La rentrée littéraire 2017

Quelques annonces deci delà, on commence à en parler de la rentrée littéraire! Et je sais que vous attendez cet article avec impatience. Après cinq mois très riches en parutions, je me demandais quelles surprises nous pouvions encore attendre. C’était sans compter la richesse de notre panorama littéraire. Les nouveaux auteurs viennent rejoindre les talents confirmés.

Sorj Chalandon, Lola Lafon, Jean-Michel Guenassia, Véronique Olmi, Thomas Vinau, Marc Dugain, Eric Reinhardt, Yanick Haenel, Gaëlle Nohant, Joy Sorman, Patrick Deville, Stéphane Audeguy, Jean-Philippe Toussaint, Leonor de Recondo, Jean-Marie Blas de Roblès, Jean-Luc Seigle, Philippe Jaenada… pour les auteurs français.

Kamel Daoud, Kaouther Adimi, Don de Lillo, Douglas Coupland, Anna Hope, Santiago Gamboa, Jonathan Safran Foer, Ron Rash, Juan Gabriel Vasquez, Charif Majdalani, Richard Russo, Ali Zamir… côté Littérature étrangère.

Et les incontournables Amélie Nothomb et Joyce Carol Oates.

Vous en avez maintenant l’habitude, cet article s’enrichira au fil des jours.

Actes Sud:
Zabor de Kamel Daoud
Imago de Cyril Dion
L’invention des corps de Pierre Ducrozet
Les bourgeois d’Alice Ferney
La beauté des jours de Claudie Gallay
Mercy, Mary, Patty de Lola Lafon
Polaris de Fernando Clemot
Zero K de Don de Lillo
Mischling de Affinity K.
L’archipel  des Solovki de Zakhar Prilepine
Brandebourg de Juli Zeh

Albin Michel:
Sangliers de Aurélien Delsaux
La gloire des maudits de Nicolas d’Estienne d’Orves
Le courage qu’il faut aux rivières de Emmanuelle Favier (1e roman)
De l’influence de Bowie sur la destinée des jeunes filles de Jean-Michel Guenassia
Un dissident de François-Régis de Guényveau (1e roman)
La tour abolie de Gérard Mordillat
Frappe-toi le cœur de Amélie Nothomb
Bakhita de Véronique Olmi
La nuit des enfants qui dansent de Franck Pavloff
Le songe du photographe de Patricia Reznikov
Vous connaissez peut-être de Joann Sfar
Cox ou la course du temps de Christophe Ransmayr
Les sables de l’Amargosa de Claire Vaye Watkins
Underground railroad de Colson Whitehead
La vengeance du pardon de Eric-Emmanuel Schmitt
Allary :
L’ascension du Mont-Blanc de Ludovic Escande
Leur séparation de Sophie Lemp

Alma:
Le camp des autres de Thomas Vinau
La société des faux visages de Xavier Mauméjean
Luwak de Pierre Derbé

L’Archipel:
Qu’est-il arrivé à Baby Jane? de Henry Farrell
Agnus dei de Catherine Scapula
Sissi,impératrice malgré elle de Allison Pataki
Echange fatal de Shioban Macdonald

Arlea:
Un vertige d’Hélène Gestern
Son absence de Emmanuelle Grangé
L’année prochaine à New York de Antoine Billot

Belfond :
La ville sans juifs de Hugo Bettauer
Système de Agnès Michaux
Le mal des ardents de Frédéric Aribit
Le dernier violon de Menuhin de Xavier-Marie Bonnot

Buchet-Chastel:
Écrit dans le noir de Michel Schneider
La sélection de Aravind Adiga
Nos vies de Marie-Hélène Lafon
La fuite de Paul-Bernard Moracchini
Dimanche de révolution de Wendy Guerra
Violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner de Etienne Deslaumes
Manège de Daniel Parokia

Calman-Levy:
Le  triangle d’incertitude de Pierre Brunet
Mon voisin de Pascal Voisine
Où cours-tu William? de Denis Jeambar

Anne Carrière:
Le triomphe de Thomas Zins de Matthieu jung

Le castor astral:
Une douceur de chloroforme de Patrice Delbourg
Gazoline Tango de Franck Balandier
Fleuve de Jonathan Buckley

Denoël:
Tu riras moins quand tu connaîtras les hommes de Florent Bottero
Gabrielle ou le jardin retrouvé de Stéphane Jougla
Treize jours de Roxane Gay
La bibliothèque de Mount Char de Scott Hawkins
Aux confins du monde de Karl Ove Knausgaard

Au Diable Vauvert:
La vie sauvage de Thomas Gunzig
Miss Wyoming de Douglas Coupland
Contes du soleil noir de Alex Jestaire
Tout sur le zéro de Pierre Bordage
Sur l’écriture de Charles Bukowski
Dans le désert de Julien Blanc-Gras

