Presque une nuit d’été – Thi Thu

Titre : Presque une nuit d’été
Auteur : Thi Thu
Éditeur : Rivages
Nombre de pages : 208
Date de parution : 22 août 2018

Elle est photographe, elle aime déambuler dans les rues pour saisir l’instant, rencontrer des personnages pleins d’humanité et d’histoires à raconter.

«  Ce jour-là, j’ai compris ce que je voulais fixer dans ma mémoire : l’instant. Je voulais capter ce qui fait de l’homme un homme… »

Elle sait voir mais surtout écouter. Tout d’abord Ibtissem, avec laquelle elle a travaillé dans un restaurant. Née dans une cité, la jeune femme se bat contre l’emprise d’une famille, un frère en prison, cela n’aide pas pour se construire un avenir. La peine qui la torture, c’est de savoir sa nièce abandonnée dans un orphelinat. 

Et puis, il y a Joh qui n’en finit pas de raconter l’histoire de Loan. A chaque rencontre, il invente une suite, une histoire d’enfance entre trois garçons.

Cette vieille dame au châle noir est peut-être la plus touchante. Les visites de la photographe comblent sa solitude. Alors, elle raconte ses amours d’antan avec Yoru ou cette légende d’Amaterasu (le soleil) et de son frère Tsukuyomi ( la lune).

Beaucoup de belles histoires d’amour, de frères et de sœurs qui comme la lune et le soleil ne peuvent exister l’un sans l’autre. Yoru et Kaguya en sont le plus bel exemple.

Il n’est pas facile de s’ancrer dans cette histoire. Dans ces récits enchevêtrés se mêlent aussi les souvenirs et les rêves de la narratrice.

Cela reste une promenade dépaysante, nostalgique, humaine au gré des chapitres dont les titres sont tirés d’un ouvrage d’Emil Cioran.

L’auteure séduit par son écriture, elle sait créer une belle et douce ambiance. Le choix d’une construction enchevêtrée ne m’a pas permis d’en ressentir toute la magie. 

Mais je retiens le nom de l’auteure pour une prochaine lecture.

Carnaval noir – Metin Arditi

Titre : Carnaval noir
Auteur : Metin Arditi
Éditeur : Grasset
Nombre de pages : 400
Date de parution : 16 août 2018

En janvier 2016, Donatella, une jeune étudiante entreprend des recherches pour sa thèse à la bibliothèque de Venise. En se documentant sur La Scuola Grande del San Sepolcro, elle trouve un lien entre la théorie copernicienne, une peinture de Paolo il Nano et le carnaval noir marqué par la destruction de La Scuola, la mort de Giorgio Benvenuti, son fondateur et la pendaison du Nano. Ces découvertes semblent déranger du monde puisque Donatella est agressée et jetée dans la lagune.

A Genève, Benedict Hugues, professeur spécialisé en langues anciennes trouve une ancienne lettre dans le contre plat d’un livre du XVIe siècle qu’il vient d’acquérir chez Christie’s.

Ce message confidentiel  de l’évêque Scanziani au cardinal Valsangiacomo évoque une rumeur dangereuse émise par la Scuola au sujet d’un Christ difforme pourvu de douze doigts.

D’autre part, nous découvrons une congrégation d’extrême-droite dirigée par Zaccaria et Bartolomeo, islamophobe et homophobe à l’étrange difformité rappelant la peinture du Nano. Cette congrégation de la Curie avec l’aide de kamikazes terroristes prépare un attentat contre le Pape, jugé trop bienveillant.

Benedict utilise toutes ses relations pour tenter de comprendre les messages du passé et les agressions actuelles.

Dans ce grand roman d’aventure, il faut s’accrocher pour suivre la masse d’information. Chaque personnage est bien ancré, nous découvrons chaque fois des parcelles de leur vie privée. La construction est maîtrisée et ce n’est pas une mince affaire pour mêler deux séries d’évènements distants de cinq siècles et tant de personnages, chacun soumis à ses propres démons.

