Manuel de survie à l’usage des jeunes filles – Mick Kitson

Titre : Manuel de survie à l’usage des jeunes filles
Auteur :Mick Kitson
Littérature écossaise
Titre original : Sal
Traducteur : Céline Schwaller
Éditeur :  Métailié
Nombre de pages : 256
Date de parution : 30 août 2018

Sal, jeune fille de treize ans, restera longtemps dans ma mémoire. Bien trop jeune pour prendre en charge le bien-être de sa jeune sœur, pour sauver sa mère, pour se défendre contre la noirceur d’un homme sans scrupules ou la rudesse de la nature sauvage. Et pourtant, intelligente et pragmatique,  instruite par des vidéos YouTube, elle prend le destin de sa famille en main, oubliant son propre épanouissement.

Sal vit avec Claire, sa mère alcoolique, sa sœur Peppa âgée de dix ans et robert, le dernier copain de sa mère. claire a eu son premier enfant très tôt, le père de Sal est mort dans un accident de voiture. Elle a ensuite rencontré un jeune étudiant nigérien qui sera le père de Peppa. Puis elle s’est perdue dans l’alcool et la drogue, entraînée par Robert, un homme violent et malsain.
 » Boire vous fait accepter l’inacceptable »
Claire ne voit pas la souffrance de ses filles

Sal subit la violence de Robert, sans rien dire pour ne pas être séparée de sa sœur. Mais le jour où il menace de s’en prendre à Peppa, elle décide de le tuer et de fuir avec sa sœur dans la forêt de Galloway.
Ce qui ressemble à un jeu pour la drôle et pétillante Peppa, est pourtant une aventure dangereuse. Elles construisent une hutte dans les bois et tentent de survivre en appliquant les conseils du guide de survie des forces spéciales et des vidéos YouTube mémorisées avant le départ.
 » Je panique seulement quand je n’arrive pas à me rappeler des choses que j’ai besoin de savoir… »

Heureusement, les filles font une belle rencontre. Si Ingrid, femme médecin allemande ressemble plutôt à une sorcière aux foulards de soie colorée, elle est riche d’une vie mouvementée qui l’ a aussi propulsée vers le recueillement de la nature. Pour Sal, Ingrid est peut-être la première personne qui l’écoute et l’aime tout simplement. De quoi faire le chemin vers la rédemption et accepter de vivre enfin comme une adolescente de treize ans?

C’est une premier roman tendre et touchant dans un style simple et fluide puisque c’est Sal qui raconte son histoire. Cette innocence vaut parfois quelques répétitions mais l’ensemble est particulièrement équilibré avec la richesse de la nature, l’histoire personnelle d’Ingrid, le sérieux de Sal et le naturel joyeux et bavard de Peppa. Une très belle histoire malgré la noirceur de la situation de départ.

 

Je reste ici – Marco Balzano

Titre : Je reste ici
Auteur : Marco Balzano
Littérature italienne
Titre original : Resto qui
Traducteur : Nathalie Bauer
Éditeur : Philippe rey
Nombre de pages : 222
Date de parution : 23 août 2018

 

 

Curon est un superbe petit village du Tyrol du Sud. La jeune Trina aime se prélasser dans les prés avec ses amies sous le regard bienveillant de son père menuisier et sous la direction énergique de sa mère. A dix-sept ans, elle est secrètement amoureuse d’Erich, un jeune paysan solitaire. Erich, proche du père de Trina est très attaché à sa terre.

En 1922, cette partie du Tyrol est attribuée à l’Italie fasciste. Plus de travail pour les Tyroliens brimés au quotidien, il est désormais interdit de parler allemand. Le Duce revient aussi avec un projet de barrage qui inonderait le village.

Les habitants de la vallée et surtout Erich et Trina, enfin mariés et parents de deux enfants entrent en résistance à la fois contre le fascisme et le projet de barrage.

C’est une famille déchirée que nous allons suivre sur plusieurs décennies dans ce très beau roman, qui est en fait une longue lettre de Trina à sa fille Marica que sa belle-soeur lui a enlevée dès son plus jeune âge. Car à l’aube de la seconde guerre mondiale, le seul moyen d’échapper au fascisme est de rallier l’Allemagne d’Hitler.

Erich est incorporé. Il reviendra de la guerre légèrement blessé mais surtout avec un profond dégoût pour le fascisme et le nazisme. Aussi ne supporte-t-il pas quand son propre fils rejoint Hitler. Erich et Trina se réfugient dans les forêts pour échapper au choix de dupes entre fascisme et nazisme. Leur exil est une période rythmée et forte du récit.

