Automne – Ali Smith

Titre : Automne
Auteur : Ali Smith
Littérature écossaise
Titre original : Autumn
Traducteur : Lætitia Devaux
Éditeur : Grasset
Nombre de pages : 240
Date de parution : 4 septembre 2019

Les premiers instants d’une rencontre sont essentiels. Ils déterminent souvent l’impression générale. Le premier chapitre du roman d’Ali Smith est remarquable. Il présage de toutes les facettes du roman. La qualité du style, le lien avec la nature et l’art, la présence en toile de fond d’un regard aiguisé sur l’actualité de notre monde, notamment le Brexit.

Daniel Gluck, plus que centenaire, erre dans les limbes du coma. Il se sent échoué sur une plage. En fait, il ne quitte pas le lit de sa maison de retraite où personne ne vient le voir, à part Elisabeth Demand, une enseignante londonienne de trente ans.

Daniel et Elisabeth, c’est une belle et longue histoire d’amitié. D’amour, peut-être pour la jeune femme. Elisabeth a huit ans quand elle demande à sa mère la permission d’aller interviewer son voisin, un vieil homme de quatre-vingt ans, pour un devoir d’école. Sa mère refuse mais c’est Daniel qui abordera la jeune enfant dans la rue à son retour de l’école. Souvent seule, c’est chez le vieil homme que l’enfant curieuse trouve refuge. Elle lui doit son amour pour la littérature et les arts.

«  Il faudrait toujours être en train de lire, dit-il. Même quand on ne lit pas réellement. sinon, comment lirons-nous le monde? Considère ça comme une constante. »

Que sait-elle du passé de cet homme qui jette sa montre dans le courant pour que le temps file? Elle devine les blessures du passé lors d’une rafle en 1943, un amour déçu pour une artiste de talent dont il aime décrire les tableaux, les yeux fermés.

 » C’est possible, dit-il d’être amoureux non pas d’une personne mais de ses yeux. De la façon dont ses yeux qui ne sont pas les vôtres vous permettent de voir vraiment où vous êtes, qui vous êtes. »

En cette période de Brexit où l’Angleterre voit renaître les tensions racistes, Ali Smith fait un parallèle avec une autre époque de flottement pour le pays. En consacrant sa thèse à Pauline Boty, la seule artiste anglaise du pop’art des années 60, décédée à l’âge de vingt-huit ans, Elisabeth évoque par le tableau Scandal63, le procès d’espionnage contre Christine Keeler.

 » Ce genre d’art interroge et permet le réexamen de l’apparence des choses. »

 

 

 

J’ai aimé découvrir cette artiste, Pauline Boty,  » un esprit libre descendu sur Terre avec un talent et une vision capable de faire voler le tragique en éclats pour ensuite le pulvériser dans l’espace, à condition que l’on s’intéresse à la force vitale contenue dans ces tableaux. »
Ne retrouve-t-on pas dans cette phrase l’art d’Ali Smith?

Automne, premier roman d’un quatuor, recèle bien des tableaux qui juxtaposés, enchevêtrés, décrivent la relation exceptionnelle entre Daniel et Elisabeth, leurs vies dans un pays en train de basculer, une saison où la chute infinie des feuilles marque le déclin mais où l’art impose un regard vers la vie.

Sans aucune hésitation, je lirai les trois prochains romans de Ali Smith.

 

Confession téméraire – Anita Pittoni

Titre : Confession téméraire
Auteur : Anita Pittoni
Littérature italienne
Titre original : Passeggiata armata
Traducteur : Marie Périer et Valérie Barranger
Edition : La Baconnière
Nombre de pages : 216
Date de parution : 10 mai 2019

 

Confession téméraire est un recueil de plusieurs ouvrages d’Anita Pittoni, figure du monde artistique et littéraire italien du XXe siècle. Il comprend un recueil de dix nouvelles qui donne son nom au livre, un recueil de prose poétique intitulé Les saisons, un texte fondateur qui explique le lien entre quotidien et création et enfin deux hommages, Cher Saba et La cité de Bobi.

Une préface de Simone Volpato, libraire-éditeur, permet de connaître un peu Anita Pittoni ( 1901-1982), sorte de Peggy Guggenheim de Trieste. Tout d’abord, chef d’un atelier d’art décoratif, elle devient éditrice d’un magazine féminin puis fonde une maison d’édition, Zibaldone en 1949.