Toutefois, cela reste pour moi un roman d’aventures dans le style du Nom de la rose d’Umberto Ecco ( ce qui est une très bonne référence). Je n’ai pas retrouvé cette finesse d’analyse appréciée dans Prince d’orchestre. Carnaval noir plaira davantage aux passionnés de romans noirs.

Un bon moment de lecture mais pas un roman mémorable pour moi.

Retrouvez l’avis de Mimi qui a beaucoup apprécié.

 

Nos richesses – Kaouther Adimi

Titre : Nos richesses
Auteur : Kaouther Adimi
Éditeur : Seuil
Nombre de pages : 216
Date de parution : 17 août 2017

 

«  Charlot a laissé dans ce lieu quelque chose de beau, quelque chose de plus grand que tout ce qui se passe à l’extérieur. »

Cette magie, cette passion pour la littérature imprègnent chaque ligne du roman de Kaouther Adimi. Les amoureux des livres ne peuvent que vibrer devant l’énergie que déploie Edmond Charlot, libraire et premier éditeur d’Albert Camus, devant le respect de tout un quartier d’Alger pour cette minuscule librairie de prêt «  Les vraies richesses » .

En 1936, Edmond Charlot ouvre sa librairie, «  une librairie qui vendrait du neuf et de l’ancien, ferait du prêt d’ouvrages et qui ne serait pas juste un commerce mais un lieu de rencontres et de lecture. » Reprise par sa belle-sœur lorsque Edmond part à Paris pour monter une succursale des Éditions Charlot, le lieu fut repris par l’État algérien dans les années 90 pour en faire une annexe de la Bibliothèque nationale.
Abdallah, «  un être plein de fierté qui a grandi en Kabylie » s’occupe avec amour de cette annexe. Lorsqu’en 2017, le local est vendu à un industriel pour installer une échoppe de beignets, Abdallah s’installe dans la rue, figure vivante de la contestation de tout un quartier.
Le jeune Ryad, étudiant ingénieur en stage usine, arrive à Alger afin de vider la librairie,  nettoyer et repeindre ce lieu devenu sacré pour les riverains.

Kaouther Adimi intercale les récits actuels du séjour de Ryad avec les extraits du carnet d’Edmond Charlot et les récits de l’histoire d’Alger, créant une fiction riche d’évènements historiques, du combat d’un homme pour la survie d’une petite maison d’édition contrariant la mission d’un jeune homme peu intéressé par la littérature mais sensible aux lieux et aux liens humains.

Ce roman est une vraie richesse qui parlera à tous ceux qui sont sensibles à la fermeture de librairies, de lieux de partage autour de la littérature, à tous ceux qui reconnaissent le travail des petits éditeurs toujours à la recherche de publications de qualité, luttant avec des moyens inégaux contre les grosses structures, surtout en période de guerre comme Edmond Charlot lorsque les pénuries de papier et d’encre pénalisaient la production, prenant des risques afin que des textes majeurs soient publiés.
«  Je ne fais pas le poids. Les éditeurs parisiens ont de l’argent, du papier, des réseaux. Et nous? Des écrivains – les meilleurs – de la volonté, mais ça ne suffira pas »
Camus, Vercors, Giono, Saint-Exupéry, Gide, Emmanuel Roblès, Henri Bosco, Philippe Soupault furent publiés par les Éditions Charlot. Autant de belles rencontres au cours de cette lecture.

Mais ce livre est aussi un regard éclairé sur l’histoire de l’Algérie, avec notamment le massacre de Setif en mai 1945 alors que les algériens célébraient la libération d’une guerre à laquelle ils ont largement participé. Prise de conscience et évènement déclencheur du besoin de l’Indépendance. Avec la nuit du 31 octobre au premier novembre 1954 qui marqua le début de la guerre d’Algérie. Et ce jour du 17 octobre 1961 où des centaines d’algériens qui manifestaient à Paris contre le couvre-feu décrété exclusivement pour les Nord-Africains, furent arrêtés, blessés, certains tués et jetés dans la Seine.

