Chacune de ses peurs – Peter Swanson

Titre : Chacune de ses peurs
Auteur : Peter Swanson
Littérature américaine
Titre original : Her every fear
Traducteur : Marie-France de Paloméra
Editeur : Calman Lévy
Nombre de pages : 375
Date de parution : 2017

Kate Priddy a vécu un évènement traumatique avec son dernier petit ami, George Daniels. Lorsque son cousin américain, Corbin Dell lui propose un échange d’appartement, elle quitte Londres pour Boston. Ce sera pour elle l’occasion d’un nouveau départ en suivant un cours de design.
Côté appartement, elle n’y perd pas au change. Corbin a un logement luxueux dans une belle résidence de Boston. Par contre, la tranquillité ne sera pas au rendez-vous. Audrey Marshall, la voisine de Corbin est assassinée le jour même de son arrivée.
Encore fragile, Kate se laisse perturber par des choses étranges mais intrépide, elle ne peut s’empêcher de s’impliquer dans l’enquête.
Pourquoi Corbin dit-il ne pas connaître Audrey alors que Alan Cherney, le voisin d’en face un peu voyeur fut témoin de leur relation?
Malheureusement, l’auteur nous donne très vite toutes les clés de compréhension. Il ne reste qu’à découvrir comment le dénouement va se dérouler. Très peu de suspense avec mobiles dévoilés et personnages assez évidents.
Tout cela dans un style très américain « bas de gamme ». Une lecture facile mais sans intérêt pour moi.

Lu dans le cadre du Jury du Grand Prix des Lectrices Elle 2018, sélection de janvier

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Le triangle d’incertitude – Pierre Brunet

Titre : Le triangle d’incertitude
Auteur : Pierre Brunet
Éditeur : Calman-Levy
Nombre de pages : 275
Date de parution : 16 août 2017

En terme de navigation, le triangle d’incertitude est cette figure formée sur une carte maritime lorsque le marin a relevé trois points fixes ( amers) et dans lequel son bateau se trouve forcément. Plus ou moins large, il laisse une marge d’incertitude sur la position du navire.

Ancien commando marine, de retour de l’opération Turquoise (opération humanitaire de l’armée française en 1994) au Rwanda, Étienne est perdu dans la plus grande incertitude. Marqué par les visions traumatisantes du massacre des Tutsis mais surtout convaincu de la défaillance de son armée dans le sauvetage possible de milliers d’êtres humains, Étienne ne parvient pas à se réinsérer dans son milieu familial ni dans les commandos maritimes.
« mille deux cent vies perdues par cynisme ou défaillance », l’armée ayant tergiversé pendant trois jours pour assurer la protection demandée par les Tutsis de Bisesero.

Il ne peut supporter les attentes d’amour de sa femme, « nous sommes tous damnés, et il n’y a plus aucun amour dans lequel s’incarner l’un par l’autre. » Thérapeute et sexologue n’y pourront rien.
Mis au placard dans un centre de documentation, tomber sur les archives du massacre de Bisesero le convainc de démissionner et de partir en mer avec Gilliat, ce voilier personnifié qu’il a acheté dès son retour du Rwanda, deux ans plus tôt.
«  Je crois que le soleil ne désire que la mer. La terre est un accident. La terre est incertaine de vouloir se réveiller chaque matin, si pesante de morts. »
Seule la mer peut guérir sa morbidité obsessionnelle. En consignant sa route sur le journal de bord, il rejette chaque jour ce que sa raison ne peut supporter.
«  On m’avait préparé à ça; m’engager dans la zone de mort, et tuer. Je n’étais pas prêt à n’être qu’un figurant impuissant du carnage. Nous n’avons pas tué, là-bas, nous n’avons fait qu’être absents au moment où d’autres tuaient. Cette innocence ne nous sauvera pas. »
Dans les îles anglo-normandes, il s’imprègne de la force de ses rencontres, retrouve les traces de l’auteur qui avec Les travailleurs de la mer ( Gilliat est le pêcheur rêveur qui affronte la pieuvre dans ce célèbre roman de Victor Hugo) lui a donné la passion de l’océan.
C’est un voyage de rédemption. «  Les rayons du soleil couchant sur le bleu-mauve des jacinthes en fleur auraient pu le relever de ses fautes. Il ne se serait pas pardonné. Il aurait juste accepte d’être là, baigné de ces couleurs embrasant la demi-ombre d’une souveraineté éphémère, dans le vent caressant un tapis de bluebells sur une lande perdue en mer. »

J’ai aimé la prise de conscience de cet homme, sa volonté à affronter sa défaillance, son lien d’amitié avec Gilliat, sa force à sauver les hommes refusant cette indifférence qui « est l’ombre qui accompagne chaque pas de la cruauté. »
Certains se perdront dans le vocabulaire très technique du monde de la voile.
«  Étienne coinça la drisse sur le winch, repartit en pied de mât pour s’occuper des coulisseaux puis revint étarquer la drisse. »
J’ai la chance de connaître un peu. J’ai même retrouvé une allusion au célèbre navigateur, Bernard Moitessier dont on m’a conseillé le livre, La longue route lors de ma visite récente du Joshua, un ktech en acier avec lequel il a fait sa course autour du monde en solitaire au Golden Globe challenge en 1968.

J’ai aimé ce livre pour son approche différente sur le génocide du Rwanda, pour ce voyage de rédemption d’un homme perdu en proie à la culpabilité, pour cette navigation dans les îles anglo-normandes, pour cette course effrénée contre la mort. Autant de facettes qui varient les rythmes de ce roman. Dommage que l’univers peut-être trop pointu de la voile empêche de le recommander au plus grand nombre.

Je remercie Babelio et les Éditions Calman-Levy pour la lecture de ce roman dans le cadre de la dernière opération Masse Critique.