Riquet à la houppe – Amélie Nothomb

nothombTitre : Riquet à la houppe
Auteur : Amélie Nothomb
Éditeur: Albin Michel
Nombre de pages : 188
Date de parution : 18 août 2016

«  Les contes ont un statut étrange au sein de la littérature : ils bénéficient d’une estime immodérée. »
Avec son écriture d’une grande légèreté, Charles Perrault ne pouvait qu’inspirer la conteuse Amélie. Elle s’inspire cette année du conte, Riquet à la houppe qui illustre l’exclusion de l’extrême laideur dotée de l’intelligence et de l’extrême beauté alliée à la sottise.
Déodat est laid. Mêmes ses parents le reconnaissent.
 » Enide et Honorat étaient de bonnes personnes. La vérité est que nul n’est disposé à accepter la hideur et surtout chez sa progéniture. Comment supporter qu’un moment d’amour ait pour conséquence le choc toujours neuf du laid? Comment tolérer qu’une union réussie aboutisse à une tronche aussi grotesque? »
Par contre, Déodat bénéficie d’une intelligence rare.
A la même époque, Lierre et Rose mettent au monde une magnifique petite fille qu’il prénomme Trémière. Élevée par sa grand-mère, Passerose, dans un palais digne de l’univers des contes de fées, Trémière n’excelle que dans la pâmoison.
Tous deux isolés dans les cours d’école trouvent des dérivatifs. Déodat, après avoir compris l’abêtissement que provoque la télévision, lève le nez en l’air et initie une passion pour les oiseaux. Il sera ornithologue.
Trémière rêve de passion, celle pour sa grand-mère et son univers puis celle de Tristan. Elle sera mannequin tête et mains pour parures de bijoux.
L’extrême beauté semble plus difficile à vivre que l’extrême laideur. Déodat avec son sens de l’Autre parvient à se faire aimer. Mais Trémière a aussi cet esprit qui permet de saisir l’étincelle des choses de valeur.

Toujours avec humour, fantaisie, coup de gueule contre les abus de langage ou clins d’œil aux travers des parisiens, Amélie me fait passer un moment éphémère mais si agréable  de lecture. Certains chants d’oiseaux ne sont pas beaux, le sien est mélodieux.  » De même que le féru de littérature ne peut se résoudre à avoir un seul livre de chevet« , difficile d’avoir son oiseau favori. Que serait Amélie, un rossignol pour son chant inspiré, une huppe fasciée, un oiseau migrateur ?

Lirais-je encore Amélie Nothomb si je n’aimais pas tant sa clarté d’expression, sa fantaisie de conteuse, sa leçon annuelle de vocabulaire, sa personnalité fantasque qui recèle tant de fragilité et d’intelligence ?
Certes, le fond de ce roman ne m’a pas convaincue mais la forme est toujours aussi pétillante.
Nul doute, Amélie, dans son costume de pie ou corbeau, est un drôle de moineau qui revient chaque été nous charmer de son chant mélodieux.

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Sur terre comme au ciel – Davide Enia

9782226328816-jTitre : Sur cette terre comme au ciel
Auteur : Davide Enia
Littérature italienne
Titre original : Cosi in terra
Traducteur : Françoise Brun
Éditeur: Albin Michel
Nombre de pages : 416
Date de parution : 17 août 2016

