Wild side – Michael Imperioli

Titre : Wild side
Auteur : Michael Imperioli
Littérature américaine
Titre original : The perfume burned his eyes
Traducteur : Héloïse Esquié
Editeur : Autrement
Nombre de pages : 304
Date de parution :  29 août 2018

Matthew est un « parfait novice en matière de drogue, alcool, sexe, clopes et rock’nroll » quand il vit dans le Queens avec sa mère. Son père a quitté le foyer puis est mort dans un carambolage alors que l’adolescent était en classe de seconde. Sans l’avouer, cette absence affecte le jeune homme. D’autant plus que depuis le divorce, sa mère était en train de dégringoler dans l’addiction et la dépression.

La mort du grand-père est la peine ultime qui bouleverse la famille mais dont l’héritage décide la mère a déménager à Manhattan.

Ils s’installent dans un immeuble avec portier et Matthew ira dans un lycée privé. Dans l’un, il croise Lou, une rock-star à l’esprit embué de drogue et de musique et dans l’autre Victoria, une jeune fille de seize ans en équilibre instable entre adolescence et perversion. Deux êtres à la sensibilité aiguë qui vont l’entraîner dans un univers inconnu de liberté, d’épanouissement. Soucieux d’être reconnu par l’un et aimé par l’autre, l’adolescent n’hésite pas à mettre en danger son innocence et sa propre vie. 

Ce récit ne se démarque ni par sa qualité littéraire, ni par sa profondeur mais par une authenticité, une simplicité de parole, celle d’un jeune homme qui entre dans une nouvelle vie ou dans la vie tout simplement. Un coeur pur, peut-être un peu à l’abandon suite à la démission des parents prêt à suivre ceux qui représentent la liberté de penser et d’agir. 

Il y a un peu de naïveté chez Matt mais surtout une attirance pour un monde qu’il découvre et pour des personnes qui semblent avoir besoin de lui.

Mais le jeune homme possède-t-il l’armure indispensable aux gens de Manhattan?

Wild side est un premier roman réussi, un roman d’initiation qui nous plonge dans le Manhattan des années 70 et nous permet aussi de découvrir une facette du célèbre Lou Reed.

Le coeur battant de nos mères – Brit Bennett

Titre : Le coeur battant de nos mères
Auteur : Brit Bennett
Littérature américaine
Titre original : The mothers
Traducteur : Jean Esch
Editeur : Autrement
Nombre de pages : 340
Date de parution : 30 août 2017

Vieilles, disparues, absentes, elles sont là les mères dans le coeur du Cénacle d’Oceanside ( Californie) et plus particulièrement dans celui de deux jeunes filles.
Lorsque le récit commence, Nadia Turner a dix-sept ans.
Elle vient de perdre sa mère. Suicide, des balles dans la tête au volant de sa voiture.
Nadia plonge. Alcool, recherche de bras pour la serrer très fort.
Et ce sont ceux de Luke Sheppard, le fils du pasteur du Cénacle, qui la réconfortent. Jusqu’à ce qu’elle tombe enceinte.
Dans cette communauté noire protestante, l’avortement est tabou. Mais, Nadia est belle et intelligente. Elle ne gâchera pas son avenir comme sa mère qui, enceinte, a dû se marier au même âge et renoncer à ses rêves.
Luke trouve l’argent nécessaire auprès de ses parents, prêts à pêcher pour sauver leur fils. Les hommes souffrent aussi de l’avortement, Luke ne rejoint pas Nadia à la sortie de la clinique.

«  Le poids de ce qui a été perdu pèse toujours plus lourd que ce qui reste. »

Nadia se rapproche d’Aubrey Evans, une jeune fille chaste très impliquée dans les activités du Cénacle. Aubrey est une fille modèle pour la femme du pasteur ou pour les vieilles bigotes qui se retrouvent en elle. Pas du tout le genre de Nadia. Et pourtant, elles se rapprochent ayant en commun des douleurs adolescentes, une mère absente.

Puis Nadia part dans le Michigan faire de brillantes études, donnant peu de nouvelles à son père et son amie. Elle ne reviendra que deux fois à Oceanside, deux fois où elle devra faire face à son passé et choisir entre l’amour et l’amitié, la liberté et la famille.

