Goliarda Sapienza telle que je l’ai connue – Angelo Maria Pellegrino

pellegrinoTitre : Goliarda Sapienza telle que je l’ai connue
Auteur : Angelo Maria Pellegrino
Littérature italienne
Traducteur : Nathalie Castagné
Éditeur : Le Tripode
Nombre de pages : 64
Date de parution : mars 2015

Auteur :
Angelo Maria Pellegrino a rencontré Goliarda Sapienza en 1975. Il avait 29 ans. Il fut son dernier compagnon et vécut avec elle jusqu’à sa mort en 1996. Lui-même, comédien, écrivain, traducteur et éditeur, il fut le témoin privilégié de la genèse d’une grande partie de son oeuvre et sauva notamment L’art de la joie de l’oubli. Il dirige désormais en Italie l’édition des oeuvres complètes de Goliarda Sapienza, au sein des prestigieuses éditions Einaudi.
Présentation de l’éditeur :
Dans ce texte émouvant, le dernier compagnon de Goliarda Sapienza nous livre un portrait inédit de l’auteur de L’art de la joie, de Moi, Jean Gabin et de L’université de Rebibbia. On y redécouvre les arcanes d’une de personnalités les plus singulières de la littérature contemporaine, depuis l’univers hors norme de son enfance en Sicile à ses errances romaines, ses contradictions et les mouvements d’une vie qui la plongèrent dans les désespoirs les plus profonds comme les joies les plus minérales.
Goliarda Sapienza voulait que la littérature et la vie se rejoignent, ne fassent qu’un. Grâce au témoignage amoureux d’Angelo Maria Pellegrino, il est possible de comprendre à quel point cette exigence la poussa au plus loin de l’existence.
Mon avis :
Angelo Maria Pellegrino reprend dans ce récit les points importants de la vie de Goliarda Sapienza, déjà bien connus de ses lecteurs puisque ses romans comportent une part autobiographique et que l’éditeur français Le Tripode joint couramment en fin de livre une biographie de l’auteur. Mais reprendre ces événements avec quelqu’un qui l’a bien connue et l’a aimée donne une dimension supplémentaire.
Goliarda Sapienza est née dans une famille recomposée avec des parents fort engagés politiquement et férus de théâtre grec ( pour son père) et de littérature politique et philosophique ( pour sa mère) . A 12 ans, elle avait lu tout Dostoïevski et Tolstoï. Sicilienne, l’Etna lui a donné son tempérament volcanique.
Élevée dans les ruelles de Catane, bercée par les récits d’humanité des clients de son père avocat, Goliarda a aussi profité du féminisme et de la liberté religieuse de sa mère.
Son voyage en Russie finira de l’opposer au PCI ( Parti Communiste Italien), rompant ainsi avec son compagnon le cinéaste Francesco Maselli et retrouvant les valeurs de ses parents avec le socialisme anarchiste et humaniste.
Après une courte carrière au théâtre et au vinéma, Goliarda Sapienza tente vainement de faire éditer L’art de la joie, mais la subversivité de son héroïne Modesta déplaît aux éditeurs.
Curieusement cette auteure aujourd’hui reconnue en Italie et publiée par les éditions Einaudi ( équivalent de La Pléiade), peine alors à se faire connaître. C’est peut-être cette indigence (  » un écrivain vole pour faire vivre son œuvre ») qui la poussera à voler des bijoux et à se retrouver à la prison de Rebibbia, lieu qu’elle rêvait tout de même de côtoyer pour se rapprocher du monde de la marginalité. Et cette expérience carcérale sera une révélation et  » marqua sa renaissance« .
Déjà marquée par des soucis de santé et plusieurs crises morales, Goliarda découvre à la quarantaine le tabac et l’alcool, deux abus qui causeront son arrêt cardiaque en 1996.
Même si j’ai appris peu de choses sur la vie de Goliarda Sapienza, j’ai apprécié la vision d’ Angelo Maria Pellegrino et je ne peux que le remercier d’avoir mis tant d’énergie à faire publier les écrits de sa compagne.
Il faut aussi remercier les Éditions Viviane Hamy qui publient en 2005 L’art de la joie. C’est ce succès français qui a permis aux éditeurs italiens de comprendre l’importance de cette auteure talentueuse.
Et maintenant les éditions Le Tripode pour la publication de toute son œuvre.