Davidù, neuf ans, orphelin de père s’entraîne sur un ring de boxe dans la salle de son oncle, Umbertino. Nous sommes à Palerme dans les années 80.
 » Dans la rue derrière la place, des cris, des ambulances et des sirènes de police. La bande son de Palerme. »
Si sa grand-mère, ancienne maîtresse d’école, lui a appris le latin, c’est avec son oncle et les gamins du quartier que Davidù apprend les dangers de la rue.
 » A Palerme, le quartio, la perception du danger, est un art, on est doué ou pas. »
Son grand-père, Rosario, lui, parle peu. Il fut prisonnier en Afrique dans les années 40.
Mais quand il parle ou agit, « on soupèse chaque gramme de ses paroles » ou de ses actions. Il fera de son fils, Francesco et de son petit-fils, des boxeurs, un hommage à d’Arpa, cet homme rencontré en Afrique.
 » La boxe ce n’est pas juste donner des coups de poing et en recevoir, c’est une discipline qui apprend le respect et le sacrifice. »
En mêlant les histoires de Rosario, d’Umbertino, de Francesco, l’auteur incarne le personnage de Davidù. Dans ce roman d’initiation, ce sont les histoires des hommes de la famille qui font grandir le jeune garçon. Lorsqu’à dix-neuf ans, Davidù monte sur le ring pour son combat contre le sarde Ceresa pour le titre de champion national, la pression est forte. Les finales sont mauvaises pour la famille. Umbertino l’avait perdue et son père est mort juste avant ce combat.
Davidù n’est pas dans un climat serein pour affronter cette étape. Son meilleur ami vient de perdre sa mère et Nina, la seule fille qu’il aime ne veut plus lui parler.
La fin de ce roman est particulièrement prenante avec un rythme qui s’accélère et une fin en apothéose qui s’inscrit sur une très belle dernière phrase.
Mais le chemin est ardu pour arriver à cette maîtrise.
«  Les personnages qui se perdent dans une histoire, Poète, c’est ceux-là que j’aime. »
On peut dire que le personnage de Davidù se perd dans les histoires de ses ascendants. Mais c’est l’histoire de sa famille, celle qui le construit.
Toutefois, le lecteur peut aussi s’y perdre. L’auteur passe d’un tableau à un autre, de la vie de Rosario en Afrique au présent de Davidù, d’un paragraphe à l’autre.
Par contre, les descriptions sont chaque fois intenses. Le récit de la vie de Rosario dans un camp de prisonniers en Afrique est d’une grande force. Les vies se superposent, les rencontres se font et l’histoire se construit avec beaucoup d’intensité.
Le contexte de Palerme, tant dans les années 40 que 80, est présent en toile de fond, accentuant encore les ambiances masculines des personnages principaux.
 » Il y a la même atmosphère de misère que dans ma jeunesse. Mais en ce temps-là le monde entier était en guerre, alors que là le monde fait comme si de rien n’était, pendant qu’en ville on se tue entre frères. La Mafia a apporté le meurtre à l’intérieur des familles. »
En conclusion, c’est un très bon premier roman qui prend sa force avec le recul. Davantage de fluidité et de linéarité en auraient fait un excellent roman, voire un coup de cœur.

 

Dans les jardins du Malabar – Anita Nair

Nair1Titre : Dans les jardins du Malabar
Auteur : Anita Nair
Littérature indienne
Titre original : Idris, keeper of the light
Traducteur : Dominique Vitalyos
Éditeur : Albin Michel
Nombre de pages : 440
Date de parution : 2 juin 2016

Anita Nair me ramène à la période des empereurs Moghol ( Les ravissements du Grand Moghol de Catherine Clément) mais cette fois avec les aventures d’un marchand africain sur les côtes du Malabar ( sud ouest de l’Inde) au XVIIe siècle.

Idris, encore jeune garçon somalien, perd son œil droit lors d’un ouragan qui surprend la caravane de son père, Samataar Gulid, marchand de la route de la soie. Trente cinq ans plus tard, de nouveau en Inde et devenu marchand itinérant, il assiste à la fête du Mamangam, grande foire organisée par le nouveau Zamorin. Là, il rencontre un jeune garçon, aussi noir que lui qui rêve de devenir Châver, ces guerriers dont l’objectif est d’assassiner le Zamorin. Très vite, Idris devine que Kandavar, ce jeune garçon de neuf ans n’est autre que son fils, issu d’une relation éphémère avec Kuttimalu, femme nayar, noble de caste inaccessible à Idris.

