Tous les hommes désirent naturellement savoir – Nina Bouraoui

Titre : Tous les hommes désirent naturellement savoir
Auteur : Nina Bouraoui
Editeur : JC Lattès
Nombre de pages : 264
Date de parution : 22 août 2018

 

Entre souvenirs d’une jeunesse écartelée par une double culture et premiers pas d’une jeune fille de dix-huit ans devant faire face à sa nature et sa virginité, Nina Bouraoui utilise l’écriture thérapie pour faire émerger l’ÊTRE. Il y a peu de choses qu’elle SAIT réellement, quelques faits sur la réalité de ses grands-parents ou parents, leur état-civil, leur foi en quelque sorte. Le reste, elle le déduit à partir de ce qu’elle a vu : la violence d’un pays, le racisme, les difficultés d’un couple mixte, l’exil, le déracinement.

« Mon Algérie est poétique, hors réalité. Je n’ai jamais pu écrire sur les massacres. Je ne m’en donne pas le droit, moi, la fille de la Française... »

Sa mère reste une énigme à résoudre pour comprendre sa propre vie.

« La famille, c’est la chambre interdite de la mémoire interdite, et cette cellule close fait des ravages. »

Avec l’impossibilité de nommer la mélancolie, la violence et la peur, la jeune fille s’est abîmée, s’est forgée une mauvaise image d’elle. En Algérie, elle apprend l’abandon. Seule à Paris, à dix-huit ans, elle cherche une famille, fréquente un club réservé aux femmes et découvre qu’elle n’est pas seule à souffrir. Ely, Laurence, Julia, noient leur différence dans l’alcool, la drogue, la solitude.

« Je trouve cela difficile d’être homosexuelle, personne ne s’en rend compte, ne mesure cette violence. »

Les romans de Nina Bouraoui sont les réceptacles de ses pensées, ses états d’âme. Pas de filtre, les mots semblent couler de son coeur au papier.

« L’écriture agit comme un elixir, son geste m’apaise, me rend heureuse

Pourtant sa thérapie parle aussi au lecteur parce qu’elle est sincère. Lire Nina Bouraoui interpelle sur des sujets de société. Ses mots révèlent ce que beaucoup ne peuvent nommer. Son écriture à la fois spontanée et poétique me touche particulièrement. En voici un extrait pour en apprécier toute sa beauté.

« il ne suffit pas de se travestir pour être un autre, de se cacher les yeux pour s’inventer, de garder le silence pour ne pas trahir le secret, la nuit ne suffit pas à voiler le jour et le jour ne recouvre pas la nuit, tout circule et se mélange, tout révèle et se contredit, tout se répond et s’oppose, les mots sont des oiseaux sauvages. Il n’y aura jamais assez d’heures pour embrasser la vérité, nous ne saurons jamais qui nous sommes, ce que nous désirons et attendons, il y a tant de fruits dans un arbre et tant de fleurs dans un champ, si les travestis changent de robes et de chapeaux, il nous est impossible de changer de coeur et de chair, nous sommes toutes ensemble, unies et solitaires, il y aura toujours des fêtes et des lumières, il y aura toujours des larmes et des clairs-obscurs, restera l’amertume de ne pouvoir explorer le coeur de ceux que nous aimons et de ceux qui nous aiment, il y aura toujours du mystère et de l’inconnu, nous ne saurons ni les racines ni la terre, nous ne saurons ni les raisons du bonheur ni celles des chagrins; une seule certitude demeure – nous espérons. »

Toutes ces vies jamais vécues – Anuradha Roy

Titre : Toutes ces vies jamais vécues
Auteur : Anuradha Roy
Lettres indiennes
Titre original : All the lives we never lived
Traducteur : Myriam Bellehigue
Editeur : Actes Sud
Nombre de pages : 320
Date de parution : 4 mars 2020

En 1927, contrairement  aux principes d’éducation réservées aux filles, Agni Sen, pressentant un talent artistique chez sa fille, Gayatri, l’emmène en voyage à Bali. Ils embarquent sur un bateau qui de Madras part vers Singapour, faisant la connaissance du poète Rabindranath Tagore. Ensuite, ils font route vers Bali, où sur un lac, Gayatri fait la connaissance de Walter Spies, un peintre allemand.

