Apprendre à parler avec les plantes – Marta Orriols

Titre  : Apprendre à parler avec les plantes
Auteur : Marta Orriols
Littérature catalane
Titre original : Aprendre a parlar amb les plantes
Traducteur : Eric Reyes Roher
Éditeur : Seuil
Nombre de pages : 256
Date de parution : 1 octobre 2020

 

L’année de la pensée magique , superbe récit sans pathos de Joan Didion, inspire de nombreux auteurs. Mais nous ne sommes pas ici sur une fade version catalane, même si nous suivons Paula Cid, médecin en néonatologie de quarante-deux ans, pendant une année après le deuil de Mauro, son compagnon.

L’originalité de ce récit tient en la dualité de la perte. Quelques heures avant sa mort dans un accident de la route, Mauro déjeunait avec Paula pour lui annoncer qu’il la  quittait pour une autre femme. « La douleur d’une épouse est différente de celle d’une femme que l’on vient de quitter. »

Deux balles coup sur coup : la mort et le mensonge.

La mort, Paula l’a côtoyée dans son enfance. Sa mère est morte d’un cancer quand elle avait sept ans. Elle en garde une blessure, un refus de s’engager dans le mariage et de faire des enfants, au grand regret de Mauro. Les enfants, ce sont ceux de  son métier, ces prématurés qu’elle arrache à la mort.

Son père, ses collègues, la famille et les amis de Mauro la plaignent d’un deuil qu’elle ne ressent pas comme eux. L’abandon de Mauro, elle n’en parlera à personne, sauf à sa meilleure amie Lidia.

«  Je suis tellement repliée sur moi-même, ressassant mes plaidoyers intimes, que j’en perds de vue le monde. »

Au travail , elle devient agressive envers des collègues. Elle ne supporte plus la présence affective de son père. Elle même lutte contre son besoin de rester en vie, d’être désirée. Si elle prend un amant, est-ce par amour ou pour se prouver qu’elle peut encore plaire, pour se venger de Mauro?

Elle sait que la solution n’est pas de trouver l’amour mais de se reconstruire. Et cela ne peut se faire qu’en affrontant la trahison de Mauro.

J’ai lu de nombreux livres sur le deuil avec chaque fois une appréhension. En lisant la chronique de Mumu, je craignais de lire une énième histoire de deuil et de reconstruction. Mais je me suis sentie proche de Paula. J’ai compris sa souffrance devant la trahison et sa frustration face à un dialogue devenu impossible.
Le roman commence avec l’accident de Mauro et le sauvetage de Mahavir, un prématuré que Paula tire du néant à force de caresses et de mots doux. En miroir, après un an de deuil, Paula doit laisser partir un prématuré de vingt-sept semaines. J’ai aimé cette image qui illustre le parcours de Paula, l’acceptation du deuil.
Le parcours est long et difficile mais en un an les plantes du balcon, celles que Mauro entretenaient avec amour, peuvent enfin refleurir.

Sans un réconfort tactile, il ne peut y avoir de développement physique et émotionnel complet.

Marta Orriols analyse avec précision les sentiments de son personnage. L’écriture est belle et le style très fluide. L’auteur soigne son environnement avec de belles descriptions de lieux, de souvenirs et des personnages secondaires peu présents mais rayonnants. Une lecture qui a  su me toucher.

 

La confusion des sentiments – Stefan Zweig

Titre : la  confusion des sentiments
Auteur : Stefan Zweig
Littérature autrichienne
Titre original : Verwirrung der Gefühle
Traducteur : Tatjana MARWINSKI 

Éditeur : Robert Laffont
Nombre de pages : 160
Date de parution : 24 janvier 2019 dans la collection Pavillon Poche

Freud considérait cette nouvelle de Stefan Zweig comme un chef d’œuvre. Pas étonnant, Zweig possède cet « art particulier, qui jaillit comme une flamme. » L’auteur utilise d’ailleurs de nombreuses métaphores autour de l’eau ou du feu qui symbolisent la fluidité et la fulgurance de son écriture.

Le jeune Roland fait ses études à Berlin. Mais il s’adonne davantage aux plaisirs qu’à l’étude. Son père l’envoie alors dans une école de province.
Dès son arrivée, il est subjugué par le discours fougueux d’un professeur sur l’époque élisabéthaine et le théâtre de Shakespeare.

«  Jamais je n’avais vécu chose pareille, l’extase du discours, la passion de l’exposé comme un phénomène élémentaire, et cette expérience surprenante, d’un coup, m’envoûta. »

Roland s’inscrit à son cours. Le professeur lui propose  de loger à côté de chez lui et l’invite souvent à son domicile. L’étudiant plonge dans l’étude pour remercier le maître. Il l’idolâtre tant qu’il en oublie sa vie privée. Aveugle aux réactions des autres professeurs ou étudiants, sourd aux mises en garde de la femme du professeur, Roland constate pourtant les changements étranges du comportement du maître et ses absences soudaines et imprévues.