Don Quichotte:
La muette de Alexandre Lacroix
Petits remèdes à la dépression politique de Jean-Christophe Brocher ( récit)

Elyzad:
Les lendemains d’hier de Ali Becheur

Les Escales :
Et soudain la liberté de Evelyne Pisier et Caroline Laurent
Mille ans après la guerre de Carine Fernandez
La maison des Turner de Angela Flournoy (1er roman)

Éditions de Fallois:
Abus de faiblesse de Eric Deschodt

Fayard :
Le ciel ne parle pas de Morgan Sportès
Presqu’île de Vincent Jolit
Une histoire trop française de Fabrice Pliskin
Au nom des nuits profondes de Dorothée Werner
Je m’appelle Lucy Barton de Elizabeth Strout
Nitro Mountain de Lee Clay Johnson

Éditions Finitude :
Pourquoi les oiseaux meurent de Victor Pourchet

Flammarion :
L’ombre du Golem de Eliette Abécassis illustré par Benjamin Lacombe
Eloge de la politique de Alain Badiou
Avec D.H. Lawrence de Catherine Millet
Requiem pour le rêve américain de Noam Chomsky
La féroce de Nicola Lagioia
Bonjour,c’est l’infirmière de Charline Gall
Une odyssée.Un père, un fils, une épopée de Daniel Mendelsohn
J’aime le sexe mais je préfère la pizza de Thomas Raphaël
Les crayons de couleur de Jean-Gabriel Causse
American war de Omar El Akkad
L’enfant-mouche de Philippe Pollet-Villard
Un loup pour l’homme de Brigitte Giraud
Un amour d’espion de Clément Benech
Parmi les miens de Charlotte Pons
Femme à la mobylette de Jean-Luc Seigle
L’art de perdre de Alice Zeniter
Le dossier M de Grégoire Bouillier

Aux Forges de Vulcain:
Un funambule sur le sable de Gilles Marchand

Gaïa:
Tangvald de Olivier Kemeid
Le pianiste blessé de Maria Ernestam
L’esclave islandaise- livre 2 de Steinunn Johannesdottir
Le vent l’emportera de Gunnar Staalesen

Gallimard :
Un certain M. Piekielny de François-henri Désérable
Ils vont tuer Robert Kennedy de Marc Dugain
Survivre de Frederika Amalia Finkelstein
Tiens ferme ta couronne de Yannick Haenel
Les fantômes du vieux pays de Nathan Hill
La salle de bal de Anna Hope
Comment vivre en héros de Fabrice Humbert
La chambre des époux de Eric Reinhardt
Des châteaux qui brulent de Arno Bertina
Sauver les meubles de Céline Zufferey
L’ombre sur la lune de Agnès Mathieu-Daudé
Les rêveuses de Frédéric Verger
Un élément perturbateur de Olivier Chantraine
Comme une rivière bleue de Michèle Audin
Ascension de Vincent Delecroix
La louve de Paul-Henry Bizon
Le cénotaphe de Newton de Dominique Pagnier
La rivière de Ether Kinsky
Les fantômes du vieux Pays de Nathan Hill
La fin de Mame Baby de Gaël Octavia
Cette chose étrange en moi de Orhan Pamuk

Gallmeister:
Une histoire des loups de Emily Fridlund
Le diable en personne de Peter Farris
L’envers du temps de Wallace Stegner
Tout est brisé de William  Boyle

 

Grasset:
Vous n’êtes pas venus au monde pour rester seuls de Eivind Hofstad Evjemo
Demain sans toi de Baird Harper
Sur les traces de Paul  Gauguin de Jean-Luc Coatalem
Minuit, Montmartre de Julien Delmaire
Le déjeuner des barricades de Pauline Dreyfus
Une fille dans la jungle de Delphine Coulin
Innocence de Eva Ionesco ( 1er roman)
La fille à la voiture rouge de Philippe Vilain
Kong de Michel Le Bris
Le jour d’avant de Sorj Chalandon
Mina Loy, éperdument de Mathieu Terence
Les peaux rouges de Emmanuel Brault (1er roman)
Tous les âges me diront bienheureuses de Emmanuelle Caron (1er roman)
Mécaniques du chaos de Daniel Rondeau
La disparition de Josef Mengele de Olivier Guez
Sur les traces de Paul Gauguin de Jean-Luc Coatalem
La nostalgie de l’honneur de Jean-René Van der Plaetsen (récit)

Harper Collins:
Les tempêtes de Meg Little Reilly

Héloïse d’Ormesson:
Légende d’un dormeur éveillé de Gaëlle Nohant
Le Sans Dieu de Virginie Caillé-Bastide
Je peux me passer de l’aube de Isabelle Alonso
Le monde flottant de Alan Spence
Ce que nous ne saurons jamais de Marcus du Sautoy (essai)