Brit Bennett n’a que vingt-sept ans et elle nous offre ici un premier roman tout en finesse. J’ai aimé les personnages de Nadia et Aubrey, deux jeunes filles sensibles, écorchées, hantées par un passé douloureux. Qu’il est facile de plonger dans le milieu de cette communauté noire protestante portant aux nues la chasteté, la charité mais si prompte à étouffer les scandales potentiel, tant l’auteure décrit au plus près les sentiments intimes de chacun. S’immisçant dans le récit pour mieux montrer la dimension de la communauté dans les douleurs intimes, un choeur de vieilles mères observent et commentent.
Quand un auteur parvient à me faire dérouler un film dans ma tête allant même jusqu’à en trouver le casting ( sans tenir compte de la couleur de peau parce finalement l’auteur en parle peu), c’est qu’il est parvenu à me captiver.
Même traité de manière romanesque, le sujet de l’avortement ouvre ici quelques réflexions personnelles.

J’ai lu ce roman en tant que jurée pour le Grand Prix des Lectrices Elle.
Ce livre a été retenu comme le meilleur premier roman étranger de 2017 Pour le magazine Lire.

Des hommes de peu de foi – Nickolas Butler

Butler

Titre : Des hommes de peu de foi
Auteur : Nickolas Butler
Littérature américaine
Titre original : The hearts of Men
Traducteur : Mireille Vignol
Editeur : Autrement
Nombre de pages : 544
Date de parution : 24 août 2016

 

Nickolas Butler, avec ses personnages emphatiques, son regard sur l’Amérique et son talent narratif nous interroge sur la meilleure façon de préparer les jeunes à la virulence du monde.
Dans les années 60, pour les parents de Nelson, le scoutisme paraissait une bonne école. Nelson, treize ans, gamin très doué mais sans amis, part avec son père au camp de Chippewa. Un père qui lui parle peu et n’hésite pas à taper des coups de ceinture quand il a trop bu. Au camp comme ailleurs, Nelson est seul et devient la bête noire des autres gamins et des moniteurs. Peu importe, Nelson joue du clairon et fait tout pour gagner le titre de Eagle scout, grade le plus élevé dans l’organisation des Boys Scouts of America. Il est ami avec le vieux Wilbur, chef de camp, un homme de valeur aux principes stricts mais nécessaires pour faire de ces gamins des hommes droits et honnêtes. Mais ressasser des principes ne suffit pas à contraindre les hommes à la pureté. Et la plupart des hommes de ce roman se laissent souvent guider par leurs instincts naturels.

Trente ans plus tard, le camp de scout est aussi la solution pour Trevor, le fils très sérieux de Jonathan Quick, qui fut peut-être un des rares amis de Nelson. Jonathan a maintenant la cinquantaine, il a réussi sa carrière mais n’est plus heureux avec Sarah. Il emmène son fils, « l’ado le plus coincé du monde » selon lui au camp de Chippewa en passant par un motel où il doit retrouver sa maîtresse et Nelson, devenu chef du camp scout. Trevor est un adolescent pur et rêveur. A seize ans, il est amoureux de Rachel. Jonathan, expérimenté et cynique veut briser son innocence.
 » On est tous des salauds. On baise tous la femme des autres, on vole au boulot, on triche sur notre déclaration d’impôt. Et si jamais tu refuses de tricher, t’es le dindon de la farce, le gros crétin. Alors qu’est-ce que je suis censé faire, t’envoyer démuni dans ce monde? »
Mais Trevor veut croire à autre chose, il vénère Nelson qui est revenu du Vietnam, la colonne farcie de shrapnel.  » Les héros sont toujours gouvernés par le coeur ». Plus tard, suite au 11 septembre et au départ de Rachel, Trevor s’engage dans le commando d’élite des Marines
Qu’en est-il en 2019, époque où les jeunes sont en permanence branchés sur les réseaux sociaux, bien éloignés de l’observation de la nature, de la topographie ou des collections de timbres?
 » C’est juste une espèce de fraternité chrétienne débile. Une bande de républicains paranos armés jusqu’aux dents en attendant l’apocalypse. »
Même si le camp de Chippewa existe encore, dirigé par Nelson, qui a plus de soixante dix ans, et si il accepte désormais les femmes, il attire toujours des pères machistes et homophobes qui souhaitent une éducation virile pour leurs enfants. Ce n’est pas le cas de Rachel qui y amène son fils, Thomas, contre son gré. Peut-être en souvenir de Trevor, le seul homme vertueux qui « avait le sens du devoir, du bien et du mal dans ce monde. »

