier roman – 2015

Mon avis :
Dans L’étranger, le roman d’Albert Camus, en 1942, Meursault, le héros, abasourdi par le soleil, tue un arabe sur une plage. Pourtant cité de nombreuses fois, Camus n’a pas donné de nom à cet arabe. De plus, lors du procès, on reproche davantage à Meursault le comportement à l’enterrement de sa mère que cet assassinat.
Kamel Daoud tente de redonner une identité à l’arabe de Camus lui donnant un nom, Moussa Ouled El-Assasse, une vie, un pays. C’est son frère, Haroun qui, dans un bar d’Oran, confie cette histoire à un universitaire spécialiste de Camus.
Si il donne une identité à son frère, jamais il ne prononcera le nom de Camus ni le titre de son célèbre roman. Ce sera L’autre écrit par Meursault.
L’œuvre de Camus, Kamel Daoud la connaît parfaitement, jouant à copier des situations, à construire comme en miroir des faits et sentiments. Haroun ira jusqu’à commettre un crime contre un français. Œil pour œil, dent pour dent. Et pour cela, il sera arrêté et interrogé par un colonel. Là, on lui reprochera davantage le fait de ne pas avoir pris le maquis que d’avoir tué. Encore un autre parallèle.
Si je me suis sentie mal à l’aise face à cette colère, certes justifiée d’Haroun, j’ai apprécié ce jeu de miroirs, sans peut-être n’en avoir détecté la totalité et surtout cette comparaison avec Caïn et Abel, en image de la situation de l’Algérie avant l’indépendance.
 » Tu saisiras mieux ma version des faits si tu acceptes l’idée que cette histoire ressemble à un récit des origines : Caïn est venu ici pour construire des villes et des routes, domestiquer gens, sols et racines. Zoudj était le parent pauvre, allongé au soleil dans la pose paresseuse qu’on lui suppose, il ne possédait rien, même pas un troupeau de moutons qui puisse susciter la convoitise ou motiver le meurtre. D’une certaine manière, ton Caïn a tué mon frère pour…rien! Pas même pour lui voler son bétail. »
Derrière la haine de l’assassin entretenue par une mère inconsolable, il y a la rage contre le colon. Meursault tournant  » en rond dans un pays qui ne voulait pas de lui ni mort ni vivant. Le meurtre qu’il a commis semble celui d’un amant déçu par une terre qu’il ne peut posséder. » a tué un arabe  » comme on tue le temps« .
Haroun avait sept ans lors du meurtre. Il a passé sa vie entre les peurs et le chagrin de sa mère, la mémoire du cadavre de son frère jamais retrouvé, emporté par la mère et l’ absence du père et de figures masculines,  » un adolescent piégé entre la mère et la mort. »
«  C’est pourquoi je vais faire ce qu’on a fait dans ce pays après son indépendance: prendre les pierres des anciennes maisons de colons et en faire une maison à moi, une langue à moi. »
Cette lecture est une continuité, une complémentarité à l’œuvre de Camus. Kamel Daoud la maîtrise et nous éclaire avec cet autre regard, cette analyse pointue, ce droit de réponse dans une langue précise, harmonieuse. Elle donne une place aux natifs de cette terre, même si ils vivent dans les quartiers pauvres, souffrent de la faim, relégués hors des habitations colonisées.
Les tourments d’Haroun m’ont toutefois paru aussi accablants que le soleil d’Alger pour Meursault. D’un adolescent brisé, il est devenu un adulte aigri, haineux, ne croyant plus ni en la religion ni en l’amour. Ainsi, les colons n’ont pas pris que la terre, ils ont aussi laissé un lourd héritage dans les cœurs et les âmes des gens du pays.

Je devais faire cette lecture en commun avec Nathalie ( voir son avis sur Le coin Lecture de Nath) mais le livre n’est pas revenu suffisamment tôt à la bibliothèque. Par contre, je rejoins aujourd’hui Ariane (son avis sur Tant qu’il y aura des livres) pour cette lecture.

