Laisser des traces – Arnaud Dudek

Titre : Laisser des traces
Auteur : Arnaud Dudek
Éditeur : Anne Carrière
Nombre de pages : 200
Date de parution : 10 mai 2019

Laisser des traces afin de jouir d’une certaine immortalité est le souhait de beaucoup d’êtres humains. Chacun choisit son empreinte, son domaine, sa manière de changer les choses. Certains ambitieux aux dents longues veulent s’inscrire dans l’Histoire, briller en politique à l’échelle du monde. Les artistes laissent leur nom sur des créations plus ou moins inoubliables. Beaucoup ne resteront que dans la mémoire de leur enfants, leur famille, leur entourage. Mais finalement, ces petites traces laissées dans le cœur des gens ne sont-elles pas les plus importantes?

Maxime Ronet est le fils unique d’une famille de gauche. Enfant, il savait séduire son public. A l’issue de ses études, il croise la route d’un homme politique qui deviendra son mentor. Le Mouvement, nouveau parti politique, cherche de jeunes diplômés brillants et prometteurs. En marche vers les plus grandes responsabilités, Maxime Ronet, «  la tchatche facile, le sourire enjôleur », découvre les dessous de la communication politique.

Faire de la politique autrement, pouvoir des réseaux sociaux, manifestation de gilets fluorescents, crise identitaire des maires, fracture entre l’élite politique et les habitants des régions. Avec une certaine ironie et un regard affûté, Arnaud Dudek s’inspire de la politique française actuelle, de notre société. La politique change de forme, mais poursuit sur le même fond.

Après un dérapage verbal surmédiatisé  par une fuite sur les réseaux sociaux, Maxime Ronet parvient tout de même à se faire élire maire de la commune de Nevilly en mars 2020. Etre au quotidien sur le terrain est bien moins jouissif que la conquête du pouvoir. De plus en plus d’obligations, de moins en moins de moyens, malgré le professionnalisme de son assistante, Maxime peine à répondre à toutes ses obligations. C’est ainsi qu’il repousse à plusieurs reprises un rendez-vous sollicité par une de ses administrées, Emma Nizan.

«  En d’autres termes, l’engagement politique est un fragile équilibre entre détermination et doute. » C’est le destin d’Emma Nizan qui va immiscer le doute dans l’esprit déterminé de Maxime Ronet. Des anonymes, parfois, nous bousculent par leur simplicité, leur façon de s’effacer, de ne pas vouloir laisser de traces.

Arnaud Dudek possède une grande facilité d’écriture. Simplement, avec humour et tendresse, il croque parfaitement les petits travers de l’air du temps. La simplicité des citoyens d’une petite ville de province devient alors le trésor de notre époque, bien plus lumineuse que l’hypocrisie de politiciens qui laisseront peut-être un nom à la postérité mais peu d’affect dans la mémoire des gens. Le mystère d’Emma Nizan guide un récit vif, moderne qui pousse le jeune Maxime Ronet à découvrir le véritable engagement d’une vie.

Une fois de plus, l’auteur laisse avec ce roman une trace dans la mémoire des lecteurs

L’ombre d’un homme – Bénédicte de Mazery

Titre : L’ombre d’un homme
Auteur : Bénédicte des Mazery
Editeur : Anne Carrière
Nombre de pages : 220
Date de parution: 8 mars 2012,  Pocket, avril 2014

Alfred de Vigneux, fils de notaire, cherche au crépuscule de sa vie à racheter les fautes de son père, administrateur provisoire pendant la seconde guerre mondiale. Alors jeune adolescent, il se souvient de ce couple de l’appartement du dessous, Charlotte et Simon Wiesenberg et leur jeune fils de trois ans, Joseph, emmenés à Drancy pendant l’administration vichyste.
Charlotte, demi-juive, put échapper au camp pour rejoindre le magasin Levitan, là où enfermés à l’abri des regards, les captifs devaient trier les biens confisqués aux juifs. Quelle douleur de croiser lors du tri des caisses, un objet familier, une peluche arrachée aux mains d’un enfant. Quel dégoût de voir ces riches allemandes se ruer sur des biens ayant appartenu à ceux qu’ils ont envoyés à la mort.
Alfred, «  lui, le vieil homme sans attaches, souffre pour la première fois d’une blessure qui va s’élargissant. ». Des marques sur l’escalier de son immeuble lui rappelle un cruel passé et son incapacité à défendre, du fait de son jeune âge, ceux qu’il appréciait.
Aujourd’hui, il retrouve la candeur et le questionnement de la jeunesse auprès de Léo, le fils d’Adèle et de Beer. Il a proposé à ce couple de loger dans l’appartement du dessous contre un repas à leur table chaque soir.
Un enfant pose des questions, cherche à comprendre même si la réalité, bien souvent, le dépasse.
«  C’est peut-être ça, être adulte, savoir se taire, garder pour soi ce qui doit l’être. »

Avec beaucoup de pudeur et de tendresse, Bénédicte de Mazery, nous rappelle ces évènements tragiques au travers de l’histoire d’un couple et des souvenirs d’un vieil homme en proie au remords.
Une belle variation, plus romanesque, sur un sujet que j’avais découvert avec le roman d’ Alexandre Seurat, L’administrateur provisoire.

