Par les écrans du monde – Fanny Taillandier

Titre : Par les écrans du monde
Auteur : Fanny Taillandier
Éditeur : Seuil
Nombre de pages : 252
Date de parution : 16 août 2018

Onze septembre 2001, dans le monde entier, des personnes de tous âges sortent de leur quotidien pour se retrouver prostrées face à des images spectaculaires qui tournent en boucle sur les écrans.

La veille, un vieil homme, atteint d’un cancer, annonce sa mort par téléphone  à son fils et sa fille.

Le fils, William Johnson, vétéran de l’armée, travaille désormais à l’aéroport de Boston au sein de la police aéroportuaire. Il est interprétateur d’images. Il sait qu’une erreur d’interprétation peut conduire au drame, il l’a vécu  lors de l’opération Restore Hope à Mogadiscio. Après un grand stress post-traumatique, il pensait se reconstruire en quittant les scènes de guerre et en travaillant à l’aéroport de Boston. Il va revivre les horreurs du passé devant « ce ratage par aveuglement général. »

Lucy, sa sœur, est directrice du développement du bureau Risk Management d’une compagnie d’assurance. Son métier est de prévoir les risques. Ce matin-là, elle doit présenter son projet dans un bureau des tours jumelles. 

«  Lucy recevait le réel, le convertissait en chiffres, puis calculait l’avenir. »

Elle se retrouve ensevelie sous les décombres de son lieu de travail. Désormais, il faudra aussi prendre en compte la part du chaos dans les prévisions.

William et Lucy convoquent le passé pour mieux faire face à l’horreur mais ils savent que cette fois, il y a « trop de bugs pour un seul évènement. »

En parallèle, nous suivons la vie de Mohammed Atta. De ses frustrations enfantines au moment où il va diriger le Boeing qu’il pilote sur le World Trade Center.

Fanny Taillandier compose entre fiction romanesque et analyse. Sa réflexion m’est apparue trop abstraite quand elle touche à la technique ( par exemple avec la loi des mondes multiples) mais intéressante quand elle se rapporte à l’humain ( par exemple les différentes aliénations suivant la culture).

Son axe de travail sur la gestion des risques, la surveillance des écrans rappelle que certaines catastrophes pourraient être évitées si les éléments perçus à postériori avaient été pris en compte au bon moment. 

«  Une bonne partie du problème vient du fait qu’on croit tous à l’individu. »

Si j’ai senti quelques flottements en cours de lecture, le sujet et la façon de l’aborder sont particulièrement intéressants. J’ai particulièrement aimé l’originalité du début et le rythme final entrelaçant les deux récits. 

Netherland – Joseph O’Neill

o'neillTitre : Netherland
Auteur : Joseph O’Neill
Littérature irlandaise
Traducteur : Anne Vicke
Éditeur : Éditions de l’Olivier
Nombre de pages : 304
Date de parution : 27 août 2009

Auteur :
Joseph O’Neill est né en 1964 à Cork, en Irlande. Ancien avocat au barreau de Londres, il vit dorénavant à New York. Dès sa sortie en 2008, Netherland est entré dans la liste des best-sellers, porté par une critique unanime. Troisième roman de Joseph O’Neill (le premier publié en France), le livre a reçu le Pen/Faulkner Award.

Présentation de l’éditeur :
Hans et Rachel vivent à New York avec leur jeune fils lorsque surviennent les attentats du 11-Septembre. Quelques jours plus tard, ils se séparent, et Hans se retrouve seul, perdu dans
Manhattan, où il ne se sent plus chez lui. Il fait la connaissance de Chuck, un homme d’affaires survolté qui rêve de lancer le cricket à New York. Sur des terrains de fortune, Hans tente d’échapper à la mélancolie. Le charisme de Chuck draine une foule de joueurs du dimanche, tous venus d’ailleurs – de Trinidad, de Guyane ou de plus loin encore –, tous persuadés que l’Amérique reste le pays des possibles.
Alors que le monde entier ne croit plus en rien, eux continuent d’espérer. Au milieu de ces exilés, Hans retrouve un second souffle. Mais qui est Chuck ? Il faudra des années avant que le mystère qui entoure sa véritable identité finisse par se dissiper.