Quelques jours après leur retour, Agni Sen meurt. Gayatri, dix-neuf ans, est contrainte d’épouser Nek Chand, un anglo-indien de trente-trois ans, ancien élève d’Agni Sen. Homme droit, voué à la nation, il ne tolère pas les passions artistiques et frivoles de sa femme. Très vite, Gayatri se sent en cage. L’arrivée de Walter Spies et de Beryl de Zoete vient rallumer la flamme artistique de Gayatri. Alors que son fils, Mychkine n’a que neuf ans, Gayatri quitte le domicile familial pour suivre Walter à Bali.

« La vie de mes parents était secouée de crises du fait de leur opposition systématique au sujet de ce qu’il convenait de penser ou de faire, de leurs définitions antagonistes du nécessaire et du superflu ou en ore de la liberté et de l’oppression

Mychkyne, soixante après, paysagiste retraité, nous confie les souvenirs de cette époque, souvenirs toujours un peu déformés par la mémoire, souvenirs partiels de ce qu’il en a compris à neuf ans. Un paquet venu du Canada donne pourtant un autre point de vue à cette histoire. Ce sont les lettres de Gayatri écrites à son amie Lisa, des lettres où la jeune femme lève le voile sur ses sentiments, parle de son fils et de sa vie à Bali.

Souvenirs, lettres, la construction de ce roman qui mêle personnages réels et fictifs est parfois pesante. Mais ce qu’il en ressort finalement est particulièrement attractif. Gayatri est le symbole de ces femmes qui ne peuvent résister à l’appel de leur art. J’ai particulièrement aimé découvrir quelques facettes de la vie de Walter Spies. Né en Allemagne en 1895, ce peintre et musicien homosexuel a consacré sa vie à l’art balinais. Plusieurs fois interné pour ses origines, l’homme garde un optimisme lié à la contemplation de la nature, à la découverte de formes d’art.

« Rabindranath Tagore avait conscience qu’il existe, indépendamment de la sphère éphémère des hommes, un monde plus vaste, plus profond et chargé de davantage de sens. J’y suis moi aussi sensible, comme ma mère avant moi. »

Ce septième sens particulier relie Mychkine à sa mère, Gayatri à Walter Spies.

« Il incarnait tout ce que mon corps, mon esprit et mon âme réclamaient depuis la mort de mon père – ce n’est pas seulement que j’ai enfin trouvé des gens qui le comprennent, c’est l’intégrité de mon être qui a été restaurée. Comme si toutes les possibilités de la vie avaient été enfermées derrière une porte qui s’ouvrait enfin. »

Des personnages proches de l’art, de la nature et des animaux. Peut-être incapables de comprendre les rivalités de pays en guerre. Même si l’Inde et Bali sont à des milliers de kilomètres du conflit de la seconde guerre mondiale, la colonisation les implique malgré eux.

«  Nous sommes de simples feuilles ballottées par la tempête. »

Ce roman n’est pas une lecture facile parce que la mémoire n’est pas un fil continu, une pensée fluide. Elle divague, se perd, s’enrichit. Mychkine évoque d’autres personnages, ses amis, son grand-père. Toute la richesse de son enfance et parfois des bribes de sa vie d’adulte et actuelle. Autant de personnages secondaires dignes d’intérêt.
La partie épistolaire est condensée, apportant un autre point de vue, une forme de compréhension des décisions de Gayatri. Le lecteur doit intégrer l’ensemble pour faire ressortir l’essentiel.

Mais l’ensemble donne un roman passionnant mêlant la grande histoire, le drame familial et intime, la belle nature balinaise, et surtout la découverte d’un artiste, Walter Spies. Un artiste fascinant que je ne connaissais pas et dont les bribes de vie ici racontées m’incitent à mieux connaître son engagement pour l’art et pour la nature.

Riposte – David Albertyn

Titre : Riposte
Auteur : David Albertyn
Littérature canadienne
Titre original : Undercard
Traducteur : Karine Lalechère
Editeur : Harper Collins
Nombre de pages : 288
Date de parution : 11 mars 2020

Las Vegas, il est 12 heures 34 minutes, Antoine Deco, boxeur latino classé dans le top 15 mondial, se concentre. Ce soir, il va affronter Kolya Konystin, un joueur particulièrement brutal classé parmi les cinq meilleurs mondiaux. Qu’est-ce qui lui donne le courage d’affronter cette brute que tout boxeur évite?

Quelques instants plus tard, Tyron Shaw, retrouve sa tante Trudy et sa fille Tara. Ex-marine, il vient de quitter l’armée, la tête toujours hantée de ses combats en Irak. Chacun lui donne les nouvelles de ses amis, Antoine, Keenan et Naomi.

