Persepolis – Marjane Satrapi

satrapiTitre : Persepolis, tome 1
Auteur : Marjane Satrapi
Éditeur : L’Association
Nombre de pages : 76
Date de parution : novembre 2000

Auteur :
Marjane Satrapi (en persan : مرجان ساتراپی, Marjāne Sātrāpi) (née le 22 novembre 1969 à Rasht, Iran) est une auteur de bande dessinée (scénariste et dessinatrice), peintre et réalisatrice française d’origine iranienne et d’expression francophone.

Présentation de l’éditeur :
Toute petite, Marjane voulait être prophète. Elle se disait qu’elle pourrait ainsi soigner le mal de genoux de sa grand-mère. En 1979, l’année de ses dix ans et de la révolution iranienne, elle a un peu oublié Dieu. Elle s’est mise à manifester dans le jardin de ses parents en criant « à bas le roi ! ». Là, elle s’imaginait plutôt en Che Guevara. Il faut dire qu’à l’époque, son livre préféré s’appelait Le Matérialisme dialectique. Marjane trouvait d’ailleurs que Marx et Dieu se ressemblaient. Marx était juste un peu plus frisé, voilà tout. Après, la vie a continué, mais en beaucoup moins drôle. La révolution s’est un peu emballée. Et la guerre contre l’Irak est arrivée…
Dans Persepolis, Marjane Satrapi raconte son enfance sur fond d’histoire de son pays, l’Iran. C’est un récit drôle et triste à la fois, parfois cocasse, souvent touchant. Mais toujours passionnant. C’est aussi un petit événement : il s’agit de la toute première bande dessinée iranienne de l’Histoire… –Gilbert Jacques

Mon avis :
Pour ce challenge Destination, j’ai choisi de lire cette bande dessinée autobiographique de Marjane Satrapi.

Le récit commence par une synthèse historique depuis l’envahissement de la Perse par les Arabes qui instaure l’islam en ce pays ( le chiisme).
Le pays connaîtra 2500 ans de soumission arabe, mongole puis impérialiste.
Dans ce premier tome, Marjane a huit ans et elle découvre avec des yeux d’enfants la position politique de ses parents plutôt progressistes qui manifestent activement contre le régime en place. Au départ, elle veut devenir prophète et croit fermement ce qu’on lui enseigne à l’école comme le choix du Chah par Dieu. Ses parents tentent de lui expliquer petit à petit l’histoire du pays. Le père de son papi était le dernier empereur d’Iran. Le grand père de Marji, premier ministre du Chah devint communiste.
Ce premier tome de Persepolis décrit l’ambiance du pays à la veille de la révolution islamique. L’auteur montre les dangereuses manifestations, les arrestations des révolutionnaires ennemis de la République. Elle explique aussi les interventions de l’occident pour la richesse pétrolière du pays, les différences de classe sociales avec le personnage de Mehri, une jeune illettrée de la campagne.
 » tant qu’il y aura du pétrole au Moyen Orient, on ne connaîtra pas la paix. »
Cette bande dessinée est une manière plutôt ludique d’expliquer l’histoire du pays à des occidentaux. Seulement, le regard d’une enfant de huit ans teinte le récit d’une simplicité parfois déconcertante vis à vis du tragique de l’histoire ( regards vis à vis de la torture par exemple).
Les dessins réalisés en noir et blanc sont assez sommaires, laissant ainsi toute la place au texte. Mais il ajoute encore une touche de simplicité, voire de désinvolture qui me gêne par rapport au sujet.
Persepolis est découpé en quatre tomes. Le second volet est centré sur la mise en place de la République islamiste, le troisième est l’adolescence de Marjane en exil en Europe et le dernier tome se consacre au retour à Téhéran après la guerre contre l’Irak.
Même si je n’ai pas vraiment accroché à la forme et au style, je lirai les trois autres tomes pour l’intérêt de l’histoire et la vision d’une iranienne sur son pays.