 » Idris Maymoun Samataar Gulid, Originaire de Dikhil, éternel voyageur qui cherche la mesure de la Terre et de l’homme. » se retrouve imperceptiblement tiraillé entre  » son besoin de vagabonder jusqu’alors irrépressible de ses pieds et de son esprit » et sa nouvelle responsabilité de père.
«  On pensait à soi à travers son enfant, on réprimait ses autres projets, cessant d’accorder la priorité à celui que l’on voulait être. »

De haute stature, parlant plusieurs langues, avec son œil d’or et ses multiples connaissances, Idris charme naturellement son entourage. Il convainc l’oncle de Kandavar de le laisser emmener l’enfant un an à travers le pays, l’éloignant ainsi de ses instincts guerriers qui le poussent vers une mort inéluctable.
Même si la religion hindoue interdit de traverser la mer, Idris embarque Kandavar sur un bateau vers Ceylan en compagnie d’un jeune Khalasi ( marin), Sala Pokkar.
«  il avait entraîné le garçon loin de ses repères afin de lui inculquer une notion d’émerveillement face à la vie, de l’initier aux splendeurs d’un monde situé par-delà son horizon. »
Pour Kandavar ( et le lecteur) commence l’aventure. Apprendre à lutter contre le mal de mer, à naviguer avec les étoiles, découvrir la pêche aux perles vers Tûttukuti, l’extraction de diamants à Kollur. Chaque fois, Idris se débrouille pour entrer sur les marchés dominés par les colons portugais puis néerlandais.

Anita Nair crée un personnage énigmatique, ensorcelant et captivant avec Idris, cet homme qui donne de  » la profondeur au plus infime détail. » Ses périples placent ce roman sous le signe de l’aventure avec une découverte de l’Inde de l’époque marquée par les règles des castes, les lois et coutumes.
Dans cette quête incessante de l’aventure et de la bonne affaire, Idris commence à percevoir grâce à son fils le souvenir, la compassion, le repos apaisé de l’homme qui peut trouver son foyer.
 » Depuis de nombreuses années, Idris s’abstenait d’avoir recours au réconfort de la mémoire…Or voilà que ce passé revenait le hanter de plus en plus souvent. Était-ce à cause de Kandavar? Le passage à la paternité du nomade qu’il était avait-il déclenché un bouleversement... »

L’époque complexe et le vocabulaire ( recensé dans un glossaire en fin de roman) issu des langues parlées par Idris ( malayalam, somalien, arabe) compliquent la plongée du lecteur dans cette grande aventure. Les voyages, les péripéties qui s’enchaînent ne laissent pas de répit mais éloignent aussi des sentiments des personnages. Le lien père-fils se situe davantage dans la découverte des événements que dans la compréhension mutuelle, donnant, à mon grand regret, une prédominance de roman d’aventure.

Toutefois, ce roman est le premier volet d’une trilogie et je perçois très bien ( peut-être à tort) comment le côté humain et l’histoire du pays peuvent venir intensifier la force des personnages, tant pour Idris que pour les personnages secondaires auxquels le lecteur s’attache en seconde partie du roman.

Même si la lecture de ce premier tome ne m’a pas totalement séduite, l’envie d’en savoir davantage et de densifier cette première partie est évidente. Anita Nair est parvenue à faire miroiter une belle promesse.

J’ai lu ce titre dans le cadre d’une Masse critique spéciale et je remercie Babelio et les Editions Albin Michel pour cette découverte.

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La compagnie des artistes – Chris Womersley

womersleyTitre : La compagnie des artistes
Auteur : Chris Womersley
Littérature australienne
Traducteur : Valèrie Malfoy
Titre original : Cairo
Éditeur : Albin Michel
Nombre de pages : 384
Date de parution : 31 mars 2016

 

 

J’ai découvert Chris Womersley avec Les affligés, un roman sombre et mystérieux qui réunit un ancien soldat à la gueule et l’âme cassées et une jeune orpheline. Depuis, je continue à lire cet auteur australien.

