L’amour est aveugle – William Boyd

Titre : L’amour est aveugle
Auteur : William Boyd
Littérature anglaise
Titre original : Love is blind, The rupture of Brodie Moncur
Traducteur : Isabelle Perrin
Editeur : Seuil
Nombre de pages : 448
Date de parution : 2 mai 2019

 

Au village familial de Liethen Manor, Brodie Moncur, seul enfant au teint mat, aux yeux marrons et cheveux noirs d’une fratrie de six filles et trois garçons, était mal aimé de son père pasteur, alcoolique et violent. Sa mère, fatiguée par les grossesses successives, est morte en couches alors qu’il n’avait que quatorze ans. C’est auprès de Lady  Dalcastle, une veuve amie de sa mère que le garçon apprend et s’élève. Elle lui trouve un poste d’apprenti-accordeur chez son cousin, Ainsley Channon, fabricant de pianos à Edimbourg.

« On peut quitter son foyer mais le foyer ne vous quitte jamais…»

Avec l’oreille absolue et un esprit inventif, Brodie donne toute satisfaction à son patron. Celui-ci lui propose de devenir directeur adjoint de sa boutique parisienne en difficulté financière à cause de la mauvaise gestion de son fils, Calder Channon. C’est le début d’une grande aventure riche de rencontres et de voyages sous la plume romanesque et rythmée du conteur William Boyd.

Les idées novatrices de Brodie relancent les ventes sous le regard noir de Calder. Brodie propose notamment de monter un partenariat avec des pianistes célèbres afin de promouvoir les pianos Channon sur les plus grandes scènes du monde. John Kilbarron, celui qu’on surnomme «  le Litz irlandais » accepte sa proposition. Le pianiste est un virtuose, une tornade avec cette « beauté hagarde du débauché. » Brodie le suit dans ses tournées à Bruxelles, Berlin, Vienne, Milan.

« Nous sommes faits pour les complications, nous autres êtres humains. »

Brodie s’éprend de la maîtresse de John Kilbarron, Lyka Blum, soprano russe sans talent. Lors d’un voyage à Saint-Petersbourg, Malachi Kilbarron, un homme sournois qui protège les intérêts de son frère, surprend les deux amants.

Brodie et Lydia s’enfuient à Biarritz, lieu où la communauté russe est importante en 1899 et qui convient à Brodie, atteint de la tuberculose. Mais Malachi ne laissera jamais tranquille Lika Blum. Pourquoi?

«  On peut bien connaître quelqu’un, on ne voit que ce que l’on veut voir, ou ce que l’autre veut qu’on voie »

Ce roman est une succession d’aventures, de voyages jusqu’à Port Blair aux îles Andaman où Brodie se retrouve assistant d’une ethnologue. On ne s’y ennuie pas une seule seconde. William Boyd prend ici sa plume romanesque mais la richesse des aventures et la profonde connaissance du personnage de Brodie en font un récit bien passionnant.

 

 

 

 

Gaspard ne répond plus – Anne-Marie Revol

revolTitre : Gaspard ne répond plus
Auteur : Anne-Marie Revol
Éditeur : JC Lattès
Nombre de pages : 448
Date de parution: 11 mai 2016

Lorsque Anne-Marie Revol, journaliste à France 2, m’a demandé si j’acceptais de me pencher sur le cas de son Gaspard, j’ai de suite senti une certaine affinité. Pas de regrets, ce premier roman a le dynamisme du court message de son auteur.

Gaspard de Ronsard, instituteur de vingt-quatre ans, plutôt couvé par Eulalie, sa mère adoptive participe à un jeu de télé réalité,  » Un jour j’irai à Shanghai avec toi« , programme de Sparkle TV qui consiste à traverser l’Asie avec seulement cent euros en poche. Ce jeune homme n’a rien d’un aventurier mais voit en ce voyage l’occasion de fouler la terre de Saïgon où ses parents, ethnologues ont perdu la vie dans un accident d’avion.

Lors d’un transfert nocturne avec Cindy sa coéquipière, Gaspard tombe du pick-up et se retrouve avec les deux jambes cassées dans une rizière. Deux vietnamiens le transportent dans un village isolé où la chef My Hiên le recueille et le fait soigner par Khoa.
En France, les équipes de Sparkle TV s’affole. Il faut tout faire pour retrouver Gaspard avant que la Presse ne s’empare de cette affaire. Marcel, un ancien de la DST est envoyé sur place.
Gaspard, immobile sur le seul lit du village, découvre les effets personnels d’Hubert Butillon, un français qui avait ramené My Hiên en son pays, mort d’une fausse route en avalant une sardine.
My Hiên, refusant que son village soit vicié par l’asphalte et l’électricité, demande à Gaspard de reprendre le rôle de conteur d’Hubert. Ces veillées occupent et divertissent les membres de la tribu qui, ainsi ne réclament pas le progrès.
Gaspard lit donc chaque soir le journal d’Hubert, découvrant petit à petit la vie de cet homme et de My Hiên mais aussi de surprenantes révélations.

