Les larmes noires sur la terre – Sandrine Collette

ColletteTitre : Les larmes noires sur la terre
Auteur : Sandrine Collette
Editeur : Denoël
Nombre de pages : 336
Date de parution : 2 février 2017

Quitter son île sans avenir, espérer une vie meilleure en suivant Rodolphe, un français de quarante ans en région parisienne, voilà le rêve de Moe, jeune tahitienne de vingt ans.
Malgré les avertissements de sa grand-mère, la jeune femme est persuadée que l’herbe sera plus verte ailleurs. Elle ne pouvait imaginer que cette décision la ferait tomber de Charybde en Scylla.
Pas de soleil, pas de mer bleue dans cette banlieue parisienne grise et raciste, un homme qui devient violent, une belle-mère exigeante à soigner. Moe enchaîne les petits boulots mal payés pour économiser un billet retour vers son île. Quelques heures d’amusement au bal, Moe se retrouve enceinte.
 » Mais elle avec son petit, ce n’est pas ce monde-là qu’elle veut, tentaculaire et dévorant, où la seule façon de s’en sortir est de se battre bec et ongles pour gagner quoi, pas même un petit morceau de bonheur, juste la hargne pour survivre, boire, manger et mettre de l’essence dans la voiture, un combat stérile et épuisant, trouver une place de misère et la conserver coûte que coûte. »
Sous les conseils de Réjane, la fille d’une vieille dame qu’elle soigne, Moe quitte Rodolphe. Que peut espérer une jeune femme sans qualification flanquée d’un nourrisson. Se faire violer par les patrons pour garder un boulot mal payé. Moe finit à la rue et se fait embarquer par les services sociaux. Pour tomber dans l’enfer de La Casse. Un espace de vieilles carcasses de voiture. « des voitures comme des tombes aux portes ouvertes. » louées à un prix exorbitant au pied d’un barrage.
C’est pourtant là que Moe trouve le plus d’humanité auprès d’Ada, de Poule, de Nini-peau-de-chien, de Jaja de de Marie-Thé. Au fil du récit, chacune lui confiera son passé et les raisons de leur chute dans La Casse.
 » un agrégat de destins rognés, de trajectoires atrophiées, des existences qui auraient pu être belles et que quelque chose, à un moment, a obligées à dérailler. »
Dans cet enfer quotidien, Moe a son enfant, « quelqu’un pour qui se battre« . Elle est prête à tout pour amasser les quinze milles euros réclamés pour sortir du camp.
Dans un style d’une grande richesse qui véhicule les émotions, l’auteur extrapole ce que pourrait être un ghetto où la société tire encore parti des plus démunis. Les parcours de chacune prouvent qu’il suffit d’un écart, souvent d’une enfance brisée, pour se retrouver au ban de la société et qu’il faut alors encore et toujours payer pour espérer s’en sortir.
L’espoir se retrouve dans les yeux d’un enfant, qui pourtant risque dans ce milieu de finir plus proche des bêtes que des hommes, dans un milieu où règne la loi du plus fort. Et dans les sourires, les attentions de ces femmes. Dans le lien entre ces six filles, « qu’une seule bouge, et toutes le ressentent. »
Comme le titre de ce roman le laisse augurer, c’est un roman très sombre où seuls les sourires et les espoirs des six femmes de ce quartier laissent apparaître un brin d’humanité. Où un rocher au chocolat volé est le seul plaisir de vies vouées à l’échec. Tant de malheur est peut-être le seul point qui place ce nouveau roman juste en-dessous du génial Il reste la poussière. En maître du roman noir, Sandrine Collette maîtrise son scénario, nous laissant dans l’expectative jusqu’au dénouement, que personnellement je n’attendais pas et regrette un peu.

En tout cas, Sandrine Collette confirme son talent. En commençant cette lecture, j’ai pensé à Toni Morrison. Belle référence, n’est-ce pas?

Ne t’approche pas – Luana Lewis

LewisTitre : Ne t’approche pas
Auteur : Luana Lewis
Littérature anglaise
Titre original : Don’t stand so close
Traducteur : Perrine Chambon et Arnaud Baignot
Éditeur : Denoël
Nombre de pages : 320
Date de parution : 18 février 2016

Stella, psychologue trentenaire, vit recluse à Hilltop, vaste demeure de son mari, le Docteur Max Fisher, patron de la clinique psychiatrique de Grove Road.