Keenan, policier comme son père connaît une mauvaise passe. Traduit en justice pour avoir tué un jeune noir lors d’une interpellation, il travaille désormais pour le service de sécurité du Reef, salle de casino où aura lieu le match de boxe. La police, la  communauté noire et même sa femme, Naomi le rejettent et l’accusent.

Quinze ans plus tôt, Tyron, Keenan, Antoine et Naomi, la seule fille du groupe dont chacun était amoureux s’entraînaient ensemble. Seul Antoine a continué la boxe. La mort violente de son père, un assassinat dont il fut témoin,  lui donne la rage de se battre. Une rage exacerbée lorsque les parents de Tyron, deux activistes noirs qui l’avaient recueilli meurent à leur tour de manière brutale. Si les parents de Keenan hébergent Tyron, ils ne veulent pas s’occuper d’Antoine, adolescent rebelle. Livré à lui-même, Antoine vit dans la rue, s’associe à un gang et fera même de la prison. Aujourd’hui, c’est l’heure de la vengeance.

Pendant ces vingt-quatre heures sous haute tension, David Albertyn ménage son suspense en nous dévoilant au fil de l’eau mais chrono en main ce qui s’est réellement passé autour des morts du père d’Antoine et des parents de Tyron. Naomi, Keenan et Tyron se retrouvent involontairement au coeur de la vengeance d’Antoine dans ce milieu des casinos où milliardaires s’octroient tous les droits, protégés par des flics corrompus.

Riposte est une lecture distrayante grâce à un scénario plutôt bien ficelé et des personnages sympathiques. Mon seul bémol serait peut-être sur le style qui laisse une place importante aux dialogues parfois un peu primaires.

Un premier roman sportif et prometteur pour cet écrivain né à Durban, en 1983. A suivre

 

Morceaux cassés d’une chose – Oscar Coop-Phane

Titre : Morceaux cassés d’une chose
Auteur : Oscar Coop-Phane
Editeur : Grasset
Nombre de pages : 160
Date de parution : 15 janvier 2020

 

J’ai découvert Oscar Coop-Phane avec Mâcher la poussière. Tout de suite, j’ai été sensible à son style, sa sensibilité. Le procès du cochon prouve que l’auteur a la capacité d’innover, de prendre des risques avec un sujet original toujours emprunt d’humanité.

Une fois de plus, Oscar Coop-Phane interpelle son lecteur en écrivant sur sa vie, son métier alors qu’il a tout juste trente ans. Cette confession confirme ce que je ressens à la lecture des romans de l’auteur. Cet homme a un vécu et l’écriture est son moyen d’e pression.

Peu à l’aise en société, sur les plateaux de télévision, ce jeune homme aime par-dessus tout lire et écrire pour les lecteurs souvent plus sensibles que les journalistes ou les spécialistes du monde de la littérature.

« Je peine à penser que je suis écrivain

Quand on ne peut pas vivre de l’écriture, peut-on dire que c’est son métier?

Dans ce récit fragmenté , non linéaire, l’auteur balaie les salissures de l’enfance, l’abandon familial à l’adolescence, la chute dans l’alcool et la drogue, les exils à Berlin, ville de la défonce ou en Italie, pensionnaire à la villa Médicis, les petits boulots alimentaires.

« Je crois que la dèche a joué un rôle important dans ma construction

Toujours la lecture de Bove, Calet et surtout l’écriture lui tiennent la tête hors de l’eau. Et surtout la promesse que Pauline, celle qui sera sa femme et la mère de sa fille, sera là en ce monde souvent difficile pour l’écrivain insuffisamment reconnu.

Sans jamais s’apitoyer sur son sort, mais en racontant sincèrement son passé, Oscar Coop-Phane séduit par son élégance et donne de la voix à tous les auteurs talentueux qui peinent au quotidien et ne peuvent vivre de leur art.

10 minutes 38 secondes dans ce monde étrange – Elif Shafak

Titre : 10 minutes 38 secondes dans ce monde étrange
Auteur : Elif Shafak
Littérature turque
Titre original : 10 minutes 38 seconds in this strange world
Traducteur : Dominique Goy-Blanquet
Editeur : Flammarion
Nombre de pages : 400
Date de parution : 8 janvier 2020

 

Si les grands moments de la vie, naissance, mariage, retraite, mort sont marqués d’une date précise, l’esprit met du temps à s’accommoder du nouvel état. Rien n’est aussi instantané. A l’instant t où le coeur s’arrête, il reste 10 minutes et 38 secondes pendant lesquelles les circuits cérébraux continuent à fonctionner. C’est dans ce monde étrange que nous croisons Tequila Leila, prostituée, assassinée et jetée dans une poubelle d’Istanbul. Au fil de ces 10 minutes 38 secondes, Leila convoque les moments importants de sa vie. Ces moments de l’enfance qui ont figé son destin, ces moments de rencontre avec cinq personnes, les cinq amis qui l’accompagneront au-delà de la mort.