La lecture des dix nouvelles m’a laissée perplexe. J’ai eu beaucoup de difficulté à entrer dans l’univers de l’auteure. Il y a toujours une part d’irréel assez déstabilisante. La nouvelle qui donne son titre au recueil ne fait que deux pages mais elle définit l’écrivaine.

« Je suis une femme dénuée de toute raison, incapable de sentiments. »

Tout en gardant cette part de mystère, Les saisons est un récit plus suivi et concret qui dévoile un peu la complexité de cette femme, sensible aux «  mouvements d’âmes antiques » qui l’animent.

Anita est une artiste sensuelle qui ressent les évènements avant de les connaître. Elle oscille fréquemment entre des moments de lourde tristesse et des instants de bonheur sans vraiment en comprendre les mécanismes.

«  Ma façon d’appréhender les événements est singulière, je sens une grande difference entre moi et les autres, je ne sais pas en quoi consiste cette différence, je sais seulement, de façon sensible et presque irrémédiable, qu’elle existe, c’est sûrement de là que me vient ce sentiment profond de solitude, dont je m’aperçois à peine. »

Dans La visite, l’auteur nous laisse enfin comprendre sa démarche créative. Des faits banals du quotidien comme un bouquet de cyclamens, déclenchent les souvenirs et la création poétique. C’est souvent un détail qui la fait accoucher d’un magma incandescent.

Sa personnalité continue de se dévoiler avec Cher Saba et La cité de Bobi. Le premier texte évoque une rencontre avec Saba, un auteur qu’elle a eu la chance de publier. Là aussi, elle commence par une scène assez énigmatique et spectaculaire pour ensuite expliquer la genèse de l’histoire.

Le second texte est un hommage à Robert Bazlen, critique littéraire et écrivain italien originaire de Trieste qui a pourtant passer toute sa vie à fuir cette ville si chère à son coeur.

 

Cet autoportrait sensible où les instants de dévoilement se cachent dans la fuite imaginaire ne m’a pas suffisamment permis de connaître Anita Pittoni. J’ai toutefois découvert un style, une démarche créative. Les récits sont souvent insaisissables, à l’image de cette artiste, pétrie de doutes et en proie à d’éternels questionnements. Mais il éveille la curiosité et l’envie de connaître davantage cette figure triestine du XXe siècle car elle a sans aucun doute une personnalité hors du commun.

Une femme en contre-jour – Gaëlle Josse

Titre : Une femme en contre-jour
Auteur : Gaëlle Josse
Éditeur : Noir sur Blanc
Nombre de pages : 160
Date de parution : 7 mars 2019

 

Vivian Maier ne pouvait qu’inspirer Gaëlle Josse. Sortir une femme de l’ombre, une femme qui, d’un regard capturé sur une pellicule photo, d’un œil posé sur la vie, mettait à jour la détresse des exclus et des marginaux.

Vivian Maier est morte en 2008 à Chicago, inconnue, seule et pauvre. Des milliers de ses photos prises et entassées dans des cartons au garde-meuble n’ont jamais été dévoilées.

«  Humbles existences qui ne savent que traverser le monde, voir le monde, dire le monde sans s’en emparer, en vainqueurs ou en conquérants. »

Autodidacte, la photographe de rue a pourtant un style, un talent inouï mais, sa jeunesse et sa vie l’ont toujours conduite à la limite de l’effacement.

John Maloof, agent immobilier, a acheté aux enchères le contenu du garde-meuble de Vivian Maier. Tout d’abord déçu, il a ensuite été touché par la bouleversante humanité de certaines photos.

Les professionnels n’ont pas voulu y croire. Sans eux, il a monté son exposition au Centre Culturel de Chicago. L’engouement fut immédiat.

Crédit Vivian Maier, extrait du documentaire A la recherche de Vivian Maier

De quelques jalons, de traces légères dans son existence, Gaëlle Josse relie les pointillés pour donner vie, sans la trahir, à cette « effacée magnifique. »

Pour cela, elle remonte à la naissance de la mère de Viviane, Maria Jaussaud dans les Hautes-Alpes. Bâtarde abandonnée par Eugénie, sa mère partie tenter sa chance à New-York , maria sera une éternelle dilettante, incapable de se fixer sur une identité ou un travail. Avec Charles, un homme violent, Maria aura deux enfants, Karl et Vivian, trop souvent livrés à eux-mêmes ou éduqués par d’autres. Vivian gardera à jamais une peur des hommes et la conviction que les grandes espérances se changent vite en illusions perdues.