 » Hilltop était son royaume, son château et sa prison. »

Alors que son mari est absent pour deux jours, quelqu’un sonne à sa porte en cette soirée où les routes sont coupées par les abondantes chutes de neige.
Entre la peur et la conscience qu’une personne puisse être en danger, Stella hésite à ouvrir. Blue Cunningham,  » mélange improbable d’adolescente boudeuse et de séductrice » se tient derrière la porte et souhaite absolument voir Max.
Le récit de cette rencontre à Hilltop se croise avec d’une part l’enquête deux ans plus tôt de Stella sur le comportement de Lawrence Simpson, père violent qui réclame la garde de sa fille contre sa femme alcoolique et des séances entre un psychiatre et une jeune patiente nymphomane.

Luana Lewis nous trouble en permanence avec les comportements de ses personnages. Vraie folie ou dépendance aux médicaments, fantasmes ou scènes réelles, protection ou manipulation, Stella est-elle schizophrène comme sa mère ?
 » Je prends des tas de médicaments. Ils m’aident à tenir. Ils ont arrêté les flash-back et les cauchemars. »
Qui ment, qui protège, qui manipule?
Au fil des trois récits, les liens se font, les faits expliquent l’agoraphobie de Stella mais l’ambiance reste en permanence tendue.

Luana Lewis est psychologue clinicienne ce qui lui donne une réelle légitimité dans la vraisemblance de ce scénario. Et ce premier roman est une belle réussite.

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Il reste la poussière – Sandrine Collette

colletteTitre : Il reste la poussière
Auteur : Sandrine Collette
Éditeur : Denoël
Nombre de pages :
Date de parution : 25 janvier 2016

Même lorsque j’aime énormément l’univers d’un auteur, j’apprécie qu’il sache parfois en sortir quitte à me décevoir. Sandrine Collette avait frappé fort avec son premier roman Des nœuds d’acier. Les chroniques furent ensuite unanimes pour les romans suivants, beaucoup de satisfaction mais le regret de ne pas atteindre la puissance du premier. Six fourmis blanches me laissait un goût de « déjà lu » dans Un vent de cendres.
Avec Il reste la poussière, Sandrine Collette reste dans le roman noir mais construit une histoire familiale sombre avec moins de suspense et davantage de profondeur et de sobriété. Elle peaufine ici son ambiance, nous plonge dans la rudesse d’une estancia en Patagonie pour finalement mieux en faire ressortir les petits éclats d’humanité.
La mère ( elle ne sera jamais appelée autrement), issue d’une famille pauvre reste seule avec ses quatre garçons dans l’estancia de son mari depuis qu’il en est mystérieusement disparu. Elle est une des rares à continuer l’élevage des vaches, chevaux et moutons alors que tant d’autres, sous le joug des céréaliers et des gros exploitants ne conservent que quelques moutons pour la laine.
Dans ce coin de l’Argentine «  tout est sauvage et animal »
Rafael, le plus petit des fils, tremble devant les deux jumeaux, Mauro et Joaquim qui le maltraitent sous l’œil indifférent de la mère. Son seul refuge est auprès de son cheval, des chiens et des moutons. Il ne peut compter sur Steban, son autre frère un peu idiot, qui, lui aussi subit son lot de violences.

«  Déjà dans sa tête, il était inscrit qu’il n’échapperait jamais à ces traques terrifiantes. »
La mère profite de la force utile des jumeaux, surtout de Mauro, et part souvent en ville se saouler et perdre son argent au poker. Jusqu’au jour où elle perdra un de ses fils au jeu.
Sandrine Collette pousse l’inhumanité de la mère, la violence des jumeaux à son paroxysme enfermant le lecteur dans un huis-clos infernal. Mais elle sait aussi montrer le lien de ces jeunes garçons pour cette femme qui leur apporte gîte et couvert, qui les prend en charge ne leur laissant pourtant que les heures de travail.
 » Qu’ils l’adorent ou la haïssent, selon les jours et les humeurs, la mère est la femme sacrée.Ils en découlent, eux qui en ont bu le lait, nourrissons crieurs et minuscules dont elle a fait des hommes. »Son autorité les révolte et les soumet; ils savent que, sans elle,  l’estancia serait un immense terrain vague, et eux des enfants sauvages ne valant pas mieux que ces renards errants à l’affût de petits rongeurs. »
En sortir apporterait-il le calme, la liberté ou la solitude et le vide ?
Joaquim perdu au jeu en fera l’expérience ainsi que Rafael contraint de partir dans la steppe rechercher de chevaux enfuis par sa faute.
C’est pour moi le plus grand intérêt du livre, cette dualité entre haine et attachement.
Et surtout dans toute cette noirceur, Rafael devient touchant par son attachement au monde animal, son humanité, sa volonté de toujours reconstruire, de privilégier l’amour à l’argent. Une petite perle dans un monde de brutes.