Mais que sont devenus ces enfants éduqués par le scoutisme ou par des pères sévères et des mères protectrices? Des hommes cyniques, des machistes homophobes, des militaires brisés par les horreurs des guerres incessantes, des hommes convaincus que seule une arme est indispensable quand on croise quelqu’un  » qui a faim » ?

Trois générations, trois époques très différentes et pourtant une même humanité.
 » Vingt ans, pense-t-elle, et nous combattons les mêmes personnes dans les mêmes pays. Vingt ans. »

L’auteur aime prendre son temps à poser ses personnages. Si j’ai trouve quelques longueurs dans la première partie, le rythme s’accélère avec une dernière partie qui harmonise davantage action et analyse.

Nickolas Butler, dans une succession de vies de famille, avec des idéaux d’enfance et des réalités d’adulte, sur trois époques dresse un portrait de l’Amérique. Une Amérique qui prône la force de caractère, la force physique, l’autodéfense. Mais  » le monde est un train à grande vitesse », auquel il faut savoir s’adapter. Si les parents souhaitent élever leurs enfants pour qu’ils deviennent meilleurs qu’eux, la rigueur militaire et les carcans éducatifs sont-ils encore les meilleurs principes?

Je remercie Babelio et les Editions Autrement qui m’ont permis de lire ce roman dans le cadre de la dernière operation Masse Critique.

 

Rendez-vous à Crawfish Creek – Nickolas Butler

ButlerTitre : Rendez-vous à Crawfish Creek
Auteur : Nickolas Butler
Littérature américaine
Titre original : Beneath the Bonfire
Traducteur : Mireille Vignol
Éditeur : Autrement
Nombre de pages : 315
Date de parution : 7 octobre 2015

Auteur :
Nickolas Butler est né en Pennsylvanie en 1979. Il est diplômé de l’Université du Wisconsin et de l’Atelier des écrivains de l’Iowa. Retour à Little Wing, son premier roman, a été récompensé par le Prix Page/ America 2014. Il a été traduit en dix langues et est actuellement en cours d’adaptation au cinéma.
Présentation de l’éditeur :
Littératures – Nouvelles
« Ils évoluaient ensemble dans l’obscurité glaciale, si proches que Kat sentait le corps de Pieter enveloppé de caoutchouc, ses palmes dans l’eau froide et noire. »
Ils se sont rencontrés dans un parc d’attractions désert : Kat est abonnée aux échecs amoureux, Pieter vient de rentrer d’Afghanistan. Coup de foudre. Kat se laisse convaincre d’accompagner Pieter à un bain de minuit dans le lac, le 1er janvier, sous un mètre de glace. Peut-elle lui faire confiance ?
En dix nouvelles, qui sont autant de balades le long des routes de l’Amérique profonde, Nickolas Butler déplace les frontières entre bien et mal, et confirme son talent pour croquer la meilleure part des hommes.

