Chacune de ses peurs – Peter Swanson

Titre : Chacune de ses peurs
Auteur : Peter Swanson
Littérature américaine
Titre original : Her every fear
Traducteur : Marie-France de Paloméra
Editeur : Calman Lévy
Nombre de pages : 375
Date de parution : 2017

Kate Priddy a vécu un évènement traumatique avec son dernier petit ami, George Daniels. Lorsque son cousin américain, Corbin Dell lui propose un échange d’appartement, elle quitte Londres pour Boston. Ce sera pour elle l’occasion d’un nouveau départ en suivant un cours de design.
Côté appartement, elle n’y perd pas au change. Corbin a un logement luxueux dans une belle résidence de Boston. Par contre, la tranquillité ne sera pas au rendez-vous. Audrey Marshall, la voisine de Corbin est assassinée le jour même de son arrivée.
Encore fragile, Kate se laisse perturber par des choses étranges mais intrépide, elle ne peut s’empêcher de s’impliquer dans l’enquête.
Pourquoi Corbin dit-il ne pas connaître Audrey alors que Alan Cherney, le voisin d’en face un peu voyeur fut témoin de leur relation?
Malheureusement, l’auteur nous donne très vite toutes les clés de compréhension. Il ne reste qu’à découvrir comment le dénouement va se dérouler. Très peu de suspense avec mobiles dévoilés et personnages assez évidents.
Tout cela dans un style très américain « bas de gamme ». Une lecture facile mais sans intérêt pour moi.

Lu dans le cadre du Jury du Grand Prix des Lectrices Elle 2018, sélection de janvier

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Asylum – Denis Brillet

Titre : Asylum
Auteur : Denis Brillet
Editeur : Cogito
Nombre de pages: 291
Date de parution : février 2017

Curieuse de découvrir des parutions moins médiatisées, j’avais lu il y a quelques temps un recueil de nouvelles ( Arc atlantique) de Denis Brillet, un enseignant normand passionné de voyage et de littérature. Le Prix Gustave Flaubert 2013 lui a été attribué pour son recueil de nouvelles Lignes de vie. L’auteur avait envie de s’essayer à un autre genre. Inspiré par un film de Fritz Lang, Denis Brillet propose ici un thriller.

Breyan Mordjick, président d’un pays de l’est imaginaire convie une centaine d’écrivains européens au Salon des Littératures contemporaines de Tredjeck. L’homme autoritaire entend montrer son envie d’ouverture à la communauté européenne. Il a même fait construire spécialement pour l’occasion une immense tour de quarante deux étages.
La manifestation festive tourne vite à la catastrophe. Un orage suivi d’un tremblement de terre créent la panique. Une soixantaine d’invités se retrouvent piégés dans les sous-sols. Mordjick les maintient confinés pour assurer leur protection contre les dangers extérieurs. Mais l’homme autoritaire leur impose des règles de vie très strictes, proches de la prison ou même du camp de concentration, pour le bien de la communauté.

«  Soumission à la fatalité ou capacité d’adaptation? »

Ce qui reste plausible quelques jours devient vite invivable pour ce groupe d’écrivains. Au fil des jours, les caractères se dévoilent. Certains se rebellent, d’autres craquent. Les plus faibles trépassent.
Si mon esprit cartésien se débloque parfois en touchant à la poésie ou l’imaginaire, je suis davantage sceptique sur les scènes de romans noirs. J’ai déjà peiné à imaginer la situation de départ mais certaines réactions ne sont pas vraiment dans ma logique de pensée et plusieurs passages me laissent assez dubitatives.

Toutefois, le plan de destruction établi par les geôliers pour briser l’espoir intime et mettre les détenus dans des conditions de dépendance annihilant toute volonté de rébellion est assez bien exposé. Le huis-clos force les personnages à se révéler et interagir.

« Les écrivains ne se distinguent en rien des autres personnes, songeait-il. Tout aussi agités de pensées névrotiques, de souvenirs douloureux, de conflits entamés et jamais résolus. »

Le style est fluide, la construction est travaillée ( incursion dans le passé de certains écrivains, jalons bien posés pour de futurs rebondissements, un dénouement bien amené même si il me me laisse un peu sur ma faim) et l’auteur utilise assez naturellement le ton spécifique du roman noir (un humour et des dialogues assez primaires qui m’agacent souvent dans ce style de littérature).