Leyla Afife Kamike est née le 6 janvier 1947 dans la ville de Van. Sa vraie mère, Binnaz, seconde et jeune épouse du tailleur Haroun, est contrainte de donner son enfant à Suzan, la première épouse stérile. La vie de Leyla commence dans le mensonge, le silence qu’obligent les traditions et superstitions.

Quand, à seize ans, enceinte, elle annonce à son père avoir été régulièrement abusée sexuellement par son oncle depuis l’âge de six ans, ce dernier privilégie la sauvegarde de l’honneur à la défense de sa fille. Pour échapper à un mariage forcé, aidée par Sinan, son meilleur et seul ami, Leyla prend le bus pour Istanbul, ville de la liberté. Elle troque « le « y » de yesterday contre le « i » d’infini » et devient Tequila Leila. Jeune et naïve, elle est vendue à un bordel par un couple qui l’avait aidée à la gare.

« Cette ville la surprendrait toujours; des moments d’innocence se dissimulaient dans ses coins les plus sombres

Les rencontres avec Nalan, un ouvrier qu’elle retrouve des années plus tard en femme dans une prison, avec Jameelah, une africaine ayant fui son pays, avec Zaynab122, une naine adepte de tasséomancie, puis avec Humeyra, une chanteuse qui a fui un mari violent, sont des moments d’innocence et de grâce dans cette ville cosmopolite pleine de contradictions.

« Istanbul n’était pas une ville pleine d’opportunités, mais pleine de cicatrices. »

Leila y découvre aussi les rivalités politiques avec D/Ali, un étudiant trotskiste qui l’entraîne en mai 1977 sur la place Taksim où des snipers tirent sur une foule de manifestants. Istanbul est une ville de troubles et de chaos où le taux de criminalité est important.

Après une longue première partie intitulée L’esprit, qui balaie le passé de Leila, nous suivons avec Le corps, l’action du groupe des cinq amis ; incapables d’accepter que le corps de leur amie, non réclamé par une famille qui l’a bannie, soit enterré anonymement dans le cimetière des Abandonnés.

Ce lieu, situé dans le village de Kilyos, près d’une station balnéaire existe réellement. On y enterre tous les non-désirés, les indignes, les non-identifiés, plus récemment les corps des migrants ramassés  sur les plages, avec au mieux une planchette en bois portant un numéro.

Le groupe des cinq commence une folle aventure pour sauver l’âme de leur amie.

Avec ce roman, aux reflets d’Istanbul, Elif Shafak raconte l’histoire de la Turquie d’aujourd’hui. Superstitions, prophéties, croyances maintiennent les hommes sous contrôle. L’honneur, la religion contraignent les femmes à une soumission totale au pouvoir des pères ou maris. Leyla a grandi avec la honte et le remords, la culpabilité qu’on lui a ancrée dans la tête. «  Istanbul, la ville où finissaient par aboutir tous les mécontents et les rêveurs » ne pourra l’en guérir. Fort heureusement, Elif Shafak, offre aux laissés pour compte la force de l’amitié.

Fidèle à son univers, Elif Shafak, nous offre une belle histoire de femme, bafouée par sa famille mais entourée de belles personnes dans une Turquie pleine de contrastes.

Adieu fantômes – Nadia Terranova

Titre : Adieu fantômes
Auteur : Nadia Terranova
Littérature italienne
Titre original : Addio fantasmi
Traducteur: Romane Lafore
Editeur : La Table ronde
Nombre de pages :240
Date de parution : 3 octobre 2019

 

Ida Laquidara a trente-six ans, elle vit à Rome avec Pietro. Cet homme a su déceler en elle le gouffre laissé par le drame de son enfance. Un drame qu’elle ressasse, qui lui procure des cauchemars : la disparition de son père dépressif quand elle avait treize ans.

« la mort est un point final; la disparition, l’absence de point, de tout signe de ponctuation à la fin des mots. »

Un matin, Sabastiano s’est habillé, n’a laissé qu’une trace de dentifrice sur le lavabo puis il est sorti. Personne ne l’a jamais revu. Le réveil s’est arrêté à 6h16, le bonheur aussi.