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Fairyland – Alysia Abbott

abbottTitre : Fairyland
Auteur : Alysia Abbott
Titre original : Fairyland
Littérature américaine
Traducteur : Nicolas Richard
Éditeur : Globe
Nombre de pages : 320
Date de parution : 12 mars 2015

Auteur :
Alysia Abbott est la fille unique du poète Steve Abbott. Journaliste et critique, elle vit actuellement à Cambridge, dans le Massachusetts, avec son mari et leurs deux enfants.

Présentation de l’éditeur :
1974. Après la mort de sa femme, Steve Abbott, écrivain et militant homosexuel, déménage à San Francisco. Avec sa fille de deux ans, Alysia, il s’installe dans le quartier de Haight-Ashbury, le centre névralgique de la culture hippie.

Mon avis:
 » Car il n’était pas facile d’être un père célibataire homosexuel dans les années 1970. Il n’existait pas de livres à ce propos, pas de logiciel Listserv, comme il y en aurait quelques décennies plus tard. Il n’y avait pas de modèle. Pour le meilleur comme pour le pire, mon père inventait les règles au fur et à mesure. Son seul guide était la conviction solide qu’il ne voulait pas que je sois élevée comme lui l’avait été. »Dans sa jeunesse, Steve Abbott n’a jamais pu affirmer ce qu’il était. Son mariage avec Barbara ressemble à un piège qui « pompe toute son énergie » d’auteur. Alors, lorsqu’elle lui annonce qu’elle est enceinte, il préfère la dissuader mais cette fois, Barbara veut vraiment être mère. Et pourtant, même si Steve n’était pas prêt à être père, il décide à la mort de sa femme de s’occuper seul de la petite Alysia.
Alysia Abbott nous confie le quotidien de cette relation fusionnelle, éclatante d’amour exclusif et réciproque, entravée parfois d’une envie de liberté de chacun à différentes époques de la vie, mais durable grâce à cette volonté à prendre soin de l’autre même si les objectifs personnels sont souvent différents.
Steve Abbott peine à travailler, à trouver des amants, à faire durer une relation en présence d’une petite fille dépendante et avide de réconfort suite au décès de sa mère. Alysia est élevée dans un milieu atypique régi par l’amour et empreint d’une grande liberté. Confiné dans cette vie de bohème, la scolarisation est difficile. Elle aussi, a très vite l’impression d’être différente. La peur et la solitude l’accompagnent.
Chacun fait toutefois de son mieux. Steve trouve des travaux d’appoint pour vivre sa passion de la poésie et entretenir le foyer. Alysia prend le bus seule dès huit ans pour aller à l’école, accompagne son père lors des lectures de groupe, se plaint rarement.
« Toutefois, en grandissant, au fur et à mesure que je me mettais en phase avec le monde alentour, ce à quoi j’aspirais le plus, plus que tout autre chose, c’était à être acceptée. Son côté homo affiché est devenu mon point faible, mon tendon d’Achille. » ( personnellement j’aurais traduit talon d’Achille…)
Elle, en crise d’adolescence. Lui, en crise de manque suite à une période de désintoxication. Les relations sont parfois difficiles mais l’amour est souvent plus fort que les petites querelles.
Elle, découvre la musique New Wave, trouve de nombreuses amies, part étudier à New York puis à Paris. Lui, continue à valoriser la littérature d’auteurs et poètes homosexuels, puis est très vite confronté à l’épidémie de sida qui décime ce milieu. A l’été 1986, Steve est détecté positif. Ce sont souvent les organisations homosexuelles qui interviennent en lieu et place du gouvernement auprès des malades isolés et abandonnés. Steve passera tous ses vendredis auprès d’un jeune sidaïque SDF de vingt-cinq ans.
 » lui tenir compagnie tous les vendredis et observer son courage et sa dignité face à cette maladie a été l’une des expériences les plus intimes, les plus stimulantes de ma vie. »
Les relations avec sa fille sont exclusivement épistolaires.  » Chaque lettre soigneusement composée devenait un acte de foi, une pièce de monnaie jetée dans un puits, accompagnée d’un souhait fervent gardé secret. »
Sachant ses jours comptés, assagi par une maladie qui devient son « professeur spirituel« , Steve enrichit ses relations avec Alysia, prodiguant conseils et réconfort.
Puis, affaibli par la maladie, ses lettres deviennent plaintives, égoïstes, réclamant un juste retour des choses, un sacrifice de sa fille. A vingt ans, la tête pleine de projets, de liberté et d’insouciance, le confinement auprès d’un malade est difficile.
Derrière cette tendre et mouvementée relation entre un père et sa fille, Alysia Abbott dresse le portrait du quartier hippie de San Francisco, évoque Harvey Milk, le tremblement de terre d’octobre 89. San Francisco fut la première ville à connaître des niveaux épidémiques de la maladie du sida.
Avec un style très épuré, d’une grande simplicité, Alysia Abbott percute pourtant le lecteur avec la puissance de cet amour entre elle et son père et donne même une certaine magie aux lieux .
Fairyland est ce repère de bonheur partagé pourtant empreint des réalités de l’existence d’un père, gentil Peter Pan poète et de sa Wendy au milieu des enfants perdus de la génération sida.

