Roulio fauche le poil – Julia

Titre : Roulio Fauche le poil
Auteur : Julia
Editeur : Le Tripode
Nombre de pages : 240
Date de parution : 3 mai 2018

Le Tripode nous habitue aux styles atypiques, aux univers fantaisistes, aux ovnis littéraires. Avec son premier roman, Julia est entrée dans la bonne maison d’édition. 

Un titre étrange, une couverture illustrée par Jerry Pigeon qui montre la détermination et l’étrangeté du personnage attirent de suite l’attention. 

Roinita de Printemps alias Roulio a la manie de traquer tous les poils des épidermes. Elle travaille d’ailleurs comme esthéticienne au Fauche le Poil. 

Née à Marseille, elle a quitté le Canada suite à une déception amoureuse pour travailler à Paris. Elle vit dans un petit appartement avec les quatre chats de sa grand-mère placée en maison de retraite, collectionne les mauvais coups tout en rêvant de Charly Bagels, le beau voisin qui la surveille de la fenêtre d’en face. 

« Charly Bagels, te taire de ce pas, tu vas. »

Ses journées sont mouvementées et seuls Nathalie, sa meilleure amie et Marcel, un clochard lui remontent parfois le moral.

Et elle en a de plus en plus besoin. Elle se fait virer une nouvelle fois de son travail, la maison de retraite veut lui rendre sa mémé intenable et son dentiste s’acharne sur ses caries.

«  Pourquoi, lorsque je suis chez le dentiste, ai-je toujours l’impression d’assister au tournage d’un film porno et somme toute hardcore, telle est la question. »

Mais Roulio est volontaire. Elle compte les points de ses erreurs et se lance aussitôt dans des programmes de rattrapage. Inscription sur Miss-tiques, passage à Pôle Emploi, rendez-vous chez le psy.

Le bon coeur et l’amitié, guidant ses pas, elle trouvera la solution à ses problèmes.

«  Je suis et resterai cette grande gigue aux sourcils improbables, aux idées tordues qui a une peur bleue du monde et manque cruellement de confiance en elle. »

Quel plaisir de suivre ces « siphonnés du bulbe », cette triplette de Belleville composée de Roulio, Jeannette la mémé au « langage de poissonnière de Marseille » et Marcel, ce septuagénaire au « verbe haut ». Et derrière cette agressivité verbale se cachent des êtres fragiles capables de tant de bonté et de tolérance.

Servi avec un rouleau de zan, une friandise réservée aux amateurs pour un très agréable moment de détente.

Equinoxes – Bernard Foglino

Titre : Équinoxes
Auteur : Bernard Foglino
Éditeur : Buchet-Chastel
Nombre de pages : 240
Date de parution : 1 mars 2018

L’équinoxe est cette période de l’année où la durée du jour est égale à celui de la nuit. Cette période à la « lumière déclinante dont la douceur est une consolation ». On peut dire que les quatre personnages de ce roman sont à l’équinoxe de leur vie.

«  Nos vies sont à l’étiage, mais déjà un liseré plus sombre marque l’estran. Nous n’allons plus nous étendre sur les territoires des jours à venir, notre lutte se consacrera à ne pas rétrécir trop vite. »

Eddie, Paul, Mike et Frankie, le narrateur, sont des amis d’enfance, des copains d’université. La vie les a plus ou moins longtemps séparés mais aujourd’hui, vingt-cinq après, ils se retrouvent au bord du bassin d’Arcachon. Eddie, le terrien de la bande y a une ferme ostréicole et Paul, une maison en bord de mer. Chacun a eu ses expériences, a ses difficultés mais ils en parlent peu.

«  Je crois que si on aime bien être ensemble, justement, c’est pour ne rien se raconter. »

Alors, ils évoquent les quatre cent coups de leur jeunesse. Les emprunts de voiture, les parties de poker où Paul plumait les fils à papa. Et l’envie de revoir cette bijouterie, symbole de leur insouciance, de leur désobéissance et du refus des règles. Quatre types sur la mauvaise pente de la cinquantaine se souviennent du temps où ils avaient des rêves. Des hommes qui pourtant, une fois adultes, parleront d’assurer ses arrières à leur progéniture qui rêve de liberté. 