 

Deux brûle-parfums – Eileen Chang

changTitre : Deux brûle-parfums
Auteur : Eileen Chang
Littérature chinoise
Titre original :Chenxiang xie diyi luxiang
Traducteur : Emmanuelle Péchenart
Éditeur : Zulma
Nombre de pages : 224
Date de parution : 9 avril 2015

Auteur (source éditeur):
Née à Shanghai en 1920, Eileen Chang est initiée très tôt au raffinement des chefs-d’œuvre de la littérature chinoise. Après un dernier séjour à Hongkong au début des années cinquante, elle se détourne d’une gloire déjà considérable et s’exile aux États-Unis. Elle s’éteint à Los Angeles en 1995. Ces Deux brûle-parfums, tout premiers textes publiés en 1943, et jusqu’ici inédits en français, devraient nous rappeler une fois pour toutes la place insigne de la flamboyante Eileen Chang dans la littérature du xxe siècle.

Présentation de l’éditeur :
C’est le cœur battant qu’on entre dans l’univers de ces Deux brûle-parfums, deux courts romans virtuoses, et comme en miroir, sur les mœurs anglaises et chinoises de l’époque, où pudeur et obscénité répondent à des convenances d’une exquise hypocrisie, offrant à Eileen Chang un champ d’analyse romanesque d’une folle richesse.
Premier brûle-parfum. La jeune Wei-lung sollicite la protection d’une tante, riche mondaine mise au ban de la famille. Madame Liang recèle en effet tous les philtres de l’intelligence pratique de la haute société chinoise, et voit en Wei-lung l’appât qu’elle n’espérait plus…
Second brûle-parfum. Roger Empton, professeur à South China University, est parfaitement amoureux de la très éthérée Susie, une jeune fille idéale qui par grand mystère ignore tout des désirs d’un homme normalement constitué. Au soir de leurs noces, Susie s’enfuit du lit conjugal comme une volaille décapitée, faisant bientôt du malheureux Roger Empton la risée de la bonne société coloniale.

Mon avis :
Zulma, en proposant une première traduction française d’un second livre d’Eileen Chang me fait découvrir la littérature chinoise avec une auteure du XXe siècle que je ne connaissais pas.
Eileen Chang nous invite à deux reprises à allumer un brûle-parfum le temps qu’elle nous conte ces deux courtes histoires romanesques. Peut-être, ces brûle-parfums fictifs aident-ils au bien-être et au dépaysement avec une senteur orientale. En tout cas, tous les sens sont ici en éveil.
Les deux histoires se déroulent à Hongkong et parlent de rencontres amoureuses. La première se déroule dans un milieu exclusivement asiatique mais avec des personnages marqués par les effets de la colonisation. La seconde met en scène un professeur anglais et Susie, une jeune  anglaise élevée de manière assez stricte dans la société hongkongaise.
Wei-Lung, jeune fille studieuse, se retrouve confrontée à la grande vie sulfureuse de sa tante, qui, malgré son âge, son riche mari polygame et son vieil et riche amant aime attirer les jeunes hommes de Hongkong. Elle voit ainsi en la jeune et naïve Wei-Lung un superbe appât, prompt à remplacer ses deux jeunes servantes. En mauvaise conseillère, elle la persuade qu’un riche mariage vaut mieux que des études. Encore faut-il éviter les jeunes noceurs, les officiers anglais et les vieux polygames. De garden-parties à l’anglaise en somptueux cadeaux, Wei-Lung devient dépendante de cette vie même si elle peine à concilier grand amour et intérêt sous les conseils de sa tante :  » Quand tu le tiendras fermement, une bonne fois pour toutes, alors seulement tu pourras le laisser tomber ou le garder pour te distraire. Là serait le vrai talent. »
Eileen Chang cadence remarquablement son histoire en nous enfermant petit à petit dans le cas de conscience de la jeune Wei-Lung.
Dans la seconde histoire, Roger Empton illustre les risques de l’amour fou surtout face à une jeune fille naïve, sans aucune éducation amoureuse. Si les jeunes chinoises ont pourtant une large éducation sexuelle par la lecture de livres explicites, Susie, jeune anglaise est « psychologiquement immature« . La nuit de noces entre ce professeur de 40 ans et la jeune oie blanche de 21 ans réserve quelques surprises. Si elles nous font sourire, leurs conséquences sont pour le moins dramatiques. L’auteur affiche ici les contrastes entre deux éducations et nous fait basculer de la légèreté et de l’amusement au drame.

