Intérieur nuit – Marisha Pessl

pesslTitre : Intérieur nuit
Auteur : Marisha Pessl
Littérature américaine
Traducteur : Clément Baude
Titre original : Night film
Éditeur : Gallimard
Nombre de pages : 720
Date de parution : Août 2015

Auteur :
Née dans le Michigan en 1977, Marisha Pessl est une auteure américaine. Écrit à partir de 2001, son quatrième roman (mais premier publié), La Physique des catastrophes, a été élu comme l’un des meilleurs livres de l’année 2006 par le New York Times.

Présentation de l’éditeur :
Par une froide nuit d’octobre, la jeune Ashley Cordova est retrouvée morte dans un entrepôt abandonné de Chinatown. Même si lenquête conclut à un suicide, le journaliste d’investigation Scott McGrath ne voit pas les choses du même œil.
Alors qu’il enquête sur les étranges circonstances qui entourent le décès, McGrath se retrouve confronté à l’héritage du père de la jeune femme : le légendaire réalisateur de films d’horreur Stanislas Cordova – qui n’est pas apparu en public depuis trente ans. Même si l’on a beaucoup commenté l’œuvre angoissante et hypnotique de Cordova, on en sait très peu sur l’homme lui-même. La dernière fois qu’il avait failli démasquer le réalisateur, McGrath y avait laissé son mariage et sa carrière. Cette fois, en cherchant à découvrir la vérité sur la vie et la mort d’Ashley, il risque de perdre bien plus encore…
Jouant avec les codes du thriller, incluant dans son récit des documents, photographies, coupures de journaux ou pages web, Pessl nous entraîne dans une enquête vertigineuse autour de Stanislas Cordova et de sa fille, deux êtres insaisissables attirés par l’horreur et le mal.
L’inventivité de l’auteure et son goût indéniable pour les pouvoirs de la fiction font penser tour à tour à Paul Auster, Georges Perec, ou Jorge Luis Borges. Avec son style maîtrisé et ses dialogues incisifs, ce roman, sous l’apparence classique d’un récit à suspense, explore la part d’ombre et d’étrangeté tapie au cœur de l’humain.

Mon avis :
Jeune auteure prometteuse qui se fit remarquer avec La physique des catastrophes, Marisha Pessl revient avec un roman noir particulièrement bien construit et addictif.
Lorsque Scott Mc Grath, journaliste d’investigation de quarante trois ans, récemment divorcé et père d’une petite fille, croise lors de son jogging nocturne une femme au manteau rouge, il ne se doute pas que cette ombre va changer sa vie.
Quelques jours plus tard, Ashley Cordova est retrouvée morte au bas d’un immeuble. Fille du célèbre réalisateur de films d’horreur, Stanislas Cordova, elle venait de s’enfuir d’un hôpital psychiatrique.
Hasard ou machination, Scott se retrouve confronté au machiavélique Cordova, celui qui a brisé sa carrière et sa vie à l’issue d’un procès pour diffamation. Le monde de Cordova est impénétrable. L’homme « souverain, implacable, parfait » « , reclus dans sa résidence Le Peak, Neverland isolé et maudit construit sur un lieu de massacre de Mohawks, « suscite dévotion et émerveillement chez un grand nombre de gens, un peu comme le gourou d’une secte. » Son art et sa vie ne sont qu’une seule et même chose. Et Scott, dans sa quête de la vérité, au milieu de la magie noire, trouve les indices en se remémorant les films du réalisateur.
Aidé de deux jeunes gens, Hooper et Nora qui ont connu ou croisé Ashley avant sa mort, le journaliste reprend l’enquête sur Cordova, souhaitant prouver sa responsabilité dans la mort de sa fille.
C’est avec ces trois personnages étonnants, dynamiques et densifiés par leur histoire personnelle que nous entrons dans les méandres de la folie des cordovistes.
L’auteur nous emmène à la frontière du réel et de la fiction où la menace est omniprésente, réelle ou nourrie par l’imagination. Comme une quête auprès de sirènes qui vous embrouillent l’esprit, chaque plan en cache un autre.

