Inavouable – Zygmunt Miloszewski

Titre : Inavouable
Auteur : Zygmunt Miloszewski
Littérature polonaise
Titre original: Bezcenny
Traducteur : Kamil Barbarski
Éditeur : Fleuve noir
Nombre de pages : 595
Date de parution : 14 septembre 2017

 

Inavouable, est-ce donc ainsi qu’il faudrait qualifier cet énorme secret ( « genre bombe, qui était déjà si important il y a soixante-dix ans, et l’est encore aujourd’hui. ») que l’auteur nous fait miroiter au bout de quatre cent cinquante pages de course poursuite derrière un tableau de Raphaël volé par les nazis à la Pologne? Bon j’avoue qu’il est bien amené et aurait pu faire trembler l’équilibre mondial. Quoiqu’il n’ait rien de bien surprenant. Enfin, il justifie pleinement que bon nombre d’étrangers s’en prennent à l’équipe de quatre personnes mandatée par le Premier Ministre polonais et chargée de retrouver l’œuvre d’art la plus recherchée au monde, Portrait de jeune homme de Raphaël.
Zofia Lorentz travaille dans la récupération d’œuvres d’art pour la Pologne. Elle retrouve pour cette mission son ancien amant, le marchand d’art Karol Boznanski. Leur sont associés un major fraîchement retraité, Anatol Gmitruk et une voleuse suédoise professionnelle, Lisa Tolgfors.

Si le début paraît décousu avec la présentation de faits historiques ou actuels et de nombreux personnages, le rythme est ensuite très soutenu avec la mise en place du vol du tableau aux États-Unis, l’intervention des espions, le repli vers la Suède, la course poursuite sur la glace digne d’un film de James Bond, les techniques d’authentification de tableaux ( plutôt intéressant), l’enquête menée par énigmes, le jeu de piste. Tout y est avec, en prime, les relations amoureuses des enquêteurs, l’humour de première catégorie, le langage mal traduit de la suédoise.

Les amateurs du genre passeront un bon moment de lecture. Quant à moi, je n’y trouve que peu d’intérêt.

J’ai lu ce roman dans le cadre du Grand Prix des Lectrices Elle 2018.

 

 

 

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Retourner dans l’obscure vallée – Santiago Gamboa

Titre : Retourner dans l’obscure vallée
Auteur : Santiago Gamboa
Littérature colombienne
Titre original: Volver al oscuro valle
Traducteur : François Gaudry
Éditeur : Métailié
Nombre de pages : 448
Date de parution : 24 août 2017

Je ne m’attendais pas à lire la vie passionnante d’un des plus grands poètes français dans le roman d’un auteur colombien. Et pourtant, le narrateur glisse dans son histoire, les passages de son livre sur la vie de Rimbaud. Le poète, ce jeune diable des Ardennes, éternel migrant, sur les traces d’un père absent ne rêve finalement que de revenir à Harar, ville d’Abyssinie. «  Cette lointaine vallée était son seul endroit au monde. »
N’est-ce pas finalement le destin de chacun : « juste revenir »?

«  En fin de compte,nous recherchions tous avec anxiété quelque chose qui nous protège, même lointain et invisible. Tout ce qu’on peut faire, c’est raconter des histoires et croire qu’un jour elles nous sauveront. »

Dans ces histoires, on peut reprocher à l’auteur de se disperser, de toucher un peu à tout. Mais finalement, tout se tient, et surtout tout est passionnant sous la plume de Gamboa.

Le narrateur fut consul en Inde pendant sept ans. Là, il s’était occupé du frère de Juana, emprisonné à Bangkok ( Prières nocturnes). Depuis, plus aucune nouvelle de cette fille et de son fils. Jusqu’à ce message reçu en Italie lui demandant de la rejoindre à Madrid.
En parallèle, nous suivons la psychanalyse de Manuela Beltrán. Elle nous conte une enfance douloureuse puis son émancipation grâce à la mère d’une riche amie. Elle a accepté d’endosser une peine de prison pour elle en échange d’une nouvelle vie. Nous suivons ensuite sa rencontre avec une poétesse délaissée par son mari, séduite par le talent poétique d’une Manuela déchirée, brûlée par la vie, rongée par le désir de vengeance envers Freddy, celui qui lui avait volé son enfance.
Quelle similitude avec la vie de Rimbaud, violé lui aussi, amoureux d’un autre poète ( Verlaine) qui l’entraîne vers l’alcool et les drogues, éternel voyageur vers des villes mystérieuses qui abritent des histoires passionnantes.
 » Les héros naissent de la haine et de la rage. »