 

 

L’Iconoclaste:
Un bruit de balançoire de Christian Bobin
Je me promets d’éclatantes revanches de Valentine Goby
Ma reine de Jean-Baptiste Andréa
Neverland de  Thimothée de Fombelle

Joëlle Losfeld:
Les hommes de Richard Morgiève

Julliard:
Un personnage de roman de Philippe Besson
La part des anges de Laurent Bénégui
Être tellement de Jean-Luc Marty
La serpe de Philippe Jaenada
L’insoumise de la porte de Flandre de Foaud Laroui

Michel Lafon:
Sens dessus dessous de Chantal Thomass
Motel lorraine de Brigitte Pilote
La nuit n’est jamais aussi noire qu’avant l’aube de Géraldine Danon

Robert Laffont :
Matricule 173 295 de Raphaël Esrail
David Bowie n’est pas mort de Sonia David
Tu seras ma beauté de Gwenaele Robert
Une apparition de Sophie Fontanel
Cet autre amour de Dominique Dyens
Pourquoi je n’ai pas écrit de film sur Sitting Bull de Claire Barré

JC Lattès:
Le presbytère de Ariane Monnier
Toutes les familles heureuses de Hervé Le Tellier
Trois verres de vodka de Dominique Schneidre
Les vents noirs de Arnaud de la Grange
Summer de Monica Sabolo

Léo Scheer:
Ma vie sans moi, roman de Nathalie Rheims

Liana Levi:
La nuit des béguines de Aline Kiner
Là où l’histoire se termine d’Alessandro Piperno

Louison Éditions:
Aristonomia de Boris Akounine

Éditions de la Martinière:
L’embaumeur d’Isabelle Duquesnoy
Mademoiselle, à la folie! de Pascale Lécosse (1er roman)
Les panthères grises de Patrick Eudeline
Le club des pendus de Tony Parsons

Mercure de France:
Ton père de Christophe Honoré
Une fille au bois dormant de Anne-Sophie Monglon
Indocile de Yves Bichet
Perdre la tête de Bertrand Leclair
Qui ne dit mot consent de Alma Brami

Métailié:
Les buveurs de lumière de Jenni Fagan
Retourner dans l’obscure vallée de Santiago Gamboa
Le fils du héros de Karla Suarez
Otages de Sherko Fatah
Les ombres de l’Araguaia de Guiomar de Grammont
Ce qui n’a pas de nom de Piedad Bonnett
Mo a dit de James Kelman

Éditions de Minuit :
Sigma de Julia Deck
Une chance folle de Anne Godard
Trois jours chez ma tante de Yves Ravey
Made in China de Jean-Philippe Toussaint

Éditions Noir sur Blanc:
Surface de réparation de Olivier El Khoury
L’été infini de Madame Nielsen
Zouleikha ouvre les yeux de Gouzel Iakhina
Défense de Prosper Brouillon de Eric Chevillard

Éditions de l’Observatoire :
Ces rêves qu’on piétine de Sébastien Spitzer (1e roman)
Les jouisseurs de Sigolène Vinson
L’absente de Noël de Karine Silla
N’écrire pour personne de A.L. Snijders

Éditions de l’Olivier:
L’histoire de mes dents de Valeria Luiselli
L’avancée de la nuit de Jakuta Alikavazovic
Ostwald de Thomas Flahaut
L’île aux poissons venimeux de Barlen Pyamootoo
Sauver les meubles de Marion Vernoux
Me voici de Jonathan Safran Foer

Pauvert:
Les désordres du monde de Sébastien Rongier

Payot Rivages :
Sucre noir de Miguel Bonnefoy
Sous les serpents du ciel de Emmanuel Ruben

Editions Philippe Picquier:
Parce que je déteste la Corée de Kang-Myoung Chang
Mariage contre nature de Yukiko Motoya
Mémoires d’une fleur de Jacques Pimpaneau
La vie du bon côté de Keisuke Hada

PLON:
Pour te perdre un peu moins de Martin Diwo (1er roman)
La colère de Kurathi Amman de Meena Kandasamy (1er roman)
L’héritier de Joost de Vries

Éditions Philippe Rey:
Les terres dévastées de Emiliano Monge
Les complicités involontaires de Nathalie Bauer
Un jour tu raconteras cette histoire de Joyce Maynard (récit)
Le paysage perdu de Joyce Carol Oates ( mémoires)
Corn maiden de Joyce Carol Oates

P.O.L.:
Gratitude de Charles Juliet
Tout un monde lointain de Célia Houdart
Les vacances de Julie Wolkenstein
Les histoires de Franz de MartinWinckler
Notre vie dans les forêts de Marie Darrieusecq
La fonte des glaces de Joël Baqué