Un roman passionnant qui m’a entraînée dans une lecture active, grâce notamment à l’insertion des documents trouvés au fur et à mesure par le journaliste.

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Figurante – Dominique Pascaud

PascaudTitre : Figurante
Auteur : Dominique Pascaud
Éditeur : La Martinière
Nombre de pages : 144
Date de parution : 20 août 2015

Auteur :
Dominique Pascaud est né en 1976 à Villeneuve sur Lot. Après des études d’arts plastiques à Bordeaux, il obtient le diplôme des Beaux-Arts de Paris en 2001. Parallèlement, il écrit et compose de la musique et sort plusieurs albums auto-produits. Il collabore également avec d’autres artistes sur scène. Il a publié différentes nouvelles dans des revues. Professeur de dessin, il vit et travaille à Paris.

Présentation de l’éditeur :
Employée dans un hôtel de province, une jeune fille a le sentiment de ne pas exister.
Mais un jour, une équipe de tournage s’installe à l’hôtel. Il se passe enfin quelque chose. Sans savoir pourquoi, Louise va plonger dans un rêve de gloire qui n’était pas le sien et sa vie va s’en trouver bouleversée.

Mon avis :
Pas très glamour, la vie de Louise. Employée dans un hôtel miteux près des marais, elle passe son temps à servir, nettoyer. Son petit ami, pourtant très gentil lui semble fade. Son vieux père ne lui parle presque pas, ne la regarde pas de peur de retrouver les yeux profonds de sa femme, morte en mettant Louise au monde.
«  J’ai toujours eu le sentiment que tu ne m’aimais pas, ou plutôt, que tu m’aimais comme un tableau qu’on ne regarde plus, sans un mot, sans contact, sans aucune démonstration d’affection. »
Aussi lorsque Raymond, un vieux réalisateur de film lui laisse miroiter qu’elle pourrait être la prochaine héroïne de son film, elle se prend à rêver d’un autre monde. «  Il y avait là, à portée de main, un ailleurs, autre chose »
Soudain le peu qu’elle a ne lui suffit plus. Lorsqu’elle découvre enfin le passé de sa mère, elle retrouve chez elle le même regard.
Elle est prête à quitter le peu qu’elle n’a plus pour aller au bout de ses rêves, pour trouver enfin sa place. Il faut souvent toucher le fond, se confronter à la réalité de ses rêves pour prendre conscience de ce que l’on possède.
Louise est une fille touchante un peu désenchantée mais elle est en fait très réceptive à ce qui l’entoure. Ne jamais lui parler de sa mère a créé un vide, un manque qu’il lui faudra combler pour trouver son chemin.
Dominique Pascaud parvient sur cette intrigue très légère à créer une belle émotion grâce à la sensibilité de son personnage et à son style d’une belle richesse.
 » Des silhouettes dans le lointain, un peu floues et perdues, comme des dessins pas finis, ou mal effacés, qui hésitent entre l’oubli et la présence, c’est ça des silhouettes. »

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Jacques Prévert, Les mots à la bouche – Daniel Chocron

chocronTitre : Jacques Prévert, Les mots à la bouche
Auteur : Daniel Chocron
Éditeur : Éditions du Jasmin
Nombre de pages : 184
Date de parution : avril 2014

Auteur :
Historien du cinéma, Daniel Chocron participe à la fondation et à la rédaction de la revue Films. Depuis 2002, il participe à la programmation d’évènements artistiques et d’animations culturelles.
Connu pour ses conférences sur l’histoire du cinéma à destination des chercheurs, il en anime également pour la jeunesse. Il invite alors le public à interagir avec des diapositives et des extraits de film.