«  Plus je cherchais à l’approcher, plus il me repoussait avec dureté et même crainte. rien ne devait, rien ne pouvait l’approcher, ni pénétrer son secret. »

Le récit est bref, condensé mais il contient tous les ingrédients nécessaires à l’exposé de passions aveugles du triangle amoureux composé du maître, de l’élève et de la femme du professeur. Roland, dans la fougue de sa jeunesse perçoit son trouble et son élan pour la femme du professeur au tempérament vif et sportif. Beaucoup moins ce sentiment étrange et réciproque pour cet homme mystérieux, passionné et passionnant.

«  Rien ne touche aussi puissamment l’esprit d’un adolescent que les ténèbres sublimes d’un homme d’âge mûr. »

La confusion des sentiments vient aussi de cette différence d’âge entre un jeune téméraire, naïf et la connaissance, le savoir, la domination d’un homme adulte dont chaque parole est loi et grâce.

Quarante après, c’est encore la voix du professeur qui s’exprime par la voix de Roland toujours confus de ses sentiments de désir homosexuel et adultère et de culpabilité.

Cette nouvelle traduction en format poche est l’occasion de redécouvrir ce chef d’œuvre classique et la puissance de l’écriture d’un auteur qui a marqué son temps.

 

La seule histoire – Julian Barnes

Titre : La seule histoire
Auteur : Julian Barnes
Littérature anglaise
Titre original : The only story
Traducteur : Jean-Pierre Aoustin
Éditeur : Mercure de France
Nombre de pages : 272
Date de parution : 6 septembre 2018

Au crépuscule de sa vie, Paul se souvient de sa première histoire d’amour. Peut-être la seule, la véritable. En tout cas, celle qui a marqué sa vie, son destin. Il n’avait que dix-neuf ans lorsqu’il tomba sous le charme de la belle et sportive Susan, une femme mariée de quarante-huit ans, mère de deux grandes filles.

Les deux amants ont vécu une douzaine d’année ensemble. Paul, avec l’innocence et la fougue  de sa jeunesse. Susan avec la légèreté d’un bel amour mais la honte d’une femme écarlate, l’évidence d’un mariage raté.

Pendant la guerre, Susan s’est mariée sans passion à Gordon, un homme grincheux qui échappa aux combats parce qu’il bénéficiait « d’un emploi réservé ». Aujourd’hui, elle fait chambre à part avec cet homme médiocre plutôt violent et alcoolique.

Aux yeux de tous ceux qui les blâment, Paul et Susan vivent une belle histoire d’amour. En tout cas, c’est l’impression qu’il reste dans les souvenirs de Paul. La mémoire reconstruit le passé parfois avec optimisme pour embellir sa propre existence ou celle de sa partenaire. Paul estime qu’il est de son devoir de valoriser les premières années de son histoire d’amour. Il préfère retenir son innocence, sa légèreté plutôt que sa descente en enfer.

L’histoire d’amour est belle, allant de la légèreté au tragique. Paul reste pour moi un personnage assez froid, cérébral. Susan aurait pu avoir davantage de force mais sa fêlure est passée au crible de l’analyse du narrateur. Par contre, j’ai aimé le personnage de Joan, l’amie de Susan. Son expérience de la vie et de l’amour lui laisse un regard avisé sur les relations humaines.

L’auteur utilise le filtre du souvenir pour raconter cette histoire d’amour. Cette narration impose une distance, une obligation d’analyse. Ainsi, j’ai ressenti chez Paul un sentiment de culpabilité inavoué, des regrets. Un peu lâchement, il ne regrette pas d’avoir aimé Susan, mais peut-être d’avoir été trop jeune, trop innocent. 

Le champ lexical de la fin du roman me semble révéler l’hypocrisie de Paul. Tant de mots négatifs pour parler d’une histoire d’amour exceptionnelle.

«  A mon avis, tout amour, heureux ou malheureux, est un vrai désastre dès lorsqu’on s’y adonne entièrement. »

Finalement, contrairement à son récit, je me demande si Paul s’est engagé pleinement dans cette histoire. Et je finis ce roman avec un doute sur la sincérité du personnage, ce qui gâche mon plaisir de lecture.

Lisez l’avis de Nicole, bien plus enthousiaste que moi.