Les romans noirs sont rarement pour moi des lectures mémorables et je le constate chaque mois avec ma participation au Grand Prix des Lectrices Elle.
Peu d’auteurs osent la diversité des genres. Je salue l’audace de Denis Brillet et le remercie pour cette lecture mais ma préférence se porte sur ses recueils de nouvelles.

En sacrifice à Moloch – Åsa Larsson

Titre : En sacrifice à Moloch
Auteur : Åsa Larsson
Littérature suédoise
Titre original : Till offer åt Molok
Traducteur : Caroline Berg
Editeur : Albin Michel
Nombre de pages : 446
Date de parution : septembre  2017

Le roman commence avec une chasse à l’ours, un animal dangereux qui n’hésite pas à tuer chiens et hommes pour se nourrir. Dans les entrailles de celui-ci, on y trouve justement des morceaux d’os, ceux d’un vieil homme disparu depuis peu.
L’auteur enchaîne avec l’assassinat de Sol-Britt, une femme que l’on traite de putain. Elle avait récemment perdu son fils dans un accident et élevait seule Marcus, son petit-fils de sept ans.
L’enquête aurait dû être confiée à Rebecka Martinsson, substitut du procureur ( personnage récurrent chez Åsa Larsson dont je ne connaissais malheureusement pas le passé qui semble cacher bon nombre d’épreuves personnelles) puisque c’est elle et le policier défiguré, Krister Eriksson qui découvrent le corps de Sol-Britt et retrouvent Marcus, caché dans une cabane.
Mais, l’ambitieux et détestable Von Post profite de la faiblesse passagère de Rebecka pour lui souffler l’enquête.
Cette compétition engage le récit vers une enquête officielle semée de fausses pistes et de ratés regrettables et une recherche officieuse plus intuitive de Rebecka.
Celle-ci est curieuse de comprendre la malédiction qui semble peser sur la famille de Marcus.
D’ailleurs, l’auteur nous plonge en parallèle dans l’histoire de Elina Petterson, une jeune femme qui, en avril 1017 quitte Stockholm pour devenir enseignante dans une compagnie minière de Kiruna. Occasion de découvrir les conditions de vie difficiles dans les exploitations minières et de suivre les désillusions d’une jeune femme intelligente mais aveuglée par son amour pour le patron de la compagnie minière.

Åsa Larsson construit lentement mais remarquablement cette histoire qui laisse un suspense entier et de l’action jusqu’aux dernières pages.

De manière assez classique, Rebecka, personnage récurrent, traîne ses problèmes personnels sans rien lâcher de son enquête. Krister Eriksson, dans son rôle de bête défigurée est un personnage attachant, proche de ses chiens et prêt à tout pour aider le jeune Marcus.
Von Post s’impose comme l’idiot ambitieux ajoutant une touche de légèreté à l’enquête.

En sacrifice à Moloch est un roman noir nordique plutôt classique, au style et à l’univers très suédois. On y retrouve l’état d’esprit très ouvert du pays ce qui peut donner à penser que certains passages sont superficiels ou légers. Mais, Åsa Larsson le spécifie dans ses remerciements «  Dans la région de Tornedalen, on ne mâche pas ses mots. » Très natures, les nordiques. Et cela donne une lecture facile et agréable.

J’ai lu ce roman en tant que jurée du Grand Prix des Lectrices Elle 2018.

Tango fantôme – Tove Alsterdal

Titre : Tango fantôme
Auteur : Tove Alsterdal
Littérature suédoise
Titre original: Låt mig ta din hand
Traducteur : Emmanuel Curtil
Editeur : Le Rouergue
Nombre de pages : 475
Date de parution : 14 septembre 2017

La veille de la nuit de Walpurgis, fête du passage au printemps, Hélène apprend la mort de sa soeur, Charlie.
Les deux soeurs ne se parlaient plus beaucoup. Hélène a fait une croix sur son passé. Un père alcoolique devenu SDF, une mère qui les a abandonnées dans leur tendre enfance. Son mari et ses enfants ne connaissent que Barbro, la mère adoptive d’Hélène et de Charlie.
Mais Charlie, elle, voulait savoir comment la passion avait pu pousser sa mère à tout abandonner.
«  Vous savez donc ce qui arrive à ceux qui regardent derrière eux alors qu’on les a avertis de ne pas le faire. »
Ne croyant pas au suicide de sa soeur, Hélène se retrouve sur les traces de l’enquête de Charlie. Son père, un voisin, une amie de sa soeur la mettent sur la piste d’un voyage en Argentine.