Mon avis :
 » Ce très beau livre, souvent comparé à Gatsby le Magnifique, est à la fois une parabole sur la fin du rêve américain et un roman d’amour aux résonances poignantes »
C’est cette phrase de la quatrième de couverture qui m’a incitée à lire ce roman.
Certes, le narrateur, Hans van de Broeck, est un personnage désabusé, droit, paumé comme Nick Carraway. Et, il rencontre à Manhattan, Chuck, personnage mystérieux, solaire, dynamique pouvant faire penser à Gatsby. L’action se passe à une période troublée de l’Amérique puisque nous sommes au lendemain des attentats du 11 septembre. Mais, Rachel, la femme de Hans n’a pas le charisme de Daisy et le roman d’amour peine à livrer ses résonances poignantes. La dispersion sur l’histoire du cricket, sur les souvenirs hollandais, thèmes fondateurs du roman m’ont souvent déconcentrée, perturbant ainsi le rythme du roman.
Hans, né en Hollande, vit à Londres avec Rachel lorsqu’il apprend la mort violente de Chuck Ramkissoon. Il avait rencontré cet exilé de Trinidad en août 2002 alors qu’il travaillait comme analyse financier aux États-Unis. Seul au Chelsea Hotel, puisque Rachel, sa femme était repartie en Angleterre, apeurée à la suite des attentats et hostile à la politique guerrière de Bush, Hans se lie d’amitié avec Chuck passionné comme lui de cricket. Cet « oiseau rare », initiateur de jeux clandestins, négociant avec des gourous milliardaires, des coptes, des hommes d’affaires indiens ou russes, rêve de construire un grand terrain de cricket, le Bad Eagle Field.
Par admiration, besoin de chaleur humaine ou désœuvrement, Hans s’investit dans les affaires de Chuck sans trop chercher à comprendre leurs natures.
«  Tu n’as jamais vraiment voulu le connaître, me fait-elle remarquer en mordillant son céleri. Tu étais content de t’amuser avec lui, c’es tout. C’était la même chose avec l’Amérique. Tu es comme un enfant. Tu ne regardes pas sous la surface. »
Et je crois que c’est cette personnalité de Hans qui a dilué toutes mes émotions à la lecture de ce roman.
L’histoire de Chuck, la dissension au sein du couple de Rachel et Hans liée initialement à la divergence d’opinion sur la politique des Etats-Unis, la figure de la mère de Hans, les naufragés du Chelsea Hotel, même l’historique sur le cricket ou les aberrations administratives américaines sont passionnants. Mais le flegme de Hans nivelle tous ces pics d’intérêt, ma lecture me laisse alors un goût de frustration et d’ennui.
Netherland n’a pas le charme, la mélancolie, la tension dramatique de l’incomparable roman de Fitzgerald.

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Extrêmement fort, incroyablement près – Jonathan Safran Foer

foerTitre : Extrêmement fort et incroyablement près
Auteur : Jonathan Safran Foer
Editeur : Points 2
Nombre de pages  : 737
Date de parution : 2006 aux Editions de l’Olivier
Date de parution en Points 2 : avril 2011

Présentation de l’Editeur :
Oskar Schell est inventeur, entomologiste, épistolier, francophile, pacifiste, consultant en informatique, végétalien, origamiste, percussionniste, astronome, collectionneur de pierres semi-précieuses, de papillons morts de mort naturelle, de cactées miniatures et de souvenirs des Beatles. Il a neuf ans. Un an après la mort de son père dans les attentats du 11 septembre, Oskar trouve une clé. Persuadé qu’elle résoudra le mystère de la disparition de son père, il part à la recherche de la serrure qui lui correspond. Sa quête le mènera aux quatre coins de New York, à la rencontre d’inconnus qui lui révéleront l’histoire de sa famille. Après le choc de Tout est illuminé, cet étonnant objet littéraire et typographique explore à nouveau, mais sur un autre registre, les chemins d’une mémoire à jamais perdue. Quand tout a été oublié, il ne reste plus qu’à inventer.

Mon avis :
Devant l’émotion, la perplexité, la déception mais jamais l’indifférence que provoque le livre de Jonathan Safran Foer parmi les lecteurs, j’ai acheté Extrêmement fort  et incroyablement près en version Point2. Je voulais  le lire avant la sortie au cinéma de son adaptation  cinématographique.
J’ai hâte de voir comment le réalisateur  s’en est sorti car il me semble que l’histoire de chasse au trésor est secondaire et que tout l’attrait de ce livre tient à son style et à sa construction.
Si ce film est un succès, l’aura et l’émotion du jeune Oskar en seront pour quelque chose. Le réalisateur ne peut que  jouer sur les relations entre les personnages qui sont souvent très fortes et émouvantes. Il doit s’appuyer sur la tendresse des personnes âgées comme la grand-mère, le vieux Monsieur Black ou le
grand-père. Ce sont des points forts du roman.
Mais, tout au long du livre, le lecteur est « dans la tête et le cœur » de ce petit garçon intelligent et attachant.  La construction mêle deux histoires relatives à la perte d’ êtres chers, à la difficulté de faire son deuil sans connaître ou voir le corps de l’être perdu. Ce sont des histoires d’amours  interrompus, intelligemment racontées par bribes mais avec beaucoup d’émotions. L’auteur entretient le mystère et décuple notre intérêt en nous perdant dans le temps, en faisant intervenir plusieurs narrateurs, en faisant des retours arrière, en nous donnant des indices visuels.
Toute la magie vient de cette construction, de cette maîtrise du récit et de cette façon originale de mixer l’écrit et le visuel.
Alors, comment traduire cet art littéraire à l’écran, je suis curieuse de vérifier cela.