L’invention du désir – Carole Zalberg

ZalbergTitre : L’invention du désir
Auteur : Carole Zalberg
Illustrations : Frédéric Poincelet
Éditeur: Éditions du Chemin de Fer
Nombre de pages : 71
Date de parution : novembre 2010

Lorsque j’ai lu les propositions de lecture de La voie des Indés de décembre chez Libfly, je n’ai pu résister au désir de relire la plume poétique de Carole Zalberg, découverte avec Feu pour feu.
Avec le titre et les photos, je craignais de tomber dans la vulgarité mais c’eût été douter de la poésie de l’auteur.
L’invention du désir est un long monologue ( enfin presque puisque l’homme intervient quelque peu en fin de récit) d’une femme amoureuse, passionnée, éprise de désir.
 » Je veux te mordre, t’étouffer, te battre. Te garder empêché dans l’étau de les jambes et marteler ta chair de tout ce désir dont je ne sais que faire.
Je veux enfermer ton visage entre mes mains et serrer à peine, sentir palpiter ton envie, l’écouter frapper à ra peau, ta déclaration. Embrasser partout son écho.
Je veux ta tendresse posée sur ce creux à la base du nez que seule ta bouche peut épouser dans la cérémonie de mes yeux clos. »
Je pourrais vous citer tout le livre tant la poésie de l’auteur sert parfaitement cet amour profond exacerbé par l’éloignement inhérent à l’adultère.
Les dessins de Frédéric Poncelet cadrent parfaitement avec la sensualité féminine. Les lignes verticales donnent de la longueur aux formes féminines, les traits sont fins et précis, les poses délicates. Toutefois, le dessinateur semble se limiter aux plaisirs solitaires oubliant que le désir de la narratrice est essentiellement tourné vers l’autre.
Le recueil est lui aussi délicat avec des dessins de première et de quatrième de couverture suggestifs, une harmonie de couleurs et de ligne et un rabat qui enserre les pages comme dans un écrin.
Une fois de plus, j’ai été éblouie par le lyrisme, le style, la force et la poésie de l’auteur. Un recueil à lire et à relire comme un beau poème.
Nul doute, je ne passerai pas à côté du prochain roman de l’auteur, Je dansais à paraître le 1er février 2017 aux Éditions Grasset.

Merci à Libfly et aux Éditions de Chemin de fer pour cette superbe lecture.

Mentir n’est pas trahir – Angela Huth

huthTitre : Mentir n’est pas trahir
Auteur : Angela Huth
Littérature anglaise
Titre original : Deception is so easy
Traducteur : Anouk Neuhoff
Éditeur : Quai Voltaire
Nombre de pages : 304
Date de parution : 8 janvier 2015

Gladwyn Purser, quarante-cinq a plutôt bien réussi dans la vie. Marié depuis quinze ans avec Blythe, un enfant, une belle maison, un travail dans l’import-export du sisal, Gladwyn n’a qu’un seul regret, celui de devoir vivre dans cette banlieue parisienne au lieu d’ un endroit comme son Norfolk natal.
«  Il détestait tout dans ce quartier. Il avait écouté Blythe un millier de fois lui expliquer à quel point l’emplacement était idéal: à moins de deux kilomètres de la gare et de ses nombreux trains pour Londres, à huit cents mètres du meilleur supermarché, à quelques minutes à pied de l’excellente école de Tom…Gladwyn ne pouvait pas lutter et, du reste, il n’essayait plus. Et il ne pouvait pas décrire à Blithe l’oppression qu’il ressentait. » Aussi se contente-t-il de marcher dans les Downs lorsqu’il rend visite à sa mère.
C’est lors d’une de ces promenades qu’il rencontre Lara Austin. La jeune femme vient de se fouler la cheville en vélo et, en bon gentleman, Gladwyn l’accompagne aux urgences. Il s’attarde un peu trop, il ne répond pas franchement à ses questions. Et le premier mensonge l’entraîne sur une pente glissante.
«  c’était cela le grand problème de l’amour: le fait de ne pas savoir ce qui se passait dans la tête de l’autre. »
Bien évidemment, il retourne voir Lara, en tombe amoureux et commence une vie compliquée où chaque instant nécessite mensonge et trahison.
Le titre anglais semble plus pertinent puisqu’il met en avant la facilité de la tromperie. Certes, même si Gladwyn doit jongler avec ses téléphones, son emploi du temps et son comportement, son métier, la confiance de Brythe et la sagesse de Lara facilitent sa double vie.
«  le désir était une véritable plaie. Il dépouillait les journées de leur calme et de leur cohérence. »
Mais cette traduction française, Mentir n’est pas trahir, illustre ce que Gladwyn nous laisse percevoir. Cet homme aime profondément sa femme et tient à son foyer mais il désire aussi Lara. Peut-on parler d’amour? Certainement. Peut-on aimer deux femmes en même temps? Et dans ce cas, si le mensonge est inéluctable, y-a-t-il trahison?
Avec ce sujet classique de l’adultère dans le milieu de la bourgeoisie anglaise, Angela Huth capte notre intérêt en nous plongeant avec Gladwyn dans le cercle vicieux du mensonge. L’auteur nous fait vivre les doutes, les peurs, les regrets et les passions de cet homme qui passe du confort peut-être un peu ennuyeux d’une vie aisée, heureuse et bien réglée aux affres de la duplicité.
Angela Huth maintient un juste équilibre entre les épisodes vaudevillesques, l’analyse des sentiments, le suspense pour nous ferrer par cette intrigue qui pourra surprendre par son dénouement.