La mauvaise pente garde cette narration très imagée et cette obsession du poids du passé mais sa violence avait amoindri mon enthousiasme. C’est donc assez naturellement que j’ai souhaité lire La compagnie des artistes.
En 1986, Tom Button, dix-huit ans quitte le logement familial de Dunley pour s’installer dans l’appartement de sa tante décédée à Melbourne. Il envisage de s’inscrire à l’Université en Arts et Lettres.
«  L’adolescence est un tourbillon où se mêlent complexe de supériorité et doute écrasant. Aujourd’hui les soi-disant experts s’inquiètent du manque d’estime de soi si répandu chez les adolescents, mais c’est en réalité l’une des nombreuses planches nécessaires pour construire le radeau qui nous transporte de la jeunesse à l’âge adulte. »
Encore un peu naïf, mais autonome et prêt à découvrir le monde, Tom s’intéresse aux habitants de l’immeuble. Il est notamment très attiré par Max Cheever, un artiste bohème qui lui fait comprendre qu’il apprendra davantage avec sa bande d’amis plutôt qu’en Université. Max et ses amis, James un oisif homosexuel ainsi qu’ Edward et sa femme, un couple de peintres qui mêle génie et drogue vont accueillir ce jeune homme dans leur tribu. Aveuglé par la beauté de Sally, la femme de Max et par cette immersion dans un monde bohème, Tom mêle dangereusement son avenir au leur.
Si les personnages sont effectivement attirants par leur extravagance, le dénouement de cette histoire est assez prévisible dès les premiers chapitres.
L’univers de ces adultes desoeuvrés est bien campé avec quelques bonnes réflexions sur l’Art, notamment grâce à Gertrude, une peintre capable de copier un tableau de Picasso mais qui ne sera jamais reconnue dans ce monde misogyne.
 » sa motivation, c’était le plaisir de la fraude, celui de berner le milieu de l’art qui l’avait rejetée. »

Mais ce milieu occulte complètement toute relation extérieure, notamment avec d’autres habitants de Cairo ou avec la famille de Tom.   L’intérêt pour les  personnages peut parvenir à oublier certaines scènes peu crédibles.
La compagnie des artistes se révèle être un roman d’initiation peu original, qui malgré quelques bons personnages peine à susciter l’émotion et la passion.

bac

 

A la table des hommes – Sylvie Germain

germainTitre : A la table des hommes
Auteur : Sylvie Germain
Éditeur : Albin Michel
Nombre de pages : 262
Date de parution : 7 janvier 2016