Kaouther Adimi nous embarque dans la passion d’Edmond Charlot et nous donne envie de se rendre dans ces ruelles en pente qui conduisent au 2bis rue Hamani pour vivre de plus près la magie des lieux.

«  Dès votre arrivée à Alger, il vous faudra prendre les rues en pente, les monter puis les descendre. Vous tomberez sur Didouche-Mourad, traversée par de nombreuses ruelles comme par une centaine d’histoires, à quelques pas d’un pont que se partagent suicidés et amoureux…
Oubliez que les chemins sont imbibés de rouge, que ce rouge n’a pas été lavé et que chaque jour, nos pas s’y enfoncent un peu plus…Face à l’Histoire, la grande, celle qui a bouleversé ce monde mais aussi la petite, celle d’un homme, Edmond Charlot, qui, en 1936, âgé de vingt et un ans, ouvrit la librairie de prêt Les vraies richesses. »

Un livre que je classe dans mes meilleures lectures de rentrée.

Sous le ciel qui brûle – Hoai Huong Nguyen

Titre : Sous le ciel qui brûle
Auteur : Hoai Huong Nguyen
Éditeur : Viviane Hamy
Nombre de pages : 174
Date de parution : 4 mai 2017

 

 

Tuân se promène dans la forêt de Chantilly , paysage cher au cœur de Gérard de Nerval, son poète préféré. Il cherche les premières jonquilles ou le fantôme d’une jeune fille. Ces paysages qu’il a tant lus le replongent dans son enfance.

Ce vietnamien est arrivé en France en septembre 1968, lourd de nombreux deuils qui ont jalonné sa vie. Né près de Hué, ancienne capitale impériale du Vietnam, il vit à Shui avec toute sa famille, grand-père, oncles, tantes et cousins. Ses parents sont massacrés par des voleurs alors qu’il n’a que cinq ans. L’enfant s’attache alors à son grand-père et se laisse bercer par les contes enfantins d’auteurs français. Même si certains le jugent « traître à son pays », Tuân aime particulièrement la langue française.
A la mort de son grand-père, il se rapproche de sa tante, mariée  très jeune à un fils de famille aisé qui passe sa vie loin de son foyer et s’engage dans la lutte armée auprès des Viet-minh.
Au printemps 1954, cet oncle emmène toute sa famille dans la zone de combat du Nord. La séparation avec sa tante et surtout sa jeune cousine avec laquelle il partageait ses lectures fut un traumatisme pour Tuân. C’est à cette période qu’il trouve refuge dans la nature et dans l’écriture de poèmes.
« Au nord s’installa un régime communiste qui mit au pas toute la société à travers une révolution prolétarienne qui s’imposa par la violence. Au sud, le gouvernement libéral ne parvint pas à instaurer la démocratie promise. »

Tuân part à Saïgon pour suivre des études en lettres françaises. Afin de gagner un peu d’argent, il travaille pour une veuve française qui le pousse davantage vers la culture française et l’écriture.
«  Le monde serait meilleur si les hommes qui avaient écrit un jour des poèmes n’avaient pas cessé de le faire. »
Alors que l’autel des ancêtres s’agrandit avec la mort de sa tante et sa cousine, Tuân va vivre l’enfer en cette nuit du Têt lors de l’offensive nord-vietnamienne sur Hué.
Seuls les vers d’un poème de Rimbaud le tiennent en vie en cette nuit d’horreur.