A la fin de la guerre, c’est contre le barrage qu’il faudra se battre.

«  Je lui demandai encore une fois de m’emmener loin de cet endroit maudit où se succédaient les dictatures et où il était impossible de vivre tranquille, même en temps de paix. »

Mais Erich refuse que quiconque le chasse de sa terre. Trina épaulera, calmera son véhément mari dans toutes ses actions.

C’est en visitant cette région de l’Italie et devant ce clocher dépassant des eaux qui illustre la couverture du livre que Marco Balzano a imaginé la lutte et la souffrance des habitants de ce petit village. Un village victime des frontières, des violences des pouvoirs extrêmes et de l’impuissance de la parole des petits devant les enjeux économiques.

J’avais beaucoup aimé le précédent roman de Marco BalzanoLe dernier  arrivé. L’auteur confirme ici son talent et son art de la narration livrant des histoires romanesques, touchantes et pasionnantes sur fond d’histoire de l’Italie.

Mais leurs yeux dardaient sur Dieu – Zora Neale Hurston

Titre : Mais leurs yeux dardaient sur Dieu
Auteur : Zora Neal Hurston
Littérature américaine
Titre original : Their eyes were watching God
Traducteur : Sika Fakambi
Éditeur : Zulma
Nombre de pages : 320
Date de parution : 13 septembre 2018

 

 

Tout le village est là pour se moquer de Janie vêtue de sa vieille salopette quand elle revient des années plus tard, seule, sans son jeune amant. Pheoby, sa meilleure amie est envoyée en messagère pour recueillir son histoire.

Janie a été élevée par sa grand-mère, ancienne esclave, dans une maison de Blancs. Elle n’a jamais connu son père et sa mère a disparu. Grand-Ma, pour lui épargner les souffrances de sa condition, avait ratatiné son horizon en la mariant à Logan, un petit propriétaire terrien. Mais elle ne pouvait aimer cet homme. A seize ans, elle veut briller de sa propre lumière, rêver du grand amour en regardant les bourgeons et les fleurs.

«  Le mariage ne faisait pas l’amour…Ainsi mourut le premier rêve de Janie. »

Mais elle ne baisse pas les bras et suit Joe Starcks, un beau parleur qui lui conte fleurette. Il l’emmène à Eatonville, la ville des gens de couleur. Joe est ambitieux et débrouillard. Très vite, il s’impose maire de la ville, crée une Poste, un magasin et règne avec Janie sur son empire. La belle et jeune Janie devient la femme la plus convoitée du village.

« Pouvait pas être plus belle à voir et plus majestale que si elle soye reine d’Angleterre »

Pourtant, Janie se sent enfermée dans cette prison dorée. Son seul amusement est d’écouter les parleries des gens du village sur la véranda, de ceux qui pensent parfois être les esclaves de Joe.

« Y voulait juste que je reste m’asseoir là avec mes mains croisées. »

Joe devient vite jaloux, dévalorise sa femme et devient violent.

A sa mort, Janie a presque quatante ans. Et elle se laisse finalement séduire par Tea Cake, jeune homme de vingt-cinq ans.

«  Il ressemblait aux pensées d’amour des femmes. »

Malgré les ragots et la mise en garde de son amie, elle quitte tout pour suivre son jeune amant dans les Everglades.

 « Fut un temps moi j’ai jamais compté d’arriver à rien, Tea Cake, sauf à étre morte de toujours rester tranquille à ma place et me forcer de rire. Mais toi t’es venu et t’as fait quèque chose de moi. Alors moi chuis bien heureuse de n’importe quelle chose qu’on traverse ensemble. »

L’auteur donne la parole à ses personnages dans leur langage commun ( je n’ose imaginer la complexité du travail de la traductrice). Ce style est particulièrement déstabilisant. Il faut une à deux pages d’adaptation à chaque reprise de lecture. Mais une fois le rythme pris, l’histoire prend le pas sur le langage. Elle en est même subblimée en lui donnant un accent d’authenticité.

Ne vous arrêtez pas à cette originalité car l’histoire de Janie est palpitante. Du romanesque, bien sûr, mais aussi un regard sur le racisme. Celui à l’égard des gens de couleur, bien évidemment de la part des Blancs mais aussi parfois de certains Noirs.

Et surtout une belle héroïne qui ne perd pas de vue cette lueur, cette pierre précieuse qu’il y a en elle et qui souhaite par dessus tout vivre SA vie.

