Le pardon – Rodolphe Blavy

BlavyTitre : Le pardon
Auteur : Rodolphe Blavy
Éditeur : Arlea
Nombre de pages : 151
Date de parution : août 2015

Auteur :
Rodolphe Blavy a trente-neuf ans. Il vit à Paris où il travaille pour le FMI. Le Pardon est son premier roman.

Présentation de l’éditeur :
C’ est un homme jeune, pour qui la vie semble facile et sans questions. Mais qui sait sur quelles blessures se forgent les apparences
Le Pardon est un roman sur la quête de soi. Mais c’est aussi un beau texte sur l’Afrique, sur son étrange capacité à mettre à nu les êtres et les choses, dans un mélange égal de résilience et de violence.

Mon avis :
Le narrateur est un jeune français, né dans une famille bourgeoise parisienne qui, dans sa jeunesse, a vécu quelques temps en Afrique. Il en garde une douce nostalgie, comme sa mère qui traîne dans le jardin d’acclimatation pour éprouver un peu l’ambiance de là-bas près du lac Victoria.
Adulte, c’est là qu’il décide de retourner pour rencontrer celle dont il attend le pardon. Il démissionne et prend l’avion, presque sur un coup de tête.
Le récit commence, avec une très belle comparaison,  dans cet avion où le paysage représente sa vie, des plaines arides, quelques sommets marquants et le désert.
A marcher dans les pas de son père, il s’était construit une vie trop sage, sans relief. Il a maintenant besoin de retrouver  » la pauvreté et la rigueur du voyage, pour y trouver l’homme vrai et authentique. »
Ce récit est certes un hommage à l’Afrique, mais chaque rencontre nous plonge dans une histoire toujours plus sombre. Purity, fille d’une enfant violée, préfère monnayer ce qui est le destin de nombre de jeunes filles et devient donc une prostituée. Elle raconte les conditions de sa naissance et le poids de ces hommes gras qui viennent se perdre dans son corps.
Puis le narrateur croise Raymond et César, deux enfants qui doivent assumer leur survie. L’un quitte sa famille pour des études, l’autre orphelin vit de petits boulots pour sauver sa sœur.
Si l’auteur nous fait partager la beauté des paysages africains, la nostalgie du narrateur et les drames des personnages rencontrés m’ont plongée dans une atmosphère lourde, dramatique et plombante.
Le style se révèle parfois poétique et souvent travaillé, mais j’ai beaucoup peiné à suivre le fil des histoires, ne sachant plus les liens entre les personnages. Le narrateur parle successivement de ses parents, de Purity et de sa mère, d’un garçon orphelin pris dans le monde du jeu, puis de Raymond, de César et enfin de cette femme qu’il court rejoindre en nous laissant là aussi le doute sur son identité et son lien familial.
Rodolphe Blavy m’a perdue dans le flou et la misère d’un pays qui le hante.

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Max, en apparence – Nathalie Skowronek

skowronekTitre : Max, en apparence
Auteur : Nathalie Skowronek
Éditeur : Arléa
Nombre de pages : 235
Date de parution : 5 septembre 2013

 

Auteur :
Nathalie Skowronek est née en 1973 et vit à Bruxelles. Elle travaille dans l’édition.

Présentation de l’éditeur :
En apparence, Max avait laissé Auschwitz derrière lui.
Une histoire ancienne qui avait fini par s’effacer, comme dans mon souvenir le numéro tatoué sur son bras qu’enfant je connaissais par cœur, et que j’avais pourtant fini par oublier.
Mon grand-père Max était à présent un homme d’affaires qui, associé à Pavel, son vieil ami des camps, trafiquait par-dessus le mur de Berlin pour alimenter la nomenklatura d’Allemagne de l’Est en produits de luxe et marchés divers. Tout aurait été pour le mieux, Max vivant au milieu de sa cour, si ce départ pour Berlin (qui avait été il n’y a pas si longtemps le cœur de la machine de mort) ne s’était fait au prix de l’abandon de son épouse et de sa petite fille, restées à Liège.
En apparence seulement.
Car Max chaque matin faisait le tour du zoo de Berlin, avec dans ses poches ses pilules, et un petit sac de diamants.