Je suis rarement déçue par un roman de Sylvie Germain depuis que j’ai découvert son univers à la limite du fantastique avec Magnus. Depuis trente ans, cet auteur construit une œuvre intéressante qui tente de répondre à l’essentiel : qu’est-ce qu’un être humain?. En philosophe, elle interroge notre rapport à Dieu loin de toute bigoterie et toute habitude irréfléchie.
En prenant généralement le biais du conte, elle nous entraîne dans un monde fabuleux pour mieux mettre en exergue les dérives du monde réel. Et ce nouveau roman, A la table des hommes, en est un très bel exemple.
Dans un pays dévasté par la guerre, un porcelet fait l’expérience de la survie. Allaité par une mère en deuil, sa confiance en l’homme sera vite rompue. De tous les animaux qui l’accompagneront dans sa fuite, seule une corneille sera son « point d’ancrage magnifiquement mobile dans la fluidité du temps. »
Enfant sauvage recueilli par Ghirzal, une vieille du village, celui qu’on surnomme Babel va faire l’expérience de l’humanité en la personne de Tomka, un jeune revanchard prêt à malmener les plus faibles.
Contraint à l’exil afin de ne plus être la tête de Turc d’un village meurtri, l’enfant part avec Yelnat, un vieux clown sauvage et trouve refuge chez deux frères, Clovis et Rufus.
Babel est un drôle de garçon. «  Il y a chez lui un alliage de candeur et de gravité, de douceur et de robustesse qui l’étonne. Il se tient de plain-pied avec la vie, avec le monde, sans leur demander des comptes, sans rien apprendre de plus que ce qu’il en reçoit. Il entretient avec les bêtes une complicité tacite, et partage avec une corneille une amitié plus intime qu’avec quiconque. Il donne l’impression d’habiter le temps comme une demeure paisible, ou plutôt de le traverser à la façon d’un animal parti en transhumance et qui parcourt de longs espaces à pas pesés et cadencés, sans se soucier de la durée du trajet ni des difficultés qu’il risque d’avoir à affronter en chemin, mais en jouissant de chaque instant. Une jouissance placide, de basse et continue intensité que des imprévus malencontreux peuvent perturber, certes, parfois mettre à l’épreuve, mais non anéantir. »
Au delà de l’apprentissage de la langue, Babel découvre une famille tutrice qui l’aide à entrer dans la vie. En faisant de Clovis un blogueur aux textes et dessins irrévérencieux, épinglant des dignitaires religieux de diverses obédiences, frappé par la bassesse de l’espèce humaine, Sylvie Germain donne à comprendre la finalité de sa fable.
Au delà de rappeler que les créations divines sont l’ensemble du monde animal et végétal, elle n’hésite pas à dénoncer l’orgueil de l’homme qui par exemple condamne la vache folle de ses dérives commerciales.
Sous une très belle fable, l’œil critique de l’auteur sur les faits actuels nous rappelle que  » le destin de tous les vivants est égal » et que c’est souvent l’homme qui devient ce dévastateur  » animé par la haine de la beauté et de la créativité. »

Un livre « coup de cœur » que je vous recommande vivement.

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Ressources inhumaines – Frédéric Viguier

ViguierTitre : Ressources inhumaines
Auteur : Frédéric Viguier
Éditeur : Albin Michel
Nombre de pages : 288
Date de parution : août 2015

Auteur :
Frédéric Viguier est auteur et metteur en scène de théâtre. Ressources inhumaines est son premier roman

Présentation de l’éditeur :
« La vie d’un hypermarché bat au rythme de l’humanité manipulée. Et cela fait vingt ans qu’elle participe à cette manipulation. »
Un univers absurde, construit sur le vide et les faux-semblants. Un premier roman implacable, glaçant, dérangeant

Mon avis :
Frédéric Viguier met en scène son roman dans un environnement fermé assez inhabituel : la vie d’un hypermarché, mais côté personnel. D’emblée les règles sont données, l’encadrement du personnel est très hiérarchisé, cloisonné et pesant.
Directeur, chef de secteur, chef de rayon, personnel, stagiaire, les échanges ne se font que d’un niveau à un autre. Nous sommes dans un lieu et une époque où la promotion canapé passe avant les diplômes, où il faut toujours se faire remarquer pour éviter le déplacement, le déclassement ou le licenciement.

La narratrice entre dans cet univers à dix-neuf ans, par la petite porte pour un stage de quinze jours. Jeune, belle, opportuniste, elle se fait remarquer par Gilbert, le chef du secteur textile. En devenant sa maîtresse, mais aussi en osant affronter les chefs sans aucune compassion pour ses collègues, elle progresse très rapidement dans les échelons. Elle n’est pourtant pas ambitieuse, elle n’a aucune compétence dans son domaine, mais « elle a tout compris » au fonctionnement sauvage de ce milieu impitoyable.
 » On ne grandit jamais seul, on grandit au détriment des autres. »
Elle sait sur quelles ficelles il suffit de tirer pour se faire accepter dans cette horde.