 

 

Wild side – Michael Imperioli

Titre : Wild side
Auteur : Michael Imperioli
Littérature américaine
Titre original : The perfume burned his eyes
Traducteur : Héloïse Esquié
Editeur : Autrement
Nombre de pages : 304
Date de parution :  29 août 2018

Matthew est un « parfait novice en matière de drogue, alcool, sexe, clopes et rock’nroll » quand il vit dans le Queens avec sa mère. Son père a quitté le foyer puis est mort dans un carambolage alors que l’adolescent était en classe de seconde. Sans l’avouer, cette absence affecte le jeune homme. D’autant plus que depuis le divorce, sa mère était en train de dégringoler dans l’addiction et la dépression.

La mort du grand-père est la peine ultime qui bouleverse la famille mais dont l’héritage décide la mère a déménager à Manhattan.

Ils s’installent dans un immeuble avec portier et Matthew ira dans un lycée privé. Dans l’un, il croise Lou, une rock-star à l’esprit embué de drogue et de musique et dans l’autre Victoria, une jeune fille de seize ans en équilibre instable entre adolescence et perversion. Deux êtres à la sensibilité aiguë qui vont l’entraîner dans un univers inconnu de liberté, d’épanouissement. Soucieux d’être reconnu par l’un et aimé par l’autre, l’adolescent n’hésite pas à mettre en danger son innocence et sa propre vie. 

Ce récit ne se démarque ni par sa qualité littéraire, ni par sa profondeur mais par une authenticité, une simplicité de parole, celle d’un jeune homme qui entre dans une nouvelle vie ou dans la vie tout simplement. Un coeur pur, peut-être un peu à l’abandon suite à la démission des parents prêt à suivre ceux qui représentent la liberté de penser et d’agir. 

Il y a un peu de naïveté chez Matt mais surtout une attirance pour un monde qu’il découvre et pour des personnes qui semblent avoir besoin de lui.

Mais le jeune homme possède-t-il l’armure indispensable aux gens de Manhattan?

Wild side est un premier roman réussi, un roman d’initiation qui nous plonge dans le Manhattan des années 70 et nous permet aussi de découvrir une facette du célèbre Lou Reed.

L’arbre monde – Richard Powers

Titre : L’arbre monde
Auteur : Richard Powers
Littérature américaine
Titre original : The overstory
Traducteur : Serge Chauvin
Editeur : Cherche-Midi
Nombre de pages : 550
Date de parution : 6 septembre 2018

«  Personne ne voit les arbres. Nous voyons des fruits, nous voyons des noix, nous voyons du bois, nous voyons de l’ombre. Nous voyons des ornements ou les jolies couleurs de l’automne. Des obstacles qui bloquent la route ou qui obstruent la piste de ski. Des lieux sombres et menaçants qu’il faut défricher. Nous voyons des branches qui risquent de crever notre toit. Nous voyons une poule aux oeufs d’or. Mais les arbres…les arbres sont invisibles. »

Avec ce roman, Richard Powers nous donne à voir et à ressentir les arbres. Il rappelle avec force que l’environnement est vivant, que l’homme dont l’existence représente une minute dans la journée du monde parvient pourtant à détruire la terre boisée pour ses envies de prospérité et qu’il est temps de prendre conscience que pour résoudre le futur, il convient de sauver le passé.

L’homme et l’arbre sont issus du même ancêtre et possèdent encore aujourd’hui des gènes communs. En zoomant sur le passé de chacun des neuf personnages, l’auteur montre que nous sommes forts de nos racines, qu’elles se ramifient dans l’espace. Le roman commence comme un recueil de nouvelles, le temps de faire connaissance avec les personnages et l’importance des arbres dans leur vie.

Nicholas Hoels a des racines irlandaises. Sa famille possède un des rares châtaigniers sauvé d’une maladie qui a décimé toutes les châtaigneraies du sud de l’Amérique.

Mimi est de descendance chinoise. Associée au mûrier et à l’avenir par son père, elle emmène aux Etats-Unis l’héritage d’une lignée avec une bague et un manuscrit ancestral.

Adam est le plus jeune enfant, le plus sensible de la famille Appich. A sa naissance, son père plante un érable. L’arbre reste pour lui un passage entre terre et ciel.

Ray Brinkman est un célèbre avocat. Grâce au théâtre, il rencontre Dorothy. A chaque anniversaire de leur rencontre, ils plantent un arbre. A défaut d’enfant, la nature les sauvera-t-elle du délitement de leur couple?

Douglas Pavlicek a testé la prison, s’est engagé dans l’armée. Il lit de la philosophie à son cheval jusqu’à la découverte de terres dépouillées par les coupes claires. Depuis, il passe ses jours à replanter des sapins de Douglas.