En parallèle, l’auteur raconte la plongée de Claudia, nom d’emprunt de Ing-Marie partie en 1976 de Suède avec son amant, Ramon, dans le Buenos Aires de la junte militaire.

Rythmé, haletant, le roman de Tove Alsterdal nous balade de Suède en Amérique du Sud, de l’époque actuelle à celle de la « guerra sucia », guerre sale, répression menée par la dictature dans les années 70 en Argentine.

D’une mère de famille rangée, l’auteur fera d’Hélène une aventurière qui ose affronter les inconnus des sites de rencontre et les anciens tortionnaires argentins afin de comprendre ce qui hantait sa soeur.
«  La vie d’une personne ne se trouve pas dans ce qu’elle laisse derrière elle mais dans ce qu’elle choisit de cacher. »
Passé et présent, grande Histoire et histoire de famille, se rejoignent autour de la mort de Charlie, faisant exploser la petite vie tranquille d’Hélène.
Aucun temps mort jusqu’à un dénouement inattendu et bien amené.

J’ai lu ce roman dans le cadre du Grand Prix des Lectrices Elle 2018.

La chance du perdant – Christophe Guillaumot

Titre : La chance du perdant
Auteur : Christophe Guillaumot
Éditeur : Liana Levi
Nombre de pages: 360
Date de parution: 5 octobre 2017

Avec Le Kanak, Christophe Guillaumot tient un enquêteur hors norme qui saura fidéliser ses lecteurs.  Inspiré par un collègue wallisien du capitaine de police Guillaumot, le colosse calédonien qui distribue facilement des gifles amicales est un homme direct et attachant.

Pour avoir refusé certaines pratiques aux Stups, Renato Donatelli, dit Le Kanak se retrouve muté à la section des courses et jeux de la Police de Toulouse. Il fait équipe avec un jeune lieutenant, Jérôme Cussac, dit Six, lui aussi mis au placard après un problème à la Brigade criminelle qui lui a valu un doigt.

Après la découverte d’un cadavre dans un bloc de plastique issu du compacteur d’un centre de tri, les enquêtes de routine dans le monde du jeu se corsent rapidement. Comment des addicts au jeu se retrouvent-ils à risquer leur vie dans une épreuve ultime?
Le scénario principal est parfaitement huilé jusqu’au dénouement inattendu qui arrive comme une dernière carte abattue avec suspense sur la table.

Les personnages secondaires se révèlent aussi très intéressants. Notamment, May, cette graffeuse employée au centre de tri des déchets et surtout Grand Mama, ancienne danseuse calédonienne du Moulin Rouge, premier amour du grand-père de Renato.

La faiblesse de ce roman se situe peut-être dans les intrigues secondaires, parfois tapageuses et donc peu crédibles, comme le sort de Juliette ( amie de Jérôme Cussac assassinée en Syrie) ou les confidences de Jean-Pierre ( collègue de May).

Mais l’équilibre entre le suspense, la tendresse ( entre Renato et Grand Mama ou entre May et son chien) et l’humour ( du Kanak ou des stagiaires improbables) font de ce roman une lecture agréable.

J’ai lu ce roman dans le cadre du Jury du Grand Prix des Lectrices Elle.