Présentation de l’éditeur :
Le nom de Jacques Prévert évoque des poèmes récités devant le tableau noir, des chansons immortalisées par Yves Montand ou Juliette Gréco, un certain cinéma en noir et blanc…
Pourtant ce ne sont là que quelques-unes des nombreuses facettes de l’homme. Né avec le XXe siècle, il est de tous ses mouvements artistiques, sans jamais s’y laisser enfermer. Il est aussi de tous les mouvements sociaux : lui qui a pu observer dès l’enfance l’injustice et la brutalité des rapports entre les forts et les faibles ne manquera pas une occasion de les dénoncer en participant à l’effervescence artistique et politique des années folles.
Artiste complet à l’imagination toujours en mouvement, ses créations touchent au cinéma, où il formera un duo légendaire avec Marcel Carné, au théâtre, avec des pièces militantes au plus près de l’actualité, mais aussi aux collages et au dessin animé. Écrivain et poète, son œuvre foisonnante s’étend des pamphlets aux livres pour enfants ; elle est toujours animée, en prose comme en vers, du souffle de la poésie et de la liberté.

Mon avis :
Jacques Prévert, un nom qui nous ramène de suite sur les bancs de l’école. Aussitôt, j’entends les jeux de mots ( » De deux choses lune l’autre c’est le soleil »), les calembours ou les énumérations. Mais le poète est un artiste complet jouant avec les mots et les images.
Daniel Chocron nous parle de la jeunesse de Prévert, de sa vie, de ses écrits, de ses dialogues au cinéma, de ses textes chantés par les plus grands chansonniers d’après-guerre, de ses textes pour enfants et de ses contributions à la peinture et aux collages.
Né en 1900, Jacques a souffert de la pauvreté et des périodes de guerre.
 » La vie de Jacques se passe entre les privations quotidiennes, beaucoup d’amour familial et la découverte de Paris avec un apprentissage de la vie dans les rues. »
A son retour du service militaire en Turquie, il s’installe à Paris avec des amis surréalistes. Dans toute son œuvre, il défendra les opprimés, affirmera son anticléricalisme et son aversion de l’armée. Engagé sur toutes les causes, il sera bien plus tard un précurseur de l’écologie.
De 1932 jusqu’au front populaire, il écrira de nombreux textes notamment pour le théâtre avec le groupe Octobre. Il se consacrera ensuite au cinéma en écrivant les dialogues de nombreux succès du cinéma français avec Marcel Carné ( Drôle de drame, Quai des brumes, Les enfants du paradis...)
En tant qu’historien du cinéma, les connaissances et analyses de Daniel Chocron sont alors enrichissantes.
Après la seconde guerre mondiale, les cabarets de Paris deviennent de plus en plus animés. Les grands chansonniers chantent alors les plus beaux textes de Prévert sur une musique de son ami Joseph Kosma.
Jacques Prévert écrit aussi pour son ami Pablo Picasso, dialogue les tableaux de Miro, Braque mais s’associe aussi à de grands photographes comme Doisneau, un autre amoureux de Paris.
Jacques Prévert avait aussi une passion pour les collages, une manière de mettre en image le surréalisme. C’est une activité que je ne lui connaissais pas ( Parution de Fatras en 1966) et que l’auteur détaille en fin de livre.
Beaucoup de grands auteurs, réalisateurs, comédiens, chanteurs, peintres, photographes ont croisé la route de Jacques Prévert. L’auteur fait une courte biographie de chacun en fin d’ouvrage. Ce petit livre est donc aussi l’occasion de retracer la vie artistique de ce siècle marqué par deux grandes guerres.
Daniel Chocron nous permet de découvrir les multiples facettes de ce poète qui reste souvent en nos mémoires pour Paroles ( son recueil de poésie le plus connu), Barbara, Les feuilles mortes.
Toutefois pour captiver son public cible ( adolescents à partir de 15 ans), il me semble que la succession d’informations aurait gagnée à être davantage romancée. L’analyse de certains films très intéressante aurait pu être plus développée, le texte aurait gagné en rythme avec davantage d’anecdotes ou l’insertion d’illustrations.
Je remercie Les Éditions du Jasmin et Daniel Chocron pour cette biographie ( « qui se lit comme un roman« )  qui m’a permis de mieux connaître la vie et les nombreuses activités de cet immense poète.