D’autres personnages viennent s’inscrire dans ce récit, notamment Carlitos, un philosophe messianique populiste et violent et le prêtre Palacios rencontré à l’hôpital. Leurs insertions peuvent déstabiliser certains lecteurs mais faites confiance à Santiago Gamboa, il sait parfaitement où il emmène son lecteur. Et vous ne regretterez pas ce beau voyage.

«  Partir loin, de plus en plus loin, parce que tout voyage est au fond une recherche de sens. »

D’autant plus que l’auteur s’inscrit parfaitement dans l’évolution mondiale avec, bien sûr la récente progression de la Colombie dans l’heure du Pardon depuis l’accord signé entre la guérilla et le  gouvernement  mais aussi la métamorphose de l’Europe, clivée entre riches et chômeurs. L’ arrivée à Madrid se fait d’ailleurs en plein attentat terroriste.

De l’action, de la réflexion, de la poésie, un regard sur le monde. De quoi passer un excellent moment de lecture!

 » Dans notre République, la lecture des œuvres de Shakespeare sera obligatoire.Elles contiennent ce qu’il y a de plus profond et de plus noble : l’honneur, la dignité et les valeurs anciennes de la condition humaine en lutte contre l’ambition,la trahison, le mensonge et l’envie. Et plus grave encore : l’ignorance qui est la mère de tous les maux. »

Les terres dévastées – Emiliano Monge

Titre : Les terres dévastées
Auteur : Emiliano Monge
Littérature mexicaine
Titre original: Las tierras arrasadas
Traducteur : Juliette Barbara
Éditeur : Philippe Rey
Nombre de pages : 344
Date de parution : 24 août 2017

Je savais les territoires de la zone frontalière entre le Mexique et les États-Unis dangereux et meurtriers mais je ne m’attendais pas à lire de telles violences et comportements.
On assassine, on découpe et brûle des corps. On se ment, on se trompe, on se manipule.
Epitafio et Estela récupèrent dans une clairière appelée Ojo de Hierba, des migrants trompés par leurs passeurs, les deux fils de la forêt. Beaucoup sont abattus directement, d’autres sont capturés afin de les revendre à des propriétaires d’endroits où les mexicains sont réduits en esclavage.

Mauselao, ancien champion olympique est récupéré par Epitafio. Parfois, certains ont de la chance. Enfin, une chance toute relative car il ne fait pas bon travailler pour des êtres aussi insensibles et fourbes. Les migrants sont forcés à se battre ou à tuer sauvagement les autres « sans-nom qui sont venus d’autres terres. »

Pourtant Epitafio éprouve un sentiment noble pour Estela et cet amour jalonne cette sanguinaire randonnée.
«  Qui croirait qu’une nana peut le mettre dans un tel état? »
Ils se sont aimés avant que le père Nicho ne force au mariage d’Epitafio avec Osaria.
Mais dans ce récit où l’on peine à comprendre les actes du passé. Si l’on devine qu’une certaine Cementeria s’est suicidée, il est difficile de cerner les raisons, autres que cette horrible vie.
Quel est vraiment le rôle du père Nicho?

J’ai vraiment peiné sur cette lecture, frustrée de ne pas comprendre pleinement les actes de ces hommes sans foi ni loi, devant cette violence qui me semblait gratuite.

La quatrième de couverture m’avait attirée :  » Dans ce récit construit avec une impeccable maîtrise, où les hommes et les femmes sont réduits à l’état de marchandises, Emiliano Monge met à nu l’horreur et la solitude, mais aussi l’amour, la loyauté et l’espérance qui animent les êtres. » Certes, tout cela est vrai mais les valeurs sont noyées dans l’horreur. Et il est difficile d’espérer, de trouver une lueur au milieu de cet enfer. Ce n’est pas pour rien que des extraits de La divine comédie de Dante jalonnent ce texte.