Dans un lieu parfaitement mis en valeur par l’auteur, une nature empreinte de nostalgie, quelques jours de vacances à l’approche des grandes marées d’équinoxe, Bernard Foglino évoque un présent doux amer que les quatre hommes tentent de masquer en convoquant la gloire du passé. 

Mais, elle est bien là cette inquiétude de l’avenir. On la sent dans leur corps et on la perçoit sur leur sourire désabusé. Bien évidemment, chacun se demande ce que peut maintenant leur réserver demain, quel pouvait être le sens de leur vie. Et si ce n’était que de «  hisser sur nos épaules d’autres vies »?

Ce court roman est empreint d’une belle lumière, de la douceur d’une connivence entre quatre personnages particulièrement attachants. Avec une belle écriture d’où émergent des petites phrases mémorables, l’auteur parvient à créer une atmosphère touchante. 

J’avais découvert Bernard Foglino avec Bienvenue dans la vraie vie, et je continuerai à le lire avec plaisir.

 

Dîner avec Edward – Isabel Vincent

Titre : Dîner avec Edward
Auteur : Isabel Vincent
Littérature américaine
Traducteur : Anouk Neuhoff
Editeur : Presses de la Cité
Nombre de pages : 190
Date de parution : 5 avril 2018

Deux solitudes se croisent, puisant chacune en l’autre une force nécessaire à la poursuite de leur existence.

Edward a quatre-vingt-quinze ans. Il vient de perdre Paula, sa femme, l’amour de sa vie, celle avec qui il a connu tant de bonheur. Ses deux filles sont loin, l’une en Grèce et l’autre au Canada.

Isabel, amie d’une des filles promet de passer voir Edward de temps en temps. Elle habite tout près dans cet immeuble du quartier Roosevelt Island, un ancien asile d’aliénés. Isabel était correspondante de guerre. C’est dans l’ex-Yougoslavie qu’elle a rencontré son mari, photographe de guerre. Ce dernier, plutôt instable, ne se plaît pas à New York. Le couple est au bord de la rupture.

A chaque visite, Edward prépare à Isabel un menu très élaboré. Cet épicurien a le goût du détail quand il prépare ses recettes. Et le résultat semble toujours savoureux. Ces rencontres sont des moments de délectation et de quiétude.

«  Il m’enseignait l’art de la patience, le luxe de savoir procéder doucement et de prendre le temps de réfléchir à tout ce que je faisais. »

Tout le contraire de la vie trépidante d’un quartier d’affaires.

Edward, le vieux sage comble les papilles et apaise le coeur. C’est un homme qui sait raconter et pousser les autres à la confidence en créant une intimité exclusive. 

«  J’avais toujours vécu avec l’idée que le paradis se trouvait ailleurs. Mais Edward n’était pas dupe. Il savait que le paradis n’est pas un lieu, mais les personnes qui peuplent votre existence. »

Les dîners d’Edward sont une thérapie collective, centrés autour de l’essentiel. Donner pour recevoir, aller vers l’autre pour se trouver soi-même. 

Le texte d’Isabel Vincent traduit parfaitement le raffinement, la dignité d’un vieil homme qui s’intéresse aux autres pour éloigner la peine et la vieillesse. Elle rend ici un bel hommage au père de son amie, à un homme qui voulait suivre sa femme dans la mort mais a finalement consacré ses dernières années à donner du bonheur aux autres.

Ce document n’a pas de caractère informatif, il s’apparente davantage à un récit romanesque sur l’art de vivre, la force de l’amitié lors des épreuves de la vie. Si le texte est agréable à lire, il ne restera pas dans les mémoires .

J’ai lu ce document dans le cadre du Grand Prix des Lectrices Elle 2018.