 

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Price Minister et Les Toiles enchantées

PriceMinister – Rakuten s’associe aux Toiles Enchantées pour offrir grâce aux blogueurs des séances de cinéma aux enfants et adolescents hospitalisés ou handicapés.

 

Du 03/02 au 28/02  un article publié sur votre blog ou site se transforme en un don de 15€ de PriceMinister – Rakuten aux Toiles Enchantées pour les soutenir dans leur merveilleuse démarche d’offrir gratuitement aux enfants et adolescents hospitalisés ou handicapés les films à l’affiche sur grand écran, comme au cinéma !

Pour les blogueurs, Toutes les informations sont ici.

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En publiant cette mini-interview sur mon blog, PriceMinister – Rakuten s’engage à faire un don de 15€ aux Toiles Enchantées qui offre gratuitement aux enfants et adolescents hospitalisés ou handicapés les films à l’affiche sur grand écran, comme au cinéma !

 

  • Quel est votre premier souvenir du cinéma ?

Je ne suis pas allée au cinéma avant l’adolescence. Je ne sais pas si c’est mon premier film vu au cinéma, je ne crois pas d’ailleurs mais c’est certainement celui qui m’a le plus marqué : Midnight Express d’Alan Parker
Je ne le conseille pas pour Les Toiles enchantées…

 

  • Quel est selon vous le meilleur film pour enfants de tous les temps ?

 

Mary Poppins, ce film m’a toujours fait rêver

 

  • Une machine à voyager dans les films vient d’être inventée. Vous avez la possibilité de vivre les aventures d’un de vos héros cinématographiques d’enfance, dites nous qui ? (ex : Elliott dans E.T…)

 

Je me verrais bien en justicier. Zorro ou Robin des bois

 

  • Dites nous en une phrase pourquoi vous aimez les Toiles Enchantées !

 

« Les Toiles enchantées » est une porte ouverte sur le rêve et l’imaginaire pour tous ceux qui souffrent d’isolement et ne peuvent se déplacer.

 

Vous aussi participez à la chaîne de solidarité en participants à #1Blog1Séance http://bit.ly/1d7Og1o ou en faisant directement un don si vous n’avez pas de blog.

Merci à tous les blogueurs de soutenir cette initiative.

Hitchcock, roman – René Bonnell

bonnelTitre : Hitchcock, roman
Auteur : René Bonnell
Éditeur : Hermann
Nombre de pages : 220
Date de parution : août 2013

Auteur :
René Bonnell a joué un rôle prépondérant dans le paysage cinématographique français. C’est Daniel Toscan du Plantier qui lui propose de prendre en charge la distribution chez Gaumont, où il restera de 1978 à 1982. À partir de 1983, commence la grande aventure de sa vie professionnelle : il participe au lancement de Canal Plus auprès d’André Rousselet qui le charge des questions de cinéma, puis il fonde et dirige Studio Canal. Il raconte ce parcours exceptionnel dans Mon cinéma de Cannes à Canal Plus (Balland, 2010). Économiste, on lui doit un livre considéré comme une référence par tous les professionnels du monde de l’image : La Vingt-cinquième image (Gallimard, 4e édition, 2006). Écrivain, il a publié plusieurs romans dont Grande vacance (Flammarion, 1997) et Le Petit Kant (Gallimard, 1989).