Par orgueil, besoin de protection, elle et sa mère ont dissimulé leur douleur, faisant bonne figure à l’extérieur. Mais chez elles, elles étaient effondrées.

Aujourd’hui, sa mère lui demande de venir à Messine pour l’aider à trier les affaires de la maison familiale avant sa mise en vente. Ida, plongée dans ses souvenirs chancelle face à ses cauchemars.

« Les objets ne sont pas fiables, les souvenirs n’existent pas, seules existent les obsessions. Nous les utilisons pour empêcher la faille de se refermer et nous nous racontons que la mémoire est importante, que nous seuls en sommes les gardiens. Nous gardons la blessure ouverte pour y loger nos maux, nos peurs, nous veillons à ce qu’elle soit assez profonde pour contenir notre douleur; il ne s’agitait pas de la laisser échapper. »

Nadia Terranova détaille avec finesse les émotions d’Ida. La jeune femme peut paraître odieuse tant elle est enfermée égoïstement dans son passé. Son couple s’enlise dans l’indifférence, sa meilleure amie la tient à distance. Les relations avec sa mère ont toujours été difficiles. Ida n’a jamais compris comment sa mère pouvait continuer à vivre sa vie alors que son père tombait dans la dépression. D’ailleurs, Ida n’a jamais regardé la douleur des autres tant elle restait bloquée sur sa propre blessure.

Dans la ville de son enfance, face aux souvenirs encore plus prégnants d’un père disparu, pourra-t-elle enfin s’ouvrir aux autres et faire son deuil?

Adieu fantômes est un roman sensible, mélancolique avec le charme de la Sicile mais le poids d’une héroïne peu empathique.

 

L’amour est aveugle – William Boyd

Titre : L’amour est aveugle
Auteur : William Boyd
Littérature anglaise
Titre original : Love is blind, The rupture of Brodie Moncur
Traducteur : Isabelle Perrin
Editeur : Seuil
Nombre de pages : 448
Date de parution : 2 mai 2019

 

Au village familial de Liethen Manor, Brodie Moncur, seul enfant au teint mat, aux yeux marrons et cheveux noirs d’une fratrie de six filles et trois garçons, était mal aimé de son père pasteur, alcoolique et violent. Sa mère, fatiguée par les grossesses successives, est morte en couches alors qu’il n’avait que quatorze ans. C’est auprès de Lady  Dalcastle, une veuve amie de sa mère que le garçon apprend et s’élève. Elle lui trouve un poste d’apprenti-accordeur chez son cousin, Ainsley Channon, fabricant de pianos à Edimbourg.

« On peut quitter son foyer mais le foyer ne vous quitte jamais…»

Avec l’oreille absolue et un esprit inventif, Brodie donne toute satisfaction à son patron. Celui-ci lui propose de devenir directeur adjoint de sa boutique parisienne en difficulté financière à cause de la mauvaise gestion de son fils, Calder Channon. C’est le début d’une grande aventure riche de rencontres et de voyages sous la plume romanesque et rythmée du conteur William Boyd.

Les idées novatrices de Brodie relancent les ventes sous le regard noir de Calder. Brodie propose notamment de monter un partenariat avec des pianistes célèbres afin de promouvoir les pianos Channon sur les plus grandes scènes du monde. John Kilbarron, celui qu’on surnomme «  le Litz irlandais » accepte sa proposition. Le pianiste est un virtuose, une tornade avec cette « beauté hagarde du débauché. » Brodie le suit dans ses tournées à Bruxelles, Berlin, Vienne, Milan.

« Nous sommes faits pour les complications, nous autres êtres humains. »

Brodie s’éprend de la maîtresse de John Kilbarron, Lyka Blum, soprano russe sans talent. Lors d’un voyage à Saint-Petersbourg, Malachi Kilbarron, un homme sournois qui protège les intérêts de son frère, surprend les deux amants.

Brodie et Lydia s’enfuient à Biarritz, lieu où la communauté russe est importante en 1899 et qui convient à Brodie, atteint de la tuberculose. Mais Malachi ne laissera jamais tranquille Lika Blum. Pourquoi?

«  On peut bien connaître quelqu’un, on ne voit que ce que l’on veut voir, ou ce que l’autre veut qu’on voie »

Ce roman est une succession d’aventures, de voyages jusqu’à Port Blair aux îles Andaman où Brodie se retrouve assistant d’une ethnologue. On ne s’y ennuie pas une seule seconde. William Boyd prend ici sa plume romanesque mais la richesse des aventures et la profonde connaissance du personnage de Brodie en font un récit bien passionnant.