Editions du Rouergue:
Une mer d’huile de Pascal Morin
Les attachants de Rachel Corenblit
Encore vivant de Pierre Souchon
Assassin d’avant de Elisa Vix
Tango fantôme de Tove Alsterdal
Enfants de la meute de Jérémy Bouquin

Éditions Séguier:
Musique russe de Anne-Marie Mitterrand
Je suis l’autre de Berta Vias Mahou

Le Serpent à plumes:
Leçons de grec de Han Kang
Avant tout, se poser les bonnes questions de Ginevra Lamberti
L’enfant de l’oeuf de Amin Zaoui
Un moustique dans la ville de Erlom Akhvlediani
Les temps anciens de Niroz Malek ( octobre)

Seuil:
Nos richesses de Kaouther Adimi
Taba-Taba de Patrick Deville
Fief de David Lopez
L’empereur à pied de Charif Majdalani
Sciences de la vie de Joy Sorman
Souvenirs de la marée basse de Chantal Thomas
Ce qu’on  entend quand on écoute chanter les rivières de Barney Norris
Par le vent pleuré de Ron Rash
Le corps des ruines de Juan Gabriel Vasquez
Une mère de Stéphane Audeguy
Le goût de la belle vie de Maryse Wolinski
La fille à histoires de Irène Frain
Octobre 17 de Patrick Rotman et benoît Blary ( roman graphique)
Soufre de José Luis Peixoto
Mourir sous ton ciel de Juan Manuel De Prada
Mémoires secrets d’un valet de cœur de Brigitte Aubert
Danser dans la poussière de Thomas H. Cook
O ma mémoire, la poésie, ma nécessité de Stéphane Hessel

Sonatine :
Nulle part sur la terre de Michael Farris Smith
Ne fais confiance à personne de Paul Cleave
Addict de James Renner
En marche vers la mort de Gérald Seymour

Stock:
La petite danseuse de quatorze ans de Camille Laurens
Mon autopsie de Jean-Louis Fournier
Je suis Jeanne Hebuterne de Olivia Elkaim
Gabriële de Anne et Claire Berest
Demain sera tendre de Pauline Perrignon
Mes pas vont ailleurs de Jean-Luc Coatalem
Sa mère de Saphia Azzedine
Colombe sous la lune de Laurence Campa
Les rameaux noirs de Simon Liberati
Mon père, ma mère et Sheila de Eric Romand
Les talons rouges de Antoine de Baecque
La Fontaine: une école buissonnière de Erik Orsenna
Les huit montagnes de Paolo Cognetti
Les pleureuses de Katie M. Kitamura

La Table Ronde:
Jeux de dame de Thierry Dancourt
A malin, malin et demi de Richard Russo
Monarques de Philippe Rahmy
La princesse de Bakounine de Lorenza Foschini
La Bolchevique amoureuse et autres récits de Manuel Chaves Nogales

Le Tripode:
L’amour est une maladie ordinaire de François Szabowski
Mon étincelle de Ali Zamir
Les aventures de Ruben Jablonski de Edgar Hilsenrath

Verticales:
Les fils conducteurs de Guillaume Poix

Viviane Hamy:
Niels de Alexis Ragougneau
Hotel Waldheim de François Vallejo

Sabine Wespieser:
Climats de France de Marie Richeux
Point cardinal de Leonor de Recondo
Les belles de Halimunda de Eka Kurnawian

Zulma:
By the rivers of Babylon de Kei Miller
Belle merveille de James Noël
Dans l’épaisseur de la chair de Jean-Marie Blas de Roblès

Riquet à la houppe – Amélie Nothomb

nothombTitre : Riquet à la houppe
Auteur : Amélie Nothomb
Éditeur: Albin Michel
Nombre de pages : 188
Date de parution : 18 août 2016

«  Les contes ont un statut étrange au sein de la littérature : ils bénéficient d’une estime immodérée. »
Avec son écriture d’une grande légèreté, Charles Perrault ne pouvait qu’inspirer la conteuse Amélie. Elle s’inspire cette année du conte, Riquet à la houppe qui illustre l’exclusion de l’extrême laideur dotée de l’intelligence et de l’extrême beauté alliée à la sottise.
Déodat est laid. Mêmes ses parents le reconnaissent.
 » Enide et Honorat étaient de bonnes personnes. La vérité est que nul n’est disposé à accepter la hideur et surtout chez sa progéniture. Comment supporter qu’un moment d’amour ait pour conséquence le choc toujours neuf du laid? Comment tolérer qu’une union réussie aboutisse à une tronche aussi grotesque? »
Par contre, Déodat bénéficie d’une intelligence rare.
A la même époque, Lierre et Rose mettent au monde une magnifique petite fille qu’il prénomme Trémière. Élevée par sa grand-mère, Passerose, dans un palais digne de l’univers des contes de fées, Trémière n’excelle que dans la pâmoison.
Tous deux isolés dans les cours d’école trouvent des dérivatifs. Déodat, après avoir compris l’abêtissement que provoque la télévision, lève le nez en l’air et initie une passion pour les oiseaux. Il sera ornithologue.
Trémière rêve de passion, celle pour sa grand-mère et son univers puis celle de Tristan. Elle sera mannequin tête et mains pour parures de bijoux.
L’extrême beauté semble plus difficile à vivre que l’extrême laideur. Déodat avec son sens de l’Autre parvient à se faire aimer. Mais Trémière a aussi cet esprit qui permet de saisir l’étincelle des choses de valeur.