Présentation de l’éditeur :
« Il ferma les yeux pour suivre Carol en plan serré durant tout le parcours qui la conduisait jusqu’à son antichambre : signe amical à l’hôtesse d’accueil, sourire forcé face à Suzanne qui ferait traîner le moment de l’accès au saint des saints. Carol aurait droit à la plus inconfortable des chaises. S’ensuivrait un champ contre champ de regards sans aménité entre les deux femmes. L’une faisant mine d’être trop occupée pour avertir Monsieur Hitchcock de l’arrivée de la dénommée Carol Greenwood, l’autre se gardant de tout signe d’impatience. Dans son antre, le potentat était fier de sa mise en scène. Deux femelles s’affrontaient pour lui, chacune dans le rôle qu’il leur avait attribué, selon une partition qu’il avait écrite. Il ne concédait rien au hasard, surtout quand son plaisir était en jeu. »
L’histoire, ici racontée, n’est pas vraie, mais elle se nourrit d’éléments authentiques qui auraient pu conduire Hitchcock à la vivre. À l’orée de ses quatre-vingts ans, le réalisateur s’efforce de conquérir une jeune femme venue lui rendre visite à Los Angeles. Rongé par la culpabilité, il cherche à renouveler avec elle l’expérience, pourtant traumatisante, entreprise avec Tippi Hedren quinze ans plus tôt.

Mon avis :
L’auteur utilise un biais intéressant et romanesque pour mettre en évidence le caractère du célèbre réalisateur anglais, Alfred Hitchcock.La très jeune et androgyne Carol, étudiante, rêve de rencontrer le maître et de lui proposer un scénario. Par l’intermédiaire de Jerry Miskowitz, ami de Lew Wasserman, patron d’Universal, elle parvient à avoir un rendez-vous. Alfred Hitchcock ne peut résister à ce profil qui n’est pas sans lui rappeler la très belle Tippi Hedren.
Cette rencontre fictive stigmatise le problème du bedonnant Hitchcock avec les femmes.
 » Hétérosexuel inactif, Hitchcock vénérait la compagnie féminine »
Sa tentative de séduction de Tippi ayant échoué, il évinça l’actrice de manière assez caractérielle. Sa vengeance fut assez destructive.
Jeune, il ne savait pas exprimer sa colère devant une mère autoritaire et il regrette aussi la façon dont son père l’a expédié en prison à l’âge de cinq ans. Ces expériences ont forgé son caractère.
 » Son rapport traumatique à l’autorité était de notoriété publique. »
 » Sa soupape était la création, sublimation de sa névrose. »
Mal dans son corps obèse et maintenant diminué par « Arthur », son arthrose, le vieil homme tente de recouvrer ses tentations passées auprès de Carol qu’il espionne et met en scène.
«  Isolé dans son obésité, corseté par un catholicisme qui l’empêchait de digérer un bon repas sans remords, l’homme était trop inhibé pour passer aux actes et s’abritait derrière une position de voyeur. »
Mais cet homme vieillissant n’a guère plus que le réconfort du whisky et des bonnes tables pour animer sa fin de vie auprès de sa femme Alma diminuée par plusieurs accidents cérébraux.
Ce récit fictif est surtout l’occasion de revoir plusieurs scènes mythiques de Sueurs froides, Psychoses ou des Oiseaux et de se rappeler que cet immense réalisateur n’avait jamais été reconnu par la profession. Il n’a reçu qu’un « award » pour l’ensemble de son œuvre et l’anoblissement qu’en toute fin de carrière.
Et pourtant :
 » Si Hitchcock avait eu cinquante kilos de moins, la face du cinéma en aurait été changée. »
Le récit est très agréable à lire et permet de se remémorer d’excellents moments de cinéma même si je pense, qu’il y a avait sûrement davantage à découvrir sur la vie de ce grand homme.

Je remercie les Éditions Hermann pour la découverte de ce roman.

RL2013

Brioche – Caroline Vié

viéTitre : Brioche
Auteur : Caroline Vié
Editeur : JC Lattès
Nombre de pages : 250
Date de parution : 22 août 2012

Présentation de l’éditeur :
« Il paraît que tu n’es pas très beau. Tout le monde me le dit et c’est sans doute un fait. Je le vois. Je le sais. Tu transpires un peu. Et j’ai rarement vu quelqu’un d’aussi mal fagoté. Quand tu marches, tu te dandines. Tes jambes sont arquées. Ta silhouette est un peu voûtée comme si ta tête était trop grosse, trop lourde pour le reste de ton corps. Tu as largement dix kilos de trop. J’ai bien vu tout ça. Mieux que personne. Mais j’aime chacun de tes défauts. Comme je suis seule à les chérir, tes faiblesses n’appartiennent qu’à moi.