Mon avis :
A force de lire des écrits de descendants de personnes enfermés dans les camps de concentration, je mesure le poids de l’histoire qui pèse sur ces enfants et petits-enfants. D’autant plus que ceux qui en ont échappés ne voulaient, ne pouvaient pas parler de leurs années d’enfer.
Nathalie Skowronek veut comprendre ce grand-père qui ne laissait entrevoir en témoignage qu’un numéro tatoué sur le bras. Ces années passées à travailler à la mine de Jawischowitz, cette chance inouïe d’y avoir survécu ont-ils ensuite influencer son choix de vie. Car Max a choisi l’Allemagne pour faire du commerce plus ou moins douteux avec Pavel, un ami vivant à Berlin Est.
Comme toutes les personnes qui essaient de comprendre le passé, sans l’avoir jamais entendu de la bouche de l’intéressé, l’auteur suppose à partir de témoignages, de références littéraires ou cinématographiques. Elle enquête auprès des administrations, se rend à Auschwitz pour s’imprégner de l’histoire, elle retourne à Berlin et en Israël.
 » Est-ce suffisant pour prendre la parole? Ce que j’ai à dire justifie-t-il de rompre le silence ? »
De tels témoignages sont surtout nécessaires à l’auteur. Toutefois, Nathalie Skowronek est parvenu à m’intéresser en évoquant les conséquences sur l’entourage de Max ( avec sa grand-mère Rayele et surtout sa mère dépressive), et surtout en tentant de comprendre les agissements de Max pendant la guerre froide.
 » Derrière ces interrogations, se cache la douleur d’une fille qui a vu son père se montrer toujours aimable avec les inconnus quand il était incapable de vivre en famille. »
La construction est cependant un peu chaotique et le récit personnel pour vraiment me passionner.

«  Quoique je tente, je n’écrirai jamais qu’un ersatz d’une réalité que je ne peux appréhender. Plus j’avance, plus j’interroge, plus je lis, plus je me sais vague, incomplète, en-deçà de ce qui a été. Et l’écrire (faute avouée, faute à moitié pardonnée ?) ne me protège de rien. Quoique je fasse, je reste de l’autre côté. »

J’ai lu ce roman dans le cadre de l’opération encartLibFly avec LIBFLY.

RL2013 Challengedelete plume

 

 

Un jour par la forêt – Marie Sizun

sizunTitre : Un jour par la forêt
Auteur : Marie Sizun
Éditeur : Arléa
Nombre de pages : 215
Date de parution : août 2013

 

Auteur :
Marie Sizun est née en 1940. Elle a été enseignante de lettres classiques à Paris, en Allemagne ainsi qu’en Belgique. Elle a trois enfants et vit à Paris depuis 2001.

Présentation de l’éditeur :
Qu’est-ce qui pousse Sabine, petite élève de 5e, solitaire et rêveuse, à ne pas se rendre en classe,ce matin de printemps ? Pourquoi décide-t-elle ce jour-là de faire l’école buissonnière, et d’aller à la découverte d’un Paris qu’elle ne connaît pas très bien et qui l’a toujours fascinée ?
Ce n’est pas seulement pour échapper au rendez-vous que la prof de français, excédée par son désintérêt, a fixé à sa mère.
La fuite de Sabine parle de honte et d’incompréhension.
Honte de sa mère, qu’elle sent ne pas correspondre à l’image qu’on se fait d’une mère attentive, soucieuse de la scolarité de son enfant ; mais aussi honte de son milieu social où la culture reste un mot opaque, presque hostile. La petite prend soudain conscience que ce monde du lycée lui est fermé, comme il l’a été aux siens.
Mais, au cours de sa journée vagabonde, bien des choses vont changer pour elle. Le hasard d’une rencontre lui fera découvrir le trésor qu’elle porte en elle et qui ne demande qu’à être révélé.

Mon avis :
 » Qu’est-ce qu’il penserait, Hugo, de ces élèves ratés d’aujourd’hui qu’on n’envoie pas travailler dans les mines, non, mais qu’on laisse sur le bord de la route, qu’on abandonne en cours de scolarité, sans aucun diplôme, livrés à quel avenir ? »