Toujours avec humour, fantaisie, coup de gueule contre les abus de langage ou clins d’œil aux travers des parisiens, Amélie me fait passer un moment éphémère mais si agréable  de lecture. Certains chants d’oiseaux ne sont pas beaux, le sien est mélodieux.  » De même que le féru de littérature ne peut se résoudre à avoir un seul livre de chevet« , difficile d’avoir son oiseau favori. Que serait Amélie, un rossignol pour son chant inspiré, une huppe fasciée, un oiseau migrateur ?

Lirais-je encore Amélie Nothomb si je n’aimais pas tant sa clarté d’expression, sa fantaisie de conteuse, sa leçon annuelle de vocabulaire, sa personnalité fantasque qui recèle tant de fragilité et d’intelligence ?
Certes, le fond de ce roman ne m’a pas convaincue mais la forme est toujours aussi pétillante.
Nul doute, Amélie, dans son costume de pie ou corbeau, est un drôle de moineau qui revient chaque été nous charmer de son chant mélodieux.

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Sur terre comme au ciel – Davide Enia

9782226328816-jTitre : Sur cette terre comme au ciel
Auteur : Davide Enia
Littérature italienne
Titre original : Cosi in terra
Traducteur : Françoise Brun
Éditeur: Albin Michel
Nombre de pages : 416
Date de parution : 17 août 2016

Davidù, neuf ans, orphelin de père s’entraîne sur un ring de boxe dans la salle de son oncle, Umbertino. Nous sommes à Palerme dans les années 80.
 » Dans la rue derrière la place, des cris, des ambulances et des sirènes de police. La bande son de Palerme. »
Si sa grand-mère, ancienne maîtresse d’école, lui a appris le latin, c’est avec son oncle et les gamins du quartier que Davidù apprend les dangers de la rue.
 » A Palerme, le quartio, la perception du danger, est un art, on est doué ou pas. »
Son grand-père, Rosario, lui, parle peu. Il fut prisonnier en Afrique dans les années 40.
Mais quand il parle ou agit, « on soupèse chaque gramme de ses paroles » ou de ses actions. Il fera de son fils, Francesco et de son petit-fils, des boxeurs, un hommage à d’Arpa, cet homme rencontré en Afrique.
 » La boxe ce n’est pas juste donner des coups de poing et en recevoir, c’est une discipline qui apprend le respect et le sacrifice. »
En mêlant les histoires de Rosario, d’Umbertino, de Francesco, l’auteur incarne le personnage de Davidù. Dans ce roman d’initiation, ce sont les histoires des hommes de la famille qui font grandir le jeune garçon. Lorsqu’à dix-neuf ans, Davidù monte sur le ring pour son combat contre le sarde Ceresa pour le titre de champion national, la pression est forte. Les finales sont mauvaises pour la famille. Umbertino l’avait perdue et son père est mort juste avant ce combat.
Davidù n’est pas dans un climat serein pour affronter cette étape. Son meilleur ami vient de perdre sa mère et Nina, la seule fille qu’il aime ne veut plus lui parler.
La fin de ce roman est particulièrement prenante avec un rythme qui s’accélère et une fin en apothéose qui s’inscrit sur une très belle dernière phrase.
Mais le chemin est ardu pour arriver à cette maîtrise.
«  Les personnages qui se perdent dans une histoire, Poète, c’est ceux-là que j’aime. »
On peut dire que le personnage de Davidù se perd dans les histoires de ses ascendants. Mais c’est l’histoire de sa famille, celle qui le construit.
Toutefois, le lecteur peut aussi s’y perdre. L’auteur passe d’un tableau à un autre, de la vie de Rosario en Afrique au présent de Davidù, d’un paragraphe à l’autre.
Par contre, les descriptions sont chaque fois intenses. Le récit de la vie de Rosario dans un camp de prisonniers en Afrique est d’une grande force. Les vies se superposent, les rencontres se font et l’histoire se construit avec beaucoup d’intensité.
Le contexte de Palerme, tant dans les années 40 que 80, est présent en toile de fond, accentuant encore les ambiances masculines des personnages principaux.
 » Il y a la même atmosphère de misère que dans ma jeunesse. Mais en ce temps-là le monde entier était en guerre, alors que là le monde fait comme si de rien n’était, pendant qu’en ville on se tue entre frères. La Mafia a apporté le meurtre à l’intérieur des familles. »
En conclusion, c’est un très bon premier roman qui prend sa force avec le recul. Davantage de fluidité et de linéarité en auraient fait un excellent roman, voire un coup de cœur.

