Les vérités provisoires – Arnaud Dudek

DudekTitre : Les vérités provisoires
Auteur : Arnaud Dudek
Éditeur: Alma
Nombre de pages : 186
Date de parution : 16 février 2017

L’ambition d’Arnaud Dudek, le point qu’il se fixe comme objectif est de donner du plaisir au lecteur. Une fois de plus, avec ce quatrième roman, il parvient à nous captiver, nous faire sourire et nous émouvoir.

Le sujet de départ est pourtant sombre. Céline Carenti, une étudiante de vingt-deux ans est portée disparue. Un dimanche marin, elle est allée acheter une baguette et personne ne l’a plus revue depuis.
Deux ans après, sa mère est partie oublier à l’étranger, son père porte sa peine et s’investit dans des associations et son frère, Jules s’installe dans l’appartement de Céline.
En vivant dans ses murs, le manque de sa sœur s’amplifie, les questions affluent. Deux ans après, il interroge les gens qui ont connu Céline, il reprend contact avec l’inspecteur autrefois chargé de l’enquête.
 » Il a été prouvé que le récit détaillé d’un évènement évolue naturellement selon l’accueil, l’attitude, les réactions de ses auditeurs successifs. »
Jules est un personnage étonnant. Légèrement autiste, menteur invétéré, il est  » un véritable handicapé des relations humaines. »
Sa rencontre avec Bérénice, une jeune étudiante dynamique qui habite l’étage du dessous, pourrait éclairer son regard.
Jules nous entraîne dans son enquête, une quête qui l’emmène surtout à la vérité de ses sentiments.

Arnaud Dudek a un regard clinique sur ses personnages, une vision personnelle sur les évènements comme un observateur externe qui nous fait participer à sa façon de voir les choses.
En parlant de Jules  » Précisons également qu’il est plutôt mignon dans son genre. Certes, nous n’avons pas affaire à un beau gosse musclé qui inonde sa page Facebook de photos de lui en slip. Ce n’est pas, disons, une beauté spectaculaire. Il n’est pas de la caste populaire des chênes; son corps et ses manières le classent dans la famille des roseaux. » C’est cette façon d’incarner ses personnages qui nous prend à parti, nous rend sympathiques ces êtres dynamiques et touchants par leur fragilité. Il faut beaucoup aimer ses personnages et la nature humaine en général pour les croquer de cette façon.

Un roman équilibré, rythmé, touchant, empli de bonne humeur malgré un sujet plutôt lourd sur la disparition d’un être cher.

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Pas trop saignant – Guillaume Siaudeau

SiaudeauTitre : Pas trop saignant
Auteur : Guillaume Siaudeau
Éditeur: Alma
Nombre de pages : 144
Date de parution : 6 octobre 2016
Joe travaille à l’abattoir. Les cris des animaux, il ne supporte plus. Atteint d’une mystérieuse maladie, Joe va à l’hôpital chaque semaine se faire transfuser un cocktail aux couleurs de l’arc en ciel et surtout rencontrer Josephine l’infirmière qui le fait rêver.
Son seul ami est un gamin orphelin, Sam. Il lui donne l’attention et l’affection que sa famille d’adoption lui refuse.
Et puis un jour, il pète les plombs. Il a envie de voir si ailleurs l’herbe est plus verte. Il vole un camion à l’abattoir pour sauver six vaches d’une mort atroce. Il passe récupérer Sam et prend la clé des champs, des rêves de Joséphine plein la tête.
La suite est assez classique: la liberté, la nature, des rencontres chaleureuses avec des personnages qui ont la simplicité du bonheur et la fantaisie des exclus.
La cavale dure le temps que ces pauvres gendarmes, qui en prennent ici pour leur grade, sortent de leurs petites habitudes routinières.
Guillaume Siaudeau joue avec les mots et les images. Ses personnages, en voulant fuir une vie bien trop ennuyeuse, laissent éclore leur part d’enfance et de fantaisie.
Si les premières pages m’ont agréablement replongée dans l’univers tendre et fantaisiste de l’auteur très apprecié avec La dictature des ronces, je me suis ensuite un peu lassée de trop d’images, trop de clins d’oeil sur un scénario déjà lu. Heureusement, la fin me laisse sur une bonne note. J’ai aimé que l’auteur explique ses lignes de fuite et sa motivation littéraire que l’on ne peut que respecter.