 » Quand je repense à papa aujourd’hui, c’est avant tout son innocence qui me revient à l’esprit. Sa gentillesse. La douceur de ses manières. Ce n’était pas un dur. Aucune des tragédies qu’il avait vécues – la perte de sa femme, le fait de se sentir rejeté par sa famille et ses amants- ne l’avait endurci de façon visible. ses mains étaient soyeuses. Il avait une peau pâle et des taches de rousseur.  »

« Mon père est mort le 2 décembre 1992, deux mois après avoir emménagé au centre de soins palliatifs, quatre jours avant mon vingt-deuxième anniversaire et trois semaines avant Noël, date à laquelle j’avais dit que je voulais m’en aller. »

Ce livre sera adapté au cinéma par Sofia Coppola.

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L’homme qui ment – Marc Lavoine

lavoineTitre : L’homme qui ment
Auteur : Marc Lavoine
Éditeur : Fayard
Nombre de pages : 192
Date de parution : 14 janvier 2015

Auteur :
Artiste bien connu du grand public, Marc Lavoine est auteur compositeur interprète et comédien. Il a signé un premier livre chez Fayard, Toi et moi, on s’appelle par nos prénoms, une anthologie d’une revue écrite par un collectif de jeunes autistes. L’Homme qui ment marque son entrée en littérature.

Présentation de l’éditeur :
Communiste et charmeur, cégétiste et volage : tel était Lulu, mon père. Menteur aussi, un peu, beaucoup, passionnément, pour couvrir ses frasques, mais aussi pour rendre la vie plus belle et inattendue.
Lulu avait toujours une grève à organiser ou des affiches à placarder. La nuit venue, il nous embrigadait, ma mère, mon frère et moi, et nous l’aurions suivi au bout du monde en trimballant nos seaux de colle et nos pinceaux. Il nous faisait partager ses rêves, nous étions unis, nous étions heureux.
Évidemment, un jour, les lendemains qui chantent se sont réduits à l’achat d’une nouvelle voiture, et Che Guevara a fini imprimé sur un tee-shirt.
Le clan allait-il survivre à l’érosion de son idéal et aux aventures amoureuses que Lulu avait de plus en plus de mal à cacher ? Collègues, voisines, amies ; brunes, blondes, rousses : ses goûts étaient éclectiques. Lulu était très ouvert d’esprit.
Sans nous en rendre compte, nous avions dansé sur un volcan. L’éruption était inévitable.