Marie Sizun, avec un récit à la troisième personne, raconte une journée d’école buissonnière d’une jeune collégienne.
Sabine vit avec sa mère, femme de ménage dont elle a un peu honte à cause de son métier, de son langage et de son apparence. Son père violent a quitté le foyer pour une autre femme. Depuis, Sabine est rêveuse. Ses drôles d’idées l’emmènent parfois « si loin à partir d’un objet, d’une lumière, d’un nuage, d’un mot ». Son peu d’attention en classe en fait une mauvaise élève. Dans ce monde fermé, elle a peu d’amis. Et cette bornée ou désabusée Madame Lemagre, professeur de français l’humilie, la pousse à bout et convoque sa mère pour lui signifier son impertinence.
Cette rencontre n’est pas possible et Sabine préfère fuir, ne plus aller à l’école. Elle part « par la forêt » comme dans son poème d’école, retourne voir Notre Dame parce qu’elle avait aimé cette visite avec la professeur de dessin, seule matière qu’elle adore. Elle a aussi de revoir son père et elle va surtout rencontrer un jeune couple de professeurs anglais, une rencontre providentielle qui telles des fées sur le berceau d’un enfant vont lui donner l’art de la poésie et de la peinture.
« Est-ce que c’était ça la poésie ? Ce trouble pour un mot. »
C’est le genre histoire simple qui met en évidence toutefois les failles de l’enseignement, les difficultés de certains milieux familiaux, un réflexion sur la culture.
 »  Est-ce qu’ils pensent toujours à ce qu’ils disent, les profs ? Est-ce qu’ils sont conscients que nous sommes là, à les entendre, chacun avec son histoire particulière et que les mots peuvent faire mal ? »

 » Le métier qu’on nous fait faire! Soupire Dunonc-Debray. Au ministere, ils s’étonnent qu’on n’ait pas de résultats! Comme si c’était nous les coupables !…Il faut les voir les parents de certains ! Qu’est-ce qu’on peut faire, nous, si la partie est perdue d’avance ? »

En parlant de la culture, « c’est attraper tout ce qui permet de devenir soi-même »

 » C’est tout simple : l’art, c’est rendre belles même les choses tristes et permettre  aux autres de les voir. »

Il est un peu simple de condamner des professeurs exténués devant des classes surchargées et difficiles et de montrer qu’il est si facile d’intéresser un seul enfant le temps d’un instant.
Derrière cette simplicité, il y a pourtant une évidence, chaque enfant doit être compris avec son milieu d’environnement et a forcément un centre d’intérêt à découvrir.
Voici donc un roman court, léger qui peut donner un peu d’optimisme aux professeurs pour cette rentrée, même si la jeune Sabine n’a rien d’un cas désespéré. Elle est simplement dans une situation familiale un peu délicate, le système scolaire pourrait la « détruire » faute d’attention alors qu’elle a de très beaux sentiments (respect, amour sincère pour sa mère, goût manifeste pour l’art)
A méditer

RL2013 Challengedelete plume

La part du feu – Hélène Gestern

gestern1Titre : La part du feu
Auteur : Hélène Gestern
Éditeur : Arléa
Nombre de pages : 220
Date de parution : janvier 2013

Auteur :
Hélène Gestern a quarante ans. Elle vit et travaille à Nancy. Elle a connu un beau succès avec son premier roman, Eux sur la photo .

Présentation de l’éditeur :
À la suite d’une révélation qui la bouleverse, Laurence Emmanuel décide d’en apprendre davantage sur le passé de ses parents.
Très vite, ses recherches l’amènent sur la piste d’un militant d’extrême gauche, Guillermo Zorgen, qui a défrayé la chronique dans les années 70 avant de sombrer dans l’oubli. Qui était cet homme ? Un simple idéaliste ou un dangereux pyromane ? Et surtout : quels liens entretenait-il avec les parents de Laurence ? Au fil des témoignages, des documents, émerge le portrait contrasté d’un être énigmatique, qui a, comme une partie de sa génération, choisi d’exister par le combat. Mais au-delà, la quête va surtout révéler les formes ardentes, et parfois destructrices, que peut prendre le désir d’être ensemble.

Mon avis :
J’ai découvert l’auteur avec  Eux sur la photo. Je me suis donc précipitée sur le second roman de cet écrivain au
style simple et juste. D’une histoire de famille, l’auteur nous entraîne sur une enquête passionnante à la recherche d’un potentiel père biologique. Suite à une révélation de Jacques, celui
qu’elle croyait être son père, Laurence va fouiller dans les archives de Cécile, sa mère. A partir de lettres, d’extraits de journaux, elle enquête sur un ancien militant d’extrême gauche,
Guillermo Zorgen. Avec l’aide d’un journaliste et d’anciens membres de ce mouvement politique, elle découvrira petit à petit le caractère ambigu du personnage. Guillermo est un homme
charismatique, engagé qui livre un combat contre les riches politiques corrompus, allant jusqu’à incendier leurs biens. Pour de nombreux jeunes gens et jeunes femmes des années 70, il devient une
figure emblématique qu’ils vont suivre aveuglément.
Mais il y a de nombreuses zones d’ombre dans la vie de ce personnage et dans les circonstances de sa mort.  C’est bien sûr ce qui nous tient en haleine dans l’enquête de Laurence. Elle meurt d’envie de savoir qui est Guillermo et qui est cette jeune Sonia qu’il a tant aimée et surtout connaître les circonstances de sa mort.
Cette enquête personnelle devient une histoire plus globale sur l’engagement politique et la passion amoureuse. Le style est clair et fluide. L’auteur intercale des lettres ou extraits de journaux dans son récit, lui donnant ainsi une grande véracité. Si l’enquête donne le rythme au récit, les sentiments des personnages ajoutent une dimension humaine et sentimentale à l’histoire.
Une fois de plus, Hélène Gestern parvient à partir de documents retrouvés à construire une histoire passionnante autour de personnages attachants.