Persepolis a été adapté au cinéma et a reçu le Prix du Jury au Festival de Cannes 2007.

Retrouvez les lectures iraniennes des participants au challenge sur le blog de Voyages et Vagabondages.

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Les grand-mères – Doris Lessing

lessingTitre : Les grand-mères
Auteur : Doris Lessing
Littérature anglaise
Traducteur : Isabelle D. Philippe
Éditeur : Flammarion
Nombre de pages : 140
Date de parution : 2005

Auteur :
Doris Lessing est née en Perse en 1919 et a vécu une grande partie de son enfance au Zimbabwe. Devenue célèbre dès son premier livre, Vaincue par la brousse (1950), elle est aussitôt apparue comme un écrivain engagé aux idées libérales.

Présentation de l’éditeur :
Pendant un été au bord de la mer, Lil et Roz, deux femmes mûres et encore belles, sont amies depuis toujours. Mais l’affection qu’elles se portent s’est doublée peu à peu d’un amour très fort de chacune pour le fils de l’autre, marié et père de famille… Un roman sur les amours scandaleuses, qui prend la défense de la liberté d’aimer contre le poids des conventions sociales.

Mon avis :

Tout commence par la vision idyllique d’une belle famille en bord de mer.

Les pères, Tom et Ian, deux hommes séduisants d’une quarantaine d’années, les grand-mères « , Roz et Lil, assez belles pour que personne n’eût songé à les juger vieilles » et deux petites filles  » dont les cris de joie faisaient écho au tapage des goélands. »
Lorsque Mary, la femme de Tom survient un paquet de lettres en main, troublée et furieuse, le scandale éclate.
Retour en arrière sur la vie des deux grand-mères. Roz et Lil sont amies depuis l’enfance, elles ont pratiquement été élevées comme des soeurs jumelles. Double mariage, un fils chacune, elles décident de vivre ensemble lorsque Lil perd son mari et que Roz divorce.
Tom et Ian sont élevés par les deux femmes. Proximité maladive, dépendance affective, Roz et Lil sont inséparables et font passer leur amitié avant toute autre chose.
Doris Lessing aime les sujets sulfureux, les amours qui choquent un peu la bonne société.
Mais si l’ambiance peut sembler malsaine, l’auteur parvient à semer le doute, la compréhension. Certes, les grand-mères sont égoïstes et possessives mais elles ont aussi une certaine fragilité, une émotion touchante.
En tant que femme, Doris Lessing pointe aussi du doigt les incohérences sexistes. Pourquoi le mariage d’Harold, l’ex mari de Roz, avec une petite jeunette de vingt cinq ans ne choque-t-il personne?

Ce court roman qui ne peut que nous questionner sur le sentiment amoureux et la morale, est la base du film d’Anne Fontaine, Perfect mothers sorti sur les écrans en 2013.

J’ai lu ce roman en commun avec Kimysmile.

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A la grâce des hommes – Hannah Kent

kentTitre : A la grâce des hommes
Auteur : Hannah Kent
Littérature australienne
Traducteur : Karine Reignier
Éditeur : Presses de la cité
Nombre de pages : 400
Date de parution : mai 2014

Auteur :
Hannah Kent vit en Australie où elle est cofondatrice et rédactrice en chef adjointe d’une revue littéraire. Elle donne également des cours d’écriture et d’anglais à l’Université de Flinders, où elle achève en parallèle son doctorat. A la grâce des hommes est son premier roman.

Présentation de l’éditeur :
Agnes Magnúsdóttir, servante dans l’Islande austère et violente du XIXe siècle, est condamnée à mort pour l’assassinat de son amant et placée dans une ferme reculée en attendant son exécution. Horrifiés à l’idée d’héberger une meurtrière, le fermier, sa femme et leurs deux filles évitent tout contact avec Agnes, qui leur inspire autant de peur que de dégoût. Seul Tóti, le révérend chargé de préparer la jeune femme à sa fin prochaine, tente de la comprendre. Au fil des mois, Agnes raconte sa vérité, aussi terrible soit-elle à accepter. Mais la justice des hommes est en marche, et pourquoi Agnes réapprendrait-elle à vivre si c’est pour mourir ?
Inspiré d’une histoire vraie, A la grâce des hommes est un roman sur la vérité, celle que nous pensons connaître et celle à laquelle nous voulons croire. Avec ce premier roman à l’atmosphère lyrique et ample, Hannah Kent s’impose d’ores et déjà comme l’un des grands écrivains de sa génération.

