Christian Bérard clochard magnifique – Jean Pierre Pastori

Titre : Christian Bérard clochard magnifique
Auteur : Jean Pierre Pastori
Editeur : Séguier
Nombre de pages : 232
Date de parution : 19 avril 2018

 

Avec ce livre, je plonge dans un domaine qui m’est peu familier. Je ne connaissais pas Christian Bérard, peintre, costumier, décorateur et scénographe qui a travaillé avec Jean Cocteau, Louis Jouvet, cotôyé Dior, Gérard Philippe, Edwige Feuillère, Jean Marais

Sa vie vaut bien un récit car il était un personnage singulier et talentueux.

Fils unique d’un bourgeois conformiste et d’une femme mélancolique morte jeune de la tuberculose, peu doué à l’école mais sensible aux Arts, ce jeune homme joufflu que tous appellent Bébé s’inscrit à l’Académie Ranson.

Après son service militaire qui lui permet de s’adonner à sa passion pour la lecture, il entre à l’Académie Julian. Ce néo-humaniste fréquente les salons de Gertrude Stein et reçoit le soutien de Jean Cocteau. Il illustre son recueil poétique Opéra.

Mais c’est aussi avec Cocteau et son amant, Jean Bourgoint que Bérard s’initie à l’opium. Sous l’effet des drogues et d’un naturel sensible à l’inquiétude et aux doutes, l’artiste oscillera entre moments de gloire, cures de désintoxication et phases de dépression.

En 1929, Bérard rencontre Boris Kochno, secrétaire de Diaghilev, le directeur des Ballets russes. Bébé quitte alors la villa Spontini de son père pour s’installer avec celui qui sera son amant pendant plus de vingt ans.

Bérard, intelligent, talentueux et gentil devient la coqueluche du Paris des années 30 et 40. Ses costumes, ses décors sont acclamés à chaque nouvelle mise en scène. Ballets, théâtre, peintures, cinéma,  couvertures de Vogue, croquis de mode, décorations d’intérieur, le génie croule sous les projets qu’ils acceptent.

« Acceptant plus qu’il ne peut réaliser, surmené, parfois déprimé, il lui arrive de ne pas éxécuter les commandes pour lesquelles il a reçu un à-valoir. »

Mais tous, même Louis Jouvet, acceptent souvent ses retards et son aspect négligé de clochard, tant ils rêvent de travailler avec lui. Bérard a cette capacité à improviser qui enchante ceux avec qui il travaille.

Le 16 février 1949, le Tout-Paris lui rend un dernier hommage lors de funérailles que l’on croirait nationales. Les grands de la littérature, de la peinture, du théâtre, la noblesse mécène sont là pour saluer une dernière fois celui qui a enluminé la scène. Bérard est enterré au Père Lachaise.

Le récit de Jean Pierre Pastori, biographe aguerri et spécialiste du monde du spectacle, s’attache surtout aux travaux de Bérard. Sa vie privée vient simplement en explication de son tempérament, de sa boulimie de travail, de son comportement. Sa vision plus externe qu’introspective en fait un document bien documenté, intéressant toutefois plus proche du factuel que de l’intime.

Double auto-portrait, Sur la plage exposée au MoMa.

 

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Charlotte – David Foenkinos

foenkinosTitre : Charlotte
Auteur : David Foenkinos
Éditeur : Gallimard
Nombre de pages : 224
Date de parution : 21 août  2014

 

Auteur :
Romancier français né en 1974 à Paris.

Présentation de l’éditeur :
Ce roman retrace la vie de Charlotte Salomon, artiste peintre morte à vingt-six ans alors qu’elle était enceinte. Après une enfance à Berlin marquée par une tragédie familiale, Charlotte est exclue progressivement par les nazis de toutes les sphères de la société allemande. Elle vit une passion amoureuse fondatrice, avant de devoir tout quitter pour se réfugier en France. Exilée, elle entreprend la composition d’une œuvre picturale autobiographique d’une modernité fascinante. Se sachant en danger, elle confie ses dessins à son médecin en lui disant : «C’est toute ma vie.» Portrait saisissant d’une femme exceptionnelle, évocation d’un destin tragique, Charlotte est aussi le récit d’une quête. Celle d’un écrivain hanté par une artiste, et qui part à sa recherche.
Ce roman a obtenu les PRIX RENAUDOT 2014  et PRIX GONCOURT DES LYCÉENS 2014

Mon avis :
Lorsque David Foenkinos découvre l’oeuvre de Charlotte Salomon, avec Vie? Ou Théâtre?,  » une conversation entre les sensations. La peinture, les mots et la musique aussi. Une union des arts nécessaire à la cicatrisation d’une vie abîmée. C’est le choix qui s’impose pour la recomposition du passé.« , il éprouve une vraie passion pour cette jeune femme.
Il enquête, part sur ses traces mais comment parler de Charlotte?
 » Alors, j’ai compris qu’il fallait en parler ainsi. »
Une phrase par ligne, c’est un style qui perturbe, qui bride l’émotion. Mais c’est le choix de l’auteur et il l’assume parfaitement jusqu’au bout de son récit. Alors certes, il y a de petites phrases un peu faciles, une limite à la description ou à la profondeur mais je suis parvenue à finalement en faire abstraction et à ressentir cette émotion pourtant retenue derrière la brièveté des phrases. J’y ai même trouvé des moments profonds comme l’arrestation du père, la colère du grand-père, la création de son œuvre ou la passion amoureuse pour Alfred ou Alexander.
Parler de la vie des juifs avant et pendant la seconde guerre mondiale est un sujet si largement traité qu’il faut trouver un biais, un style inédits pour susciter la découverte, l’intérêt. David Foenkinos a trouvé son personnage et son style.
 » Charlotte comprend tôt que les morts font partie de la vie. »
Née dans une famille où le suicide semble la seule issue, Charlotte oscille parfois entre la passion excessive et l’absence rêveuse. L’intérêt de ce roman est de ne pas se limiter aux rafles nazies et aux camps de concentration mais de nous toucher aussi sur l’ostracisme envers les juifs allemands avant la seconde guerre mondiale et surtout sur le destin de cette famille où le suicide semble la seule issue.
Souvent critiqué pour sa superficialité et son succès populaire, David Foenkinos a été largement décrié par la presse pour ce nouveau roman qui se voulait peut-être différent.
J’aurais effectivement préféré en savoir davantage sur l’œuvre de Charlotte Salomon et me serais par contre volontiers passée des incursions de l’auteur parti sur les traces de son héroïne mais je respecte cette volonté de l’auteur de rendre hommage à une artiste méconnue dans une forme originale.
J’ai découvert une artiste mais surtout une jeune femme passionnée au destin tragique perdue dans un monde où la folie n’est pas que familiale.