Mon avis :
Il m’a fallu arriver à ce rendez-vous de Crawfish Creek ( quatrième nouvelle) pour percevoir la fragilité des personnages derrière ces personnages rudes du Midwest. Hommes ou femmes avec le diable au corps, amitiés bagarreuses entre bières et marijuana, autant de mauvaises passions qui déséquilibrent des vies familiales.
Puis les duos s’enrichissent avec des personnages complexes, rudes mais fragiles comme Aida, cette femme policière retraitée qui commence à percevoir les signes d’Alzheimer et mettra un point d’honneur à venger Bethany, femme battue par un violent organisateur de combat de chiens.
Sous le feu de joie, l’auteur nous fait frissonner avec un doute sur la confiance que peut avoir Kat envers Pieter, ancien d’Afghanistan  » fougueux et décomplexé, fort et inventif, têtu et hyper généreux. » lors d’une plongée sous l’eau glacée.
Puis c’est le coup de cœur avec Brut aromatique, un huis clos qui met en face à face un vieil homme, écologiste condamné par le cancer et un PDG d’une société pétrolière à la suite d’une marée noire. L’auteur monte alors d’un cran dans l’introspection et dans la dualité des caractères.
«  Le vieil homme ne s’était pas préparé ni à ses propres défaillances ni au courage forcené de ce capitaine d’industrie. »
Et l’on apprécie le chant sinistre et beau des huards…
Après deux courtes nouvelles illustrant la distance profonde entre un homme et une femme mariés depuis des années et la force de l’amitié au-delà des différences de fortune, je fonds pour Bruce, célibataire tranquille et travailleur, embarqué dans un amour profond pour Sunny et ses deux filles.  » Etre amoureux d’elle revenait à un combat à mains nus » mais Bruce au grand cœur est prêt à tout accepter.
«  Quand on tombe sur quelqu’un comme Sunny, on lui pardonne d’être folle ou allez savoir quoi, parce que si il n’y avait pas de femmes comme elle la vie redeviendrait ce qu’elle était avant de l’avoir connue. »
Et l’on finit dans les pommes avec Lyle, marié depuis trente ans qui se retrouve sans travail, perdant ainsi son importance jusqu’à ce qu’un plus vieil homme encore lui fasse prendre conscience du réel trésor de sa vie.

La force de la nouvelle chez Nickolas Butler ne réside pas dans l’art de la chute, ni même le rythme vibrant des courts récits ( même si certaines sont pressantes) mais bien dans l’émotion de ces tranches de vie d’hommes costauds aux mains rugueuses, dans ces instants de vie où la trajectoire dérape.
Et avec Brut aromatique ou Lenteur ferroviaire ( mes deux nouvelles préférées), l’émotion est bel et bien une force de l’écriture de ce jeune auteur talentueux.

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Aucun homme ni dieu – William Giraldi

giraldiTitre : Aucun homme ni dieu
Auteur : William Giraldi
Littérature américaine
Traducteur : Mathilde Bach
Éditeur : Autrement
Nombre de pages : 312
Date de parution : 7 janvier 2015

Auteur :
William Giraldi est l’auteur des romans Monsters Busy and Hold the Dark. Il est un éditeur pour la revue AGNI l’Université de Boston, et vit à Boston avec sa femme et ses fils.

 

Présentation de l’éditeur :
«Le premier enfant disparut alors qu’il tirait sa luge sur les hauteurs du village. Sans un bruit – nul cri, d’homme
ou de loup, pour témoin
Quand Russell Core arrive dans le village de Keelut, la lettre de Medora Slone soigneusement pliée dans la poche de sa veste, il se sent épié. Dans la cabane des Slone, il écoute l’histoire de Medora : les loups descendus des collines, la disparition de son fils unique, la rage et l’impuissance. Aux premières lueurs de l’aube, Core s’enfonce dans la toundra glacée à la poursuite de la meute.
Aucun homme ni dieu nous entraîne aux confins de l’Alaska, dans cette immensité blanche où chaque corps qui tombe, chaque cri, semble absorbé par la splendeur silencieuse de la nature. Un roman envoûtant, poétique, inoubliable.

Mon avis :
 » Monsieur Core, avez-vous la moindre idée de ce qu’il y a derrière ces fenêtres? De la profondeur de ces terres? De leur noirceur? De la manière, dont ce noir, s’insinue en vous? Ecoutez-moi bien, Monsieur Core, ici vous n’êtes pas sur terre. »
Descriptions de paysages glacés d’Alaska, personnalité énigmatique de Medora Slone, période troublée pour Russell Core, cet écrivain de nature writing, spécialiste et ami des loups. L’ambiance est créée dés les premières pages.
Depuis l’épidémie de grippe espagnole d’un autre siècle, le village de Keelut semble maudit et persécuté par les loups. Avec la fermeture des mines, l’appauvrissement de la pêche dans le golfe, les habitants connaissent la faim. Le seul moyen de gagner un peu d’argent est de s’engager dans cette guerre du désert. C’est ce qu’a fait Vernon Slone, le mari de Medora, la laissant seule avec son fils dans ce village sombre où pourtant la solidarité est plus que présente. Ce village où règne l’omerta, c’est presque une famille avec ses propres lois.Russell Core part à la recherche de l’enfant de Medora. Lorsqu’il découvre la vérité, la meute se réveille. La police de la ville vient en renfort, mais ils sont indésirables dans ce village. Russell Core semble le seul à pouvoir résoudre ce mystère.