Après la crise de 1929, Maria et Vivian partent en France, à Beauregard. Vivian restera attachée aux paysages de Alpes.

«  La vallée des Alpes et ses souvenirs heureux, ses escapades, demeurent enfouis en elle, comme de lointaines consolations. »

C’est là, à vingt-quatre ans, héritant de sa grand-tante qu’elle achète son premier Rolleiflex.

 » Dès lors, Vivian va inventer, trouver son style, installer son regard. »

Pour cette femme solitaire qui gardent le silence sur ses émotions, photographier est un geste vital. Pour vivre, elle devient garde d’enfants. Une nurse qui, au gré des ses promenades, capte le regard des gens de la rue.

 » Écrire, c’est se rêver Shéhérazade. » Gaëlle Josse pourrait me tenir éveillée des nuits entières en me racontant ces vies oubliées, émergeant de la lueur d’un tableau, d’une photo, d’une mélodie qui ont su capter son attention.

Pour visualiser quelques magnifiques photos de l’artiste, je vous conseille cet article de WTTW

Marina Tsvétaïeva, mourir à Elabouga – Vénus Khoury- Ghata

Titre : Marina Tsvétaïeva, mourir à Elabouga
Auteur : Vénus Khoury-Ghata
Éditeur : Mercure de France
Nombre de pages : 208
Date de parution : 3 janvier 2019

 

«  L’amour de l’amour, l’amour de l’écriture, tes deux viatiques, ont tenu ta tête hors de l’eau jusqu’à Elabouga. »

Fille de la bourgeoisie, mariée en 1912 à un traître à la révolution, Marina Tsvétaïéva est passible de prison ou de déportation. Pendant la Révolution russe, bon nombre d’intellectuels furent fusillés. Malgré son talent et le soutien de poètes officiels comme Boris Pasternak, Marina vit dans la misère. Sa poésie non conforme à l’esthétisme communiste n’est pas publiable.

Sergueï Efron ( Serge), son mari part se battre avec l’armée des rebelles. Marina doit conduire sa plus jeune fille à l’orphelinat où elle mourra de faim. Quand elle retrouve Serge à Berlin, ils partent s’installer à Paris où la diaspora intellectuelle la rejette.

 » Je suis inutile en France et impossible en Russie. »

Il faut dire que Marina est « une grande poète, grande amoureuse, grande gueule. »
Avec ses robes de gitane, ses convictions qui dérangent, Marina reste partout une  étrangère, sauf face à ses cahiers d’écriture.

Serge est bien incapable de la protéger et Marina a besoin qu’on l’admire, qu’on l’aime, qu’on la rassure. Elle enchaîne les liaisons avec hommes et femmes pour vivre intensément.
D’une correspondance soutenue, elle vit une passion épistolaire avec Boris Pasternak. Mais tous ses amants finissent toujours par l’abandonner.

Avec son fils, Mour, qu’elle dit né de trois pères, Marina rejoint sa fille Alia et Serge en Russie. Pendant la seconde guerre mondiale, Alia est déportée à la Loubianka. Serge est arrêté.Marina est rejetée malgré le soutien de Pasternak. Elle se retrouve en exil à Elabouga où la misère et la solitude finissent de l’épuiser.

«  Tu pars le cœur gros de ressentiments contre la France qui ne t’a pas reconnue, contre la Russie qui exile, fusille ses poètes qui ne se prosternent pas devant le pouvoir. »

Vénus Khoury-Ghata compose ce récit à la seconde personne du singulier. Ce choix littéraire amplifie le sentiment d’accusation. Infidèle, rebelle, Marina paraît excessivement égoïste face à un mari aimant ou à sa fille Alia qu’elle considère souvent comme une bonne. Il est bien difficile de s’attacher à cette poétesse en mal d’amour et de reconnaissance. Ainsi le lecteur en vient à vivre ce que tous ceux qui l’ont côtoyée ont ressenti.
Les quelques extraits de ses poèmes montrent toutefois tout le talent de l’artiste mais finalement, elle reste « seule et misérable, riche de mots » qu’elle envoyait « dans toutes les directions ».