Un ton et une construction réussis qui m’ont fait oublier les côtés un peu trop lisses d’une Blythe perchée sur son nuage d’épouse parfaite, d’une Laura esseulée prête à croire le premier homme potable et d’un Gladwyn qui profite au mieux de la situation.

J’ai lu ce titre dans le cadre du mois anglais pour une lecture commune dédiée à Angela Huth.

moisanglais New Pal 2016 orsec2016

L’homme qui ment – Marc Lavoine

lavoineTitre : L’homme qui ment
Auteur : Marc Lavoine
Éditeur : Fayard
Nombre de pages : 192
Date de parution : 14 janvier 2015

Auteur :
Artiste bien connu du grand public, Marc Lavoine est auteur compositeur interprète et comédien. Il a signé un premier livre chez Fayard, Toi et moi, on s’appelle par nos prénoms, une anthologie d’une revue écrite par un collectif de jeunes autistes. L’Homme qui ment marque son entrée en littérature.

Présentation de l’éditeur :
Communiste et charmeur, cégétiste et volage : tel était Lulu, mon père. Menteur aussi, un peu, beaucoup, passionnément, pour couvrir ses frasques, mais aussi pour rendre la vie plus belle et inattendue.
Lulu avait toujours une grève à organiser ou des affiches à placarder. La nuit venue, il nous embrigadait, ma mère, mon frère et moi, et nous l’aurions suivi au bout du monde en trimballant nos seaux de colle et nos pinceaux. Il nous faisait partager ses rêves, nous étions unis, nous étions heureux.
Évidemment, un jour, les lendemains qui chantent se sont réduits à l’achat d’une nouvelle voiture, et Che Guevara a fini imprimé sur un tee-shirt.
Le clan allait-il survivre à l’érosion de son idéal et aux aventures amoureuses que Lulu avait de plus en plus de mal à cacher ? Collègues, voisines, amies ; brunes, blondes, rousses : ses goûts étaient éclectiques. Lulu était très ouvert d’esprit.
Sans nous en rendre compte, nous avions dansé sur un volcan. L’éruption était inévitable.

Mon avis :
J’ai longuement hésité avant de lire ce roman. Toutes ces célébrités qui ont besoin de se confier par la plume pour faire leur thérapie ne m’inspirent pas. Heureusement pour eux , la curiosité du public remplace avantageusement l’attrait de la qualité littéraire. N’y voyez pas une critique puisque je viens de céder à cette curiosité mal placée. Ce n’est pas que j’avais envie de connaître des détails croustillants d’une vie intime mais plutôt que je voulais lire comment se débrouillait un compositeur qui, je dois dire aime dans ses chansons jouer avec le mots.
Je regrette d’être tombée dans la thérapie personnelle qui n’a d’intérêt que pour l’auteur. J’aurais aimé y trouver davantage de nostalgie d’une époque qui est aussi la mienne mais à part quelques effets de la seconde guerre et de la guerre d’Algérie sur la carrière et le moral du père de Marc Lavoine, et le plaisir familial des vacances lors des congés payés avec les premières voitures, je n’ai pas vraiment senti l’influence de l’environnement sur ce « drame familial ».
 » Tu es revenu vivant, mais quelque chose en toi était mort, resté là-bas avec tes camarades, tes compatriotes dont pour certains tu n’aimais pas les idées, et les Algériens, ces ennemis dont tu pensais qu’ils avaient raison de se battre pour leur liberté et pour qui tu éprouvais des sentiments fraternels. »
N’en reste pas moins la vie d’une famille de la banlieue parisienne des années 60 à 80 avec un couple à la dérive. Il faut dire que Lulu ( Lucien Lavoine, père de Marc) est un phénomène. Intelligent, il aurait fait médecine si la guerre n’avait brisé son ambition, il se retrouve ouvrier aux PTT et militant communiste. Bon, ce n’est pas une tare. Mais « il milite » surtout dans l’adultère et l’alcool.
 » on n’en finit pas de s’en jeter un derrière la cravate…l’alcool qui faisait pourtant de nous, peuple de travailleurs, des gens meilleurs peut-être, quand il nous unifiait dans un rêve qui ne durait que le temps des pastis et du rouge. »
Et si Michou, bien que dépressive, ne se rend pas vraiment compte des frasques de son mari, les enfants, Francis et Marc, sont souvent les témoins des écarts de conduite du père, soit en actes ou en paroles.
 » La vie de Lulu devenait trop étroite et surtout trop chargée, comme ces barques qui finissent par se retourner avant de sombrer. »
Marc, déjà rejeté à la naissance parce que sa mère souhaitait une fille, va vivre avec le poids d’un père fanfaron qui se vante de ses exploits sans se soucier de la peine qu’il cause. Et pourtant, blessés par le personnage, Marc et sa mère gardent un amour profond pour cet homme.
 » elle t’aimait comme nous, en toute connaissance du spécimen que tu étais. »

