Bilan du mois de juin et Programme de juillet

En fait le feu d’artifice pour moi, c’était plutôt en juin avec 14 livres lus dont cinq de la prochaine rentrée littéraire dans le cadre du Jury pour le Prix du Roman Fnac et un roman pour l’opération « je lis,je participe » des Éditions de l’Iconoclaste.

Jury et lectures communes sont de très belles motivations et de formidables occasions de découvrir ou choisir des livres.

Voici donc mes 8 lectures de romans parus (je ne parle pas encore maintenant de mes lectures de la future rentrée littéraire):

Les articles qui vous ont le plus attirés en juin sont :

1 – La rentrée littéraire 2017
2- Dans une coque de noix de Ian McEwan
3 – La vie rêvée de Virginia Fly de Angela Huth
4 – Le monde des hommes de Praomedya Ananta Toer
5 – Coyote de Colin Winnette

En juillet, je vais essayer d’alterner une lecture de ma bibliothèque et une lecture de la rentrée littéraire. Il y aura tout d’abord ma Lecture commune de juillet (Purity de Jonathan Franzen) et peut-être une seconde ( Marx et la  poupée de Maryam Madjidi)…

 

puis    et des découvertes!

Bonnes vacances aux juillettistes.

Dans une coque de noix – Ian McEwan

Titre : Dans une coque de noix
Auteur : Ian McEwan
Littérature anglaise
Titre original: Nutshell
Traducteur : France Camus Pichon
Éditeur : Gallimard
Nombre de pages : 212
Date de parution : 13 avril 2017

 

Dans son dernier roman, Ian McEwan nous questionnait, par l’intermédiaire d’une juge aux affaires familiales sur l’intérêt de l’enfant lors des bouleversements du couple . Avec Dans une coque de noix, celui-ci est complètement ignoré des parents.
Le narrateur, fœtus dans le ventre de sa mère, en est d’ailleurs fort contrarié. A quelques semaines de l’accouchement, le fœtus se retrouve en plein complot digne du chef d’œuvre de Shakespeare, Hamlet.

Sa mère, Trudy a quitté son père, John Cairncross, un grand gaillard, poète en mal de reconnaissance, pour vivre avec Claude, le frère de John, un promoteur immobilier au discours fade et ennuyeux. Vous l’avez compris, in utero, l’enfant voue une admiration à son père et déteste cet amant qui représente tout de même un quart de son génome.
D’autant plus que ce dernier envisage de tuer John afin de pouvoir vendre la propriété familiale et abandonner l’enfant à naître avec la complicité de Trudy.
Le fœtus a une grande maturité ( Amélie Nothomb serait ravie de constater qu’elle n’est pas seule à considérer le fœtus avec la conscience et l’intelligence d’un adulte). Bien sûr, il entend toutes les conversations mais il ressent aussi les émotions de sa mère traduites et propagées dans son corps. Il profite aussi de cet éveil au monde grâce aux émissions radiophoniques qu’écoute Trudy. Drôle de monde avec ses conflits mondiaux, cette crise existentielle européenne, le changement climatique, le terrorisme. Tableau bien pessimiste alors que l’humanité n’a jamais été aussi riche!
Un complot familial, un monde pessimiste, faut-il donc naître?
«  Avoir une conscience est un cadeau empoisonné ».

Heureusement, protégé dans le ventre de sa mère, le fœtus perçoit aussi les bonnes choses de la vie et notamment la dégustation d’un bon vin ( sa mère lui permet de devenir un grand œnologue!), les extraits de poésie et même les plaisirs sexuels, quoique sentir le pénis de son oncle à quelques millimètres de son crâne est toutefois dérangeant.

Avec cet exercice assez singulier, Ian McEwan propose un récit qui ne manque pas d’humour. Transformant ce complot macabre de tentative d’assassinat du père en une farce qui hésite entre la tragédie et la comédie.
C’est un peu ce qui m’a gênée dans cette lecture. Je suis partie confiante, envoûtée par le style chaleureux de l’auteur, l’originalité du choix du narrateur, la conscience éveillée de ce fœtus qui a une grande lucidité sur son environnement proche et une analyse certes basique mais éclairée sur le monde actuel. Comment ne pas être charmée par ces descriptions voluptueuses de dégustation d’un Romanée-Conti ou amusée par les figures des ébats sexuels des amants?

Puis cette histoire de meurtre tourne un peu en rond, avec la valse des désirs et des regrets qui a toutefois le mérite de dévoiler les véritables caractères des personnages mais toujours avec cette légèreté de ton qui me séduit moins que la puissance de la tragédie.

Alors, comme d’habitude, l’écriture est superbe, l’exercice est original mais cela ne sera pas pour moi le meilleur de McEwan. Enfin celui que je préfère même si je n’ai pas boudé cette lecture.