Un roman sans concession qui m’a fait découvrir une poétesse russe, peut-être injustement reconnue et réhabilitée dans les années 60.

Marina Ivanovna Tsvetaïeva  est une poétesse russe née à Moscou en 1892  et morte à Elabouga le .

 

L’ombre de nos nuits – Gaëlle Josse

Titre : L’ombre de nos nuits
Auteur : Gaëlle Josse
Éditeur : Noir sur Blanc
Nombre de pages : 192
Date de parution : 7 Janvier 2016

 

Partir d’un tableau, en construire une histoire, l’artiste Gaëlle Josse est au cœur de son savoir-faire. Le style travaillé de l’auteur nous plonge dès les premières pages dans la grandeur de l’instant,dans l’intimité d’une famille et l’atmosphère d’une époque.

 

Nous sommes en Lorraine en 1639, dans l’atelier de Georges de la Tour. Il peint  Saint Sébastien soigné par Irène, aidé par deux apprentis.

 » L’un est mon fils, l’autre a du talent, j’ai besoin des deux. »

Laurent a perdu toute sa famille de la peste, le maître l’a recueilli enfant. L’apprenti « plus vif, plus à l’aise avec le dessin et le maniement des couleurs » intervient dans le récit, amenant un point de vue externe. Il est secrètement amoureux de Claude, la fille aînée du peintre qui pose pour le personnage d’Irène.

En parallèle, nous découvrons une jeune femme en visite au Musée des Beaux-arts de Rouen au printemps 2014. Devant le tableau sombre, malgré la lanterne du troisième personnage, elle repense au drame de sa vie.

 » La capacité d’oublier est peut-être le cadeau le plus précieux que les dieux ont fait aux hommes. »

Mais comment oublier B., l’homme de sa vie. Éperdument amoureuse, elle a plongé dans sa vie, prête à tout donner, tout abandonner pour mériter son amour. Mais elle ne faisait que se perdre dans sa nuit, embuée d’alcool et de désespoir.

Le lien entre les deux histoires est assez ténu mais c’est tout l’art de Gaëlle Josse. Capturer « un instant au lasso » et y construire des vies.
 » Il est l’heure d’éteindre les lumières, de souffler cette flamme qu’éclaire Irène et Sébastien et de se préparer à accueillir le jour qui vient. Il faut savoir chasser les ombres. »

D’un tableau, l’auteur évoque avec précision des évènements de la vie de ses personnages. Elle conte aussi bien cette période troublée de guerre entre la France t la Lorraine, la famine et la peste décimant la population, la passion et la technicité du peintre, ses ambitions auprès du roi de France, les pensées des membres de la famille que les peines de la femme contemporaine et son parcours de reconstruction. Tout est travaillé, précis, ancré dans son époque. Comment ne pas  se sentir impliqué, plongé dans cette double histoire?

Toujours en équilibre entre l’ombre et la lumière, entre la mort et l’espoir, le souffle et le silence, comme sur le tableau de Georges de la Tour, Gaëlle Josse dévoile la lueur qui nous guide de l’ombre à la lumière.

 » Dans ces moments-là, j’étais comme cette troisième figure sur le tableau, celle qui détourne le regard et se voile le visage. »

Gaëlle Josse revient en mars avec

 

Laleh – Olivier Dromel

Titre : Laleh
Auteur : Olivier Dromel
Éditeur : Éditions du Panthéon
Nombre de pages : 336
Date de parution : 14 décembre 2018

 

Victime d’un attenta terroriste à la terrasse d’un café parisien qui coûte la vie à deux de ses meilleurs amis, le narrateur, un artiste peintre, peine à comprendre ce qu’il lui arrive.
Comme anesthésié, il se laisse porter de mission en pays. A Venise, il travaille à la restauration du retable de la Chiesa di San Barnaba. Puis il accepte une mission  archéologique de l’Unesco en Irak.
Dans un petit village, à la recherche de pièces volées par Daech,  il est enlevé par un groupe terroriste.  C’est Laleh, une jeune femme sumérienne qui le découvre quelques jours plus tard évanoui dans le sable du désert. Avec elle et sa famille,  narrateur se retrouve en pleine guérilla.
Réfugiés dans un camp d’irakiens à la frontière turque, le narrateur est rapatrié sur Paris. Il se bat pour que Laleh, la femme qu’il aime, obtienne l’asile politique et le rejoigne en France. Mais une fois à l’abri, Laleh subit les injures racistes dans le métro parisien. Le couple ne rêve que de repartir à Hawizeh, village natal de Laleh, dans les marais sumériens, berceau de notre civilisation.