 

Dans les jardins du Malabar – Anita Nair

Nair1Titre : Dans les jardins du Malabar
Auteur : Anita Nair
Littérature indienne
Titre original : Idris, keeper of the light
Traducteur : Dominique Vitalyos
Éditeur : Albin Michel
Nombre de pages : 440
Date de parution : 2 juin 2016

Anita Nair me ramène à la période des empereurs Moghol ( Les ravissements du Grand Moghol de Catherine Clément) mais cette fois avec les aventures d’un marchand africain sur les côtes du Malabar ( sud ouest de l’Inde) au XVIIe siècle.

Idris, encore jeune garçon somalien, perd son œil droit lors d’un ouragan qui surprend la caravane de son père, Samataar Gulid, marchand de la route de la soie. Trente cinq ans plus tard, de nouveau en Inde et devenu marchand itinérant, il assiste à la fête du Mamangam, grande foire organisée par le nouveau Zamorin. Là, il rencontre un jeune garçon, aussi noir que lui qui rêve de devenir Châver, ces guerriers dont l’objectif est d’assassiner le Zamorin. Très vite, Idris devine que Kandavar, ce jeune garçon de neuf ans n’est autre que son fils, issu d’une relation éphémère avec Kuttimalu, femme nayar, noble de caste inaccessible à Idris.

 » Idris Maymoun Samataar Gulid, Originaire de Dikhil, éternel voyageur qui cherche la mesure de la Terre et de l’homme. » se retrouve imperceptiblement tiraillé entre  » son besoin de vagabonder jusqu’alors irrépressible de ses pieds et de son esprit » et sa nouvelle responsabilité de père.
«  On pensait à soi à travers son enfant, on réprimait ses autres projets, cessant d’accorder la priorité à celui que l’on voulait être. »

De haute stature, parlant plusieurs langues, avec son œil d’or et ses multiples connaissances, Idris charme naturellement son entourage. Il convainc l’oncle de Kandavar de le laisser emmener l’enfant un an à travers le pays, l’éloignant ainsi de ses instincts guerriers qui le poussent vers une mort inéluctable.
Même si la religion hindoue interdit de traverser la mer, Idris embarque Kandavar sur un bateau vers Ceylan en compagnie d’un jeune Khalasi ( marin), Sala Pokkar.
«  il avait entraîné le garçon loin de ses repères afin de lui inculquer une notion d’émerveillement face à la vie, de l’initier aux splendeurs d’un monde situé par-delà son horizon. »
Pour Kandavar ( et le lecteur) commence l’aventure. Apprendre à lutter contre le mal de mer, à naviguer avec les étoiles, découvrir la pêche aux perles vers Tûttukuti, l’extraction de diamants à Kollur. Chaque fois, Idris se débrouille pour entrer sur les marchés dominés par les colons portugais puis néerlandais.

Anita Nair crée un personnage énigmatique, ensorcelant et captivant avec Idris, cet homme qui donne de  » la profondeur au plus infime détail. » Ses périples placent ce roman sous le signe de l’aventure avec une découverte de l’Inde de l’époque marquée par les règles des castes, les lois et coutumes.
Dans cette quête incessante de l’aventure et de la bonne affaire, Idris commence à percevoir grâce à son fils le souvenir, la compassion, le repos apaisé de l’homme qui peut trouver son foyer.
 » Depuis de nombreuses années, Idris s’abstenait d’avoir recours au réconfort de la mémoire…Or voilà que ce passé revenait le hanter de plus en plus souvent. Était-ce à cause de Kandavar? Le passage à la paternité du nomade qu’il était avait-il déclenché un bouleversement... »

L’époque complexe et le vocabulaire ( recensé dans un glossaire en fin de roman) issu des langues parlées par Idris ( malayalam, somalien, arabe) compliquent la plongée du lecteur dans cette grande aventure. Les voyages, les péripéties qui s’enchaînent ne laissent pas de répit mais éloignent aussi des sentiments des personnages. Le lien père-fils se situe davantage dans la découverte des événements que dans la compréhension mutuelle, donnant, à mon grand regret, une prédominance de roman d’aventure.