Dans un style très fluide, avec un charme suranné qui donne une dimension un peu théâtrale, Eileen Chang nous divertit avec deux histoires romanesques tout en nous instruisant sur la société hongkongaise de cette période post-colonialiste d’avant-guerre.
En quelques pages bien construites, elle fait basculer par leurs relations amoureuses le destin de deux personnages initialement confiants en leur avenir.
J’ai apprécié aussi le dépaysement tant par les mentalités que par les paysages débordant d’althéas, d’ipomées et d’azalées.

bac2015

 

 

Sarah Thornhill – Kate Grenville

grenvilleTitre : Sarah Thornhill
Auteur : Kate Grenville
Littérature australienne
Traducteur : Mireille Vignol
Éditeur : Métailié
Nombre de pages : 256
Date de parution : 2 mai 2014

Auteur :
Kate Grenville est née en 1950 à Sydney. Ses romans sont des best-sellers dans tous les pays anglo-saxons. Ils ont remporté de nombreux prix, dont l’Orange Prize et le Commonwealth Writers’ Prize et sont traduits dans le monde entier.
Son roman Le Fleuve secret s’est vendu à plus de 270 000 exemplaires et a été sélectionné pour le Man Booker Prize.

Présentation de l’éditeur :
Sarah Thornhill est la fille cadette de William Thornhill, ancien bagnard devenu propriétaire terrien le long du fleuve Hawkesbury, des terres hantées par le souvenir de leurs anciens occupants aborigènes méprisés et massacrés. À la mort de sa mère, son père s’est remarié avec une femme ambitieuse et bornée. Mais Sarah mène une vie heureuse près de ce père qu’elle aime. Elle est amoureuse du beau Jack qui l’aime aussi. Pourquoi donc tous s’obstinent-ils à empêcher cet amour ? Quel secret peut bien cacher son père par ailleurs si généreux et attentif ?
Elle devra chercher des réponses dans un passé que tous s’appliqueront à dissimuler et par-delà les mers, en Nouvelle-Zélande, où son frère a disparu en laissant une fillette à demi maorie que William Thornhill est bien décidé à considérer comme faisant partie de la famille, au grand dam de sa femme.
Kate Grenville crée des personnages attachants et des histoires passionnantes, elle sait aussi que les vérités les plus fortes peuvent avoir besoin de détours pour se manifester au grand jour.
Pour son roman Sarah Thornhill, Kate Grenville s’est inspirée de l’histoire de sa famille.

Mon avis :
Kate Grenville nous transporte en Nouvelle Galles du Sud (Sud est de l’Australie), pays immense où la nature est sauvage, les distances énormes et les habitants de multiples horizons. Nous sommes au XIXe siècle,  à l’époque où les bannis installés sur l’île ont fini par créer de riches exploitations, où les colons irlandais s’installent délogés en leur pays par les Anglais et où les natifs, vulgairement appelés les Noirs ou les Naturels sont relégués dans des zones de pauvreté.

Sarah est la seconde fille d’un banni remarié avec Meg, une acariâtre belle-mère pour les cinq enfants vivant sous le toit de Pa Thornhill. Dans cette famille, l’éducation n’a pas d’importance. Mieux vaut être illettré mais avoir un domaine, une richesse. Un banni reste toujours un peu paria mais ses origines se font oublier quand il a fait fortune. Par contre, un Noir ou un fils d’un colon et d’une naturelle seront à jamais la cible de violences et d’ostracisme.