Sandrine Collette signe ici un récit dans le style Nature Writing, une légère évolution dans sa maîtrise du roman noir. Ses fans pourront peut-être regretter une certaine lenteur, un enfermement dans cet immense espace sauvage mais ce livre confirme que Sandrine Collette peut encore et toujours nous surprendre.

L’avis de Tiben, de MicMelo

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La dame de pierre – Xavier-Marie Bonnot

bonnotTitre : La dame de pierre
Auteur : Xavier-Marie Bonnot
Éditeur : Belfond
Nombre de pages : 448
Date de parution : 1er octobre 2015

Auteur :
Xavier-Marie Bonnot est né en 1962 et vit à Paris.
Écrivain et réalisateur de films documentaires, c’est avec son premier roman, La Première empreinte (L’Ecailler du sud, 2002), qu’il remporte le prix Rompol et le prix des Marseillais. Le Pays oublié du temps (Actes Sud, 2011) et Premier homme (Actes Sud, 2013) ont respectivement été récompensés par le prix Plume de cristal ainsi que par le prix Lion noir.
Désormais traduit dans le monde entier, c’est chez Belfond que Xavier-Marie Bonnot a choisi de publier son septième roman, La Dame de pierre

Présentation de l’éditeur :
Tous les secrets finissent par ressortir… même ceux qu’on croyait enfouis à jamais au coeur des montagnes…
De la famille Verdier, il ne reste plus qu’eux, Pierre et Claire, le frère et la soeur. Lui, a repris la ferme familiale, dans la vallée de Saint-Vincent, auprès de leur montagne. Elle, vit à Paris. De l’existence de sa soeur, il ne sait rien, ou si peu de choses. Simplement qu’elle lui rendra toujours visite, immanquablement, deux fois l’an, dans cette maison de famille où rien n’a changé.
Mais cette fois-là, c’est différent. Claire a des cauchemars. Toutes les nuits, elle a peur pour une certaine Vicky, et prétend qu’elle-même sera bientôt morte. Pour Pierre, l’homme de la terre, les secrets et les névroses de sa soeur ne sont que des faiblesses.
Un matin d’hiver pourtant, Claire part et ne revient pas. Lorsqu’on retrouve son corps sans vie, étrangement vêtu, c’est Pierre qui est désigné comme le coupable.
Pierre est seul à présent. Lui, le taciturne qui vit reclus depuis le drame qui a brisé sa carrière d’alpiniste, aurait-il pu commettre l’irréparable ? Tant il est vrai que dans la famille Verdier les mystères et les secrets sont légions. Et qui est cette Vicky dont personne dans l’entourage de Claire ne semble connaître l’existence ? Pierre comprendra bien tard qu’elle était le secret le mieux caché de sa sœur…

Mon avis :
La montagne est un lieu particulièrement propice aux situations fermées et angoissantes. Les montagnards sont souvent des taiseux, rudes et habitués aux rigueurs de la nature. Et dans ce charmant village alpin de Saint Vincent, les familles sont toutes plus ou moins liées, les problèmes de consanguinité pourraient même être responsables de certaines folies.
Pierre Verdier, ancien guide de montagne exceptionnel se retrouve après un drame personnel un paysan passant son temps seul entre sa bergerie avec Capitaine, son chien patou et ses deux vieux voisins enfermés dans leur habitat crasseux.
Lorsque sa sœur, Claire vient passer quelques jours dans la maison familiale, Pierre est ravi d’avoir un peu de compagnie. Mais Claire, chercheuse en biologie à Paris semble perturbée. Cauchemars, rôdeurs, empreintes dans la neige, que se passe-t-il dans ce coin de montagne habituellement tranquille?
C’est lors de l’enquête sur la mort de Claire, retrouvée pendue au plan des Aiguilles que les passés de Pierre et de Claire se dévoilent. Orgueilleux et meurtri, Pierre ne parle jamais de ce qui s’était passé en montagne avec sa fiancée.
 » Au fond, il a toujours bravé le danger parce qu’il avait le mal de vivre. L’ivresse de l’extrême était une came bien plus dangereuse que celle que l’on se fout dans les veines. »
Claire craint aussi de révéler son homosexualité et le fait qui l’a peut-être poussée vers Vicky, cette Aphrodite grecque qui aujourd’hui la hante.
 »  » Penchants », « orientation » les mots sont pauvres. Personne ne parle d’amour«  »
Les mondes du frère et de la sœur sont tellement différents. En fait, ils ne savent rien l’un de l’autre.
Xavier-Marie Bonnot utilise parfaitement ce milieu montagnard, superbe massif des Ecrins, avec son côté naturel, rude et maléfique pour construire son scénario avec un style particulièrement simple et fluide. La psychologie des personnages principaux est bien cernée en balayant les causes et analysant les réactions aux différentes situations. Même si je relève quelques longueurs, surtout dans l’évocation des vacances de Claire et Vicky et quelques sentiments un peu trop niais, notamment chez l’adjudant Portal et la juge Ingrid Montaz, La dame de pierre est une lecture agréable.
Je n’utiliserai toutefois pas les qualificatifs de Karine Giebel présents sur le bandeau publicitaire (  » Puissant, profondément humain, magnifiquement écrit….Un grand roman. »)

