Apo – Franck Balandier

Titre : Apo
Auteur : Franck Balandier
Éditeur : Le Castor Astral
Nombre de pages : 184
Date de parution : 16 août 2018

2018, centenaire de la mort d’Apollinaire mais aussi centenaire de la fin de la grande guerre et année de réouverture de la prison de la Santé. Des liens qui permettent à Franck Balandier de construire son récit pour nous faire découvrir Guillaume Apollinaire, poète célèbre mais surtout un homme sensuel voire lubrique et fantaisiste.

Le roman se compose de trois parties.

Tout commence dans la fantaisie. Nous suivons Apollinaire et son ami douteux Géry en plein cambriolage au musée du Louvre. Ils fuient sous une pluie battante avec deux statuettes et la célèbre Joconde. Picasso qui devait être de la partie ne fut pas au rendez-vous. Ce don juan devait être bien occupé.

Si Géry s’enfuit avec le butin, Guillaume est arrêté pour complicité. En septembre 1911, le poète passe cinq jours à la prison de la Santé. Ce qui nous vaut le plus beau moment du livre. Balandier, ancien éducateur de prison, connaît bien cette atmosphère.

«  La prison est une interminable attente. » 

Guillaume s’évade avec ses mots, pensant à Marie Laurencin.

La seconde partie nous emmène en novembre 1918, à la fin de la grande guerre. Wilhelm  Kostrowitsky, émigré russe, dit Guillaume Apollinaire ne mourra pas de cet éclat brillant à la tempe mais de la grippe espagnole qui finira par faire plus de ravage que la guerre et autant de peur et de scandale que notre virus H1N1.

«  Il est des maladies inventées, dont les morts, au fond du couloir, en sortant de l’ascenseur, sont des promesses de fortunes immédiates. »

Quelle tristesse de mourir la veille de l’armistice alors que ce grand poète au regard brouillé espérait encore étreindre le jeune corps de Mona rencontrée au café de Flore.

«  Homme à femmes. Il aime que ses amis le voient ainsi. Et même s’il ne possède pas le physique de l’emploi. »

L’homme séduit par sa poésie.

Même un siècle plus tard…En 2015, Elise Seyveras se rend à la prison de la santé juste avant sa démolition. Dans le cadre de sa thèse, elle veut visiter la cellule où Apollinaire a passé quelques jours. 

«  Les murs de prison sont des histoires à fleur de peau. »

Ceux-ci lui rappellent les heures sombres de l’internat où ses parents l’avaient envoyée.

Quel enchantement quand elle découvre un poème de la main d’Apollinaire sur le mur à côté des latrines!

«  Où vont mourir les poètes aux murs des prisons, quand ils ont déjà fini d’exister?

Un homme est passé par là. Il se nommait Guillaume Apollinaire. Il écrivait. Il n’a pas cessé d’écrire. Sur des papiers, des bons de cantine, des vieux journaux, sur les murs aussi. Il a écrit partout. Et tout doit disparaître. »

Dans ce roman, Franck Balandier compose autour de faits réels. Sur ce fil ténu du passé d’Apollinaire, il brode des vies. Une ronde de personnages ( un gardien de musée, un voisin, un catcheur, un arbitre, un gardien de prison, un tenancier de bordel…) s’invite et accompagne le poète. Jusqu’à cette jeune étudiante, son amour de jeunesse et sa mauvaise rencontre qui nous vaut une fin spectaculaire.

Le tout dans un style remarquable, non dénué d’humour et de fantaisie, et avec un regard acéré sur la société actuelle. 

Gabriële – Anne et Claire Berest

Titre : Gabriële
Auteur : Anne et Claire Berest
Éditeur : Stock
Nombre de pages : 450
Date de parution : 23 août 2017

Avec ce livre, Anne et Claire Berest souhaitent réhabiliter leur arrière-grand-mère qu’elles n’ont pas connue.
Parce que cette femme à l’intelligence rare a sacrifié sa vie, sa carrière prometteuse de compositrice pour la carrière de son mari, Francis Picabia.
 » Cette femme déplace des montagnes pour les autres, mais il lui manque la force de pousser une porte pour elle-même. »

Son amour inconditionnel pour le peintre avant-gardiste, avide de reconnaissance, frôlant la mort pour se sentir vivant, la pousse à l’abnégation et même parfois à la compromission.
Car, elle aussi, ne se sent vivante que dans l’action, délaissant trop souvent  ses enfants, dont on n’entend plus parler dans le récit sitôt leur naissance.

Au-delà du récit d’une passion réciproque, parfois destructrice, ce document nous plonge dans le Paris bohème, dans le milieu artistique du début du XXe siècle. Nous découvrons les débuts controversés de l’art non figuratif, des peintres comme Marcel Duchamp ou des écrivains comme Guillaume Apollinaire. Milieu foisonnant, intellectuel, vivant, enivrant et opiacé. Ici « la banalité et l’ordinaire n’existent pas. »
Escapades dans le Jura, terre de stabilité pour Gabriële, dans le Midi, en Espagne, à Berlin ou plus largement à New York où les mentalités sont plus réceptives à l’Art moderne.
Gabriële est une femme extraordinaire, étonnamment moderne pour l’époque. Son abnégation pour un homme enfant est d’autant plus  intéressante. Elle rêvait de liberté et s’enferme sous l’emprise d’un homme caractériel. Toute la complexité féminine.

Nous sommes donc en présence d’un document foisonnant parfaitement documenté, rythmé par les cycles enjoués puis dépressifs de Picabia. On frise parfois l’anecdotique. Je me suis de temps en temps lassée des inconstances répétitives de Picabia. Fort heureusement, sans jamais être invasives, les sœurs Berest viennent parfois confier leurs états d’âme sur cette femme qu’on leur a cachée.