Frédéric Viguier campe un personnage féminin très touchant. Elle est le genre de collègue que l’on déteste très vite mais le lecteur perçoit aussi très rapidement les failles du caractère. Son cruel besoin de sa faire accepter la pousse vers un « opportunisme diabolique« . Alors, certes, elle aura une carrière fulgurante, exemplaire mais qu’en est-il de sa vie de femme?
 » ce que pense les autres, il faut s’en faire une armure, pour se construire. » Les sentiments peuvent-ils encore passer au travers de cette armure?

 » Je serais la femme qui se satisfait d’un regard entendu, d’une caresse rapide, d’un souffle bête sur la nuque, à la seule condition que l’on me fasse ressentir le plaisir d’être acceptée. »

Ce premier roman, de lecture facile,  nous livre un beau personnage de femme ( qui pourra toutefois agacé plus d’un lecteur) évoluant dans un monde du travail impitoyable bien restitué.

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Le crime du comte Neville – Amélie Nothomb

NothombTitre : Le crime du comte Neville
Auteur : Amélie Nothomb
Éditeur : Albin Michel
Nombre de pages : 144
Date de parution : 20 août 2015

Auteur :
Depuis 1992 et Hygiène de l’assassin, tous les livres d’Amélie Nothomb ont été publiés aux éditions Albin Michel. Elle a reçu, entre autres, le prix Chardonne, le Grand prix du roman de l’Académie française, le prix de Flore, et le Grand prix Jean Giono pour l’ensemble de son œuvre.
Ses œuvres sont traduites dans 40 langues, des U.S.A. au Japon.
Le crime du comte Neville est son vingt quatrième roman.

Présentation de l’éditeur :
« Ce qui est monstrueux n’est pas nécessairement indigne. » Amélie Nothomb
Mon avis :
Le comte de Neville, noble désargenté contraint de vendre son château n’en garde pas moins l’intention d’épater une dernière fois ses invités. Car, dans la famille il est impossible de faillir au paraître. Sans affamer sa famille comme pouvait le faire son propre père, le comte de Neville aime soigner ses invités.
 » L’invité était celui que l’on espérait et attendait chez soi depuis toujours, dont la venue était préparée avec une attention extrême. »
Mais cette fois, l’angoisse est double puisque ce sera la dernière réception au château et qu’une voyante lui a prédit qu’il allait tuer un invité. Vague rappel du conte d’Oscar Wilde, Le crime de lord Arthur Savile.
Amélie Nothomb croque avec délice et humour la petite noblesse belge. Elle en fait des êtres à part moins effrayés par la perspective de la prison que par l’impair.
Le récit montre aussi la difficulté de la période de l’adolescence avec la plus jeune fille du comte, Sérieuse, âgée de dix-sept ans. N’ayant ni la beauté de sa sœur Electre ni l’intelligence de son frère Oreste, Sérieuse est gauche et taciturne. Mais quelle idée d’appeler sa fille Sérieuse, il fallait bien éviter la prophétie du prénom d’Iphigénie.
Sérieuse ne supporte plus le fait de ne ressentir aucune émotion, triste conséquence d’une éducation où les enfants sont nés pour être séduits et non plus pour séduire.

Même si l’ensemble reste un peu plat et une fois de plus bien trop court, j’ai aimé suivre les tergiversations du comte Neville face à son destin programmé. Sérieuse est le symbole d’une enfance ( mais souvent aussi d’adultes) incapable de s’émouvoir de belles choses simples. Des paysages, une musique, une œuvre d’art, un échange humain, tout ce qui nous entoure peut être source d’émotion pour qui sait l’apprécier.

Amélie Nothomb qui sait elle aussi, lors des rencontres avec ses lecteurs s’adresser à chaque personne comme s’il s’agissait de l’être qu’elle espérait rencontrer depuis toujours, a cette fragilité qui lui permet de s’émouvoir en écoutant Schubert.

Elle reste, pour moi, une auteure qui parvient dans la simplicité de quelques pages rehaussée par un vocabulaire soutenu, à m’intéresser à des personnages originaux, à sourire et m’émouvoir. Son roman annuel est indissociable de ma rentrée littéraire.

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