 

Leçons de grec -Han Kang

Titre : Leçons de grec
Auteur : Han Kang
Éditeur : Le serpent à plumes
Littérature coréenne
Titre original : Hirabô shigan
Traducteur : Jeong Eun-Jin et Jacques Batilliot
Nombre de pages : 185
Date de parution : 17 août 2017

 

Ce petit roman est une belle variation sur la difficulté de communication pour des êtres confrontés à certaines difficultés de la vie.
Han Kang illustre la rencontre d’un professeur de grec qui devient progressivement aveugle suite à une maladie congénitale et d’une jeune femme qui ne peut plus parler.

Tous deux sont coréens. Lui, a migré en Allemagne avec ses parents alors qu’il avait quinze ans.  Il reste partagé entre deux langues et deux cultures, renié par son père, meurtri par la mort d’un jeune camarade.
«  Quand j’étais venu en Allemagne, j’avais plus de dix ans, un âge trop avancé pour apprendre à parler parfaitement l’allemand. Quels que fussent mes efforts, je ne pouvais dépasser mes camarades qu’en mathématiques et en grec ancien….une langue morte depuis deux mille ans – qui m’est apparue comme une chambre calme et sécurisante. »

Elle, a connu une première rupture de langage dans sa jeunesse en apprenant qu’elle avait failli ne pas naître. Aujourd’hui elle se replie une fois de plus dans le silence alors que sa mère vient de mourir et qu’on lui a retiré la garde de son enfant. Son mutisme est un mécanisme de protection envers un monde qui l’effraie.
«  D’après sa logique, le temps qui lui restait à vivre devait être un combat, une lutte qu’elle devait mener pour se rapprocher de la réponse à ce frêle questionnement intérieur mettant en doute sa légitimité d’exister en ce monde. »

Ces deux personnes vont pourtant se trouver, communiquer par le toucher, l’émotion des corps.
«  Ne trouvez-vous pas cela bizarre parfois?
Que notre corps ait des paupières et des lèvres
Qu’elles puissent être fermées depuis l’extérieur
Ou verrouillées depuis l’intérieur. »

Han Kang, qui a reçu le Man Booker International Prize en 2016 pour son roman, La végétarienne a une écriture très poétique, un peu sibylline. Les deux personnages principaux n’ont pas de prénom. Parfois, je ne les distinguais que par leur genre avec l’accord des participes passés.
Un roman pour les lecteurs curieux d’une littérature exotique nimbée d’un voile poétique.
«  Si la neige est un silence qui descend du ciel, la pluie est peut-être faite de phrases interminables qui en tombent.
Des mots tombent sur les trottoirs, sur les terrasses des immeubles en béton, sur des flaques d’eau noires. Ils giclent.
Les mots de la langue maternelle enveloppés dans des gouttes de pluie noires.
Les traits tantôt ronds, tantôt droits, les points qui sont restés un bref moment.
Les virgules et les points d’interrogation qui se courbent. »

Les fantômes du vieux pays – Nathan Hill

Titre : Les fantômes du vieux pays
Auteur : Nathan Hill
Littérature américaine
Premier Roman
Titre original : The nix
Traducteur : Mathilde Bach
Nombre de pages : 710
Date de parution : 16 août 2017

«  Quand Samuel était enfant et lisait une Histoire dont vous êtes le héros, il plaçait toujours un marque-page à l’endroit où il devait prendre une décision très difficile, de sorte que, si l’histoire tournait mal, il pouvait revenir en arrière et recommencer autrement. »

Malheureusement la vraie vie n’est pas ainsi faite. Pourtant, Samuel sait parfaitement où se trouvent les carrefours importants de sa vie : ce moment où sa mère a quitté le foyer, cet instant où il a perdu Bethany, la femme de sa vie, ce présent où il fuit une carrière de professeur désabusé pour se cacher dans le monde virtuel d’un jeu en ligne.

Jusqu’à ce qu’un avocat l’appelle au sujet de sa mère, Faye Andresen qu’il n’a pas vue depuis vingt cinq ans et qui est aujourd’hui accusée d’agression contre un candidat à la Présidentielle.
Voilà de quoi retourner dans le passé pour comprendre pourquoi sa mère en est arrivée là et surtout pourquoi elle l’a abandonné quand il était enfant.