Ce texte met en évidence le naturel, la sincérité et la réserve du chanteur. Je n’y ai pas retrouvé le jeu des mots du compositeur parce qu’il s’agit ici davantage d’une confession. Le langage est parfois argotique, symbole des banlieues des années 70 ( les meules, les bagnoles). Je sais maintenant que l’on ne s’improvise pas écrivain mais ce n’était sûrement pas l’objectif du chanteur.  » Sauf que… » de nombreux fans auront plaisir à en savoir davantage sur la jeunesse de l’artiste, sur  » les toiles brûlées » du frère, « les illusions perdues » de la mère « et les ambitions brisées de Lulu« , ce père « phénomène » qui marque irrémédiablement une enfance.

A réserver aux curieux et aux fans.

 

La maison atlantique – Philippe Besson

bessonTitre : La maison atlantique
Auteur : Philippe Besson
Éditeur : Julliard
Nombre de pages : 234
Date de parution : janvier 2014

Auteur :
Depuis Son frère, publié en 2001 et adapté dans la foulée par le réalisateur Patrice Chéreau, Philippe Besson, auteur entre autres de L’Arrière-saison et de Une bonne raison de se tuer, est devenu un des auteurs incontournables de sa génération. Il a par ailleurs écrit le scénario de Mourir d’aimer (2009), interprété par Muriel Robin, de La Mauvaise rencontre (2010) avec Jeanne Moreau, ou de Nos retrouvailles (2012) avec Fanny Ardant.

Présentation de l’éditeur:
« J’ai souvent repensé à la mise en place du piège qui allait se refermer sur nous. À cet étrange ballet à quatre, dans lequel parfois s’immisçait un étranger. À ces va-et-vient d’une maison à l’autre, du jardin à la chambre, de la fraîcheur de la véranda à la chaleur de la plage ; ces déplacements infimes que nous accomplissions et qui tissaient à leur manière une toile ou nous allions nous empêtrer. À cette langueur de juillet, lorsqu’on succombe à la paresse et que le désir s’insinue. À ces abandons progressifs : de la morale, du discernement, du sens commun.
Nous aurions pu facilement tout empêcher mais aucun d’entre nous n’a pris la décision d’arrêter la machine folle. Aucun d’entre nous n’y a songé. »

Mon avis :
Dès le départ, le ton est donné. C’est un orphelin qui prend la parole. Sa mère est morte quand il avait seize ans et il a perdu son père à dix huit ans.
Dix huit ans, l’année du bac où il se voit contraint de passer ses vacances avec son père dans une maison familiale, héritage de la mère au bord de l’Atlantique. Même si il préférait partir avec ses copains dans le Sud, il accepte cette volonté de retrouvailles d’un père qui n’a jamais été présent. Grand avocat, égoïste, ambitieux, il a rendu sa femme malheureuse par ses infidélités et le jeune homme le tient responsable de la mort de sa mère. Conflit de génération et rancœur d’enfance, l’ambiance estivale risque d’être électrique.
Et c’est par cette jeune vacancière, Cécile qui loue la maison voisine avec son mari Raphaël que le scandale arrive. Une belle jeune femme qui s’ennuie un peu dans une vie de couple monotone, un prédateur à l’affût de chair fraîche, l’adultère est inévitable. Face à cette nouvelle incartade qui remet en mémoire toute l’hypocrisie du père et la souffrance de la mère, le jeune garçon tente de trouver un peu de chaleur dans des amours de vacances. Mais la mèche est allumée et l’explosion est imminente.
J’ai souvent regretté chez cet auteur une langueur insupportable de ses personnages, un fondu doucereux trop appuyé. Pour une fois, il me semble que cela convient bien à ce jeune garçon et à l’ambiance de cette maison atlantique. Période et lieu de vacances propice à la légèreté et aux amours passagères et surtout nonchalance, fragilité mais aussi rébellion d’un caractère adolescent.
Des le départ, l’ambiance est donnée et cette période de vacances sera cruciale.
 » Depuis j’ai appris à aimer ce moment où les cuirasses tombent, où les fragilités se dévoilent, où les destins bifurquent. »
Pourtant, en nous dévoilant l’issue fatale dès le début du récit, l’auteur nous prive d’une partie du drame. Il ne nous reste qu’à apprécier l’évolution prévisible des personnages au cours de cet été meurtrier.