Curieux de toutes les  religions, sa visite à Jérusalem est particulièrement intéressante, mais attaché à son indépendance matérielle et intellectuelle, le peintre a un regard éclairé sur le bouddhisme, l’islam et les écrits sumériens particulièrement visionnaires.

Laleh est un roman au style assez basique (avec des phrases courtes et simples) qui mélange les genres. Le lecteur voyage beaucoup, découvre l’histoire, les religions. C’est aussi un roman d’amour et d’aventures ( peut-être parfois un peu incroyables mais je suppose que le quotidien n’est pas simple en zone de guerre).

 » Ce qui me frappe dans les croyances des Sumériens, c’est la simplicité du processus d’acceptation de mort. »
Le narrateur, qui ne semble pas avoir réalisé la mort de ses amis, avait sans doute besoin de cet environnement pour accepter et vivre à nouveau. L’intérêt du récit me semble dans cette recherche mais elle n’est pas évidente à percevoir tant l’auteur enchaîne les  drames de la vie en pays de guerre.

Quelques découvertes insuffisamment explorées ( notamment sur la civilisation des Sumériens) mais le style et l’histoire me laissent un peu perplexe.

 

Que faites-vous de vos morts? – Sophie Calle

Titre : Que faites-vous de vos morts?
Auteur : Sophie Calle
Éditeur : Actes Sud
Nombre de pages : 272
Date de parution : 23 janvier 2019

 

J’ai découvert Sophie Calle grâce à ma fille. Attirée par une de ses œuvres exposée à Beaubourg, elle s’est intéressée à l’artiste et à ses livres. Bien évidemment, elle m’a vite convaincue sur l’originalité de la démarche artistique et la  qualité du style littéraire. Sophie Calle, artiste plasticienne, photographe, réalisatrice et écrivaine fait de sa vie quotidienne un art.

Son originalité paraît parfois extravagante. Récemment, elle a dédié un album et une exposition à son chat mort à l’âge de dix-sept ans. Mais il faut dire que pour cette artiste, le monde animal et la poursuite amoureuse sont primordiales. Il était donc tout naturel de faire aussi cette exposition, Beau doublé M. le marquis au musée de la Chasse et de la Nature en 2017. C’est à cette occasion qu’elle eut l’idée de laisser un livre d’or à disposition des visiteurs afin qu’ils consignent leur réponse à cette question « Que faites-vous de vos morts? »

 » Que faites-vous de vos morts? Dans votre agenda vous écrivez « mort » à côté du nom? Vous dessinez une croix, une tombe? Vous ajoutez la date du décès? Vous raturez? Vous recouvrez le nom avec du Tipp-Ex? Vous ne faites rien?… »

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce superbe album à la couverture rigide tissée grise enluminée de caractères argentés, à la tranche argentée est l’écrin des photos de l’artiste, étranges dans leur sobriété et répétitives,  commencées au cimetière de Bolinas en Californie, de textes de l’auteure empreints d’humour, d’ironie, d’humanité, et surtout de réponses de visiteurs de tous âges. Sans filtre, sans correction d’orthographe, manuscrites, au crayon de papier, les phrases de ces anonymes nous interpellent par leur humour, leur gravité, leur respect, leur désinvolture.

 

 

 

 

 

 

 

 

J’avoue m’être posé la question au décès de ma mère. Retirer son numéro de téléphone de mon agenda était une façon de la faire disparaître une seconde fois. Beaucoup garde un objet du proche disparu. Certains les oublient, d’autres les portent au quotidien. J’ai beaucoup aimé cette phrase «  une courroie de transmission » laissée par un anonyme.

Sophie Calle est une artiste et une écrivaine à découvrir.  Si vous aimez l’originalité, vous ne serez pas déçu et cet album est esthétiquement très réussi.