Mon avis :
J’ai longuement hésité avant de lire ce roman. Toutes ces célébrités qui ont besoin de se confier par la plume pour faire leur thérapie ne m’inspirent pas. Heureusement pour eux , la curiosité du public remplace avantageusement l’attrait de la qualité littéraire. N’y voyez pas une critique puisque je viens de céder à cette curiosité mal placée. Ce n’est pas que j’avais envie de connaître des détails croustillants d’une vie intime mais plutôt que je voulais lire comment se débrouillait un compositeur qui, je dois dire aime dans ses chansons jouer avec le mots.
Je regrette d’être tombée dans la thérapie personnelle qui n’a d’intérêt que pour l’auteur. J’aurais aimé y trouver davantage de nostalgie d’une époque qui est aussi la mienne mais à part quelques effets de la seconde guerre et de la guerre d’Algérie sur la carrière et le moral du père de Marc Lavoine, et le plaisir familial des vacances lors des congés payés avec les premières voitures, je n’ai pas vraiment senti l’influence de l’environnement sur ce « drame familial ».
 » Tu es revenu vivant, mais quelque chose en toi était mort, resté là-bas avec tes camarades, tes compatriotes dont pour certains tu n’aimais pas les idées, et les Algériens, ces ennemis dont tu pensais qu’ils avaient raison de se battre pour leur liberté et pour qui tu éprouvais des sentiments fraternels. »
N’en reste pas moins la vie d’une famille de la banlieue parisienne des années 60 à 80 avec un couple à la dérive. Il faut dire que Lulu ( Lucien Lavoine, père de Marc) est un phénomène. Intelligent, il aurait fait médecine si la guerre n’avait brisé son ambition, il se retrouve ouvrier aux PTT et militant communiste. Bon, ce n’est pas une tare. Mais « il milite » surtout dans l’adultère et l’alcool.
 » on n’en finit pas de s’en jeter un derrière la cravate…l’alcool qui faisait pourtant de nous, peuple de travailleurs, des gens meilleurs peut-être, quand il nous unifiait dans un rêve qui ne durait que le temps des pastis et du rouge. »
Et si Michou, bien que dépressive, ne se rend pas vraiment compte des frasques de son mari, les enfants, Francis et Marc, sont souvent les témoins des écarts de conduite du père, soit en actes ou en paroles.
 » La vie de Lulu devenait trop étroite et surtout trop chargée, comme ces barques qui finissent par se retourner avant de sombrer. »
Marc, déjà rejeté à la naissance parce que sa mère souhaitait une fille, va vivre avec le poids d’un père fanfaron qui se vante de ses exploits sans se soucier de la peine qu’il cause. Et pourtant, blessés par le personnage, Marc et sa mère gardent un amour profond pour cet homme.
 » elle t’aimait comme nous, en toute connaissance du spécimen que tu étais. »

Ce texte met en évidence le naturel, la sincérité et la réserve du chanteur. Je n’y ai pas retrouvé le jeu des mots du compositeur parce qu’il s’agit ici davantage d’une confession. Le langage est parfois argotique, symbole des banlieues des années 70 ( les meules, les bagnoles). Je sais maintenant que l’on ne s’improvise pas écrivain mais ce n’était sûrement pas l’objectif du chanteur.  » Sauf que… » de nombreux fans auront plaisir à en savoir davantage sur la jeunesse de l’artiste, sur  » les toiles brûlées » du frère, « les illusions perdues » de la mère « et les ambitions brisées de Lulu« , ce père « phénomène » qui marque irrémédiablement une enfance.

A réserver aux curieux et aux fans.

 

Les mots qu’on ne me dit pas – Véronique Poulain

poulainTitre : Les mots qu’on ne me dit pas
Auteur : Véronique Poulain
Éditeur : Stock
Nombre de pages : 144
Date de parution : 20 août 2014

Auteur :
Véronique Poulain travaille dans le spectacle vivant. Elle fut pendant quinze ans l’assistante personnelle de Guy Bedos. Les mots qu’on ne me dit pas est son premier livre.
Présentation de l’éditeur :
« “ Salut, bande d’enculés !
C’est comme ça que je salue mes parents quand je rentre à la maison.
Mes copains me croient jamais quand je leur dis qu’ils sont sourds.
Je vais leur prouver que je dis vrai.
“ Salut, bande d’enculés ! ” Et ma mère vient m’embrasser tendrement. »
Sans tabou, avec un humour corrosif, elle raconte.
Son père, sourd-muet.
Sa mère, sourde-muette.
L’oncle Guy, sourd lui aussi, comme un pot.
Le quotidien.
Les sorties.
Les vacances.
Le sexe.
D’un écartèlement entre deux mondes, elle fait une richesse. De ce qui aurait pu être un drame, une comédie.
D’une famille différente, un livre pas comme les autres.