CharlotteSalomonPour aller plus loin au sujet de Charlotte Salomon, Les Éditions Le Tripode publieront en octobre 2015 Vie? ou Théâtre?, l’ intégralité de l’œuvre de la peintre allemande Charlotte Salomon. « Conçu dans une maquette de Margaret Gray, responsable de la section typographique de l’École Estienne, le livre constituera la première initiative mondiale de reproduction intégrale de  Vie ? ou Théâtre ? (près de 1600 gouaches et calques) ».


Lecture commune avec Nath, Ariane, et Lydie.
rentréeNew Pal 2015bac2015
orsec

Mr Gwyn – Alessandro Baricco

bariccoTitre : Mr Gwyn
Auteur : Alessandro Baricco
Littérature italienne
Traducteur : Lise Caillat
Éditeur: Gallimard
Nombre de pages : 192
Date de parution : mai 2014

Auteur :
Écrivain, musicologue, auteur et interprète de textes pour le théâtre, Alessandro Baricco est né à Turin en 1958. Dès 1995, il a été distingué par le Prix Médicis étranger pour son premier roman, Château de la colère. Avec Soie, il s’est imposé comme l’un des grands écrivains de la nouvelle génération.
Vous trouverez aussi sur ce blog, la chronique de   Soie et  Novecento, pianiste.
Présentation de l’éditeur :
Romancier britannique dans la fleur de l’âge, Jasper Gwyn a à son actif trois romans qui lui ont valu un honnête succès public et critique. Pourtant, il publie dans The Guardian un article dans lequel il dresse la liste des cinquante-deux choses qu’il ne fera plus, la dernière étant : écrire un roman. Son agent, Tom Bruce Shepperd, prend cette déclaration pour une provocation, mais, lorsqu’il appelle l’écrivain, il comprend que ça n’en est pas une : Gwyn est tout à fait déterminé. Simplement, il ne sait pas ce qu’il va faire ensuite. Au terme d’une année sabbatique, il a trouvé : il veut réaliser des portraits, à la façon d’un peintre, mais des portraits écrits qui ne soient pas de banales descriptions. Dans ce but, il cherche un atelier, soigne la lumière, l’ambiance sonore et le décor, puis il se met en quête de modèles. C’est le début d’une expérience hors norme qui mettra l’écrivain repenti à rude épreuve.
Qu’est-ce qu’un artiste? s’interroge Alessandro Baricco, dans ce roman intrigant, brillant et formidablement élégant. Pour répondre à cette question, il nous invite à suivre le parcours de son Mr Gwyn, mi-jeu sophistiqué mi-aventure cocasse. Et, s’il nous livre la clé du mystère Gwyn, l’issue sera naturellement inattendue.
Mon avis :
Baricco, c’est une musique, une lumière, des personnages mis à nu de manière progressive. Et dès les premières phrases, je suis embarquée dans un monde un peu féérique, absurde et je m’attends à une histoire inoubliable à la chute maîtrisée.
Mr Gwyn est bien dans cette veine là.
Jasper Gwyn, écrivain reconnu publie un jour une liste de cinquante deux choses qu’il ne fera plus dont celles d’écrire et de publier des romans. Mais l’écriture est pour lui quelque chose de viscéral. En visitant une galerie d’art, lui vint cette idée géniale d’écrire des portraits, de définir en quelques pages l’histoire d’un sujet mis à nu  » le ramenant ainsi chez lui »
 » Mademoiselle, me laisseriez-vous, en échange de cinq mille livres, vous regarder durant une trentaine de jours, juste le temps de transcrire votre secret? »
Dans un atelier vieillot avec une  » lumière enfantine » spécialement créée par un vieil artisan et un  » fleuve sonore » composé par un musicien, Jasper Gwyn va observer pendant trente jours de seize heures à vingt heures hommes ou femmes sans habits ni activités afin d’écrire leur portrait.
Le livre d’Alessandro Baricco n’est-il pas lui-même un portrait de Mr Gwyn, qui le ramène là chez lui dans son essence d’écrivain, dans cet attachement à certaines personnes comme son ami et agent Tom ou sa stagiaire Rebecca.
 » Rebecca mesura quelle distance on est parfois amené à parcourir, et combien sont mystérieux les chemins de l’expérience qui peuvent un jour vous faire asseoir sur une chaise, nue, et vous soumettre au regard d’un homme qui a trimbalé sa folie pendant de longues années, jusqu’à lui donner sens et en faire un refuge pour lui et pour vous. »
Pour Jasper Gwyn, les histoires sont des portraits et le lecteur les apprécient particulièrement lorsqu’ils s’y reconnaissent.

L’histoire de Mr Gwyn est un bien beau portrait.