RL2015

Zone de non-droit – Alex Berg

BergTitre : Zone de non-droit
Auteur : Alex Berg
Littérature allemande
Titre original : Machtlos
Traducteur : Justine Coquel
Éditeur : Actes Sud
Nombre de pages : 352
Date de parution : janvier 2013, septembre 2014 en Babel noir

Auteur :
Alex Berg est le pseudonyme de Stefanie Baumm. Née en 1963 à Pforzheim, elle est d’abord journaliste avant de devenir écrivain. Dès son premier thriller, Zone de non-droit, elle crée le personnage d’une jeune et brillante avocate, Valerie Weymann, que ses contacts professionnels et personnels avec le Moyen-Orient vont précipiter dans le monde des services secrets allemands, de la CIA et du terrorisme international.

Présentation de l’éditeur :
Ça peut nous arriver chaque jour, partout. Il suffit d’un malheureux hasard. Comme de se trouver sur une photo avec une amie iranienne alors qu’une bombe terroriste vient d’exploser. C’est l’histoire terrifiante de Valérie Weymann, une avocate de Hambourg qui, alors qu’elle prend un avion pour Londres, est arrêtée à l’aéroport et voit sa vie de femme accomplie basculer dans l’horreur.

Mon avis :
Le hasard fait parfois mal les choses. Quand j’ai commencé cette lecture, l’écœurement devant le contexte a failli me faire renoncer. Sans l’engagement de rédiger un avis sur ce roman sous un mois pour Babelio, je serais passée à autre chose.
On commence fort avec cette citation de Benjamin Franklin
 » Ceux qui sont prêts à abandonner une liberté essentielle pour obtenir temporairement un peu de sécurité ne méritent ni la liberté ni la sécurité. »
Nous sommes à Hambourg, un mois avant le sommet international sur le climat et le désarmement devant réunir de nombreux chefs d’état. Les agents de la CIA et du Service Fédéral de renseignement (BND) allemand sont sur des charbons ardents, prêts à tout pour arrêter les complices présumés du récent attenta de Copenhague.
Valérie Weyman, avocate, se fait arrêter à l’aéroport car elle était présente sur une photo avec Noor al-Almawi, sa meilleure amie, Mahir Barakat et Safwan Abidi, soupçonnés d’être des proches des auteurs de l’attentat.
Elle est interrogée par Burroughs, agent du CIA plein de haine depuis la mort de sa famille le 11 septembre et Eric Mayer, agent du BND.
Lorsqu’une bombe explose dans la gare de Dammtor alors que Safwan Abidi est repéré sur une caméra de surveillance, Valérie Weyman est emmenée sur un site américain en Roumanie, là, où loin de l’État de droit, les interrogatoires peuvent devenir violents.
Le scénario est parfaitement ficelé, tenant le lecteur dans le doute et le suspense.
Chaque personnage a sa part de mystère. Valérie connaissait parfaitement Noor et Safwan mais quelles étaient au juste leurs relations? Que cache Burroughs pour être aussi véhément contre Valérie ? Marc, le mari de Valérie, n’ayant aucune nouvelle de sa femme, parviendra-t-il à lui garder sa confiance et à trouver les bons interlocuteurs pour se faire aider ? Comment expliquer à ses deux petites filles que maman ne sera pas là pour les fêtes de fin d’année?
Bien sûr, il y a la violence de l’ambiance du terrorisme particulièrement difficile à supporter en ce moment mais ce roman est particulièrement bien construit avec sa dose de peur, d’incompréhension, de rebondissements. L’analyse psychologique des personnages est parfaite. J’ai ressenti la peur de Valérie, la folie de Burroughs, l’humanité de Mayer, la ténacité de Marc.
Zone de non-droit est un très bon roman noir qui résonne toutefois un peu durement avec l’actualité.
 » Tout le monde espérait que le rapprochement européen avec les USA débouche sur une collaboration avec les USA, pour faire de la Syrie un Etat-clé, et faire du règne d’Assad un intermédiaire avec l’Iran, le Hamas et le Hezbollah. Il fallait trouver une ligne commune contre l’extrémisme islamique. »
 » Ce qu’il y a de bien dans la vie, c’est qu’elle continue sans se soucier de toutes les horreurs qui nous entourent, et qu’elle nous pousse à continuer. Et rien que le simple fait d’avancer guérit les blessures. »
C’est un peu plus facile à dire qu’à vivre.