La déesse des petites victoires – Yannick Grannec

grannecTitre : La déesse des petites victoires
Auteur : Yannick Grannec
Editeur : Anne Carrière
Nombre de pages : 468
Date de parution : août 2012

Auteur :
Yannick Grannec est designer industriel de formation, graphiste de métier et passionnée de mathématiques. La Déesse des petites victoires est son premier roman.

Présentation de l’éditeur :
Université de Princeton, 1980. Anna Roth, jeune documentaliste sans ambition, se voit confier la tâche de récupérer les archives de Kurt Gödel, le plus fascinant et hermétique mathématicien du XXe siècle.

Sa mission consiste à apprivoiser la veuve du grand homme, une mégère notoire qui semble exercer une vengeance tardive contre l’establishment en refusant de céder les documents d’une incommensurable valeur scientifique.
Dès la première rencontre, Adèle voit clair dans le jeu d’Anna. Contre toute attente, elle ne la rejette pas mais impose ses règles. La vieille femme sait qu’elle va bientôt mourir, et il lui reste une histoire à raconter, une histoire que personne n’a jamais voulu entendre. De la Vienne flamboyante des années 1930 au Princeton de l’après-guerre ; de l’Anschluss au maccarthysme ; de la fin de l’idéal positiviste à l’avènement de l’arme nucléaire, Anna découvre l’épopée d’un génie qui ne savait pas vivre et d’une femme qui ne savait qu’aimer.
Albert Einstein aimait à dire : « Je ne vais à mon bureau que pour avoir le privilège de rentrer à pied avec Kurt
Gödel.
» Cet homme, peu connu des profanes, a eu une vie de légende : à la fois dieu vivant de l’Olympe que représentait Princeton après la guerre et mortel affligé par les pires désordres de la folie. Yannick Grannec a réussi, dans ce premier roman, le tour de force de tisser une grande fresque sur le XXe siècle, une ode au génie humain et un roman profond sur la fonction de l’amour et la finalité de l’existence.

Mon avis :
Pour son premier roman, Yannick Grannec s’attaque à la biographie romancée de Kurt Gödel, mathématicien du début du XXe siècle proche d’Albert Einstein.
Anna Roth, jeune documentaliste un peu perdue dans sa vie sentimentale est chargée de rencontrer Adèle, la veuve de Kurt Gödel afin de récupérer les archives du mathématicien. L’auteur alterne alors de manière implacable les rencontres d’Anna et Adèle et les récits sur la vie du couple Gödel. Le roman devient alors le
récit d’une histoire d’amour et les réflexions de scientifiques sur l’époque et surtout sur ce fameux théorème d’incomplétude établi par Gödel sous fond de fresque historique allant des prémices de la seconde guerre mondiale en Autriche au maccarthysme.
Anna et Adèle se comprennent dans ce même amour qu’elles éprouvent pour des hommes passionnés de mathématiques. La rencontre des deux femmes est assez touchant dans son évolution. Adèle, une vieille femme abandonnée et acariâtre va lentement s’émouvoir pour cette jeune fille un peu perdue.
J’ai toutefois été un peu lassée par ces longues explications mathématiques. C’est pourtant un thème qui est généralement pour moi un atout positif dans certains romans ( je pense notamment aux romans de Denis Guedj). Peut-être, n’y ai-je pas trouvé la passion scientifique nécessaire ou est-ce le caractère très personnel
de Kurt Gödel qui m’a ennuyée. Car, il est vrai que je m’intéressais davantage aux histoires sur Einstein, personnage plus farfelu bien que cette façon de l’ériger en mythe à la fois prétentieux et blasé m’a agacée.
« Mais les profanes se frottent à la science comme les Hébreux au veau d’or. Le mystère de la complexité remplace peu à peu celui du divin. Nous sommes les nouveaux prêtres. Nous officions avec nos blouses blanches et nos accents suspects! Votre tour viendra, mon ami. Un jour ou l’autre. Vous deviendrez un mythe. »
Je comprends pourquoi l’Histoire n’a pas vraiment retenu le personnage de Gödel. Caractériel, sombre, dépendant de sa mère ou de sa femme, incapable d’imposer l’une à l’autre, il semble avoir égoïstement sacrifié la vie d’ Adèle à sa passion pour ses recherches mathématiques et philosophiques.
De cette histoire, Adèle en sort grandie car son amour pour cet homme ingrat est intact. La force de cet amour reste le grand et beau thème de ce livre.
 » Toutes les femmes ont-elles le même destin ? S’appareiller, par amour ou par besoin de sécurité pour finir par tenir à bout de bras celui qui était censé être le rocher. »

     rentrée 2012 plume premier roman