Millenium blues – Faïza Guène

Titre : Millenium Blues
Auteur : Faïza Guène
Editeur : Fayard
Nombre de pages : 234
Date de parution : 10 janvier 2018

Faïza Guène, c’est un style très personnel. Une langue orale, urbaine, dynamique, celle d’une génération, de sa génération qui a grandi avec la spontanéité du forfait Millénium, premier forfait téléphonique illimité.
«  Le monde a changé à partir du forfait Millénium. Désormais, on se parlerait sans limites. On pourrait se dire autre chose que l’essentiel. »
Mais ce style vivant, moderne laisse aussi sa place aux sentiments et à un regard pertinent sur la société. Si le blues prédomine car c’est aussi la caractéristique de cette génération, déboussolée par les changements rapides de la société, l’amitié, la volonté de s’en sortir sont des forces positives très présentes.

Avec ce récit non linéaire mais parfaitement suivi, Faïza Guène compose la toile des souvenirs personnels et collectifs de Zouzou sur une quinzaine d’années. De son enfance où elle vit le divorce de ses parents et sa rencontre avec Carmen qui restera sa meilleure amie à sa vie de maman auprès d’un mari instable et lunatique.

Le récit commence par un drame qui va traumatiser Carmen. Un évènement qui génère de la culpabilité mais initie une amitié indéfectible au milieu de la mort, de l’abandon puis plus tard de la naissance. Elles sont l’une pour l’autre une famille.
Zouzou vit avec le lecteur ses premières fois, ses espoirs, ses rencontres, ses peines, sa joie d’être mère et sa peine de voir partir sa fille le week-end. Elle rêve de Charles Ingalls et écoute Abba. Pour comprendre finalement que la seule chose à changer est le regard sur soi.
«  Les femmes ne devraient pas avoir le monopole de la culpabilité, c’est aux hommes d’être moins légers. »

Le monde s’est effondré avec les tours jumelles, la montée du front national a laissé un parfum de résignation, la joie du vivre ensemble se fige dans une victoire de coupe du monde, comment sortir de ce blues?
«  Ceux qui espèrent ont toujours une longueur d’avance. »

Un beau roman sur les solitudes modernes d’une génération qui a perdu l’espoir devant le fracas du monde mais qui peut retrouver l’élan vers l’énergie grâce aux valeurs de l’amitié et à l’esprit d’ouverture.

Le coeur battant de nos mères – Brit Bennett

Titre : Le coeur battant de nos mères
Auteur : Brit Bennett
Littérature américaine
Titre original : The mothers
Traducteur : Jean Esch
Editeur : Autrement
Nombre de pages : 340
Date de parution : 30 août 2017

Vieilles, disparues, absentes, elles sont là les mères dans le coeur du Cénacle d’Oceanside ( Californie) et plus particulièrement dans celui de deux jeunes filles.
Lorsque le récit commence, Nadia Turner a dix-sept ans.
Elle vient de perdre sa mère. Suicide, des balles dans la tête au volant de sa voiture.
Nadia plonge. Alcool, recherche de bras pour la serrer très fort.
Et ce sont ceux de Luke Sheppard, le fils du pasteur du Cénacle, qui la réconfortent. Jusqu’à ce qu’elle tombe enceinte.
Dans cette communauté noire protestante, l’avortement est tabou. Mais, Nadia est belle et intelligente. Elle ne gâchera pas son avenir comme sa mère qui, enceinte, a dû se marier au même âge et renoncer à ses rêves.
Luke trouve l’argent nécessaire auprès de ses parents, prêts à pêcher pour sauver leur fils. Les hommes souffrent aussi de l’avortement, Luke ne rejoint pas Nadia à la sortie de la clinique.

«  Le poids de ce qui a été perdu pèse toujours plus lourd que ce qui reste. »

Nadia se rapproche d’Aubrey Evans, une jeune fille chaste très impliquée dans les activités du Cénacle. Aubrey est une fille modèle pour la femme du pasteur ou pour les vieilles bigotes qui se retrouvent en elle. Pas du tout le genre de Nadia. Et pourtant, elles se rapprochent ayant en commun des douleurs adolescentes, une mère absente.

Puis Nadia part dans le Michigan faire de brillantes études, donnant peu de nouvelles à son père et son amie. Elle ne reviendra que deux fois à Oceanside, deux fois où elle devra faire face à son passé et choisir entre l’amour et l’amitié, la liberté et la famille.