Lu dans le cadre de la lecture commune sur l’auteur pour le Mois anglais.

New York Escapades littéraires

Titre : New York Escapades littéraires
Éditeur : Robert Laffont
Nombre de pages : 160
Date de parution : 11 mai 2017

 

Je ne pourrais jamais visiter toutes les capitales ni lire tous les livres. Mais quand je peux allier ma passion de la lecture à la découverte d’un pays, d’une ville, d’une culture, je voyage sans risque.
Et quoi de mieux pour sentir, comprendre une ville que de la découvrir avec des extraits des plus grands écrivains.
C’est ce que propose Pavillons Poche avec cette série Escapades littéraires.
Du XIXe au XXIe siècle, Edgar Allan Poe, Walt Whitman, Francis Scott Fitzgerald, Arthur Miller, Richard Yates, Ira Levin, Erica Jong, Tom Wolfe, Saul Bellow, Michael Chabon, Colm Toibin, Elliot Perlman nous emmènent sur l’île de Mannahatta ( Manhattan), Broadway, Brooklyn, la cinquième avenue, Long island, Central Park, Harlem, le Bronx sur toutes les périodes clés des États-Unis.

Je ne sais pas si ce recueil me donne envie de visiter New York parce qu’il s’agit d’un autre temps et des périodes peu engageantes du pays mais sans nul doute il donne à comprendre la diversité du pays, sa mouvance, sa multiculturalité.
«  Aucune vie humaine ne se déroule sans déception et souffrance. »

Par contre, il permet sans aucun doute de découvrir et d’apprécier des univers d’auteurs, des styles d’écriture, des regards personnels qui personnellement me donnent envie d’en savoir davantage.

Si j’ai lu Fitzgerald, Richard Yates, Tom Wolfe ( mais pas encore Le bûcher des vanités qui me paraît ici primordial), Saul Bellow ( il y a très longtemps), Colm Toibin, j’ai maintenant très envie de découvrir Erica Jong avec Le complexe d’Icare et Arthur Miller avec Une fille quelconque.

«  Je croyais que jouer était devenir une autre personne en plus humain – en fait c’était devenir plus activement soi-même. » Erica Jong

Berlin est paru aussi en mai 2017, Rome et Saint-Petersbourg en mars 2017

 

 

 

Pour celle qui est assise dans le noir à m’attendre – Antonio Lobo Antunes

Titre : Pour celle qui est assise dans le noir à m’attendre
Auteur : Antonio Lobo Antunes
Littérature portugaise
Titre original: Para aquela que está sentada no escuro à minha espera
Traducteur : Dominique Nédellec
Éditeur : Christian Bourgois
Nombre de pages : 460
Date de parution : 4 mai 2017

 

Imaginez-vous dans la tête d’une vieille actrice de soixante-dix huit ans atteinte sans doute de la maladie d’Alzheimer! Pas facile de suivre les méandres de ses pensées!
Antonio Lobo Antunes est parfaitement fidèle à cette voix intérieure qui nous perd, nous déstabilise entre passé et présent.
Elle vit recluse dans une chambre à Lisbonne confiée au neveu de son mari, soignée par un médecin et gardée par une « dame d’un certain âge ». Les brefs dialogues de ces trois personnages viennent interrompre les souvenirs de la vieille dame ce qui ajoute des ruptures dans les récits déjà bien tortueux de la vieille actrice. Et ce, souvent, dans une même phrase car il n’y a pas de point dans le texte comme il n’y a pas de repos dans la tête de cette vieille dame.
« – Restez tranquille ma tante
Le neveu de mon mari au médecin
Et maintenant?
le médecin remplissant une ordonnance avec la limace
Et maintenant espérons que surgisse une infection qui l’emporte
regardant le neveu de mon mari par-dessus ses lunettes, derrière la monture on voyait les pores de sa peau et chacun de ses cils, à mon retour à la maison le petit moteur du chat a bondi du lit pour me parcourir les jambes tandis que la dame d’un certain âge aspirait le tapis
C’est fou ce qu’il peut perdre comme poils cet animal
parce que le temps passait pour lui aussi le pauvre, il avait moins d’appétit, une de ses oreilles desséchée, mon père a posé sa main sur ma nuque et j’ai senti sa peau, j’ai senti l’odeur plus profonde de son corps et un crucifix qui s’est mis à cogner contre la tête de lit et moi
Un de ces jours on ira au Maroc ma grande
et on n’y est jamais allés… »

Un éclair dans son esprit, une image et elle nous raconte ses souvenirs d’enfance à Portinâo, à Faro avec son père pour lequel elle a une profonde affection, sa mère ou Bertie, une fillette voisine. Les images se superposent dans sa tête et nous voilà avec son premier mari ou Monsieur Barata, le directeur du théâtre où elle jouait oubliant déjà ses tirades vers la fin de sa carrière.