Je remercie Babelio, la SNCF et Actes Sud pour cette lecture dans le cadre du partenariat pour le Prix SNCF du Polar 2016.

 

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Le pacte des menteurs – Rebecca Whitney

WhitneyTitre : Le pacte des menteurs
Auteur : Rebecca Whitney
Littérature anglaise
Traducteur : Nordine Haddad
Titre original : The liar’s Chair
Éditeur : Denoël
Nombre de pages : 316
Date de parution : 24 Octobre 2015

Auteur :
Rebecca Whitney a étudié l’écriture créative à l’Université du Sussex. Après avoir travaillé pour le cinéma et la télévision, elle dirige désormais une société de production avec son mari, réalisateur. Ils vivent à Brighton avec leurs deux enfants. Le pacte des menteurs est son premier roman.

Présentation de l’éditeur :
Rachel et David sont l’image même du jeune couple heureux et comblé. Une belle maison à Brighton, une société de production florissante… Jusqu’à cette nuit où Rachel, au volant de sa voiture, cause la mort d’un homme. Un pacte terrible va alors lier les époux à jamais, et les apparences si bien préservées commencent à se fissurer. David et Rachel tentent de reprendre le cours normal de leur existence, mais Rachel, rongée par la culpabilité, se laisse happer par une spirale autodestructrice qui attise les obsessions les plus sombres de David, manipulateur et possessif, et fait remonter en elle des souvenirs d’enfance longtemps refoulés. Rachel parviendra-t-elle à affronter son douloureux passé et à trouver l’absolution pour son crime?
À travers le portrait d’une femme prisonnière d’un mariage toxique, Rebecca Whitney nous montre que, bien souvent, notre part d’ombre n’est en fait qu’un écran de fumée destiné à dissimuler une vérité à laquelle on cherche à échapper…

Mon avis :
David et Rachel se sont rencontrés sur les bancs d’ une fac des Midlands. David, à la décontraction étasunienne a tout de suite séduit jeune fille un peu facile qu’était Rachel.
Aujourd’hui associés à la tête d’une société de production, ils forment un couple moderne, actif et aisé. David trouve son énergie créative dans la drogue, Rachel vit secrètement une aventure avec son dealer.
Lorsque Rachel, encore un peu ivre, percute et tue un clochard dans les bois de Blackthorn Lane en rentrant chez elle, David prend tout en main pour camoufler la culpabilité de sa femme.
Mais, Rachel, femme fragile, est vite rongée par la culpabilité. Pour chercher le pardon, elle enquête sur ce clochard. Le passé de cet homme la rapproche aussi de sa propre enfance en manque de père. Anti-dépresseurs, alcool, remords la plongent dans un spirale sombre où les souvenirs de l’enfance émergent.
David, bien plus attaché à son empire qu’à sa vie de famille, tente de maîtriser les défaillances de sa femme.
 » Je suis un satellite défaillant s’éloignant en vrille du vaisseau mère. Si David n’arrive pas à me ramener, il me désactivera et me désarrimera. »
Très vite, les apparences du couple parfait se brisent, chacun tenant l’autre par des dossiers compromettants.
Rachel se débat entre un passé et un présent qui rappellent toutes les violences de la domination masculine.
Dans ce thriller psychologique, Rebecca Whitney nous perd dans les pensées de Rachel. Persécution, folie, résultat d’une enfance difficile, qui est vraiment Rachel? Est-elle capable d’aimer?
Certains comportements ( notamment celui de Rachel sur les parkings ou l’intervention de Will lors du dénouement), dialogues (surtout ceux de Patty, la mère de Rachel avec sa fille) m’ont semblé assez étranges. L’auteur reste essentiellement dans l’analyse de Rachel, ce qui ne permet de ressentir les événements extérieurs et les autres personnages. En se concentrant sur les racines du mal de Rachel, l’auteur a peut-être manqué de profondeur et d’assurance sur l’ensemble de l’intrigue.
Cela reste toutefois un premier roman assez encourageant, qui a, de plus une couverture très attirante.