Je remercie La Nouvelle Librairie d’Orléans pour le prêt de ce livre.

rentrée 14 bac2014

 

De là, on voit la mer – Philippe Besson

bessonTitre : De là, on voit la mer
Auteur : Philippe Besson
Éditeur : Julliard
Nombre de pages : 204
Date de parution : 3 janvier 2013

Auteur :
Depuis Son frère, publié en 2001 et adapté dans la foulée par le réalisateur Patrice Chéreau, Philippe Besson, auteur entre autres de L’Arrière-saison et de Une bonne raison de se tuer, est devenu un des auteurs incontournables de sa génération. Il a par ailleurs écrit le scénario de Mourir d’aimer (2009), interprété par Muriel Robin, de La Mauvaise rencontre (2010) avec Jeanne Moreau, ou de Nos retrouvailles (2012) avec Fanny Ardant.

Présentation de l’éditeur :
Une villa en Italie, le soleil trop fort, des ferries qui font la traversée vers les îles, une romancière qui peine à finir un livre, un jeune officier de l’Académie navale, un accident de voiture à des centaines de kilomètres, l’enchaînement des circonstances, la réalité qui rejoint la fiction, la fin d’un amour, le commencement d’un autre peut-être.
Dans ce roman plus personnel qu’il n’y paraît, l’auteur de L’Arrière-Saison dresse le portrait d’une femme puissante et de deux hommes fragiles, en proie à des hésitations sentimentales.

Mon avis :
 » A quoi reconnaît-on qu’on est amoureux? A la morsure du manque? Au besoin d’être avec l’autre, plus souvent que le temps imparti? A la pensée qui vagabonde? Au seul fait qu’on se pose la question? »
Louise est une écrivain reconnue.  » L’écriture prend toute la place » . François, son mari depuis dix ans, a bien dû l’accepter. D’ailleurs, il est prêt à tout pour la garder. Il accepte ses silences, ses fuites, son refus de maternité.
Louise croit en l’instant, aux petites choses de la vie qui font basculer le quotidien. Elle se projette dans ses livres ou ses livres sont le pressentiment de son futur. Lorsqu’en Italie où elle s’est exilée pour écrire, elle rencontre Luca, le fils de la gouvernante, elle voit en lui le jeune homme que rencontre cette veuve en devenir qui est l’héroïne de son roman. Elle succombe à sa jeunesse, il pourrait être son fils.
«  il y a des moments dans une existence où on demande la vérité alors qu’on présume qu’elle va nous heurter. Des situations dans lesquelles on renonce au confort de l’ignorance, aux vapeurs anesthésiantes de l’incertitude et où on prend le risque du réel, de la dureté du réel. »
Louise doit choisir entre l’ habitude rassurante d’un couple qui ne parle plus que du temps et la fougue de la jeunesse. Entre un jeune homme qui craint encore le jugement de sa mère et un cinquantenaire blessé qui porte « si haut l’art du compromis« .
Les personnages sont suffisamment complexes pour être intéressants. Louise, en femme égoïste, déterminée et implacable laisse entrevoir des doutes. François paraît un être faible, résigné devant sa femme et fait pourtant preuve de force voire de folie pour retrouver l’amour de sa vie. Luca a la liberté, la franchise de la jeunesse mais il grandit vite en assumant ses actes.
Le roman commence dans la douceur caniculaire de l’Italie et le style possède cette langueur qui me laisse un peu en retrait. Ensuite, la conversation décisive entre François et Louise est constituée de phrases très brèves, classiques, franches qui alternent avec une analyse presque grammaticale de ces quelques mots. Le déséquilibre et la fragilité de Louise ma paraissent ensuite plus touchants mais dans l’ensemble je suis tout de même restée en marge de cette passion d’une femme quarantenaire « sans hésitation« .
 » Louise songe qu’elle écrit des livres sur la fragilité, le désir, le vacillement, et finalement l’équilibre. »

J’avais déjà un avis assez neutre sur Un instant d’abandon et La trahison de Thomas Spencer. Question de style.
J’ai lu ce roman en tant que juré du prixocéans.