Faye est la fille d’un norvégien qui a fui son pays pour des raisons mystérieuses mais en a gardé beaucoup de nostalgie et surtout la mémoire des légendes et fantômes de ce pays nordique. Une histoire de « nisse » et de porridge provoque chez la jeune Faye une première crise d’un mal qui ne la quittera plus.
«  Il y a ce genre de moment dans toute une vie, un traumatisme qui vous fait voler en éclats, et vous transforme à jamais. »
Alors qu’elle devrait épouser Henry, le fils d’un fermier voisin, romantique et un peu niais, Faye part au Cercle, une université de Chicago. Chicago, une ville qui fait peur et qui va connaître à cette époque (1968) de graves émeutes dans lesquelles Faye se retrouvent embarquée.
Petit à petit, nous découvrons cette partie cachée de la vie de Faye.
Et en parallèle, nous suivons aussi le passé de Samuel. Sa rencontre avec Bethany et son frère Bishop.
Autant de personnages dont nous n’avons au départ qu’une parcelle d’identité, puis que nous saisissons au fur et à mesure dans leur ensemble.
«  il n’y a pas une identité vraie cachée parmi de fausses identités. Mais plutôt une identité vraie cachée parmi de nombreuses autres identités vraies. »

Cette histoire romanesque des liens familiaux et amicaux prend forme dans une peinture assez caustique de l’Amérique des années 60 et de nos jours. D’un côté une révolte du milieu universitaire et hippie contre la guerre au Vietnam et de l’autre une jeunesse plongée dans le monde virtuel pour échapper aux routines du quotidien. Avec quelle que soit l’époque, la manipulation par les médias et politiques.
«  Le danger de la télévision, c’est que les gens commencent à voir le monde à travers cette unique goutte d’eau. »

 

Les fantômes du vieux pays est un roman qui allie une histoire romanesque, une excellente analyse des rapports humains et une vision satirique du monde moderne. C’est un pavé qui ne prend toute sa puissance que dans son entièreté. Il faut donc s’accrocher sur les premières centaines de pages, passer au-delà des détails des vies et passions de chaque personnage pour extraire la substantifique moelle. Personnellement, si les personnages de Pwnage, geek très attachant, et de Laura, étudiante détestable, sont intéressants, leurs émois m’ont moins intéressée et éloignée de l’intrigue principale.
Même avec quelques longueurs, il faut tout de même reconnaître que ce premier roman est fort bien maîtrisé.

Je remercie Babelio et les Éditions Gallimard pour cette lecture.

 

La servante écarlate – Margaret Atwood

Titre : La servante écarlate
Auteur : Margaret Atwood
Littérature canadienne
Titre original: The handmaid’s tale
Traducteur : Sylviane Rué
Éditeur : Robert Laffont
Nombre de pages : 544
Date de parution : 1987, 2005, 8 juin 2017

Le roman de Margaret Atwood, écrit en 1985, revient en force dans les librairies grâce à la diffusion au printemps dernier de la série, The handmaid’s tale réalisée par Bruce Miller avec Elizabeth Moss dans le rôle principal.
Symbole de l’Amérique anti-Trump depuis que des contestataires habillées en Servantes Écarlates ont manifesté lors du débat au Texas sur la loi anti-avortement.
Récemment, Emma Watson, toujours prompte à réagir pour la cause féministe, a créé une belle opération commerciale en dissimulant des exemplaires du roman publié récemment par Pavillons Poche dans les rues de Paris.
Mais qu’en est-il de ce roman aussi avant-gardiste que le 1984 de George Orwell?

Le contexte n’est pas sans rappeler les éléments de certaines dystopies plus récentes. Nul doute que ce récit a inspiré plus d’un auteur. Pollution, médicaments, contraceptifs, avortements sont vraisemblablement les causes de la baisse de la natalité dans la République de Gilead, cette société dystopique et totalitaire. Les femmes sont divisées en castes, chacune respectant un code couleur vestimentaire.
Finie l’anarchie où «  notre société se mourait, disait Tante Lydia, à cause de trop de choix. ». Le pouvoir est aux mains des Commandants. Leurs Épouses, souvent stériles, emploient des Servantes  pour procréer avec leur mari.
«  Nous sommes des utérus à deux pattes, un point c’est tout: vases sacrés, calices ambulants. »
En cas d’échec ou de rébellion, les punitions corporelles infligées par les Tantes, celles qui dirigent le Cercle Rouge peuvent aller jusqu’à l’exécution lors des journées de Rédemption ou à la déportation dans les colonies.
Defred est utilisée par le Commandant et sa femme, Serena Joy. Elle se souvient de sa vie précédente auprès de Luke et de sa petite fille. Que sont-ils devenus? Femme de divorcé, Defred fut pourchassée et ne put choisir que le moindre mal, devenir une Servante Écarlate.