Je remercie Les Éditions Arléa pour cette lecture.

plume New Pal 2013

Nu rouge – Frédéric Touchard

touchardTitre : Nu rouge
Auteur : Frédéric Touchard
Éditeur : Arléa
Nombre de pages : 204
Date de parution : août 2011

Résumé :
Terminant sa thèse sur Édouard Pignon, c’est vers le Nord-Pas-de-Calais, région natale du peintre, que Camille décide de partir.
Elle veut mettre ses pas dans les siens, retrouver les lieux de son enfance, voir de ses yeux les lumières, les gens, les paysages qui ont inspiré le peintre. Mais, très vite, cette quête va prendre une autre dimension. Guidée par Jean, rencontré par hasard et avec qui se noue le début d’une histoire, elle plonge dans une réalité qu’elle n’imaginait pas, faite de luttes et de traditions ouvrières malmenées par la disparition des mines et des filatures. Dumont Cassel à Marles-les-Mines, de Roubaix à Dunkerque, mais aussi à Calais, elle découvre pêle-mêle et en accéléré les blessures de la Grande Guerre, les friches industrielles, l’errance désespérée des sans-papiers. Chaque rencontre, chaque lieu visité lui parlent de résistance et d’engagement politique. Mais que pèse sa vie face à ce destin collectif ? Rien ni personne, même pas Jean, surtout pas Jean et son amour naissant, ne pourra l’empêcher d’aller vers son destin. Et le geste insensé qu’elle décide d’accomplir la révélera à elle-même.

Mon avis :
 » De ce Nord, Camille ignore encore l’ordre et les désordres… »
Moi, ce Nord, je le connais un peu puisque j’y suis née. Et pourtant, j’ai beaucoup appris dans ce livre. L’auteur parle de la région Nord/Pas de Calais sous plusieurs dimensions (géographique, historique, sociale et culturelle).
Bien sûr, j’ai découvert ce peintre, ancien mineur, Edouard Pignon, sur lequel Camille fait sa thèse, mais j’ai eu la surprise d’y retrouver Rémy Cogghe, dont le célèbre tableau Combat de coqs en Flandre est exposé à La Piscine (musée) de Roubaix. J’ai lu récemment un petit livret édité par Invenit sur ce tableau vu par Jean-Bernard Pouy.
Frédéric Touchard nous parle aussi bien des mines, des filatures, de la génèse du magasin Auchan, de la naissance de l’Internationale, du camp de Sangatte, des stigmates de la première guerre mondiale, de la scission belge entre flamands et wallons. Ce livre est d’une grande richesse.
De plus, les personnages sont attachants bien qu’ils soient, à la manière des gens du Nord, très pudiques et humbles. L’histoire d’amour naissante entre Camille, un peu perdue devant son sentiment d’inutilité et Jean qui lui explique son pays, est comme une douce mélodie, un attachement sérieux et simple. Jean respecte la
personnalité de Camille.
Puis, Camille se sent obligée d’agir, peut-être en mémoire de son père. Devant la misère des camp d’immigrés qui attendent vainement un passage vers l’Angleterre, Camille se sent concernée.
Le style de l’auteur est très agréable, avec des petites pensées entre parenthèses, parfois des phrases un peu longues. J’ai ressenti une douce mélancolie à la lecture de ce roman.
Je regrette de n’avoir pas eu quelques reproductions de peintures d’Édouard Pignon.

  touchard1   Nu rouge au cactus

touchard2

                                                                      Combat de coqs

C’est un premier roman encourageant que je conseille aux amoureux de la région Nord/ Pas de Calais.