Brit Bennett n’a que vingt-sept ans et elle nous offre ici un premier roman tout en finesse. J’ai aimé les personnages de Nadia et Aubrey, deux jeunes filles sensibles, écorchées, hantées par un passé douloureux. Qu’il est facile de plonger dans le milieu de cette communauté noire protestante portant aux nues la chasteté, la charité mais si prompte à étouffer les scandales potentiel, tant l’auteure décrit au plus près les sentiments intimes de chacun. S’immisçant dans le récit pour mieux montrer la dimension de la communauté dans les douleurs intimes, un choeur de vieilles mères observent et commentent.
Quand un auteur parvient à me faire dérouler un film dans ma tête allant même jusqu’à en trouver le casting ( sans tenir compte de la couleur de peau parce finalement l’auteur en parle peu), c’est qu’il est parvenu à me captiver.
Même traité de manière romanesque, le sujet de l’avortement ouvre ici quelques réflexions personnelles.

J’ai lu ce roman en tant que jurée pour le Grand Prix des Lectrices Elle.
Ce livre a été retenu comme le meilleur premier roman étranger de 2017 Pour le magazine Lire.

La porte – Magda Szabo

Titre : La porte
Auteur : Magda Szabo
Littérature hongroise
Traducteur: Chantal Philippe
Titre original : Az Ajtó
Éditeur : Viviane Hamy
Nombre de pages : 277
Date de parution : août 2003

Quelle femme étonnante que cette gardienne d’immeuble! Emerence, le visage calme comme un lac, le front caché par un foulard qui ombre sa tête en permanence abat le travail de cinq personnes dans cet immeuble. Si tout le monde la connaît et la respecte, personne n’est jamais rentré chez elle. La porte est close à tout le monde.
Elle s’entourait de mystère comme d’un châle. Son ton franc et autoritaire, sa brusquerie matait les animaux et les humains pourtant prompts à l’aimer de manière inconditionnelle.
Originaire comme Magda de Nadóri, elle ne parle pas de son passé. Il paraît qu’elle n’a pas de lit pour dormir et qu’elle possède des trésors ayant appartenu à une famille juive pour laquelle elle travaillait.
A une époque où l’écriture prend davantage de place dans la vie de l’auteur, Magda demande à la gardienne d’immeuble si elle souhaite s’occuper de son ménage. Lorsque le mari de Magda tombe malade, Emerence dévoile toute sa bonté. Si la vieille femme est opposée à l’Église depuis une histoire de jeunesse, sa grandeur d’âme la pousse à aider son prochain quel qu’il soit.
 » Chez les hommes, comme chez les animaux, c’est la ruine qui l’attirait. »
Patiemment, la relation entre les deux femmes se construit. Emerence confie des bribes de son passé, accorde sa confiance sans se priver de critiquer largement le métier, la religion, l’attitude de Magda. Étrangement, comme le chien Viola, Magda ressent une attirance, presque une soumission envers la vieille femme imprévisible et emportée.
 » toute relation sentimentale est une possibilité d’agression »
Lorsque brutalement, Emerence s’enferme chez elle, loin du regard des autres, fuyant la pitié, Magda se retrouve confronter à un dilemme. Comment ouvrir cette porte, comment aider Emerence sans la trahir?

Dans une atmosphère un peu mystérieuse, Magda Szabo dresse le portrait d’une femme inoubliable. Anti-intellectuelle, contre toute forme de pouvoir, Emerence aide naturellement son prochain malgré une attitude parfois brutale. Elle a cette forme de bonté naturelle, sauvage qui prévaut à toute consigne religieuse inculquée au plus jeune âge.
«  Cette femme ne mettait pas sa foi chrétienne en pratique le dimanche entre neuf et dix à l’église, mais tout au long de sa vie, dans son entourage, et avec l’amour du prochain qu’on trouve dans la Bible... »

A l’occasion du centenaire de la naissance de Magda Szabo, La porte vient de paraître en format Poche (Livre de Poche, 1er février 2017), une belle occasion de découvrir cette grande écrivaine hongroise.