rl2016

Danse d’atomes d’or – Olivier Liron

LironTitre : Danse d’atomes d’or
Auteur : Olivier Liron
Éditeur: Alma
Nombre de pages : 234
Date de parution : 25 août 2016

Chez des amis, lors du jeu du Post-it, (vous savez ce jeu où on colle un post-it sur le front des joueurs et ils doivent deviner qui ils sont en posant des questions auxquelles les participants doivent répondre par oui ou par non), O. ( avec le post-it Orphée) rencontre une jeune fille étrange, Loren qui se présente comme Eurydice.
Pour O., c’est le coup de foudre. Cette jeune fille aux cheveux emmêlés, aux yeux fatigués, au sourire mutin est une acrobate qui se veut libre et insaisissable.
 » La seule façon de survivre, c’est de ne pas faire toujours la même chose. De bouger. De n’avoir jamais de certitudes. De changer de vie tous les jours. D’envies. C’est ça, mon système à moi. La société veut m’enfermer dans une case, je le vois bien. Je suis née de parents qui n’étaient pas français, ni l’un no l’autre. Alors tu vois, il voudraient tous me mettre dans la case..par exemple: la fille manouche. Même si c’est absurde, parce que j’ai fait toutes mes études en France. Ou alors, la case de l’artiste. Elle, c’est une artiste. Elle n’est pas très sérieuse, c’est une artiste, elle est un peu spéciale, enfin, vous voyez le genre…Moi, j’emmerde les gens qui me collent dans des cases. Qui me jugent sans connaître, sans savoir. »

Cette partie est sans doute la plus belle avec la grâce des prémices d’un amour fou, puis la fièvre des étreintes jusqu’aux comportements d’urgence qui nous fait sentir la perte d’équilibre de cette belle acrobate.
Eurydice devient Orphée et s’abstient de se retourner laissant O. inquiet puis inconsolable.

La partie transitoire marque une pause dans le récit. L’auteur s’essaie à l’humour, peut-être pour détendre l’atmosphère. Ce n’était pas forcément nécessaire.

Puis, nous retrouvons Eurydice à Cuba. Cachée sous le soleil, elle a voulu croire que tout pouvait recommencer dans un autre pays mais  » la blessure est sans remède« . J’ai trouvé quelques longueurs dans cette partie. Jusqu’à cette lettre laissée à O. comme, finalement, une façon de se retourner.

J’ai aimé le ton tragique et sensuel de cette passion amoureuse avec de très belles envolées lyriques dans la première partie intitulée Orphée. Il me semble dommage d’avoir créer une rupture dans cet élan passionné avec La promenade, ce qui laisse peut-être ensuite moins d’intensité à Eurydice.

Inspiré par le  ballet de Pina Bausch, Orphée et Eurydice, Olivier Liron livre ici un très beau parallèle pour mener cette danse d’amour tragique. Un premier roman prometteur.

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Jupe et pantalon – Julie Moulin

MoulinTitre : Jupe et pantalon
Auteur : Julie Moulin
Éditeur : Alma
Nombre de pages : 304
Date de parution : 4 février 2016

Pour ce premier roman, Julie Moulin a trouvé un biais très original pour traiter le sujet pourtant assez classique du burn-out d’une femme moderne proche de la quarantaine coincée entre ses missions de mère, d’épouse et de cadre d’entreprise.
La narratrice de la première partie n’est autre que la jambe gauche, nommée Marguerite d’une femme tronquée à son initiale A..Marguerite est très proche de sa jumelle, la jambe droite, Mirabelle. Elles sont très liées par l’histoire; Mirabelle a donné sa peau pour faire une greffe sur Marguerite ébouillantée dans sa jeunesse. Ce qui ne les empêche pas d’avoir des visions différentes sur le mari de A., Paul. Ce qui ne facilite pas la marche.
Déplacements professionnels, varicelle des enfants, indifférence du mari, ces circonstances cumulées ébranlent le courage de A..
 » Nous sommes les éléments disparates d’une personne éclatée.  »
Chacun s’exprime, tente de sauver les meubles. Brice et Boris, les bras assurent les tâches quotidiennes. Mirabelle et Marguerite s’emportent parfois la nuit en somnambulisme.
 » Babette est ferme et drôle, fantasque, susceptible, généreuse. » Elles sont les fesses qui rêvent encore de moments coquins avec un mari un peu usé après douze ans de mariage. Tout cela commandé par Camille, le cerveau qui dérape de plus en plus. AVC, «  arrêt de vigilance de Camille« , le corps perd son unité.
Au sommet de la crise, A. s’effondre et devient Agathe. Il est temps de passer à la seconde partie avec les états d’âme d’Agathe qui doit enfin s’exprimer, devenir femme en dehors de chez elle, de ses missions de mère, d’épouse et de  » working-girl ».
«  on nous demande de choisir entre notre carrière, nos enfants, notre couple. Et nous, alors? »