Une fois en France, Tuân se ressource dans les paysages de Nerval. La nature et l’écriture apaisent son sentiment de culpabilité, ses pensées suicidaires.
«  Mais ce fut aussi en France qu’il découvrit à quel point il aimait son pays, autre paradoxe in compréhensible des exilés. »

Avec ce texte assez lent mais lyrique, Hoai Huong Nguyen dresse un portrait du Vietnam des années 40 à 70. Elle partage aussi les traditions familiales de ce pays, la luxuriance des paysages notamment avec la visite de la Citadelle impériale. Avec la magie des mots, de la poésie, les parfums de la nature, l’auteur apaise les souffrances d’une horrible guerre. C’est un texte en ombre douce avec un personnage marqué par le deuil mais sauvé par son amour des lettres françaises. La langue de l’ennemi est aussi la langue des Lumières. Tuân a été bercé par l’exotisme des contes français, porté par la poésie de Nerval. Le courage de survivre ne peut se trouver que dans les paysages nervaliens chers à son cœur.

Je remercie la Librairie Dialogues pour cette lecture.

Anima – Wajdi Mouawad

Mouawad
Titre : Anima
Auteur : Wajdi Mouawad
Editeur : Actes Sud
Nombre de pages : 390
Date de parution : Août 2012

 

Où est la frontière entre l’humain et l’animal? Pour Wahhch Debch, le héros de ce roman, les deux termes semblent parois se mêler.
La découverte de sa femme sauvagement assassinée ouvre une brèche dans son passé. Si la police identifie rapidement l’assassin, Welson Wolf Rooney, elle ne se presse pas pour l’arrêter dans la réserve des Mohawks où il est parti se cacher. Wahhch a besoin de le rencontrer pour s’assurer qu’il n’est pas responsable de la mort de sa femme.
C’est donc lui qui part dans la réserve amérindienne. Là, le vieux Coach l’aide dans sa quête.
Meurtres, rencontres, violence animale et humaine, le chemin est douloureux jusqu’à la rencontre de son passé.
«  Que faire des fragments éclatés de son histoire? Fragments qu’il ne cesse de ressasser, incapable d’en raccorder les parties… »

Le récit est violent avec la description insoutenable de meurtres, les combats de chiens, la dure réalité de la loi de la nature.
Mais avec ses yeux faïencés, son silence, son animalité, Wahhch est un être touchant, sous le joug d’une malédiction qui lui interdit à jamais le bonheur.
 » Il y a des êtres qui nous touchent plus que d’autres, sans doute parce que, sans que nous le sachions nous-mêmes, ils portent en eux une partie de ce qui nous manque. »
C’est sombre, noir, violent mais Wahhch possède une vraie bonté en lui, celle qui la lie à des chevaux maltraités, à un chien monstrueux qui devient son plus fidèle ami ou à cette jeune fille Winona meurtrie dans sa chair et son âme.

Rencontrer l’assassin de sa femme, traverser les terres du Canada et des Etats-Unis, fouler des lieux où la guerre de Sécession a fait rage comme Carthage ou Lebanon, Liban en anglais et ville du Missouri et ainsi faire resurgir ce qui s’est passé cette nuit de septembre 1982 où  » des centaines de chrétiens, sous le regard de centaines de juifs, ont massacré des centaines d’Arabes. »
Enterré vivant à l’âge de quatre ans avec des corps de chevaux lors du massacre de Sabra et Chatila où toute sa famille fut massacrée devant ses yeux, Wahhch vit dans le malheur et la douleur engendrée par la permanence de la mémoire. Qui l’a sauvé de cette mort certaine?

Non seulement, l’histoire est forte et prenante mais la construction n’en est pas moins étonnante. Chiens, poissons, oiseaux, serpents, singe, araignée, souris cité par leur nom latin en tête de chapitre sont les narrateurs de cette histoire pendant toute la première partie. Chaque animal a sa façon de s’exprimer, donnant ainsi une forme narrative surprenante.
 » J’ai su alors que cet homme avait lié il y a longtemps, et d’une manière par lui seule connue, son destin à celui des bêtes. »

Si ce récit comporte des scènes insoutenables, l’ensemble est d’une rare densité et d’une grande force tragique en faisant un roman inoubliable.