Neelay Mehta est originaire d’Inde. Son père l’initie à l’informatique. Quand tombé d’un chêne, il se retrouve gravement handicapé, il passe ses journées à concevoir un jeu video dans un monde animiste.

Patricia Westerford commence sa vie avec un problème de langage. Protégée par son père, elle vit dans un monde forêt, bercée par les lectures d’Ovide. Très vite, ses découvertes sur la communication entre les arbres la propulse violemment sur la scène mondiale.

Enfin, Olivia Vandergriff est une étudiante en dernière année de science actuarielle. Un expérience de mort imminente l’investit d’un étrange pouvoir. Elle est choisie par des êtres lumière pour sauver les arbres. C’est autour d’elle que vont se réunir une partie des personnages dans le tronc de cette histoire.

«  Le monde comptait six billions d’arbres quand les humains sont apparus. Il en reste la moitié. Dont la moitié encore aura disparu dans cent ans. »

Comme les arbres communiquent dans les airs, Olivia, Nick, Adam, Douglas, et Mimi, militants pour la sauvegarde du patrimoine forestier se retrouvent sur les mêmes champs d’action. Nous les suivrons sur des dizaines d’années allant du sit-in à l’écoterrorisme. 

Pendant ce temps, Neelay s’investit dans le monde virtuel avec des jeux de prophéties sylvestres, Ray et Dorothy se raccrochent aux branches et Patricia revient en force en créant une arche de Noé pour les arbres.

«  Etre humain, c’est confondre une histoire satisfaisante et une histoire pleine de sagesse. Si le monde échoue c’est justement parce qu’aucun roman ne peut rendre le combat pour le monde aussi captivant que les luttes entre quelques humains égarés. »

Richard Powers réussit ce tour de force. L’arbre monde est un roman passionnant qui ouvre les yeux sur l’urgence de réagir contre la déforestation, «  un plus puissant changeur de climat que tous les moyens de transport réunis. »

Les personnages sont investis d’une croyance folle mais «  qu’est-ce qui est le plus fou? Croire qu’il peut y avoir des présences toutes proches dont nous ne savons rien? Ou abattre les derniers séquoias séculaires de la planète pour en faire des planches et des bardeaux? »

Mais des racines, du tronc, de la cime et des graines – titres des différentes parties du livre- l’arbre dans ses immenses variétés, ses innombrables ressources naturelles est le personnage principal de cet immense roman. Le moment le plus poignant n’est-il pas la mort de Mimas, un séquoia géant? 

Un roman ambitieux, passionnant parfaitement construit qui, je l’espère, permettra d’avoir un autre regard sur ces vénérables bienfaiteurs que sont les arbres.

Je remercie Léa et les Editions du Cherche Midi qui m’ont permis de lire ce roman dans le cadre du Picabo River Book Club.

 

La seule histoire – Julian Barnes

Titre : La seule histoire
Auteur : Julian Barnes
Littérature anglaise
Titre original : The only story
Traducteur : Jean-Pierre Aoustin
Éditeur : Mercure de France
Nombre de pages : 272
Date de parution : 6 septembre 2018

Au crépuscule de sa vie, Paul se souvient de sa première histoire d’amour. Peut-être la seule, la véritable. En tout cas, celle qui a marqué sa vie, son destin. Il n’avait que dix-neuf ans lorsqu’il tomba sous le charme de la belle et sportive Susan, une femme mariée de quarante-huit ans, mère de deux grandes filles.

Les deux amants ont vécu une douzaine d’année ensemble. Paul, avec l’innocence et la fougue  de sa jeunesse. Susan avec la légèreté d’un bel amour mais la honte d’une femme écarlate, l’évidence d’un mariage raté.

Pendant la guerre, Susan s’est mariée sans passion à Gordon, un homme grincheux qui échappa aux combats parce qu’il bénéficiait « d’un emploi réservé ». Aujourd’hui, elle fait chambre à part avec cet homme médiocre plutôt violent et alcoolique.

Aux yeux de tous ceux qui les blâment, Paul et Susan vivent une belle histoire d’amour. En tout cas, c’est l’impression qu’il reste dans les souvenirs de Paul. La mémoire reconstruit le passé parfois avec optimisme pour embellir sa propre existence ou celle de sa partenaire. Paul estime qu’il est de son devoir de valoriser les premières années de son histoire d’amour. Il préfère retenir son innocence, sa légèreté plutôt que sa descente en enfer.