Mon avis :
«  Ce sont les autres qui regardent mes parents comme s’ils étaient débiles. Ce sont les autres qui pensent qu’avoir des parents sourds, c’est dramatique.
Pas moi.
Pour moi, c’est pas grave, c’est normal, c’est ma vie. »

Véronique Poulain parle de ses parents, tous deux sourds de naissance ou pratiquement. Elle raconte leurs origines puis sa vie au quotidien, une vie qu’une personne normale ne peut imaginer. Il y a tout d’abord la peur d’avoir un enfant sourd puis les difficultés à l’élever. Heureusement, les grands-parents, entendants, habitent l’étage au dessus.
Puis, toutes les adaptations nécessaires pour comprendre que le téléphone sonne, ou qu’il y a quelqu’un à la porte d’entrée, pour téléphoner au médecin. Être toujours en face pour lire sur les lèvres, donner des surnoms aux personnes pour les identifier.
Mais surtout s’adapter aux bruits des sourds. Leurs voix sont fortes, leur langage parlé traduit du langage des signes est peu compréhensible et surtout ils n’entendent pas leurs bruits naturels qui choquent l’entourage.
Véronique parle de tous les sujets sans tabous, nous fait ressentir sa tendresse mais aussi sa colère, sa moquerie. Comme toute adolescente, elle profite parfois du handicap de ses parents, elle s’énerve souvent contre eux, elle peut paraître méchante ou moqueuse mais l’on ressent aussi une grande fierté pour leur parcours, leur implication finale pour la notoriété du langage des signes.
Si le film  Les enfants du silence avec Emmanuelle Laborit a donné une voix aux sourds, ce roman de Véronique Poulain nous aide à comprendre un autre monde et à être plus indulgent avec ces personnes que nous pouvons croiser dans notre quotidien.
Ainsi le monde évolue ( lentement) pour faciliter la vie des handicapés grâce à de tels témoignages et aux actions des personnes concernées.

Seule une personne concernée dans son quotidien pouvait écrire un récit aussi réaliste et clair. C’est un témoignage éclairant qui devrait rendre plus compréhensifs tous ses lecteurs.

rentrée nouveaux auteurs

 

Jacques Prévert, Les mots à la bouche – Daniel Chocron

chocronTitre : Jacques Prévert, Les mots à la bouche
Auteur : Daniel Chocron
Éditeur : Éditions du Jasmin
Nombre de pages : 184
Date de parution : avril 2014

Auteur :
Historien du cinéma, Daniel Chocron participe à la fondation et à la rédaction de la revue Films. Depuis 2002, il participe à la programmation d’évènements artistiques et d’animations culturelles.
Connu pour ses conférences sur l’histoire du cinéma à destination des chercheurs, il en anime également pour la jeunesse. Il invite alors le public à interagir avec des diapositives et des extraits de film.

Présentation de l’éditeur :
Le nom de Jacques Prévert évoque des poèmes récités devant le tableau noir, des chansons immortalisées par Yves Montand ou Juliette Gréco, un certain cinéma en noir et blanc…
Pourtant ce ne sont là que quelques-unes des nombreuses facettes de l’homme. Né avec le XXe siècle, il est de tous ses mouvements artistiques, sans jamais s’y laisser enfermer. Il est aussi de tous les mouvements sociaux : lui qui a pu observer dès l’enfance l’injustice et la brutalité des rapports entre les forts et les faibles ne manquera pas une occasion de les dénoncer en participant à l’effervescence artistique et politique des années folles.
Artiste complet à l’imagination toujours en mouvement, ses créations touchent au cinéma, où il formera un duo légendaire avec Marcel Carné, au théâtre, avec des pièces militantes au plus près de l’actualité, mais aussi aux collages et au dessin animé. Écrivain et poète, son œuvre foisonnante s’étend des pamphlets aux livres pour enfants ; elle est toujours animée, en prose comme en vers, du souffle de la poésie et de la liberté.