Elle entend les désespoirs de son neveu qui regrette d’avoir promis à son mari  de s’occuper d’elle après sa mort et n’ose pas la caser dans une maison comme le souhaiterait sa femme qu’il trompe avec la bonne. Elle est consciente de la déchéance de son corps, de la brutalité parfois de la «  dame d’un certain âge » qui n’hésite pas à s’approprier ses bijoux. Elle aime ce chat qui ronronne, ce coucou qui sonne, imagine et donne vie un lévrier qui n’est qu’un dessin sur un tablier et s’étonne parfois du déplacement des meubles. Mais tout cela ne semble plus l’atteindre. De plus en plus, elle retourne dans le passé auprès des figures aimantes et vives de son enfance et de sa vie d’adulte.

Je n’avais jamais lu ce grand auteur portugais, médecin psychiatre dans les années 70 à 80, l’une des grandes figures de la littérature contemporaine qui a écrit de nombreux romans et reçu plusieurs prix littéraires.
J’ai vraiment peiné à finir cette lecture, complètement déstabilisée par le style. Cette faculté de si bien se glisser dans la tête de son personnage est sûrement une grande performance d’auteur mais quelle difficulté pour le lecteur.

J’ai lu ce roman dans le cadre de Masse Critique et je remercie Babelio et les Éditions Christian Bourgois pour cette lecture.

 

Daddy Love – Joyce Carol Oates

Titre : Daddy Love
Auteur : Joyce Carol Oates
Littérature américaine
Titre original: Daddy Love
Traducteur : Claude Seban
Éditeur : Philippe Rey
Nombre de pages : 272
Date de parution : 7 avril 2016

 

Une fois de plus, Joyce Carol Oates nous entraîne vers le côté le plus sombre de l’âme humaine avec ce personnage de Daddy Love alias Chet Czechi ou Chester Cash, un prédicateur pédophile. De son passé, nous ne saurons que peu de choses. Abandonné à l’âge de douze ans, il se retrouve en prison jusqu’à vingt et un ans pour la mort de son cousin. Depuis, il enlève de jeunes enfants pour en faire des esclaves sexuels jusqu’au début de leur adolescence. Vers douze ans, devenu inutiles, il s’en débarrasse pour repartir avec un jeune garçon.
Le récit commence par l’enlèvement de Robbie Whitcomb, cinq ans, sur le parking d’un centre commercial où sa mère a malheureusement lâché sa main. Cette scène, Dinah, nous la fait revivre plusieurs fois sur les quatre premiers chapitres comme un film qui la hantera et la culpabilisera à tout jamais.

«  Tout chez elle était brisé et tordu, sauf le souvenir acéré de la main de l’enfant arrachée à la sienne. »

Joyce Carol Oates nous épargne les scènes scabreuses de la détention de Robbie mais les allusions sont suffisamment claires pour imaginer le pire. Par contre, elle montre parfaitement comment Daddy Love « dresse » celui qui «  était destiné à être son fils » à coup de punitions bien plus fréquentes que les récompenses et d’endoctrinement sur la mauvaise éducation et l’abandon de ses parents. L’enfant devient rapidement un être soumis, apeuré incapable de rébellion, d’envie de fuite malgré sa liberté d’aller finalement seul à l’école.
C’est souvent le côté pervers des histoires de Joyce Carol Oates, les attitudes des personnages choquent parfois davantage que les évènements. Comment un enfant martyrisé peut-il en arriver à percevoir un sentiment d’amour, une peur d’abandon envers son bourreau?

«  A moins d’avoir vécu l’enfer que Robbie avait vécu, on ne pouvait pas savoir. Et on ne pouvait pas juger. »

Pendant les six années de disparition de Robbie, ses parents, Dinah et Whit vivent les choses différemment mais sont irrémédiablement liés par la mémoire de leur fils comme deux compagnons de douleur. Défigurée, handicapée, Dinah veut garder sa force et son espoir. Whit, plus pessimiste, éprouve à la fois répulsion et tendresse pour sa femme puisant sa force dans son travail, la drogue et les aventures extra-conjugales.
Cette complicité sera primordiale pour tenter de reconstruire la personnalité et l’équilibre de leur fils. Mais peut-on réellement aider un adolescent aussi meurtri? Le dénouement m’a laissée un affreux doute et une réelle perplexité.
Ce roman s’inscrit tout à fait dans l’univers de la prolifique Joyce Carol Oates. Avec une écriture fluide qui décrit à la fois les faits de manière assez clinique et les pensées des personnages, l’auteur nous plonge aisément dans l’atmosphère de son récit suscitant malaise, indignation et questionnement.

Je remercie Ingannmic qui m’a accompagnée pour cette lecture. Retrouvez son avis ici.