Mon avis :
«  Les gens prétendent vous connaître sous prétexte qu’ils savent ce que vous avez fait, mais ont-ils pris la peine d’écouter ce que vous avez à dire ? »

Basé sur des faits réels, Hannah Kent nous raconte l’histoire d’ Agnès Magnusdottir, la dernière personne àêtre exécutée en Islande. Elle était accusée d’avoir participé avec Fridrik Sigurdsson et Sigridur Gudmundsdottir aux meurtres de Natan Ketilsson et de Petur Jonsson en 1828.
Après décision du roi du Danemark qui fait la justice en Islande, Agnes est envoyée dans la ferme de l’officier de police, Jon Jonsson afin d’y attendre sa prochaine décapitation. Là, en compagnie des gens de cette famille et du sous révérend Thorvandur Jonsson dit Totie, elle va réapprendre à vivre normalement en participant aux travaux de la ferme, se confier à Totie et nous évoquer ses sentiments et ses souvenirs.
Dans cette Islande au climat rude, où  » les gens ne vous laissent pas oublier vos fautes« , où les gens de maison doivent rester à leur place, Agnès, enfant abandonnée par sa mère va servir de ferme en ferme jusqu’à être engagée par Natan, cet homme étrange dont elle tombe amoureuse.
 » Dès lors, comment pourrais-je décrire l’instant où j’ai compris que je venais de trouver ce que je désirais ardemment sans le savoir ? Mon esprit en a perdu la trace. Seul demeure le souvenir de ce désir. Un désir si vif, si apte à me pousser vers les ténèbres qu’il m’a terrifiée. »
Hannah Kent nous décrit une Agnes, beaucoup plus nuancée que les souvenirs historiques. Elle est ici un personnage qui parvient à émouvoir son confesseur Totie, ses « geôliers » et bien évidemment le lecteur. Sa condition et son intelligence m’ont fait penser à l’héroïne du roman de Tracy Chevalier, La jeune fille à la perle.
L’auteur parvient ainsi à me captiver sur plusieurs registres : l’intensité des personnages, la technique de narration alternée, le contexte d’un pays et d’une époque ( qui m’a rappelé le roman de Dominic Cooper, Nuage de cendres), l’intérêt croissant pour cette histoire qui se dévoile petit à petit et cette évolution progressive des relations entre les personnages.

J’ai donc passé un très beau moment de lecture avec ce premier roman d’Hannah Kent en pensant à des héroïnes comme Corrag ( Un bûcher sous la neige de Susan Fletcher) ou Griet ( La jeune fille à la perle de Tracy Chevalier)

Ce roman sera adapté au cinéma en 2016 par le réalisateur Gary Ross ( Hunger Games) avec Jennifer Lawrence dans le rôle d’Agnès.

Je remercie babelio et les Éditions Presses de la Cité pour l’attribution de ce livre dans le cadre d’une opération Masse Critique spéciale.

 

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Wakolda – Lucia Puenzo

PuenzoTitre : Wakolda
Auteur : Lucia Puenzo
Littérature argentine
Traducteur : Anne Plantagenet
Éditeur : Stock
Nombre de pages : 232
Date de parution : 15 mai 2013

Auteur :
Lucía Puenzo est née à Buenos Aires en 1976. Elle est écrivain et réalisatrice. Elle a écrit L’enfant poisson, son premier roman, lorsqu’elle avait 23 ans. Son premier long métrage, XXY, a remporté le grand prix de la Semaine Internationale de la Critique à Cannes en 2007, ainsi qu’un Goya du meilleur fi lm étranger, parmi d’autres récompenses. En 2009, elle adapte L’enfant poisson au cinéma, puis Wakolda en 2013.