Mon avis :
Jacques Prévert, un nom qui nous ramène de suite sur les bancs de l’école. Aussitôt, j’entends les jeux de mots ( » De deux choses lune l’autre c’est le soleil »), les calembours ou les énumérations. Mais le poète est un artiste complet jouant avec les mots et les images.
Daniel Chocron nous parle de la jeunesse de Prévert, de sa vie, de ses écrits, de ses dialogues au cinéma, de ses textes chantés par les plus grands chansonniers d’après-guerre, de ses textes pour enfants et de ses contributions à la peinture et aux collages.
Né en 1900, Jacques a souffert de la pauvreté et des périodes de guerre.
 » La vie de Jacques se passe entre les privations quotidiennes, beaucoup d’amour familial et la découverte de Paris avec un apprentissage de la vie dans les rues. »
A son retour du service militaire en Turquie, il s’installe à Paris avec des amis surréalistes. Dans toute son œuvre, il défendra les opprimés, affirmera son anticléricalisme et son aversion de l’armée. Engagé sur toutes les causes, il sera bien plus tard un précurseur de l’écologie.
De 1932 jusqu’au front populaire, il écrira de nombreux textes notamment pour le théâtre avec le groupe Octobre. Il se consacrera ensuite au cinéma en écrivant les dialogues de nombreux succès du cinéma français avec Marcel Carné ( Drôle de drame, Quai des brumes, Les enfants du paradis...)
En tant qu’historien du cinéma, les connaissances et analyses de Daniel Chocron sont alors enrichissantes.
Après la seconde guerre mondiale, les cabarets de Paris deviennent de plus en plus animés. Les grands chansonniers chantent alors les plus beaux textes de Prévert sur une musique de son ami Joseph Kosma.
Jacques Prévert écrit aussi pour son ami Pablo Picasso, dialogue les tableaux de Miro, Braque mais s’associe aussi à de grands photographes comme Doisneau, un autre amoureux de Paris.
Jacques Prévert avait aussi une passion pour les collages, une manière de mettre en image le surréalisme. C’est une activité que je ne lui connaissais pas ( Parution de Fatras en 1966) et que l’auteur détaille en fin de livre.
Beaucoup de grands auteurs, réalisateurs, comédiens, chanteurs, peintres, photographes ont croisé la route de Jacques Prévert. L’auteur fait une courte biographie de chacun en fin d’ouvrage. Ce petit livre est donc aussi l’occasion de retracer la vie artistique de ce siècle marqué par deux grandes guerres.
Daniel Chocron nous permet de découvrir les multiples facettes de ce poète qui reste souvent en nos mémoires pour Paroles ( son recueil de poésie le plus connu), Barbara, Les feuilles mortes.
Toutefois pour captiver son public cible ( adolescents à partir de 15 ans), il me semble que la succession d’informations aurait gagnée à être davantage romancée. L’analyse de certains films très intéressante aurait pu être plus développée, le texte aurait gagné en rythme avec davantage d’anecdotes ou l’insertion d’illustrations.
Je remercie Les Éditions du Jasmin et Daniel Chocron pour cette biographie ( « qui se lit comme un roman« )  qui m’a permis de mieux connaître la vie et les nombreuses activités de cet immense poète.

 

melangedesgenres8

Joseph Anton – Salman Rushdie

rushdieTitre : Joseph Anton
Auteur : Salman Rushdie
Editeur : PLON
Nombre de pages : 735
Date de parution : 20 septembre 2012

Présentation de l’éditeur :
Le 14 février 1989, le jour de la Saint Valentin, Salman Rushdie reçut un coup de téléphone d un journaliste de la BBC : il avait été « condamné à mort » par l Ayatollah Khomeini. C était la première fois qu il entendait le mot « fatwa ». Son crime ? Avoir écrit Les Versets sataniques, un roman accusé d être « contre l Islam, le Prophète et le Coran ».