Retrouvez l’avis de The Reading Bibliophile qui m’a accompagnée pour cette lecture.

Les larmes noires sur la terre – Sandrine Collette

ColletteTitre : Les larmes noires sur la terre
Auteur : Sandrine Collette
Editeur : Denoël
Nombre de pages : 336
Date de parution : 2 février 2017

Quitter son île sans avenir, espérer une vie meilleure en suivant Rodolphe, un français de quarante ans en région parisienne, voilà le rêve de Moe, jeune tahitienne de vingt ans.
Malgré les avertissements de sa grand-mère, la jeune femme est persuadée que l’herbe sera plus verte ailleurs. Elle ne pouvait imaginer que cette décision la ferait tomber de Charybde en Scylla.
Pas de soleil, pas de mer bleue dans cette banlieue parisienne grise et raciste, un homme qui devient violent, une belle-mère exigeante à soigner. Moe enchaîne les petits boulots mal payés pour économiser un billet retour vers son île. Quelques heures d’amusement au bal, Moe se retrouve enceinte.
 » Mais elle avec son petit, ce n’est pas ce monde-là qu’elle veut, tentaculaire et dévorant, où la seule façon de s’en sortir est de se battre bec et ongles pour gagner quoi, pas même un petit morceau de bonheur, juste la hargne pour survivre, boire, manger et mettre de l’essence dans la voiture, un combat stérile et épuisant, trouver une place de misère et la conserver coûte que coûte. »
Sous les conseils de Réjane, la fille d’une vieille dame qu’elle soigne, Moe quitte Rodolphe. Que peut espérer une jeune femme sans qualification flanquée d’un nourrisson. Se faire violer par les patrons pour garder un boulot mal payé. Moe finit à la rue et se fait embarquer par les services sociaux. Pour tomber dans l’enfer de La Casse. Un espace de vieilles carcasses de voiture. « des voitures comme des tombes aux portes ouvertes. » louées à un prix exorbitant au pied d’un barrage.
C’est pourtant là que Moe trouve le plus d’humanité auprès d’Ada, de Poule, de Nini-peau-de-chien, de Jaja de de Marie-Thé. Au fil du récit, chacune lui confiera son passé et les raisons de leur chute dans La Casse.
 » un agrégat de destins rognés, de trajectoires atrophiées, des existences qui auraient pu être belles et que quelque chose, à un moment, a obligées à dérailler. »
Dans cet enfer quotidien, Moe a son enfant, « quelqu’un pour qui se battre« . Elle est prête à tout pour amasser les quinze milles euros réclamés pour sortir du camp.
Dans un style d’une grande richesse qui véhicule les émotions, l’auteur extrapole ce que pourrait être un ghetto où la société tire encore parti des plus démunis. Les parcours de chacune prouvent qu’il suffit d’un écart, souvent d’une enfance brisée, pour se retrouver au ban de la société et qu’il faut alors encore et toujours payer pour espérer s’en sortir.
L’espoir se retrouve dans les yeux d’un enfant, qui pourtant risque dans ce milieu de finir plus proche des bêtes que des hommes, dans un milieu où règne la loi du plus fort. Et dans les sourires, les attentions de ces femmes. Dans le lien entre ces six filles, « qu’une seule bouge, et toutes le ressentent. »
Comme le titre de ce roman le laisse augurer, c’est un roman très sombre où seuls les sourires et les espoirs des six femmes de ce quartier laissent apparaître un brin d’humanité. Où un rocher au chocolat volé est le seul plaisir de vies vouées à l’échec. Tant de malheur est peut-être le seul point qui place ce nouveau roman juste en-dessous du génial Il reste la poussière. En maître du roman noir, Sandrine Collette maîtrise son scénario, nous laissant dans l’expectative jusqu’au dénouement, que personnellement je n’attendais pas et regrette un peu.

En tout cas, Sandrine Collette confirme son talent. En commençant cette lecture, j’ai pensé à Toni Morrison. Belle référence, n’est-ce pas?