Présentation de l’éditeur :
En 1959, sur une route désolée en Patagonie, un médecin allemand pas comme les autres croise une famille argentine ordinaire et lui propose de faire route ensemble, afin d’être moins isolés. Ce médecin n’est autre que Josef Menguele. Très vite, il est fasciné par l’un des enfants, une jeune fille qui porte le doux nom de Lilith et qui est bien trop petite pour son âge. La fascination semble réciproque : elle ne peut quitter des yeux cet homme si cultivé et sophistiqué. Alors, quand il s’installe finalement dans la pension fraîchement ouverte par sa famille d’accueil, tout s’accélère. Surtout lorsque la mère de famille accouche de deux fragiles petites jumelles qu’il faut soigner. Traqué par des agents israéliens, il continue pourtant à vivre tranquillement, allant même jusqu’à investir dans le projet d’usine de poupées du père. Des poupées parfaites. Aryennes.
Contrairement à Wakolda.
Wakolda, quatrième roman de Lucía Puenzo, nous entraîne au coeur d’une société argentine infiltrée par l’émigration nazie. En immergeant la figure énigmatique de Menguele dans la vie quotidienne, Lucía Puenzo s’appuie sur les détails les moins visibles de sa personnalité pour faire ressortir avec une grande subtilité l’horreur de sa pensée profonde. Un roman captivant qui entraîne le lecteur sur les routes de la mémoire.

Mon avis :
Wakolda est une poupée mapuche étrange que Lilith, jeune fille de douze ans troque contre sa belle poupée de porcelaine, symbole de pureté et de perfection, alors qu’elle et sa famille ont trouvé refuge par une nuit d’orage chez une famille ouvrière métisse.
Enzo et Eva quittent Buenos Aires avec leurs trois enfants pour reprendre la pension de famille familiale à Bariloche. Josef les accompagne, il préfère fuir la capitale pour se perdre au sein de cette communauté nazie de Bariloche. Car il n’est autre que Josef Mengele, bourreau nazi menant des expériences humaines sur la pureté de la race.
Sa retraite a deux objectifs, se cacher du Mossad qui après l’arrestation d’Eichmann se focalisera sur lui  et suivre la jeune Lilith, spécimen blond de petite taille, parfait cobaye pour tester les hormones de croissance et sa mère Eva d’origine allemande enceinte de plusieurs mois.
L’art de ce roman est de toujours nous laisser dans l’ambivalence des sentiments. Le lecteur connaît le passé de Josef mais Il reste mystérieux pour cette famille argentine. Lilith, lassée des moqueries de ses camarades sur son physique, fait confiance à ce médecin si aimable. Homme habile et patient, il sait comment gagner la confiance des autres. Puis parfois, l’homme civil laisse sourdre pendant quelques instants sa vraie personnalité, et il redevient  » l’assassin le plus sadique de tous les temps. » C’est ce qui crée tout le suspense du récit.
En prenant pour cadre l’Argentine, terre de métissage où eut lieu aussi l’extermination des mapuches, et repère des tyrans nazis, Lucia Puenzo insère une fiction au cœur de la réalité de l’exil de Mengele. Cette rencontre avec la jeune Lilith, symbole de la naïveté de la jeunesse et des difficultés de l’adolescence, dévoile le côté malsain et froid du bourreau nazi obnubilé par ses expériences pour la purification de la race.
Dans cet esprit de trouble fascination et de crainte des pires atrocités, la lecture devient captivante.
L’auteur, également réalisatrice a tourné l’adaptation cinématographique de ce roman, Le médecin de famille, sorti en salle en novembre 2013. Le DVD sort le 4 mars 2014.

Je remercie Philisine Cave pour la lecture de ce livre voyageur. Retrouvez les avis des précédents lecteurs : PhilisineZazy