 

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La cinquième femme – Henning Mankell

mankellTitre : La cinquième femme
Auteur : Henning Mankell
Littérature suédoise
Titre original : Den femte kwinman
Traducteur : Anna Gibson
Éditeur : Points
Nombre de page : 608
Date de parution : Seuil mars 2000, Points mai 2001

 

 

Auteur :
Henning Mankell, né en février 1948 à Stockholm nous a quitté le 5 octobre 2015 . Romancier et dramaturge suédois, il restera le créateur de  l’inspecteur Kurt Wallander. Mais Henning Mankell a également publié des ouvrages de superbes romans ( Les chaussures italiennes, Profondeurs .. ) et des romans pour la jeunesse ( A l’horizon scintille l’océan …)

Présentation de l’éditeur :
Des meurtres à donner froid dans le dos se succèdent : un homme est retrouvé empalé dans un fossé, un autre ligoté à un arbre et étranglé, un troisième noyé au fond d’un lac. Et si le crime était la vengeance d’une victime contre ses bourreaux ? Dans ce cas, Wallander doit se hâter pour empêcher un autre meurtre tout aussi barbare.
« Ils ont les bras et les jambes arrachés. La puanteur est insoutenable. »
« La Cinquième Femme passionne par la subtilité de son intrigue et de ses personnages, bouleverse par son humanité, dérange par la profondeur de son regard. Du très grand art. » Télérama

Mon avis :
Wallander passe quelques jours à Rome avec son père vieillissant, atteint d’un début d’Alzheimer. C’est un moment privilégié loin des enquêtes du bureau et une occasion unique de parler un peu avec ce père déçu du métier de son fils.
Mais la douceur romaine est éphémère puisque, dès son retour, un vol chez un fleuriste donne le départ d’une série de meurtres sordides. Très vite, l’enquête sur ces assassinats font remonter de vieilles histoires de disparitions de femmes, et met en évidence les anciennes tendances violentes des victimes.
Devant la montée de la violence en Suède, la lenteur des services de police, les citoyens s’organisent pour mettre en place des milices. Est-ce aussi un esprit vengeur qui condamnerait des hommes réputés violents?

Inutile de rappeler que Wallander est un inspecteur humain attachant, les lecteurs d’Henning Mankell le connaissent aussi bien qu’ un membre de leur famille. Ici c’est le père de Wallander qui est au centre de la vie personnelle de l’enquêteur mais nous y retrouvons aussi Linda, la fille ( d’un précédent mariage avec Mona) et de très loin Baiba, sa nouvelle compagne.

Henning Mankell prend le temps d’installer son intrigue et ce n’est que sur la seconde partie que le rythme devient frénétique. En sachant trop de choses sur l’assassin, mon intérêt s’émoussait. Mais c’est en suivant ce qui se passe en temps réel dans la tête de Wallander, en l’écoutant débattre avec sa collègue féminine Ann-Britt, en participant à toutes les pistes de réflexion que je reprends un vif intérêt à l’enquête.

Même si ce n’est pas le meilleur de la série, c’est toujours un plaisir de retrouver l’instinct professionnel et les errements familiaux de Kurt Wallander.
 » Il y a très peu de gens mauvais. moi, du moins, je crois qu’ils sont rares. Mais il y a des circonstances mauvaises. Ce sont elle qui déchaînent toute cette violence. Ce sont elles que nous devons combattre. »

Merci à Cryssilda qui a mis en place cet événement. Vous retrouverez tous les titres lus en hommage à Henning Mankell sur la page Facebook dédiée

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Merci à Cryssilda d’avoir organisé cet hommage à un auteur que nous regretterons tous.