Ce thème qui parlera à bon nombre de femmes est ici traité avec justesse et humour. Agathe veut à la fois la jupe et le pantalon, être une femme séduisante, libre et désirée et une personne reconnue qui assume pleinement ses engagements professionnels.
Mais  » peut-on changer sa vie sans la bouleverser? » Juste pouvoir s’aérer l’esprit sans ressentir de la culpabilité.
Malgré un petit bémol sur la fin, j’ai trouvé ce premier roman bien construit, original, drôle, et pertinent. Les femmes s’y reconnaîtront et peut-être que certains hommes (maris, chefs ou collègues) les comprendront mieux.

Avec lui – Nathalie Poitout

poitoutTitre : Avec lui
Auteur : Nathalie Poitout
Éditeur : Alma
Nombre de pages : 144
Date de parution : 20 août 2015

Auteur :
Nathalie Poitout est née à Auxerre en 1971. Elle vit à Paris. Avec lui est son premier roman.

Présentation de l’éditeur :
C’est un roman d’amour. Et aussi d’aventure, l’aventure d’être soi.
Au mitan de la vie, Marie qui s’achemine vers la quarantaine rencontre Paul divorcé. Ils s’éprennent l’un de l’autre avec enthousiasme même si, à l’instant où ils se croisent, l’un et l’autre sont dans une capacité mesurée d’aimer. Leur histoire est celle d’un modèle amoureux. Pour Marie, l’amour est un absolu. Pour Paul, blessé par sa rupture, l’amour est réparateur avant tout.
Parcours de deux êtres épris et qui se quittent, radiographie de la passion, des mots de la passion et de la sensualité propre aux amants, Avec lui est aussi le récit d’une découverte que fait Marie, celle de la liberté. Seule, elle entreprend un voyage pour écouter sa voix.
Constitué de paysages nimbés d’eau, de phrases sèches, courtes et qui claquent, Avec lui est une éducation sentimentale d’aujourd’hui pleine de hardiesse.

Mon avis :
Ce premier roman est presque un essai sur l’amour ou plutôt ce que l’on croit parfois être l’amour. Car nous ne sommes pas ici en face du beau et tendre sentiment mais plutôt face à ses excès, ses feux de paille, ses apparences qui font toutefois souffrir.
Paul enseigne les Beaux Arts, il a trente huit ans, deux enfants, vit en Normandie et souffre encore de son divorce avec Marine. Peut-être pour soigner sa plaie, il tombe amoureux fou de Marie, journaliste parisienne.
Temps de la passion amoureuse où l’on n’a de cesse d’être avec l’autre. Mécanisme du couple où chacun n’aime pas avec la même intensité au même moment. C’est tout d’abord Paul qui vit une passion débordante amenant Marie à vouloir être Avec lui. Inversement, plus tard, c’est elle qui souffrira de la période Sans lui. Parce qu’ils sont différents et n’attendent pas la même chose de l’amour, parce qu’ils ont la mémoire d’autres sentiments amoureux, la vie commune est une épreuve.
Nathalie Poitout en choisissant une approche externe, diagnostiquant ce récit amoureux, me place d’emblée en marge de cette histoire. Les séquences sont annoncées par des titres simplistes (  » Marie aime Paul »,  » Les vacances »,  » Les promesses »…) et l’auteur s’arrête régulièrement pour analyser la relation.
 » On voit ici que l’amour de Paul et de Marie évolue. Paul a des mots plus tranchés. Il a des paroles dures. Il aime que Marie soit là avec eux; en même temps, elle n’est là que parce que sa femme l’a quitté. Marie est, d’une certaine façon le symbole de son échec. »
L’analyse de cette rencontre me semble assez réaliste mais la construction et l’attitude des personnages ne parviennent pas à m’émouvoir, à m’identifier.
Certes, le récit illustre bien la grande difficulté de refaire sa vie à la quarantaine avec l’historique de précédentes unions ratées, des caractères et des habitudes bien établis.
Mais la souffrance des personnages,  » la révélation de soi en l’autre » dans cette relation amoureuse ne se démarquent pas suffisamment.
La fin du récit me semble encore davantage brouiller le message.