Toutefois, ce roman est le premier volet d’une trilogie et je perçois très bien ( peut-être à tort) comment le côté humain et l’histoire du pays peuvent venir intensifier la force des personnages, tant pour Idris que pour les personnages secondaires auxquels le lecteur s’attache en seconde partie du roman.

Même si la lecture de ce premier tome ne m’a pas totalement séduite, l’envie d’en savoir davantage et de densifier cette première partie est évidente. Anita Nair est parvenue à faire miroiter une belle promesse.

J’ai lu ce titre dans le cadre d’une Masse critique spéciale et je remercie Babelio et les Editions Albin Michel pour cette découverte.

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La compagnie des artistes – Chris Womersley

womersleyTitre : La compagnie des artistes
Auteur : Chris Womersley
Littérature australienne
Traducteur : Valèrie Malfoy
Titre original : Cairo
Éditeur : Albin Michel
Nombre de pages : 384
Date de parution : 31 mars 2016

 

 

J’ai découvert Chris Womersley avec Les affligés, un roman sombre et mystérieux qui réunit un ancien soldat à la gueule et l’âme cassées et une jeune orpheline. Depuis, je continue à lire cet auteur australien.

La mauvaise pente garde cette narration très imagée et cette obsession du poids du passé mais sa violence avait amoindri mon enthousiasme. C’est donc assez naturellement que j’ai souhaité lire La compagnie des artistes.
En 1986, Tom Button, dix-huit ans quitte le logement familial de Dunley pour s’installer dans l’appartement de sa tante décédée à Melbourne. Il envisage de s’inscrire à l’Université en Arts et Lettres.
«  L’adolescence est un tourbillon où se mêlent complexe de supériorité et doute écrasant. Aujourd’hui les soi-disant experts s’inquiètent du manque d’estime de soi si répandu chez les adolescents, mais c’est en réalité l’une des nombreuses planches nécessaires pour construire le radeau qui nous transporte de la jeunesse à l’âge adulte. »
Encore un peu naïf, mais autonome et prêt à découvrir le monde, Tom s’intéresse aux habitants de l’immeuble. Il est notamment très attiré par Max Cheever, un artiste bohème qui lui fait comprendre qu’il apprendra davantage avec sa bande d’amis plutôt qu’en Université. Max et ses amis, James un oisif homosexuel ainsi qu’ Edward et sa femme, un couple de peintres qui mêle génie et drogue vont accueillir ce jeune homme dans leur tribu. Aveuglé par la beauté de Sally, la femme de Max et par cette immersion dans un monde bohème, Tom mêle dangereusement son avenir au leur.
Si les personnages sont effectivement attirants par leur extravagance, le dénouement de cette histoire est assez prévisible dès les premiers chapitres.
L’univers de ces adultes desoeuvrés est bien campé avec quelques bonnes réflexions sur l’Art, notamment grâce à Gertrude, une peintre capable de copier un tableau de Picasso mais qui ne sera jamais reconnue dans ce monde misogyne.
 » sa motivation, c’était le plaisir de la fraude, celui de berner le milieu de l’art qui l’avait rejetée. »

Mais ce milieu occulte complètement toute relation extérieure, notamment avec d’autres habitants de Cairo ou avec la famille de Tom.   L’intérêt pour les  personnages peut parvenir à oublier certaines scènes peu crédibles.
La compagnie des artistes se révèle être un roman d’initiation peu original, qui malgré quelques bons personnages peine à susciter l’émotion et la passion.

bac

 

A la table des hommes – Sylvie Germain

germainTitre : A la table des hommes
Auteur : Sylvie Germain
Éditeur : Albin Michel
Nombre de pages : 262
Date de parution : 7 janvier 2016