Ainsi commence l extraordinaire histoire d un écrivain obligé de devenir un clandestin, changeant sans cesse de domicile, sous la protection permanente d une équipe de protection policière armée. Quand on lui demande de se choisir un pseudonyme à destination de la police, il songe aux écrivains qu il aime et essaie des combinaisons de leurs noms ; puis l idée lui vient : Conrad et Tchekov Joseph Anton.
Comment un écrivain et sa famille traversent-ils neuf années sous une menace de meurtre perpétuelle ? Comment continuer à écrire ? À vivre des histoires d amour ? Quels effets le désespoir a-t-il sur sa pensée et son action, comment et pourquoi flanche-t-il et comment apprend-il à se relever et à se battre ? Telle est l
histoire que Salman Rushdie raconte pour la première fois à travers ces remarquables mémoires l histoire d une des plus importantes batailles pour la liberté d expression de notre époque. Il dit ici les réalités parfois cruelles, parfois comiques d un quotidien sous surveillance armée, et les liens très forts qu il tisse avec ses protecteurs ; il dit aussi sa lutte pour gagner le soutien et la compréhension des gouvernements, des chefs des services de renseignements, des éditeurs, des journalistes et de ses collègues écrivains, il dit encore son combat acharné pour retrouver sa liberté.

C est un livre d une franchise et d une honnêteté exceptionnelles, saisissant, provocant, émouvant, et d une importance vitale.
Car l histoire de Salman Rushdie n est que le premier acte d un drame qui continue de se dérouler chaque jour quelque part dans le monde.

Mon avis :
Salman Rushdie dresse sans concession le récit de ces 13 années de quarantaine  à la suite de la fatwa lancée par Khomeiny dès la parution de son roman Les versets sataniques.
En sortant de ce livre, je comprends l’importance pour l’auteur de persévérer afin que la liberté d’expression soit respectée dans tous les pays.
 » Il se battait contre le fait qu’on puisse tuer quelqu’un à cause de ses idées et contre la prétention d’une religion imposer une limite à la pensée. »
L’auteur reconnaît que cette opiniâtreté a coûté cher à sa famille et au royaume britannique qui a imposé une surveillance policière constante pendant des années.
Mais depuis des siècles, des auteurs ont payé de leur vie leurs pensées ( Rabelais, Jean Genet, Ovide, Lorca…) et heureusement leur art leur a survécu.
 » L’art était fort, les artistes l’étaient moins. »
Dans cette bataille, Salman Rushdie a rencontré des appuis fidèles ( comme Paul Auster, Susan Sontag…) mais aussi des détracteurs ( John Le Carré par exemple).
N’étant plus admis sur certaines compagnies aériennes ou dans certains pays, c’est son pays, l’Inde qui lui a le plus manqué.
La liberté de vivre normalement sera retrouvée dans les années 2000 aux États-Unis mais elle l’a beaucoup anéanti des années 89 à la fin des risques de terrorisme.
Si ce combat est l’aspect le plus intéressant du livre, il est souvent pollué par de nombreux détails qui donnent des longueurs au récit.
L’auteur insère aussi les éléments de sa vie privée assez mouvementée puisqu’il se marie trois fois sur cette période. Tous les déplacements à l’étranger pour, souvent, des évènements littéraires sont détaillés et il y a un nombre important de personnes citées.
L’auteur relate les évènements des personnes de son entourage (mariage, maladie..). Il semble y avoir d’ailleurs une omniprésence du cancer parmi eux. Comme si Salman Rushdie souhaitait montrer que malgré tout, la vie continue et que le danger de mort ne vient pas forcément d’où on l’attend.
Au fil du récit, on note également les évènements mondiaux comme la chute du mur de Berlin, le massacre de Tien’anmen, les prises d’otage au Liban, la mort de Khomeiny, l’accident de Diana et bien sûr l’attentat du 11 septembre.
Joseph Anton est un livre très riche sur cette époque, sur la liberté d’expression et le pouvoir des religions, égrenant de ci de là des anecdotes parfois drôles sur des personnalités ( Manuel Cortes, Madonna, Borges, Margaret Tatcher, tournage du Journal de Bridget Jones).
Mais je regrette que l’essentiel soit noyé dans la profusion de détails sur les personnages ou sur la vie quotidienne.