Je remercie Joëlle et Eimelle qui m’ont accompagnée pour cette lecture.

Retrouvez aussi l’avis de Miriam Panigel

Pal

Celui qui est digne d’être aimé – Abdellah Taïa

Taïa


Titre : Celui qui est digne d’être aimé

Auteur : Abdellah Taïa
Littérature marocaine
Editeur : Seuil
Nombre de pages : 136
Date de parution : 5 janvier 2017

Celui qui est digne d’être aimé est un roman violent, fort sur la volonté et la possibilité de vivre dignement son identité de musulman homosexuel au Maroc ou en France.

Le récit est constitué de quatre lettres, trois sont écrites, la dernière ne le fut pas mais elle reflète la pensée de son auteur. Quatre lettres qui nous font remonter dans le temps ( août 2015, juillet 2010, Juillet 2005, Mai 1990) et nous donnent à comprendre le mal être d’Ahmed.

Ahmed a quinze ans en 1990, il vit à Salé dans un milieu pauvre. Sa mère voulait le tuer dans son ventre craignant d’enfanter une nouvelle fille. C’est la prémonition du frère aîné, le préféré qui l’arrêta. Est-ce pour cette raison qu’il sera homosexuel?
Un jeune garçon homosexuel au Maroc rêve de rencontrer un riche français qui le sortira de sa misère. Pour Ahmed, ce sera Emmanuel. Emmanuel qui va le « coloniser« , l’éduquer, l’amener à effacer toutes ses racines, à renier son identité.

La première lettre est celle d’Ahmed à Malika, sa mère morte en 2010. C’est une lettre de haine et de reproche.
 » J’ai 40 ans et je suis devenu un jaloux calculateur et froid. »
Pour l’adulte blessé qu’il est devenu, Malika n’était qu’une femme cruelle, autoritaire qui usait de ses charmes pour assujettir son mari, un brave homme ensorcelé par le sexe prêt à tout accepter pour un regard de sa femme.
 » Et malheureusement pour moi, je suis comme toi…Je suis froid et tranchant comme toi. Malin, calculateur, terrifiant parfois. Dans le cri, dans le pouvoir, dans la domination. Exactement comme toi. »

La seconde lettre est celle d’un amant à Ahmed. Vincent vient de découvrir ses racines marocaines. Dans le métro parisien, il tombe sous le charme d’Ahmed. Ahmed, l’homme qui emmènerai Les lettres portugaises dans la mort, un livre qui parle d’amour et d’abandon. Sombre prémonition.

Vient ensuite une lettre de rupture adressée à Emmanuel écrite en juillet 2005 par Ahmed. En treize ans de vie commune, Emmanuel a sorti Ahmed de son village, de son pays, il a fait son éducation mais il l’a aussi débaptisé, contraint à renier ses origines, à oublier sa culture. Comment ne pas faire le parallèle entre cet homme et le pays?
 » Confronté, tu ne cessais de te dérober, Emmanuel. Tu n’es ni un raciste ni un conservateur, tu votes toujours à gauche et tu ne caches rien aux impôts. Pourtant, tu n’as eu aucun scrupule à reproduire sur moi, dans mon corps, dans mon coeur, tout ce que la France refuse de voir : du néo-colonialisme. »

La dernière partie est sans aucun doute la poignante confession qui aide à comprendre le comportement torturé d’Ahmed.