Anne-Marie Revol construit une histoire rebondissante où chaque personnage est travaillé. Et curieusement, avec beaucoup de diversions qui nous permettent de découvrir des bribes de passé de chacun, ce qui, chaque fois nous emplit de bonheur tant les personnages sont hauts en couleur, les liens se font, l’histoire se recoupe et prend sens.
Avec en toile de fond, l’opposition entre le monde surfait des médias et la candeur d’un peuple isolé de tout progrès, nous suivons avec plaisir les tribulations de chaque personnage. Humour et aventure sont les deux ingrédients principaux de cette histoire, ce qui m’a agréablement fait penser aux romans d’Arto Paasilinna.
Olivia de Lambertie, dans une interview sur Telematin (vous pouvez la retrouver sur le site de l’éditeur en cliquant sur la couverture du livre) conseille Gaspard ne répond plus en roman de l’été où chacun trouvera son personnage préféré. S’il faut n’en choisir qu’un, ce qui est difficile, pour moi, ce sera Eulalie.

Voici un premier roman qui vous divertira cet été. Mais Anne-Marie Revol n’en est pas à son premier succès puisqu’elle est l’auteur d’un récit très remarqué paru en 2010 chez Stock : Nos étoiles ont filé.

Jungle – Miguel Bonnefoy

bonnefoyTitre : Jungle
Auteur : Miguel Bonnefoy
Éditeur : Paulsen
Nombre de pages : 128
Date de parution : 7 janvier 2016

Né à Paris d’une mère diplomate vénézuélienne et d’un père chilien, Miguel Bonnefoy possède de manière naturelle l’exotisme et le sens du voyage. Professeur de français, il manie la langue à la perfection.
Son premier roman, Le voyage d’Octavio traduit son amour de la nature, son goût de l’aventure et confirme son talent littéraire avec l’obtention du Prix Edmée de la Rochefoucault et du Prix Vocation 2015.
Jeune et aventurier, il était un écrivain de choix pour les responsables de la collection Démarches des Editions Paulsen.

 » Cette nouvelle édition ouvre la porte aux amateurs d’échappées buissonnières. Et invite les grands auteurs, à faire une escapade, à s’emparer d’une aventure initiatique. »

Quand en 2014, elle propose à Miguel Bonnefoy de prendre part à une expédition au Venezuela visant à gravir l’Auyantepuy, appelée aussi la montagne du diable, celui-ci y voit une aventure physique et spirituelle prompte à le rapprocher de son identité vénézuélienne.
Le récit de cette aventure est à la fois la découverte d’une nature grandiose et sauvage mais aussi celle de ses habitants, pauvres, superstitieux, optimistes, communiant avec la nature dans un silence respectueux et salutaire.
«  Hier, comme aujourd’hui, la richesse des uns se bâtissait sur la misère des autres. »
L’expédition comprend 14 hommes, réalisateur, guides vénézuéliens et français et porteurs indigènes et durera 15 jours, le temps de rallier à travers la jungle le pied de l’Auyantepuy, de gravir cette montagne, de descendre en rappel par la gorge du diable ( 1000 mètres de cascade) puis de rejoindre Camaina en pirogue.

Au cours de ce périple, entre fatigue et émerveillement, Miguel tente de prendre des notes, conscient que les mots n’auront jamais la saveur et la force de la réalité.
Lorsque Henry, le guide vénézuélien lui dit, après avoir écouté un passage des notes de l’auteur « Il faut du temps à un arbre pour faire un fruit« , Miguel sait qu’il ne parle pas de l’arbre et prend sa première leçon de littérature en goûtant le fruit.

 » Cette graine portait la lente croissance du tronc au bord du ruisseau, l’écorce mouillée, l’odeur du grouillement végétal, et elle s’alignait avec les autres graines comme les verbes dans une description. En croquant le fruit, je goûtai toute la plénitude de notre voyage« 

Un pays n’est rien sans ses habitants et Miguel profite aussi de cette aventure pour comprendre la vie des porteurs.

 » – Pour vous, grimper jusqu’au sommet est un sport, continua-t-il. Pour nous, grimper signifie avoir le courage de défier les Kanaimas à chaque traversée…
Abraham parlait lentement. Ses histoires avaient une narration simple. Il ne connaissait de la beauté que son terroir, ses légendes et son mystère, témoignés par les hommes qu’il avait croisés dans les campements, battus de fatigue. Il savait la loi immuable, la jungle dominante. Son regard intelligent le ramenait aux seules dimensions de son peuple. »

Jungle est un récit enrichissant sur un lieu géographique, une aventure et un peuple mais c’est aussi une lecture agréable grâce à la nature de l’auteur. Il aborde ce périple avec un peu de naïveté ( il s’engage tout de même sur une descente en rappel de 1000 mètres sans aucune expérience préalable) mais avec une soif de découvertes, une humilité, une envie de s’intéresser aux autres, de comprendre ses racines.

 » Ainsi, le fleuve était à l’image de mon récit, construit en amont, dans un premier effort pour recueillir sa matière. Il s’agissait là d’un achèvement, une forme de discrète plénitude, une jouissance immobile dont aucun heurt, aucune barrière, aucun sursaut n’interrompait la marche. »

Miguel Bonnefoy confirme ici son talent littéraire et son goût pour l’aventure qui ne manqueront pas de nous  apporter d’autres récits inoubliables.

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