Et puis, un jour, j’ai appris que tu étais marié. C’est là que j’aurais dû poser les armes, mais je ne l’ai pas fait parce qu’on ne change pas les rayures d’un zèbre. »
Elle croise à longueur de journée des stars de cinéma, enchaîne les voyages exotiques, est mariée à un homme formidable qui lui a donné un petit garçon modèle. Bien sûr, elle s ennuie.
Jusqu au jour où elle le rencontre, au hasard d une interview. Avant lui, elle ne savait rien de l amour.
On ne soupçonne jamais les folies qui sommeillent en nous.

Mon avis :
 » Il est bien élevé, George Clooney. Et beau. Je suis peut-être la seule femme au monde qu’il n’attire pas. Il est trop
cool, trop moelleux
. »
En tant que critique de cinéma (la profession de l’auteur), la narratrice côtoie les plus grands et les plus beaux : Robert Pattinson, George Clooney, Hugh Grant, Bruce Willis… Mais, elle, qui s’ennuie dans sa vie familiale, rêve de cet acteur un peu bedonnant qu’elle interviewe à plusieurs reprises. Elle ne le
nomme pas, on sait simplement qu’il est un proche de George Clooney ou de Johnny Deep. Et comme pour le livre dAurélie Levy ,  Ma vie pour un oscar, tous les lecteurs vont chercher de qui Caroline Vié peut
elle bien parler.
Personnellement, je dois être réfractaire au milieu superficiel des stars du cinéma car ce récit m’a ennuyée. Deux cent pages d’adoration adolescente pour une star qu’elle a la chance de rencontrer mais la peur de vraiment aborder m’ont passablement agacées.
Et puis, cette façon de surnommer son mari et son fils de tous les couples de marques existantes ( Mark and Spencers, Rivoire et Carret, Dolce & Gabbana, Lagarde et Michard…) concrétise le mépris avec lequel elle traite sa famille. Ce comportement est un peu rédhibitoire pour moi.
Je n’ai pas du tout été sensible à l’humour de l’auteur. Le livre commence avec des allusions graveleuses et se termine avec une situation grand-guignolesque.
Pour finir sur une note positive, l’auteur nous fait découvrir le milieu journalistique du cinéma, évoque ses expériences auprès des plus grands et possède effectivement une dose d’humour et d’auto-dérision qu’on appréciera ou pas.

Je remercie  livraddict_logo_middle et les Editions JC Lattès pour cette lecture.

N’hésitez pas à aller voir l’avis de Petite Marie ou ceux  plus positifs d’Anna, de Lizouzou et d’Everbook.


Un si beau monstre – François Forestier

forestierTitre : Un si beau monstre
Auteur : François Forestier
Editeur : Albin Michel
Nombre de pages : 283
Date de parution : juin 2012

Présentation de l’éditeur :
Brando,  » le plus grand acteur du monde « , un monstre absolu. De ses débuts à New York dans Un Tramway nommé Désir à sa dernière apparition dans The Score, un destin hors du commun. Comment un homme d’une beauté inimaginable, d’une séduction extraordinaire, au talent hors pair a-t-il pu devenir ce fantôme obèse qui s’est enlisé dans le malheur ? Qui n’a pas cessé de déprécier son métier. Qui ne savait même pas combien il avait d’enfants. Qui a assisté, impuissant, au crime de son fils, au suicide de sa fille. ?
Comme don Juan, il a eu toutes les femmes, célèbres (Ava Gardner, Shelley Winters, Ursula Andress, Marilyn Monroe, Pier Angeli, Vivien Leigh, Rita Moreno) ou pas (serveuses, vendeuses, passantes)
Il a été désiré par des hommes, connus (Tennessee Williams, Jean Cocteau, Laurence Olivier) ou non (journalistes, motards, acteurs). Il a eu trois épouses et un ami. Les épouses sont passées, l’ami est resté jusqu’au bout : Christian Marquand, le comédien du film Et Dieu créa la femme, seul point d’ancrage de la vie de Brando. Mais il a tout gâché pour s’enfoncer dans la nuit : enchaînant les navets, noyé dans la graisse et l’abjection. Ce récit noir, très documenté, est celui d’une déchéance : King Brando, souverain des ténèbres.