Inavouable – Zygmunt Miloszewski

Titre : Inavouable
Auteur : Zygmunt Miloszewski
Littérature polonaise
Titre original: Bezcenny
Traducteur : Kamil Barbarski
Éditeur : Fleuve noir
Nombre de pages : 595
Date de parution : 14 septembre 2017

 

Inavouable, est-ce donc ainsi qu’il faudrait qualifier cet énorme secret ( « genre bombe, qui était déjà si important il y a soixante-dix ans, et l’est encore aujourd’hui. ») que l’auteur nous fait miroiter au bout de quatre cent cinquante pages de course poursuite derrière un tableau de Raphaël volé par les nazis à la Pologne? Bon j’avoue qu’il est bien amené et aurait pu faire trembler l’équilibre mondial. Quoiqu’il n’ait rien de bien surprenant. Enfin, il justifie pleinement que bon nombre d’étrangers s’en prennent à l’équipe de quatre personnes mandatée par le Premier Ministre polonais et chargée de retrouver l’œuvre d’art la plus recherchée au monde, Portrait de jeune homme de Raphaël.
Zofia Lorentz travaille dans la récupération d’œuvres d’art pour la Pologne. Elle retrouve pour cette mission son ancien amant, le marchand d’art Karol Boznanski. Leur sont associés un major fraîchement retraité, Anatol Gmitruk et une voleuse suédoise professionnelle, Lisa Tolgfors.

Si le début paraît décousu avec la présentation de faits historiques ou actuels et de nombreux personnages, le rythme est ensuite très soutenu avec la mise en place du vol du tableau aux États-Unis, l’intervention des espions, le repli vers la Suède, la course poursuite sur la glace digne d’un film de James Bond, les techniques d’authentification de tableaux ( plutôt intéressant), l’enquête menée par énigmes, le jeu de piste. Tout y est avec, en prime, les relations amoureuses des enquêteurs, l’humour de première catégorie, le langage mal traduit de la suédoise.

Les amateurs du genre passeront un bon moment de lecture. Quant à moi, je n’y trouve que peu d’intérêt.

J’ai lu ce roman dans le cadre du Grand Prix des Lectrices Elle 2018.

 

 

 

Personne n’a oublié – Stéphanie Exbrayat

Titre : Personne n’a oublié
Auteur : Stéphanie Exbrayat
Éditeur: Terra Nova
Nombre de pages : 272
Date de parution : 1 février 2017

Nous sommes au début des années 60, période où les femmes étaient soumises aux décisions de leur mari. Elles ne pouvaient ni travailler ni ouvrir de compte en banque sans l’autorisation de leur époux. Ce qui, lorsque l’on est marié par nécessité à un homme violent au passé sombre, est une véritable prison.
Colette, enceinte d’un amoureux de jeunesse mort dans un accident, est contrainte d’épouser un homme rapidement. Les filles mères étaient mal vues en 1954. Le docteur Verdier lui propose deux prétendants : François Guillot, un étranger au village, balafré et taiseux ou Robert, un ami de son père, bedonnant et aviné.

 » Souvent, Colette s’était demandé comment sa mère, si cultivée et intelligente, s’était retrouvée à partager son lit avec ce butor qu’était son père. Quand elle s’était mariée avec François, elle avait compris que les femmes ne décidaient pas de leurs vies et que parfois l’histoire se répétait. Elle aussi avait épousé un rustre. »

Cantonnée à un rôle de femme au foyer, Colette trouve son bonheur auprès de son fils, Sam. L’enfant, pour échapper à la violence de François se réfugie souvent dans sa cabane dans les bois.
Un dimanche où Colette laisse Sam à la maison avec François pour aller à la messe, l’enfant se tue en tombant du deuxième étage de la grange, un endroit où sa mère lui avait pourtant interdit d’aller.
«  Je ne saurais faire mon travail de deuil sans connaître la vérité. » Colette promet sur la tombe de son fils d’enquêter sur les circonstances de sa mort.

Avec l’aide de sa voisine et seule amie, Madeleine, Colette tente de mettre en évidence la culpabilité de François.
Stéphanie Exbrayat développe une enquête bien ficelée. En dévoilant petit à petit le passé des différents protagonistes, en multipliant les péripéties, l’auteur accroche le lecteur, suscite l’envie de tourner les pages et de suivre l’enquête vitale de cette mère déterminée à tenir la promesse faite à son fils.
Si je regrette un passage de romance ( je suis toujours un peu allergique à ce côté « fleur bleue »), je dois avouer que l’auteur maîtrise sa construction et nous emmène vers des sombres passés assez inattendus et réalistes.

Un style simple et un scénario efficace font de ce premier roman une lecture aisée mais qui accroche son lecteur.