Je suis rarement déçue par un roman de Sylvie Germain depuis que j’ai découvert son univers à la limite du fantastique avec Magnus. Depuis trente ans, cet auteur construit une œuvre intéressante qui tente de répondre à l’essentiel : qu’est-ce qu’un être humain?. En philosophe, elle interroge notre rapport à Dieu loin de toute bigoterie et toute habitude irréfléchie.
En prenant généralement le biais du conte, elle nous entraîne dans un monde fabuleux pour mieux mettre en exergue les dérives du monde réel. Et ce nouveau roman, A la table des hommes, en est un très bel exemple.
Dans un pays dévasté par la guerre, un porcelet fait l’expérience de la survie. Allaité par une mère en deuil, sa confiance en l’homme sera vite rompue. De tous les animaux qui l’accompagneront dans sa fuite, seule une corneille sera son « point d’ancrage magnifiquement mobile dans la fluidité du temps. »
Enfant sauvage recueilli par Ghirzal, une vieille du village, celui qu’on surnomme Babel va faire l’expérience de l’humanité en la personne de Tomka, un jeune revanchard prêt à malmener les plus faibles.
Contraint à l’exil afin de ne plus être la tête de Turc d’un village meurtri, l’enfant part avec Yelnat, un vieux clown sauvage et trouve refuge chez deux frères, Clovis et Rufus.
Babel est un drôle de garçon. «  Il y a chez lui un alliage de candeur et de gravité, de douceur et de robustesse qui l’étonne. Il se tient de plain-pied avec la vie, avec le monde, sans leur demander des comptes, sans rien apprendre de plus que ce qu’il en reçoit. Il entretient avec les bêtes une complicité tacite, et partage avec une corneille une amitié plus intime qu’avec quiconque. Il donne l’impression d’habiter le temps comme une demeure paisible, ou plutôt de le traverser à la façon d’un animal parti en transhumance et qui parcourt de longs espaces à pas pesés et cadencés, sans se soucier de la durée du trajet ni des difficultés qu’il risque d’avoir à affronter en chemin, mais en jouissant de chaque instant. Une jouissance placide, de basse et continue intensité que des imprévus malencontreux peuvent perturber, certes, parfois mettre à l’épreuve, mais non anéantir. »
Au delà de l’apprentissage de la langue, Babel découvre une famille tutrice qui l’aide à entrer dans la vie. En faisant de Clovis un blogueur aux textes et dessins irrévérencieux, épinglant des dignitaires religieux de diverses obédiences, frappé par la bassesse de l’espèce humaine, Sylvie Germain donne à comprendre la finalité de sa fable.
Au delà de rappeler que les créations divines sont l’ensemble du monde animal et végétal, elle n’hésite pas à dénoncer l’orgueil de l’homme qui par exemple condamne la vache folle de ses dérives commerciales.
Sous une très belle fable, l’œil critique de l’auteur sur les faits actuels nous rappelle que  » le destin de tous les vivants est égal » et que c’est souvent l’homme qui devient ce dévastateur  » animé par la haine de la beauté et de la créativité. »

Un livre « coup de cœur » que je vous recommande vivement.

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Ressources inhumaines – Frédéric Viguier

ViguierTitre : Ressources inhumaines
Auteur : Frédéric Viguier
Éditeur : Albin Michel
Nombre de pages : 288
Date de parution : août 2015

Auteur :
Frédéric Viguier est auteur et metteur en scène de théâtre. Ressources inhumaines est son premier roman

Présentation de l’éditeur :
« La vie d’un hypermarché bat au rythme de l’humanité manipulée. Et cela fait vingt ans qu’elle participe à cette manipulation. »
Un univers absurde, construit sur le vide et les faux-semblants. Un premier roman implacable, glaçant, dérangeant

Mon avis :
Frédéric Viguier met en scène son roman dans un environnement fermé assez inhabituel : la vie d’un hypermarché, mais côté personnel. D’emblée les règles sont données, l’encadrement du personnel est très hiérarchisé, cloisonné et pesant.
Directeur, chef de secteur, chef de rayon, personnel, stagiaire, les échanges ne se font que d’un niveau à un autre. Nous sommes dans un lieu et une époque où la promotion canapé passe avant les diplômes, où il faut toujours se faire remarquer pour éviter le déplacement, le déclassement ou le licenciement.

La narratrice entre dans cet univers à dix-neuf ans, par la petite porte pour un stage de quinze jours. Jeune, belle, opportuniste, elle se fait remarquer par Gilbert, le chef du secteur textile. En devenant sa maîtresse, mais aussi en osant affronter les chefs sans aucune compassion pour ses collègues, elle progresse très rapidement dans les échelons. Elle n’est pourtant pas ambitieuse, elle n’a aucune compétence dans son domaine, mais « elle a tout compris » au fonctionnement sauvage de ce milieu impitoyable.
 » On ne grandit jamais seul, on grandit au détriment des autres. »
Elle sait sur quelles ficelles il suffit de tirer pour se faire accepter dans cette horde.

Frédéric Viguier campe un personnage féminin très touchant. Elle est le genre de collègue que l’on déteste très vite mais le lecteur perçoit aussi très rapidement les failles du caractère. Son cruel besoin de sa faire accepter la pousse vers un « opportunisme diabolique« . Alors, certes, elle aura une carrière fulgurante, exemplaire mais qu’en est-il de sa vie de femme?
 » ce que pense les autres, il faut s’en faire une armure, pour se construire. » Les sentiments peuvent-ils encore passer au travers de cette armure?

 » Je serais la femme qui se satisfait d’un regard entendu, d’une caresse rapide, d’un souffle bête sur la nuque, à la seule condition que l’on me fasse ressentir le plaisir d’être acceptée. »

Ce premier roman, de lecture facile,  nous livre un beau personnage de femme ( qui pourra toutefois agacé plus d’un lecteur) évoluant dans un monde du travail impitoyable bien restitué.

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