L’ensemble m’a ainsi paru assez lourd et ennuyeux.

J’ai lu ce livre dans le cadre du elle

rentrée 2012 New Pal 2013

Un héros – Félicité Herzog

herzogTitre : Un héros
Auteur : Félicité Herzog
Editeur : Grasset
Nombre de pages : 304
Date de parution : 29 août 2012

Auteur :
Félicité Herzog est née à Paris en 1968. Un héros est son premier roman. Elle est la fille de Maurice Herzog, héritière des aciéries du Creusot et de la duchesse d’Uzès.
Elle a travaillé à Londres dans un fonds d’investissement, pour devenir, en 2002, chargée de la politique de développement de Publicis; à ce moment, elle a été désignée comme l’un des « 50 jeunes loups du capitalisme français » par l’Expansion. En 2007, elle est directrice adjointe d’une filiale d’Areva.

Présentation de l’éditeur :
« Jusqu’où faut-il remonter pour trouver la source d’une tragédie personnelle ? Les mensonges de la guerre à la génération
des grands-parents ?

Ceux de mon « héros » de père, parti à la conquête du sommet mythique de l’Annapurna en 1950 et laissant dans les cimes de cette ascension glorieuse une part de lui-même qui le rendra perpétuellement metteur en scène de sa légende ?
La liberté d’une mère séductrice et moderne, trop intelligente pour son temps, trop rebelle pour son milieu ? La fraternité
fusionnelle et rivale de deux « enfants terribles » élevés dans une solitude commune et dans le culte de l’exploit ?

Toujours est-il que mon grand frère Laurent, promis à un destin magnifique, finira en vagabond des étoiles hirsute et fou;
retrouvé par la police après des mois de fuite… jusqu’à sa chute prévisible.

C’est lui ou moi : ce fut lui…
Ce roman de notre fraternité blessée, je le lui dois. »

Mon avis :
Lorsque Maurice Herzog oublie volontairement son fils Laurent, Félicité Herzog se doit de réhabiliter la mémoire de son frère et d’expliquer les raisons de la folie qui l’a conduit vers la mort.
Pour cela, elle remonte assez loin dans l’histoire de la famille et n’hésite pas à casser l’image de héros national que représente toujours son père.
Ce qui m’a gênée dans ce récit est que l’auteur en avait beaucoup à dire et que, malheureusement le destin du frère se retrouve un peu noyé dans cette avalanche d’informations.
Pour expliquer l’ambiance familiale, le désintérêt des parents pour Laurent et Félicité, elle évoque  le passé de collaboration lors de la seconde guerre mondiale et l’antisémitisme des grand-parents maternels  qui appartiennent à la noblesse ( duc et duchesse de Brissac, enfants de riches industriels, hôtes de la Reine d’Angleterre…), l’anti-conformisme de Marie-Pierre, la mère, la frivolité et l’égoïsme de Maurice, le père.
Félicité fait part des doutes concernant la réalité du record de l’alpiniste, regrette son intérêt pour les idées de Jean-Marie Le Pen, déplore que son amour se porte davantage sur ses maîtresses que sur ses enfants.
Le seul point d’ancrage des enfants semble être les vacances dans les châteaux d’hiver et d’été des grand-parents, même si les décorations de têtes de cerf et autres trophées de chasse sont assez lugubres.
Derrière ce résumé foisonnant, l’auteur donne une réelle ambiance du climat dans lequel elle fut élevée avec Laurent. Laurent se réfugie dans la violence, la peur, les croyances pour sombrer ensuite dans la folie sous le plus grand reniement des parents.
Le style très classique et littéraire de l’auteur peut rebuter mais c’est surtout le nombre de sujets, la dissolution du thème principal qui perdent le lecteur. Pourtant, lorsqu’elle évoque son frère, il y a une belle sensibilité mais elle se noie dans la rancœur surtout ciblée contre son père, alpiniste, ancien ministre, héros national mais piètre parent.

 rentrée 2012 plume premier roman dialogues