 » Il n’y a pas que notre monde qui est sauvage, nous le sommes aussi à l’intérieur, dit-elle. Tout ce qui nous entoure l’est. »

Il ne faut point trop en dire sur le déroulement de l’action qui emmène le lecteur dans des abysses de noirceur. Avec beaucoup de talent, William Grimaldi m’a captivée en décelant au fil des pages l’histoire de ce village et de Medora Slone. Il y a certes beaucoup de violence mais l’équilibre se fait avec le mystère et la poésie des lieux.

Il y a quelque chose de Sukkwan Island, le premier roman de David Vann dans l’atmosphère mais avec une histoire, un mystère et un environnement plus conséquents.

«  Quel était ce lieu, cette terre ensemencée d’angoisse. ces hectares étouffés de neige et comptables de rien?

Un roman noir sauvage et addictif qui marque le lecteur, sans aucun doute.

 

Noces de neige – Gaëlle Josse

josseTitre : Noces de neige
Auteur : Gaëlle Josse
Éditeur : Autrement
Nombre de pages :158
Date de parution : mars 2013

Auteur :
Gaëlle Josse est un écrivain français née le 22 septembre 1960. Études de droit, de journalisme et de psychologie, quelques années passées en Nouvelle-Calédonie. Elle travaille actuellement comme rédactrice dans un magazine et pour un site Internet à Paris.

Présentation de l’éditeur :
« Irina sait qu’elle a menti. Un peu. Rien de très grave.
Mais menti quand même. Certes, elle a bien vingt-six ans… Mais elle n’a jamais travaillé au Grand Café Pouchkine, comme elle l’a écrit à Enzo. »
Elles sont des centaines à rêver d’une autre vie. Mais pour Irina, rêver ne suffit pas. De Moscou, le Riviera Express doit la conduire à Nice, jusqu’à Enzo. Elle est prête à saisir sa chance. N’importe quelle chance. Mais sait-on vraiment ce qui nous attend ?
Irina n’a jamais entendu parler d’Anna Alexandrovna, jeune aristocrate russe, ni de son long voyage en train, en sens inverse, de la côte d’Azur à Saint-Pétersbourg, un huis clos où
les événements tragiques se succèdent. Qui s’en souvient ?

Mon avis :
«  Notre existence est façonnée par ce que nous avons vécu, par les évènements qui nous ont portés, construits ou défaits à jamais. »
Un même train entre Nice et Saint Pétersbourg en sens inverse, deux histoires de femmes russes à 130 ans d’intervalle en quête d’amour.
Anna Alexandrovna est une jeune aristocrate russe, rejetée par sa mère trop occupée par les mondanités. Laide et désagréable, elle ne trouve de chaleur qu’auprès des chevaux. C’est d’ailleurs un succès équestre qui lui vaut un compliment du beau Dimitri, cadet du tsar. En mars 1881, dans ce train qui l’emmène de Nice en Russie avec sa famille et ses serviteurs, elle ne rêve que de revoir Dimitri.
En 2012, Irina fait le chemin inverse. Elle quitte la Russie pour rejoindre Enzo à Nice. Elle ne le connaît pas mais correspond avec lui sur Internet par le biais d’un site de rencontre. Séparée d’un ancien amoureux devenu violent, d’origine modeste, elle n’a pas d’autre solution pour changer de vie.
C’est toujours un grand plaisir de lire Gaëlle Josse. Le style est aérien, les personnages sont touchants quelque soit leur nature. L’alternance des deux histoires donne un rythme et une variété à la lecture et l’auteur nous éclaire en fin de récit sur le lien entre les deux histoires. J’ai beaucoup apprécié les réflexions sur le sentiment amoureux très rarement partagé. Tous ces gens qui ne peuvent aimer ou être aimés à cause de leur physique, des horreurs qu’ils ont vécues, ne peuvent-ils plus générer que le mal. Les rêves et les besoins d’amour entraînent les personnages vers des limites et des excès parfois préjudiciables à l’entourage.
Si j’ai une fois de plus été séduite par la plume, le fait d’imbriquer deux histoires me laisse une impression de moins grande maîtrise de la profondeur de l’intrigue. Mais, l’auteur parvient sans difficulté à me faire partager le destin des personnages et à sentir toute leurs nuances et leur fragilité.
 » Il me reste désormais chaque jour de ma vie, dans son couchant, pour me souvenir que nous poursuivons en vain un horizon qui se dérobe, et que nos songes ne sont que des châteaux de sable, inlassablement détruits par la mer et par le vent. »