En grandissant, Sarah, jeune fille avide de liberté et d’indépendance, perçoit dans la réserve de son père et dans son attitude face à la misère des Noirs un passé caché aux enfants. Lorsqu’elle apprend qu’un quatrième fils a quitté le toit familial avant sa naissance, elle tente d’en comprendre les raisons. Cette ambiguïté face aux naturels se marque alors davantage quand son ami Jack ramène la fille que son frère Will, décédé en mer, a eu avec une indigène de Nouvelle Zélande. Quand sa belle-mère lui interdit de partir avec Jack, ce noiraud dont elle est amoureuse, son monde vacille et elle ne peut que s’enfuir.

« Quand on se fait seul, on veut en faire profiter les enfants. On ne veut pas les voir tout jeter et retourner là d’où on vient. »

Alors Sarah va grandir, trouver un moyen de fuir cette affreuse belle-mère et vivre une vie certes difficile mais indépendante dans un lieu un peu désert mais propice aux rêveries. Elle découvre l’isolement mais aussi l’amitié et peut-être l’amour. Mais où qu’elle soit, elle garde une étrange attraction pour ces Noirs obligés de quémander auprès des Blancs.

Kate Grenville nous offre le beau récit de cette jeune fille qui doit grandir avec les erreurs du passé de ses ancêtres, trouver sa place sur cette terre rude où se côtoient autochtones, bannis et colons. L’auteur (ou le traducteur) a souhaité rester dans l’authenticité du pays et de l’époque en utilisant un style peu littéraire avec des expressions lourdes et répétitives ( « que j’ai dit », « que je lui ai répondu », « j’ai pas ») ce qui casse un peu le rythme et la sensibilité du récit.

Ce roman m’a un peu fait penser à Une terre d’ombre de Ron Rash. Alors si vous l’avez aimé, celui-ci peut aussi vous plaire.

 

 

 

 

Un paradis trompeur – Henning Mankell

mankellTitre : Un paradis trompeur
Auteur : Henning Mankell
Littérature suédoise
Traducteur : Rémi Cassaigne
Éditeur : Seuil
Nombre de pages : 384
Date de parution : 10 octobre 2013

Auteur :
Henning Mankell, né en 1948, partage sa vie entre la Suède et le Mozambique. Lauréat de nombreux prix littéraires, outre la célèbre « série Wallander » il est dramaturge et auteur de romans sur l’Afrique et pour la jeunesse.

Présentation de l’éditeur :
Le froid et la misère ont marqué l’enfance de Hanna Renström dans un hameau au nord de la Suède. En avril 1904, à l’âge de dix-huit ans, elle s’embarque sur un vapeur en partance pour l’Australie dans l’espoir d’une vie meilleure. Pourtant aucune de ses attentes ? ou de ses craintes ? ne la prépare à son destin. Deux fois mariée brièvement, deux fois veuve, elle se retrouve à la tête d’une grosse fortune et d’un bordel au Mozambique, dans l’Afrique orientale portugaise. Elle se sent seule en tant que femme au sein d’une société coloniale régie par la suprématie machiste des Blancs, seule de par la couleur de sa peau parmi les prostituées noires, seule face à la ségrégation, au racisme, à la haine, et à la peur de l’autre qui habite les Blancs comme les Noirs, et qui définit tout rapport humain. Ce paradis loin de son village natal n’est-il qu’un monde de ténèbres ?