Si « chaque histoire d’amour nous construit« , certaines ne nous apportent que peu de choses.

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La variante chilienne – Pierre Raufast

RaufastTitre : La variante chilienne
Auteur : Pierre Raufast
Éditeur : Alma
Nombre de pages : 264
Date de parution : 20 août 2015

Auteur :
Ingénieur et informaticien, Pierre Raufast, 42 ans, vit et travaille à Clermont-Ferrand. Son premier roman, La fractale des raviolis (retenu par Cultura comme « Talent à découvrir » 2014) a remporté un vif succès public. Outre le plaisir jubilatoire qu’il éprouve à inventer des histoires toutes plus incroyables et crédibles les unes que les autres, l’auteur nous offre dans ce second roman une douce réflexion sur le rôle des souvenirs.
Pierre Raufast a eu le prix du premier roman au salon du livre de Villeneuve-sur-Lot, et le prix Jeune Mousquetaire du premier roman (Nogaro, Gers).

Présentation de l’éditeur :
Il était une fois un homme qui rangeait ses souvenirs dans des bocaux.
Chaque caillou qu’il y dépose correspond à un événement de sa vie. Deux vacanciers, réfugiés pour l’été au fond d’une vallée, le rencontrent par hasard. Rapidement des liens d’amitiés se tissent au fur et à mesure que Florin puise ses petits cailloux dans les bocaux. À Margaux, l’adolescente éprise de poésie et à Pascal le professeur revenu de tout, il raconte. L’histoire du village noyé de pluie pendant des années, celle du potier qui voulait retrouver la voix de Clovis dans un vase, celle de la piscine transformée en potager ou encore des pieds nickelés qui se servaient d’un cimetière pour trafiquer.

Mon avis :
Avec La variante chilienne, le lecteur retrouve son âme d’enfance et se laisse dorloter au fil des histoires drôlement racontées par Florin, ce villageois sexagénaire aux yeux vairons  » qui dégageait quelque chose de métallique« .
Suite à un accident d’enfance, Florin a perdu les émotions et donc les souvenirs. C’est en associant un caillou de forme unique qu’il collectionne les souvenirs dans des bocaux par année. Sentir le caillou dans sa main le lance dans le récit d’un souvenir pour notre plus grand plaisir.
 » Florin est extraordinaire. Il a un réel talent pour raconter les histoires. Avec Pascal, nous passons des heures à l’écouter. »
Margaux, dix-sept ans, ne peut pas jeter un souvenir comme on jette un caillou. Et malgré son jeune âge,  » elle traîne quelques boulets« . C’est avec son professeur, Pascal qu’elle s’isole dans le village de Saint-Just-sur-Harmac pour oublier ou se faire oublier. Là, ils rencontrent Florin, ce personnage fascinant.
Pascal, un peu enfermé dans son monde littéraire, a en commun avec Florin l’amour du tabac, du vin et de la littérature. Il s’ouvre enfin lui aussi au fantasque et dérisoire
Et elles sont croustillantes les histoires de Florin. Anecdotes de son enfance, de ses expériences professionnelles, de la vie tout aussi truculente de ses amis de jeux, et même une des raisons pour laquelle J.L. Borges a raté le Prix Nobel.

Avec La variante chilienne, le plaisir n’est peut-être pas dans le but du livre mais bien dans le chemin partagé avec ses personnages. Et si la mémoire est liée aux émotions, je me souviendrais sans aucun doute de Florin et de La variante chilienne.

Les avis de Jérôme, de Miss Léo et de Noukette.