L’histoire d’amour est belle, allant de la légèreté au tragique. Paul reste pour moi un personnage assez froid, cérébral. Susan aurait pu avoir davantage de force mais sa fêlure est passée au crible de l’analyse du narrateur. Par contre, j’ai aimé le personnage de Joan, l’amie de Susan. Son expérience de la vie et de l’amour lui laisse un regard avisé sur les relations humaines.

L’auteur utilise le filtre du souvenir pour raconter cette histoire d’amour. Cette narration impose une distance, une obligation d’analyse. Ainsi, j’ai ressenti chez Paul un sentiment de culpabilité inavoué, des regrets. Un peu lâchement, il ne regrette pas d’avoir aimé Susan, mais peut-être d’avoir été trop jeune, trop innocent. 

Le champ lexical de la fin du roman me semble révéler l’hypocrisie de Paul. Tant de mots négatifs pour parler d’une histoire d’amour exceptionnelle.

«  A mon avis, tout amour, heureux ou malheureux, est un vrai désastre dès lorsqu’on s’y adonne entièrement. »

Finalement, contrairement à son récit, je me demande si Paul s’est engagé pleinement dans cette histoire. Et je finis ce roman avec un doute sur la sincérité du personnage, ce qui gâche mon plaisir de lecture.

Lisez l’avis de Nicole, bien plus enthousiaste que moi.

Moronga – Horacio Castellanos Moya

Titre : Moronga
Auteur : Horacio Castellanos Moya
Littérature salvadorienne
Titre original : Moronga
Traducteur : René Solis
Éditeur : Métailié
Nombre de pages : 352
Date de parution : 23 août 2018

Horacio Castellanos Moya est une des voix les plus puissantes de la littérature latino-américaine. Il me fallait donc le découvrir pour avoir un écho de la société salvadorienne au travers de la saga des Aragon qui traverse les bouleversements politiques du Salvador de 1948 à nos jours.

Peut-être faudrait-il en lire plusieurs parmi la douzaine de romans écrits par l’auteur pour mieux se familiariser avec cette écriture crue et acide et l’ensemble des personnages qui s’entrecroisent dans les différents romans. Métailié , qui publie les romans de l’auteur depuis 2011 a d’ailleurs récupéré les droits pour sortir dans la collection Suites l’ensemble de l’œuvre de Castellanos Moya.

Moronga signifie « petit boudin » ou vulgairement l’organe sexuel masculin. Le ton est donc donné dès le titre avec le nom de ce truand abject. Violence et humour jalonnent ce roman noir écrit en trois parties.

Dans la première partie, José Zeledon, ancien guérillero, rejoint son ami Rudy dans une petite ville ennuyeuse du Wisconsin. Rudy, appelé désormais Esteban Rios est devenu un père de famille tranquille et guide José vers la stabilité en lui procurant un travail de chauffeur de bus scolaire. Mais le salvadorien n’en a pas fini avec les maras (gangs criminels). Il attend un contact du Vieux pour une mission plus périlleuse que la conduite d’un bus ou la surveillance de messages en espagnol entre les étudiants ou le personnel de la faculté. 

C’est lors de cette surveillance qu’apparaît le personnage de la seconde partie du livre. Erasmo Aragon est un professeur d’espagnol médiocre, libidineux et paranoïaque. Une thèse sur Roque Dalton, poète accusé d’être un agent de la CIA et assassiné en 1975 par l’armée révolutionnaire du peuple, le conduit à Washington pour une enquête dans les documents déclassifiés de la CIA.

De ces deux exilés, je préfère l’histoire mélancolique et humaine de José, intéressant témoignage d’un homme d’action frustré d’être sur la touche, rêvant encore et toujours de l’adrénaline de l’action. 

Avec Erasmo, homme lubrique et paranoïaque qui génère l’antipathie, l’auteur nous livre un récit plus tragi-comique. Son incapacité à résister à un châssis féminin l’entraîne dans une histoire scabreuse où son passé refait surface. Son cerveau nous entraîne d’une histoire à l’autre sans le moindre répit.

La troisième partie réunit astucieusement les personnages dans un moment particulièrement noir et violent qui donne sens à l’ensemble du roman.

En dehors d’une vision particulièrement caustique et intéressante de la société de surveillance des États-Unis au puritanisme exacerbé, «  ce pays malade de moralisme et de surveillance », j’ai peiné à m’inscrire dans le vécu de José Zeledon et d’Erasmo Aragon.

Je pense qu’il faut davantage de connaissance de l’auteur et de lectures de romans antérieurs pour apprécier pleinement l’histoire des personnages. Aurais-je envie de m’y plonger?