Ce récit fortement inspiré de l’histoire de l’auteur est fort et violent parce que le jeune Ahmed est à ce point de révolte où il ne supporte plus cette liberté acquise, ne supporte plus ce que l’on a fait de lui. Avec des phrases simples de l’écriture épistolaire et les mots crus, Abdellah Taïa fait parfaitement ressentir la complexité de son personnage. Ahmed a cru en la liberté offerte grâce à l’attention de ce riche parisien, il a profité de cette aubaine se soumettant à la fois par amour et par intérêt. Avec le décès de sa mère, il perd son assurance, se rappelle comment les techniques de séduction, de possession de Malika ont causé le malheur de son père.
Ce roman est un cri de révolte mais aussi une façon de montrer comment un homme peut perdre sa dignité en acceptant de renier ses racines pour s’intégrer dans un autre monde.
 » Non seulement il faut s’intégrer de force dans la société française, mais si, en plus, on réussissait à faire oublier notre peau, notre origine, ça serait parfait. »

Style, construction, sujet, je recommande cette lecture.

Mon cher fils – Leïla Sebbar

sebbarTitre : Mon cher fils
Auteur : Leïla Sebbar
Éditeur: Elyzad
Nombre de pages : 151
Date de parution : 2009, format poche juin 012

Alma est une jeune franco-algérienne vivant avec son père, un joueur de luth lettré comme son propre père et Minna, la vieille servante. Sa mère, française est repartie en Bretagne pour des raisons méconnues de la jeune fille. Alma passe ses journées à la grande Poste comme écrivain public. Là, de ses rencontres, elle découvre l’histoire des algériens qui ont, pour la plupart un vécu d’immigré dans un coin de France.
Elle attend surtout un vieux chabani qui, jour après jour tente d’écrire à son fils unique dont il est sans nouvelles. Mais derrière les premiers mots, « Mon cher fils« , le vieil homme se perd dans ses souvenirs. Du temps où il travaillait dans les usines Renault sur l’île Seguin, de cette époque où il avait encore quelques contacts avec son fils et ses sept filles. Mais son fils, passé les quelques moments de partage avec son père, s’est vite éloigné avec l’adolescence, au contact des écoles françaises. Jusqu’au moment, où adolescent, le fils refuse les conditions d’ouvriers réservées aux immigrés comme son père.
 » Pour quoi faire, j’ai rien a faire là-bas, moi, dans cette tôle où tu travailles comme un esclave…J’irai jamais dans ton bagne même si les voitures sont belles comme tu dis... »
Le père ne sait plus comment parler a son fils, il peut simplement lui dire qu’il l’aime, même si, ici, un père ne dit pas ces mots à un fils.
Mais comment raconter à ces jeunes qui se perdent dans les drogues, les cybercafés, les moyens modernes et faciles, qui sont sacrifiés pour le tourisme, par ces politiques qui détournent les richesses du pays, par ces entreprises qui emplois des chinois au détriment de la jeunesse du pays, comment leur raconter l’histoire du pays comme cette nuit tragique du 17 octobre 1961 à Paris lors de la manifestation d’algériens contre le couvre feu qui ne visait qu’eux mêmes.
 » Si les enfants ne cherchent pas à comprendre, à savoir, s’ils ne posent pas de questions, comment leur raconter sans les ennuyer, comment dire au plus juste, avec des mots simples et précis, des mots qui les touchent des histoires de guerre, de camp, d’exode er de mort qui ne sont pas leur histoire? Comment? »
D’autres histoires se mêlent à la voix du vieux chabani, celles d’une femme en haïk blanc, celle de Minna la servante. Tant d’histoires qui invoquent la condition des femmes, la vie des immigrés, le terrorisme et les abus des politiques qui gangrènent le quotidien.
Alma comprend parmi ces récits et les contes de la poésie arabe et kabyle le passé de son pays, la violence du présent et cherche aussi a comprendre le choix de sa mère et le silence de son père.

Les Éditions Elyzad, avec la plume poétique de Léïla Sebbar, nous donnent une fois de plus à comprendre la jeunesse d’un pays au travers des récits de leurs pères. Si le tissage des différentes histoires est parfois difficile a suivre, j’ai appris beaucoup de la voix des personnages.

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