La construction du récit rend la lecture addictive. Découverte de cette société dystopique avec ses règles et ses abus, flashs du passé de Defred, mystère de l’ancienne servante de Serena Joy, espoirs de la narratrice auprès de ses amies, du Commandant ou du chauffeur, pas de temps mort dans ce roman.

Dans une postface, l’auteur imagine un débat historique autour de la République de Gilead. Car si ce roman est une œuvre de science-fiction, chaque élément a existé ici ou ailleurs.
L’on comprend facilement pourquoi ce roman devient aujourd’hui un symbole pour les féministes.
«  Nolite te salopardes exterminorum »
«  Ne laissez pas les salauds vous tyranniser. »

Retrouvez d’autres avis pour cette lecture commune sur le site de Yuko.

Purity – Jonathan Franzen

Titre : Purity
Auteur : Jonathan Franzen
Littérature américaine
Titre original: Purity
Traducteur : Olivier Deparis
Éditeur : Éditions de l’Olivier
Nombre de pages : 744
Date de parution : 6 mai 2016

Voici un pavé lourd à porter, le récit d’initiation d’une jeune américaine, Purity, surnommée Pip, à la recherche de son père. Pas vraiment pour des raisons d’identité mais pour trouver quelqu’un capable de rembourser le prêt contracté pour le financement de ses études.
Sa mère, caissière est une déprimée chronique envahissante; seule Pip trouve grâce à ses yeux.
Dans la colocation où elle vit, elle rencontre Anagret, une allemande qui lui fait miroiter un stage en Bolivie pour un certain Andréas Wolf, fondateur du Sunlight Project, agence d’investigation et lanceur d’alertes qui pourrait l’aider à trouver son père.
J’ai apprécié la construction de ce roman. Faisant de Pip le fil rouge de cette histoire, chaque grande partie vient éclairer une rencontre, un personnage par un subtil retour arrière qui nous donne les clés de compréhension. Non seulement, cette construction entretient un certain suspens mais relance l’intérêt grâce à des histoires personnelles d’une grande richesse.
Nous retrouvons ainsi Andreas Wolf dans sa jeunesse en Allemagne de l’Est. Fils d’apparatchiks, il squatte dans une église et vient en aide aux jeunes. Lui aussi découvre un secret sur sa naissance qui sera source de souffrance et d’un sentiment de désamour permanent. C’est là qu’il rencontre Anagret et Tom Aberant, un américain qu’il retrouvera plus tard dans le monde du journalisme.

Curieusement, Pip travaillera aussi pour Tom Aberant, amant de sa collègue Leila. Le secret torturant de Tom est son mariage avec Anabel, une riche héritière d’un empire de la viande qu’elle rejette avec violence. Anabel est un personnage fantasque, torturé et le couple se disputait en permanence à partir de tout et de rien.

Pip crée le lien entre tous ces personnages mystérieux, hantés par les secrets. Jonathan Franzen construit un récit d’une grande richesse densifiant chaque histoire personnelle au fil d’une actualité liée aux enquêtes journalistiques comparant ainsi le totalitarisme de l’Allemagne de l’Est et celui d’Internet. Chacun a quelque chose à cacher dans le monde des affaires mais aussi dans les sphères privées. Andreas Wolf, en lanceur d’alertes, se confie facilement à l’image du monde d’Internet qui se veut faiseur de lumières, alors que Tom Aberant, en journaliste conventionnel garde le mystère sur ce qu’il n’est pas bon de dévoiler.

Purity trouvera-t-elle sa vérité, la réponse à ses grandes espérances dans ce monde où chacun joue avec ses secrets? Vous le saurez au bout de ces sept cent pages qui réservent de très intéressantes histoires dans un tissu narratif particulièrement bien construit mais qui sont tout de même infiniment longues à lire. C’est un roman que je ne conseille qu’aux lecteurs opiniâtres.

Je remercie Inganmic de m’avoir accompagnée pour cette lecture. Retrouvez son avis ici.