Mon avis :
« Un ange sale« , voilà comment son père la définissait et c’est le début de toute l’ambiguïté du personnage d’Hanna. Lorsque Elin, sa mère lui fait fuir la disette, l’envoie en ville chercher une vie meilleure, elle n’a que dix huit ans et commence son long voyage sur le traîneau de l’armateur suédois Forsman.
De là, il lui propose d’embarquer comme cuisinière à  bord du Lovisa, un bateau en route vers l’Australie. Son destin s’accélère. Mariée au second du bateau, puis veuve, elle décide de débarquer lors d’une escale en Afrique orientale portugaise. Elle sera soignée d’une fausse couche dans un hôtel qui se révèle être un bordel géré par Attimilio Vaz, un portugais.
Désœuvrée, seule, elle s’installe en cette baie de la Bonne Mort et devient la tenancière du bordel.
L’auteur parvient magistralement à faire ressentir cette peur réciproque des deux populations, l’abîme entre les deux façons de vivre. Les Blancs méprisent et avilissent ceux qu’ils sont venus déposséder. Mais ils craignent l’émeute inévitable des Noirs soumis, silencieux mais informés et prompts à réagir.
Les choix précipités et comportements surprenants d’Hanna, les croyances des Noirs montrent toute l’incompréhension qu’il peut régner entre ces deux mondes. C’est vraiment ce qui m’a séduit dans ce roman, l’art de l’auteur à susciter l’étonnement pour mieux appréhender ce gouffre entre deux cultures.
Avec le destin incroyable de cette jeune suédoise, Henning Mankell nous plonge avec force et mystère au cœur de cette incompréhension entre autochtones et colons.
Un « ange sale » avec « un pied dans chaque camp » montre les conséquences de la colonisation, les effets racistes malheureusement toujours d’actualité.
 » Dieu est blanc. Je l’ai toujours imaginé ainsi. Mais jamais aussi clairement qu’aujourd’hui. »

Un roman fort, passionnant, émouvant écrit par un maître du suspense grand connaisseur de l’Afrique où il réside partiellement.  Je le classe dans la catégorie Coup de cœur de la rentrée 2013.

RL2013

Black rock – Amanda Smyth

smythTitre : Black rock
Auteur : Amanda Smyth
Editeur: Phébus
Nombre de pages : 352

Auteur:
Amanda Smyth est née en Irlande, d’un père irlandais et d’une mère originaire de Trinidad. Si elle grandit dans le Yorkshire en Angleterre, son enfance sera émaillée de séjours plus ou moins prolongés à Trinidad. Salué par la critique anglo-saxonne, son premier roman, Black Rock, reçut un Art Council Grant.

Résumé:
« Une âme s’en vient, une autre s’en va« , disait souvent tante Tassi, quand elle expliquait à la belle Celia que sa mère était morte en lui donnant le jour. Elle l’avait recueillie, et élevée auprès de ses deux filles, Vera et Violet, et de son second mari, Roman. Roman était pour Celia le diable en personne. Un être pernicieux, misérable et détestable ; une brute alcoolique, doublé d’un coureur de jupons. Elle aurait aimé se tromper, mais, le jour où elle devient femme, il commit l’irréparable et lui fit découvrir l’enfer. Le soir même, ne pouvant s’imaginer dormir une nuit de plus sous le toit de cet infâme personnage, elle s’enfuit du village de Black Rock à Tobago et entama, sans le savoir, un bouleversant voyage intérieur, celui vers l’âge adulte. D’une plume intense et subtile, Amanda Smyth signe avec Black rock un premier roman aussi luxuriant que les paysages caraïbéens traversés par son héroïne.

Mon avis:
Certes le thème du livre est un peu classique puisqu’il s’agit de la condition des Noirs à Trinité, face aux colons étrangers.
Mais Célia est une jeune fille touchante. Même, si elle semble côtoyer les gens par intérêt, elle en subira gravement les conséquences.
Le livre est bien construit parce  que le lecteur sent qu’il y a un mystère sur les origines de Célia et sur le destin de l’ancienne bonne des Rodriguez. Il y a beaucoup de non-dits mais une espèce de sensation qui nous laisse entrevoir le pire.
Je me suis laissée prendre par ce livre que j’ai lu très rapidement car l’auteur a su capter mon interrogation, allumer mon envie de savoir si « les prédictions » de la sorcière concernant le destin de Célia étaient réelles.
J’ai été émue par la relation entre le médecin et Célia car elle paraît sincère mais que peut bien avoir à faire un riche colon d’une jeune servante noire. Et pourtant, l’auteur prouvera que  ce type de relation peut être respectueux, dans la mesure du possible.
Le contexte de l’histoire est agréable grâce à  cette ambiance liée aux croyances des Caraïbes et la description de la nature luxuriante .

Ce fut un bon moment de lecture.