La conversation amoureuse – Alice Ferney

ferney1Titre : La conversation amoureuse
Auteur : Alice Ferney
Éditeur : Actes Sud Babel
Nombre de pages : 480
Date de parution : août 2000, Babel janvier 2003, Collector Babel novembre 2013

Auteur :
Alice Ferney  est un écrivain français né en 1961 à Paris. Ses thèmes principaux sont la féminité, la différence des sexes, la maternité et le sentiment amoureux.

Présentation de l’éditeur :
A travers le bruissement d’une conversation amoureuse qui les résume toutes, Alice Ferney livre un homme et une femme à la magie des mots, à leur adultère séduction et au dangereux bonheur du secret qu’ils s’inventent.

Mon avis :
Lorsque mon article sur Cherchez la femme d’Alice Ferney est paru, beaucoup m’ont conseillé la lecture de La conversation amoureuse. Récemment, Livraddict en proposait une nouvelle édition Babel ( Actes Sud) superbe à la couverture en velours gris en partenariat de lecture. Je ne pouvais pas rater cette belle occasion.
Qu’est-ce que l’Amour ? Vaste question. Peut-on encore aimer après plusieurs années de couple ou le sentiment se délite-t-il? Peut-on toujours aimer ce que l’on a au quotidien ou aime-t-on davantage l’inaccessible ?
Huit couples, connaissances communes d’un club de tennis, nous montrent les différentes variations de la vie à deux. Divorces, femmes oisives, femmes stériles, maris volages, célibataire meurtrie ou couple aimant. Mais  c’est essentiellement la rencontre de Gilles marié avec Blanche, en instance de divorce et de Pauline mariée avec Marc qui va créer cette conversation amoureuse.
Pauline est heureuse dans son couple, son mari est tendre et compréhensif. Elle l’aime mais elle ne peut résister à la « voix d’alcôve » de Gilles et surtout au plaisir d’être admirée. Enceinte de quatre mois, elle a peut-être besoin de se sentir encore une femme désirée.
Observation, réserve, séduction, doute, tout le charme d’une première rencontre parfaitement restituée par l’auteur.
En « tragédienne qui se fait des mondes« , la belle et jeune Pauline tombe amoureuse de Gilles ou plutôt de ce regard qu’il porte sur elle. Elle s’accroche à cet amour désespéré ou plutôt cette amitié amoureuse. Aimer jusqu’au renoncement, aimer comme on aime un enfant qu’on accepte de voir partir.
Peu d’actions mais énormément de pensées, de mots échangés ou tus, de complicités ou duplicités notamment entre les femmes des différents couples.
Le style d’Alice Ferney est superbe, suscitant la volupté et la sensualité mais sa façon de disséquer les sentiments ne plaira pas à tout le monde.
«  Bien sûr rien d’autre ne se produit ce jour-là, que cette capture silencieuse d’un homme dans une femme et d’une femme dans un regard. Il n’advint rien, que ce silence plein de choses sues, d’évidences indéfiniment jouées, ce langage d’éclairs, d’eau et de lumière que parlent les yeux, le sabir du désir qui n’a de mystère que celui des choses tues, un faux mystère, puisque nous n’avons pas besoin de mots pour reconnaître une attraction. »
C’est une très belle réflexion sur le couple, l’amour et le désir qui me laisse tout de même sur une impression de désenchantement. Il n’y a pas d’amour heureux.
 » La cohabitation dans un espace clos d’un homme et d’une femme relève du miracle. »
 » L’horloge des femmes et celle des hommes dans l’amour n’ont pas les mêmes aiguilles. »
Une remarque de l’auteur sur le roman de Tolstoï, Anna Karénine (  » Croyez vous que Vronski aimait Anna Karénine?« ) me rappelle que je m’étais promis de lire ce roman après avoir vu l’excellent film de Joe Wright. Une autre belle réflexion sur l’amour.
Je remercie livraddict_logo_middle et les Éditions Actes Sud pour ce très beau livre.

 

Moment d’un couple – Nelly Allard

allardTitre : Moment d’un couple
Auteur : Nelly Allard
Éditeur : Gallimard
Nombre de pages : 384
Date de parution : 29 août 2013

Auteur :
Nelly Alard vit à Paris. Elle est également comédienne et scénariste. Son premier roman, Le crieur de nuit (collection Blanche, 2010, Folio n° 5300) a reçu le prix Roger Nimier 2010, ainsi que le Prix National Lions de Littérature 2011 et le Prix de soutien à la création littéraire de la Fondation Simone et Cino Del Duca.