Je lirai avec plaisir le prochain roman de l’auteur en septembre, Le dernier  gardien d’Ellis Island.

 

PALété  New Pal 2014 challenge-marry-me

 

Nos vies désaccordées – Gaëlle Josse

josse2Titre : Nos vies désaccordées
Auteur : Gaëlle Josse
Éditeur : Autrement
Nombre de pages : 142
Date de parution : mars 2012

Présentation de l’éditeur :
« Avec Sophie, j’ai tout reçu, et tout perdu. Je me suis cru invincible. Je nous ai crus invincibles. Jamais je n’ai été aussi
désarmé qu’aujourd’hui, ni plus serein peut-être. » François Vallier, jeune pianiste célèbre, découvre un jour que Sophie, qu’il a aimée passionnément puis abandonnée dans des circonstances dramatiques, est internée depuis plusieurs années. Il quitte tout pour la retrouver. Confronté à un univers inconnu, il va devoir se dépouiller de son personnage, se regarder en face. Dans ce temps suspendu, il va revivre son histoire avec Sophie, une artiste fragile et imprévisible, jusqu’au basculement. La musique de nos vies parfois nous échappe. Comment la retrouver ?

Mon avis :
Avec Les heures silencieuses, j’ai découvert une auteur intimiste au style épuré et poétique. Dans ce premier roman, l’auteur avait réussi à me faire vibrer sur le destin de cette jeune femme, sur cette histoire inventée à partir d’un tableau de De Witte. Grâce à son style, je me suis retrouvée auprès de cette femme du XVIIe siècle avec ses espoirs et ses déceptions.
Dans Nos vies désaccordées, j’ai retrouvé cette plume alerte et sensible, cette façon de découvrir une vie par touches successives. La mélodie est là, on plonge dans l’univers musical du jeune pianiste, François Vallier, le narrateur.
Mais il m’a manqué quelque chose pour atteindre le charme du premier roman.
Est-ce le caractère égoïste de François, cette façon de tout à coup se souvenir de son premier amour soit disant inoubliable, au détour d’un mail? Est-ce ce trop grand mélange de destins croisés? Celui de Sophie en rupture avec sa famille, celui de Sandro, un ami dont le grand-père fut déporté, celui de Zev, victime en 1941 de la rafle d’Odessa ou même ces regrets de l’enfance de François. N’eut-il pas suffi d’avoir cette liaison miroir avec le couple de Robert et Clara Schumann qui explique tant de choses?
Cette abondance en si peu de pages m’a empêché de vraiment ressentir la douleur de ce couple séparé par les évènements.
Et puis, il y a ces passages en italique, d’un très beau mais peut-être trop grand lyrisme qui viennent heurter le fil du récit.
Jusqu’à la fin, je me suis demandée ce qu’ils représentaient : Des textes griffonnés par Sophie en lien avec son adoration pour Schumann, des lettres de Clara ?
C’est un très beau roman qui laisse un vague à l’âme, une mélodie mais il me manque l’assemblage pour en faire un aussi bon souvenir que celui laissé par Les heures silencieuses. Mais je vous le conseille tout de même pour la beauté de l’écriture et l’émotion. Et parce qu’en général, quand je suis vraiment charmée par un roman, je suis beaucoup plus exigeante avec les écrits suivants du même auteur. Gaëlle Josse reste un de mes futurs auteurs incontournables.

Je remercie Babelio et les Éditions Autrement pour l’envoi de ce livre dans le cadre de l’opération Masse critique.

 

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