RL2015

Une plage au pôle Nord – Arnaud Dudek

dudekTitre : Une plage au pôle Nord
Auteur : Arnaud Dudek
Éditeur : Alma
Nombre de pages : 168
Date de parution : 22 janvier 2015

Auteur :
Arnaud Dudek est né en 1979 à Nancy. Il vit à Paris. Il a précédemment publié Rester sage (Alma, 2012) et Les fuyants (Alma, 2013).

Présentation de l’éditeur :
Dans son troisième roman, Arnaud Dudek l’écrivain le plus narquois du moment, raconte l’histoire de deux solitudes couvertes par la banquise. Françoise, veuve, septuagénaire, peine à avancer depuis que son mari s’est éclipsé dans des circonstances aussi flamboyantes que pathétiques. Jean-Claude, jeune père divorcé, cache pas mal de bosses sous sa lisse bonhomie. Aimanté par le hasard (qui prendra la forme d’un appareil photo perdu) ce duo improbable découvrira – en commençant par un petit porto – les bienfaits du réchauffement climatique. Jean-Claude initiera Françoise au maniement de l’ordinateur et des sites de rencontre.  Françoise l’encouragera à être fier de lui. Autour d’eux gravitent en un ballet d’insolites trajectoires quelques personnages un rien fantasques : juriste qui se rêve dessinateur, couple de magiciens has been, blonde aussi piquante qu’un cactus, malfrats sur le retour… On peut les classer en deux catégories : les intrépides, genre même pas peur. Et les frileux, auxquels l’auteur, réserve un traitement de faveur : doucement, il les réchauffe, leur souffle dans le bec, pose quelques sparadraps et leur redonne des couleurs.

Mon avis :
 » Une plage au pôle Nord…un paysage aussi incongru que fantastique. »
Une plage au pôle Nord…j’ai fini par comprendre toute la valeur de ce titre. Une plage évoque le soleil,les vacances, la douceur la chaleur, un peu comme les relations entre les personnages. Jean-Claude et Pierre sont de grands amis depuis l’enfance. Une amitié qui permet de consoler l’un dans ses déboires de dessinateur de BD et de soutenir l’autre en proie au divorce et au chômage, de même résister à la jalousie lorsque Pierre s’intéresse un peu trop à Fanny, l’ex-femme de Jean-Claude.

Une belle amitié aussi comme celle de Jean-Claude pour cette dame âgée, Françoise. Veuve depuis dix ans, elle tente de trouver un nouvel élan en acceptant que Jean-Claude lui apprenne à utiliser un appareil photo ou un ordinateur.
 » Il se croyait incapable de transmettre, d’enseigner : il déploie des trésors de patience et de pédagogie. Elle se croyait rouillée : ses progrès sont assez rapides. Ils se surprennent, ils se font du bien. »
Et puis, cet ordinateur c’est une porte ouverte sur le monde, et sur les clubs de rencontre. Trouver un compagnon, ça la changera des journées de tarot avec Jacques et Christiane, un vieux couple de magiciens. Bonnie, le surnom de Françoise sur les sites de rencontres a plus d’un rêve dans son passé.
Mais voilà, cette plage est au pôle Nord. Et malgré le ton badin, l’humour et les figures de style de l’auteur, sur cette plage règne une grande solitude. Celle des célibataires comme Pierre, des divorcés comme Fanny ou Jean-Claude, des veufs comme Françoise qui regrette tant son italien de mari, le bel Alfonso, des âmes vieillissantes comme Jacques et Christiane.

Avec un regard constant sur l’environnement, Arnaud Dudek nous raconte de belles histoires. J’ai beaucoup aimé ce regard tendre sur les personnes âgées, sur les solitaires du cœur qui explosent de bonhomie malgré leurs déboires.

Quand l’auteur explique sa passion de l’écriture, il dit  » J’aime raconter les histoires de gens qui n’existent pas. Soigner leur portrait, leur « justesse sociale », faire en sorte que leurs mots, leur comportement soient cohérents. Mesurer sur eux les conséquences d’un choix, d’une rencontre, me laisser parfois surprendre par leurs réactions. Glisser dans leur vie inventée quelque chose de tragique, d’amusant, d’épais, de fragile. Retravailler le texte, encore, seul ou avec d’autres. J’y prends tellement de plaisir. Ne suis pas près de raccrocher mon stylo. »

Voilà un auteur qui se connaît bien et qui sait transmettre son plaisir d’écrire.

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