Présentation de l’éditeur :
Juliette, ingénieur dans l’informatique, et Olivier, journaliste, ont deux enfants et une vie de couple moderne. Lorsque Olivier avoue à sa femme avoir une liaison, l’univers de Juliette vacille.
Comment survivre à la trahison? C’est à cette question que ce roman, écrit au scalpel, sans concession mais non sans humour, entend répondre. Rien n’y échappe, ni les risques de la vie à deux et les glissements du désir ni les contradictions d’un certain féminisme et la difficulté d’être un homme aujourd’hui.

Mon avis :
A une époque où le divorce est banalisé, où les familles recomposées sont un nouveau mode de vie, peut-on encore se battre pour sauver un couple.
Comment sortir d’une telle trahison, d’une histoire d’adultère qui ne représentait autrefois pour Juliette que  » le drame bourgeois ou le vaudeville poussiéreux. »  Cette fois, il est résolument moderne avec les facilités de joindre en permanence les intéressés par tous les moyens de communication de notre époque.
Juliette, en manque d’affection dans son enfance, s’est jeté dans l’amour dès sa sortie du pensionnat de jeunes filles. Quelques histoires malheureuses l’ont confrontée au viol, à l’avortement mais elle en parle curieusement avec beaucoup de détachement. Puis, elle rencontre Olivier, le perd et le retrouve. Ils se marient et ont deux enfants.
Un soir de printemps, alors qu’Olivier devait rejoindre Juliette au cinéma, il l’appelle et lui annonce qu’il a une relation avec une fille depuis trois semaines.
 » c’était la fin des rêves, de la jeunesse, de l’idéal. »
Une phrase malheureuse de Juliette ( « je ne suis pas sûre de vouloir vieillir avec toi« ), une érosion des sentiments, une occasion trop facile, qu’est-ce qui a poussé Olivier à avoir cette aventure. Et pourquoi l’avouer à sa femme? Très vite, il renonce à partir en voyage avec sa maîtresse mais pas vraiment à lui parler, à la voir.
Commence pour Juliette une période de doute. Olivier l’a -t-il jamais aimée ? Depuis quand lui ment-il? A chaque retard, chaque absence, chaque appel où il ne répond pas, chaque mouvement d’humeur, c’est l’angoisse, le doute. Pourra-t-elle jamais lui faire confiance?
Mais, l’humiliation, la peur de perdre ses enfants vont pousser Juliette à se battre.
 » Elle pense à la guerre comme à la guerre mais c’est une façon de parler ce combat-là n’a rien d’humain c’est la lutte de deux femelles, une curée, un carnage, elle le sent bien que V. Veut la déchiqueter, la mettre en pièces – je voudrais qu’elle soit morte- et elle-même franchement en a autant à son service la nature intrinsèquement pacifique de la femme laissez-moi rire, des femelles avant tout et quand elles ont des petits, c’est pire, quand elles ont des petits, c’est là qu’elles deviennent dangereuses, c’est là qu’elles ont la rage, c’est là qu’elles peuvent tuer. »

 » Elle se dit à nouveau pour la millième fois qu’il s’en aille, après tout. Mais impossible d’imaginer le triomphe de l’Autre, impossible surtout de l’imaginer embrasser Johann et Emma. »

Dialogues, reconquête des corps, acceptation. Elle qui ne voulait rien savoir de son adversaire, va très vite se retrouver au courant des moindres détails, ceux qu’elle cherche ou ceux qu’Olivier lui confie. Juliette a besoin de savoir parce qu’elle ne supporte plus le mensonge mais la vérité est cruelle. Des mots que l’on aimerait entendre et qui sont destinés à une autre.
« Quelle est la durée de vie implicite du mot je t’aime? »
Olivier ne semble avoir aucun regret, il paraît même flatté d’être l’objet du désir de ces deux femmes superbes.
Devant la folie obsessionnelle de sa maîtresse et l’amour de sa femme, Olivier voudrait revenir vers Juliette mais ne veut pas blesser sa maîtresse. Alors, il dit tout ou presque à sa femme, chaque sms, chaque appel téléphonique, chaque rencontre. La vie à trois devient un enfer.  Comme dans le roman de Simone de Beauvoir, La femme rompue, c’est  » l’histoire d’une mise à mort, la descente aux enfers d’une femme abandonnée. »
L’auteur, dans un style moderne ( l’omission de ponctuation est parfois déstabilisante), dissèque les moments cruels de cette histoire d’adultère qui dégénère au harcèlement. Les sentiments de Juliette ont cette vérité qui ne peut venir que d’une histoire vécue. Nelly Allard m’a emmenée dans cette spirale infernale comme dans un roman noir qui présage une issue fatale. Analyse et suspense ont su me séduire.
Personnellement, je n’aurais pas choisi cette fin, mais malheureusement je crois en cette phrase.
 » la désidéalisation de l’amour est un grand pas vers le bonheur. »

RL2013 plume 13 auteurs