Mon avis :
Un si beau monstre ou Comment François Forestier vient de casser un des mythes de ma jeunesse cinématographique. Je ne lui en veux pas parce qu’il y a prescription et que j’ai appris beaucoup de choses sur cette époque du cinéma.
François Forestier est journaliste et a écrit un certain nombre de biographies de personnalités du cinéma avec notamment parmi les plus célèbres, Howard Hugues, que l’on croise dans ce récit aussi et son  dernier succès, JFK et Marilyn.
Nul doute que l’auteur connaît ce monde et les références tant américaines que françaises sont nombreuses. C’est une joie de découvrir en marge, des acteurs comme Laurence Olivier ou Vivian Leigh et Ava Gardner et côté français, Christian Marquand, Nadine Tringignant et Juliette Gréco.
Le livre est découpé en deux parties. Après une annonce du délire final un peu angoissante telle un roman policier, Up est une partie sur l’ascension du « plus grand acteur du monde » et Down, un second volet sur la chute inévitable, la descente aux enfers.
Marion Brando est ici présenté comme un psychopathe, un dépravé sexuel qui aura autant d’ amants masculins que de conquêtes féminines, un acteur prétentieux et indomptable qui ne connaît jamais son texte et qui « crache dans la soupe ». Toutes les femmes le veulent et s’en mordront les doigts. Dès qu’elles s’attachent, il fuit. Si elles l’abandonnent, il court les rechercher.
Ce grand acteur  ne doit-il donc sa célébrité qu’à son magnétisme, sa « gueule d’ange »? J’ai pourtant de très bons
souvenirs  des films comme Un tramway nommé désir, l’Equipée sauvage et même Les révoltés du Bounty, qui fut
certes un fiasco financier.
J’ai apprécié la grande connaissance de l’auteur, la tentative d’analyse du comportement de l’acteur par le lien étrange avec la mère. L’auteur sait captiver le lecteur par le côté infernal de cette descente aux enfers, la toile se tisse au fur et à mesure pour nous enfermer dans la folie destructrice.
Le style est aisé, avec des pointes d’humour mais  peut-être un peu trop de sensationnel.
Toutefois, il me semble que l’auteur se complaît un peu trop dans la noirceur, ne passe que trop rapidement sur les succès, l’oscar obtenu pour l’interprétation de Don Corléone dans le Parrain. Il y a plusieurs répétitions de faits comme les aveux  d’Elia Kazan lors de la période américaine de la chasse aux sorcières ou les conséquences financières du comportement de Marlon Brando père.  L’auteur nous assène souvent des faits ou phrases anodines qui ne laissent qu’un effet tapageur (Marlon Brando qui mange de l’ail, l’anecdote de la rencontre avec Tennessee Williams, le « noble bijou », les premiers mots du fils…)
Tant de vies gâchées, tant de turpitudes dans ce monde du cinéma que j’en suis sortie avec un grand dégoût pour ce milieu. Mais dites-moi, elles ne sont pas tous comme ça nos idoles du grand écran?
Je remercie Les Éditions Albin Michel pour ce livre qui témoigne d’une époque du cinéma américain et qui est un riche documentaire de la vie gâchée de Marlon Brando, si bien nommé, monstre du ciné
ma.